CASQUE D’AGRIS

LES DRUIDES SAISON 3 ANNEXE 6

LE CASQUE CELTIQUE D’AGRIS

Le casque d’agris est un chef-d’œuvre de l’art celtique unique par sa décoration foisonnante. Ce qui n’est pas le moindre mystère qui entoure ce casque d’apparat puisqu’un étrange serpent à tête de bélier orne son protège-joue.

LE CASQUE ANTIQUE

Quelques notions de base sur la structure d’un casque antique. Celui-ci peut être composé de plusieurs parties distinctes.

  • Le timbre (la coque)

  • Le cimier (ornement situé au sommet du casque) certains peuvent être d’une complexité hors du commun

  • Les paragnathides (les protège-joues)

  • Le protège-nuque

  • Outre le cimier, un casque d’apparat peut comporter des ornements latéraux plus ou moins complexes

UNE DÉCOUVERTE EXCEPTIONNELLE

Le casque d’Agris est un casque gaulois en fer, bronze, or, argent, et corail. Découvert au cours d’une fouille en mai 1981 dans la grotte des Perrats à Agris en Charente, le casque a été enfoui hors de tout contexte funéraire. Les fouilles ont démontré que la grotte était à cette époque un sanctuaire chtonien. Sa fabrication est datée du second quart du IVe siècle av. J.-C. Pour des raisons pratiques évidentes, c’est un objet destiné à la parade plutôt qu’au combat.

Casque d’Agris, haut de 22 cm, vers 380-340 av. J.-C.

Casque d’Agris, haut de 22 cm, vers 380-340 av. J.-C. © Photo Thierry Blais, Le Musée d’Angoulême.

Le casque d’Agris est aujourd’hui exposé au musée d’Angoulême. Pièce exceptionnelle qui s’insère dans une petite série de casques d’apparat celtiques du IVe siècle avant J.-C., dont l’un des plus célèbre est celui d’Amfreville-sous-les-Monts, trouvé en Normandie, dans l’Eure.

LE CASQUE D’AMFREVILLE

Le casque d'Amfreville..

Le casque d’Amfreville. (Wikimedia Commons).

Ce casque a été découvert à Amfreville-sous-les-Monts, lors de travaux réalisés dans un ancien bras de la Seine en 1841, où il gisait entre trois à quatre mètres de profondeur.

Le casque d’Amfreville est formé d’une coque en bronze à la surface de laquelle est fixé un décor organisé en trois registres horizontaux constitués d’éléments en fer, en bronze, en émail rouge et en or.

Casque d'Amfreville. Les motifs décoratifs des trois bandes, du côté arrière.

Les motifs décoratifs des trois bandes, du côté arrière. (Wikimedia Commons).

Sur cette pièce exceptionnelle, il manque en particulier les protège-joues. Le casque est daté du IVe ou IIIe siècle av. J.-C, les avis divergent parmi les spécialistes. Il est en tous cas plus récent que le casque d’Agris.

Le registre médian est composé par une feuille d’or qui comporte un décor formé de triscèles reliés par des esses.

Casque d’Amfreville. Détail des décorations de la bande d'or.

Casque d’Amfreville. Détail des décorations de la bande d’or. (Wikimedia Commons).

Voir également TINTIGNAC site connu pour ses casques d’apparat aux formes extravagantes

Autre casque extraordinaire SAISON 2 ANNEXE 31 Le casque de Ciumești avec un oiseau articulé à son sommet

LE DIEU DES ENFERS

Il est à noter qu’aucun casque d’apparat celtique connu ne provient d’une sépulture. Ils ont tous été retrouvé dans un contexte cultuel. Compte tenu des déplacements subies par l’action des animaux fouisseurs (terrier de blaireau), le casque d’Agris a été sans doute à l’origine déposé dans une fosse. Il semble qu’une partie des ornements externes ont été placés à l’intérieur du timbre avant son enfouissement. Comme d’autres casque d’apparat, le timbre du casque d’Agris a subi un enfoncement volontaire fait à l’aide d’un instrument contondant. Endommager les armes, par exemple les épées tordues ou pliées, déposées dans un sanctuaire fait partie d’un rituel religieux. Détruire, endommager ou démonter un objet de prestige (casque ou épée) est un acte sacré, l’objet est pour ainsi dire « rendu » aux dieux et déposé dans leur sanctuaire.  En le cabossant et en le démontant le casque a été en quelque sorte « tué » rituellement pour redevenir la propriété des dieux. Le chaudron de Gundestrup est, lui aussi, une telle offrande faîtes dieux lorsqu’il a été déposé en pièces détachées dans une tourbière.

Les tourbières, les puits ou la grotte dans le cas du casque d’Agris sont des portes d’entrée privilégiée vers les territoires chtoniens du Dis Pater gaulois, le dieu des Enfers. Le druidisme n’est pas une religion dualiste, avec un dieu bon et un diable qui est l’incarnation du mal, notion tardive apparue avec les religions à tendance monothéiste. C’est pourquoi le dieu des Enfers n’est pas un dieu mauvais, mais il est craint pour sa puissance. Car le Dis Pater gaulois donne et reprend la vie selon son bon vouloir. Ce qui pour les adeptes du druidisme qui croient en l’immortalité de l’âme n’est pas une catastrophe en soi, notamment pour les guerriers. Ce qui explique d’ailleurs leur entrain à mourir dans le combat, ce qui a beaucoup étonné leurs contemporains grecs et latins qui les ont décrits dans leurs textes. Le poète Lucain dit des croyances des druides à propos de l’âme que « la mort n’est que le milieu d’une longue vie et qu’il est lâche d’épargner une vie qui doit revenir ». Ce que d’ailleurs le poète latin considère comme une folie.

Voir à ce propos SAISON 1 ANNEXE 31 Les druides et l’immortalité de l’âme

Voir également, SAISON 3 ÉPISODE 7 Cernunnos Dis Pater

et SAISON 3 ÉPISODE 8 Cernunnos Dieu des Enfers

UN CASQUE DE PRESTIGE

Actuellement sont connus du casque d’Agris, le timbre, le protège nuque, la base du cimier, une des deux paragnathides et divers fragments des pièces ornementales fixés latéralement. Sont manquants en dehors d’un protège-joue, le cimier qui peut, d’après d’autres exemples connus, prendre une forme extraordinaire. La forme exacte des ornements latéraux est également inconnue, même si une hypothèse intéressante a été avancé.

Le casque d'Agris est constitué d’une coque en fer martelée à l’arrière de laquelle un couvre-nuque rapporté est fixé par rivetage.

Le casque d’Agris est constitué d’une coque en fer martelée à l’arrière de laquelle un couvre-nuque rapporté est fixé par rivetage. Toute la surface est recouverte de bandes ornementales de bronze dont le décor, en léger relief, a été entièrement revêtu de feuilles d’or pur à 99%. Musée d’Angoulême

Les casques de prestiges celtiques présentent la particularité d’offrir un timbre de métal banal (du fer à Agris, du bronze à Amfreville) entièrement recouvert de bandes richement décorées d’un autre métal. Les bandes de métal décorées sont en bronze sauf sur le casque d’Amfreville, pour lequel elles sont en fer. Tous portent des pièces ornementales en corail, sauf celui d’Amfreville, sur lequel elles sont en émail rouge. Cependant les deux casques sont recouverts d’or, entièrement à Agris et en une large bande à Amfreville.

DES ARTISANS DE TALENT

La fabrication du casque d’Agris met en œuvre des matériaux de natures diverses.

  • Du fer pour les supports du timbre, les paragnathides et des autres pièces.

  • Du bronze fondu ou repoussé en plaquage sur le fer.

  • De l’or en plaquage sur le bronze, en fils bouletés et pour les têtes des rivets. Un or très pur (99 %, argent 0.5 %, cuivre 0.2 %) assez inhabituel durant l’Antiquité. Le métal pourrait provenir des mines du Massif Central.

  • Des incrustations de corail. Ces pièces ornent en effet presque la totalité du timbre, le couvre-nuque, la paragnathide et les pièces annexes.

  • Divers éléments en matières organiques, bois, cuir et une sorte de colle.

Casque d’Agris, gros plan sur le couvre-nuque.

Casque d’Agris, gros plan sur le couvre-nuque. mediolanum-santonum.fr

ÉTUDE STYLISTIQUE

Le décor de cette œuvre exceptionnelle se répartit en trois registres séparés par des bandes étroites. L’ensemble est recouvert de décors végétaux avec palmettes, lotus et motifs géométriques indéfiniment répétés.

Le décor des bandes ornementales :

En haut, les palmettes à cinq feuilles sont modifiées de façon à évoquer la barbe d’un visage, au large nez triangulaire et aux grands yeux circulaires encadrés de la double feuille de gui. Il rappelle étonnamment le thème omniprésent dans l’art celtique du Ve et du début du IVe siècle avant J.-C. du visage humain coiffé de feuilles de gui symétriques que l’on retrouve sur le pilier de Pfalzfeld en Rhénanie, sur la statue du tumulus de Glauberg en pays de Bade.

Détail du Casque d'Agris.

Détail du Casque d’Agris. Source : expo-ornement.edel.univ-poitiers.fr

Au milieu Le registre médian porte un enchaînement de motifs en S (esses) enserrant des lotus à deux registres alternativement droits et renversés. Des bandes de peltes (bouclier des Amazones) séparent le registre médian des autres.

Détail du Casque d'Agris. Décor en forme d’esses.

Détail du Casque d’Agris. Décor en forme d’esses. Source : expo-ornement.edel.univ-poitiers.fr

En bas, les palmettes forment la coiffure en plume d’un masque aux yeux globuleux.

Détail de la partie basse du casque montrant les feuilles d'or repoussées, fixées par des rivets en argent à tête sertie de fleurons d'or, avec des restes d'éléments décoratifs de corail sertis dans les alvéoles de certains motifs.

Détail de la partie basse du casque montrant les feuilles d’or repoussées, fixées par des rivets en argent à tête sertie de fleurons d’or, avec des restes d’éléments décoratifs de corail sertis dans les alvéoles de certains motifs. (Wikimedia Commons).

Le décor de la paragnathide :

Elle se compose d’une plaque de fer ajourée formée de deux esses affrontées d’où pend une palmette renversée. Recouverte de corail riveté, la paragnathide est bordée de fils d’or bouletés qui forment des motifs curvilignes. Notamment un serpent à tête de bélier.

Paragnathide du Casque d'Agris.

Paragnathide du Casque d’Agris. Source : expo-ornement.edel.univ-poitiers.fr SER 1

UN CASQUE DE CÉRÉMONIE

Il est évident qu’avec un tel degré de sophistication et doté de telle excroissances, ces casques d’apparats peu pratiques ne pouvaient pas servir lors d’un affrontement direct entre belligérants. Tout au plus un chef pouvait porter un tel objet de prestige pour mener ses troupes lors d’une guerre et assister en observateur au bon déroulement d’une bataille. Cependant le chaudron de Gundestrup dit autre chose. Il semble que ces casques extraordinaires servaient lors de cérémonies religieuses dans le secret du sanctuaire. Telle cette plaque du chaudron d’argent sur laquelle est représentée une sorte de défilé militaire.

Défilé militaire. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré.

Défilé militaire. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).

UN DIEU QUI MEURT

Quelques détails semblent cependant indiquer qu’il ne s’agit pas simplement de troupes en manœuvre. Tel ce personnage géant (caractéristique d’une divinité) qui plonge un homme, tête en bas, dans une cuve. Ou la présence d’un serpent à tête de bélier qui vole au-devant des quatre cavaliers.  Cette plaque montre en fait une scène mythologique. Ce sont les animaux qui accompagnent les dieux qui permettent de reconnaître les personnages principaux. L’homme qui est plongé dans la cuve est une représentation d’Orion, reconnaissable au chien qui figure toujours à ses côtés. Il s’agit des constellations d’Orion et du Grand Chien (Canis Major), un des deux personnages principaux du chaudron de Gundestrup. La plaque ne montre pas un sacrifice humain puisque Orion et son chien sont déjà « morts » parce qu’ils sont descendus sous l’horizon. Ce qui symbolise une descente sous « terre », une descente aux Enfers qui dure soixante-dix jours. Comme les Égyptiens, les druides pensaient que les étoiles « vivent » (lorsqu’elles sont visibles dans le ciel) et « meurent » (lorsqu’elles sont invisibles). Leur période d’absence est considérée comme un séjour souterrain dans le royaume du dieu des Enfers.

UN DIEU QUI RESSUSCITE

Orion est ensuite plongé dans une cuve et il ressuscite en réapparaissant au-dessus de l’horizon dans toute sa splendeur. Cela se passe au lever du jour au solstice d’été. Cette réapparition est appelée lever héliaque. Dans la pratique, un observateur voit Orion réapparaître nimbé d’une aura formée par les premiers rayons de soleil. L’effet devait être saisissant pour l’assistance.

Le deuxième personnage important sur le chaudron de Gundestrup est le géant, reconnaissable grâce la présence de son animal fétiche, le serpent. Il s’agit Ophiuchus également appelé Le Serpentaire. Ce dernier est appelé ainsi parce qu’il est le seul personnage du ciel étoilé qui manipule un serpent. Ophiuchus est représenté sur le chaudron de Gundestrup sous la forme du Maître des animaux, celui-ci est également appelé Cernunnos.

Cernunnos sur le chaudron de Gundestrup entouré par un taureau, un cerf, une lionne et un loup. Le dieu tient dans sa main le serpent à tête de bélier.

Cernunnos sur le chaudron de Gundestrup entouré par un taureau, un cerf, une lionne et un loup. Le dieu tient dans sa main le serpent à tête de bélier. (Wikimedia Commons).

Ce personnage, comme son modèle stellaire, manipule lui-aussi un serpent. Un ophidien aux cornes de bélier.

Voir également SAISON 3 ÉPISODE 10 Cernunnos et le serpent à tête de bélier

Pour en savoir plus, la SAISON 3 est entièrement consacrée au dieu Cernunnos et au déchiffrement des plaques du chaudron de Gundestrup, le concernant.

Voir également la SAISON 2 qui est dédiée au dieu Orion et à ses avatars celtiques

LES QUATRE CAVALIERS

Or sur cette plaque qui est orné d’une scène mythologique, quatre cavaliers et un guerrier à pied sont représentés avec des casques d’apparats. Ce qui signifie que le porteur du casque d’Agris était un de ces personnage importants. Un chef de guerre qui mène ses troupes. Ce personnage pourvu d’une haute fonction militaire avait également un rôle important lors d’une cérémonie religieuse retraçant une scène mythologique bien précise. On peut se poser la question suivante. Le casque a-t-il été « sacrifié » aux dieux après le décès de ce personnage important ?

C’est peu probable, ces casques d’apparats sont trop peu nombreux pour avoir été détruits systématiquement après la mort d’un chef. Il semble que ce n’est pas le personnage lui-même qui est en soi important, mais la fonction qu’il occupe, même s’il est choisi parmi l’aristocratie. Les hommes sont mortels et la fonction qui peut être héréditaire dépasse le cadre d’une vie humaine. L’exemple des papes est éloquent. Il est fort probable que plusieurs porteurs se sont succédés pour assumer cette fonction religieuse. On peut également se poser la question suivante. Quelle pouvait bien être la forme du cimier qui ornait le sommet du casque ?

D’après le chaudron de Gundestrup, plusieurs solutions peuvent être envisagées. Un oiseau, un sanglier (représenté deux fois), des cornes (improbable, la configuration générale du casque ne s’y prête pas) ou un casque à panache avec une crête en crin de cheval. La plupart des variantes sont possibles. Comme le chaudron de Gundestrup est une sorte de testament définitif des druides, une autre variation sur le thème du casque d’apparat est peu probable. C’est donc parmi ces modèles qu’il faut choisir.

LE CORBEAU

C’est le cavalier à l’oiseau — un corbeau — qui est le premier d’entre eux, celui qui mène la troupe, c’est lui qui est le plus important. Si dans la pratique, il n’y avait qu’un seul cavalier présent lors d’une telle cérémonie, c’est bien celui-là qui devait être représenté. En outre, il est la figuration d’un personnage bien connu de la mythologie celtique. Il s’agit de Brennos, héros portant un nom basé sur celui du corbeau.

Voir à ce propos SAISON 2 ÉPISODE 20 Brennus (1ère partie)

SAISON 2 ÉPISODE 21 Brennus et la Quête du Graal (2ème partie)

Or Brennos n’est pas un prénom ou un nom de famille, mais le titre d’un chef de guerre qui doit récupérer un précieux talisman dans l’Autre Monde celtique, terme qui désigne le royaume des morts. Ce talisman symbolise un savoir qu’il faut récupérer dans le monde des défunts. Il ne s’agit rien de moins que du secret de l’immortalité. Avis aux chercheurs, c’est dans le royaume des morts qu’il faut chercher ce secret bien gardé.

L’ŒUF DE SERPENT

Pour cela il faut rappeler le mythe druidique qui dépeint comment un druide pénètre dans l’Autre Monde pour dérober un précieux talisman, L’œuf de serpent :

Il existe, en outre, une autre espèce d’œufs en grand renom dans les Gaules et dont les Grecs n’ont pas parlé. Des serpents s’enlacent + en grand nombre + ; avec leur bave et l’écume de leurs corps ils façonnent une sorte de boule appelée + urinum +. Les druides disent que cette façon d’œuf est projetée en l’air par le sifflement des serpents, et qu’il faut la rattraper dans un manteau sans lui laisser toucher la terre ; que celui qui s’en est emparé doit s’enfuir à cheval, car les serpents le poursuivent jusqu’à ce qu’ils soient arrêtés par l’obstacle d’une rivière […][1].

L’interprétation du mythe est relativement simple et décrit un voyage dans l’Autre Monde, durant lequel un druide fait une incursion dans le royaume des morts et s’empare de l’œuf de serpent. Puis il s’enfuit à cheval (animal psychopompe) poursuivi par des serpents.

D’après le mythe druidique transmis par Pline concernant l’œuf de serpent, le danger rôde puisque ce sont les morts qui prennent l’aspects de serpents pour empêcher le héros de revenir dans le monde des humains.

Pour connaître les différents aspects et la nature exact de cet étrange talisman, prototype de la Quête du Graal, voir SAISON 2 ANNEXE 24 Le sanctuaire des druides

Le premier cavalier qui pénètre cet Autre Monde sous la conduite du serpent à tête de bélier ne peut être qu’un Brennos au casque orné d’un corbeau. Cependant les hommes exceptionnels qui sont les seuls capables de pénétrer le royaume des morts et… d’en revenir vivants doivent être munis d’un accessoire important : le rameau d’or. Pour les druides, il ne peut s’agir que d’un rameau de gui. Sans gui, il n’y a pas de retour possible et le héros est condamné à rester dans le royaume des ombres.

C’est ici qu’un détail de la décoration du casque d’Agris prend toute son importance.

LA CLEF VERS L’AUTRE MONDE

Ce détail est un fragment des pièces ornementales fixés latéralement au casque.

Morceau de décor latéral du casque d’Agris.

Morceau de décor latéral du casque d’Agris. Source : José Gomez de Soto, Le casque d’Agris, in Hors/Serie 2, Les Gaulois, 2012.

Or le chercheur responsable des fouilles et de l’étude du casque d’Agris a émis une hypothèse intéressante qui va dans le sens de ce qui a été écrit ci-dessus.

Il existe dans le monde celtique des couvre-chefs portant deux excroissances latérales en forme de feuilles de gui.

Prince du Glauberg. Statue en pied découvert en 1994 au Glauberg, Hesse, Allemagne.

Prince du Glauberg. Statue en pied découvert en 1994 au Glauberg, Hesse, Allemagne.  © Heinrich Stürzl

Voir à ce propos SAISON 2 ÉPISODE 15 L’habillement des druides

Il semble que le décor latéral du casque d’Agris, dont il ne reste que des fragments, forme exactement les mêmes excroissances en forme de feuilles de gui que les exemples cités. La statue du prince du Glauberg et une applique en or de la tombe de Schwarzbach.

Essai plausible de reconstitution du casque d’Agris complet sur fond de statue de Glauberg avec ses feuilles de gui et de l’applique d’or de la tombe de Schwarzbach

Essai plausible de reconstitution du casque d’Agris complet sur fond de statue de Glauberg avec ses feuilles de gui et de l’applique d’or de la tombe de Schwarzbach. Dessin crée d’après les conseils de José Gomez de Soto, Directeur de recherche émérite au CNRS. Source : José Gomez de Soto, Le casque d’Agris, in Hors/Serie 2, Les Gaulois, 2012.

VOYAGE VERS L’INCONNU

La seule différence notable est que les deux exemples cités ont été retrouvés dans un contexte funéraire. Ce qui signifie que les propriétaires de ces couvre-chefs les ont portés pour entrer dans le royaume des morts après leur décès. Ce qui n’est pas le cas du porteur du casque d’Agris dont la mission consiste justement à pénétrer le royaume des morts et… d’en ressortir vivant avec le précieux talisman. C’est le mythe qui le dit. Cependant tout mythe comporte chez les druides son pendant dans la réalité sous la forme d’un rituel. On peut se demander ce que pratiquaient les druides comme rituel dans le secret de leur sanctuaire pour reproduire ce mythe ?

Une hypothèse serait l’emploi du gui, un poison mortel[2], sous la forme d’une décoction dosée avec précision qui une fois absorbée plonge le volontaire — portant le titre de Brennos et le casque d’apparat — dans un état de mort clinique pour le faire voyager dans l’Autre Monde. C’est ce qui est appelé de nos jours une expérience de mort imminente.

L'Ascension vers l'empyrée de Jérôme Bosch est associée par les chercheurs sur l'expérience de mort imminente aux aspects de la vision du tunnel.

L’Ascension vers l’empyrée de Jérôme Bosch est associée par les chercheurs sur l’expérience de mort imminente aux aspects de la vision du tunnel. (Wikimedia Commons)

Une transe telle que le pratiquent les chamanes peut également être envisagée. En tous cas, ces voyageurs de l’impossible peuvent entrer en contact avec le monde des ancêtres, des morts, des esprits et des dieux. Les chamanes voyagent en compagnie d’un esprit protecteur qui prend la forme d’un animal. Dans le cas du chaudron de Gundestrup, il semble que cet esprit-guide prend l’apparence d’un serpent à tête de bélier. Il protège le voyageur des attaques des esprits malfaisants. Comme dans le mythe druidique, il faut traverser un cours d’eau, la Rivière du Temps. Ce passage de l’eau permet d’accéder à l’Arbre de Vie. C’est le sanctuaire, mythique ou réel, dans lequel se trouvent plusieurs objets. Ces derniers sont, outre l’arbre cosmique central, une pierre, en général une pierre tombée du ciel, l’omphalos, le centre du monde. Des récipients, un chaudron et une coupe, une tête coupée qui prend une fonction oraculaire. Des armes sacrées (épée, lance, bouclier, casque) sont également entreposées dans ce sanctuaire.

Pour en savoir plus, voir SAISON 2 ANNEXE13 Le Graal

Ainsi que SAISON 2 ANNEXE 24 Le sanctuaire des druides

Le retour est la phase la plus dangereuse, car gare aux gardiens qui empêchent le voyageur de revenir de l’au-delà. Dans le mythe druidique, ils peuvent prendre l’aspect de serpents. Ce qui est confirmé par les traditions antiques.

On conçoit généralement les habitants de l’Autre Monde sous une forme ophidienne[3].

Car c’est une croyance ancienne que de croire que les défunts se transforment en serpents. Même Pythagore dont l’enseignement semble proche de celui des druides semble adhérer à ce concept de génération spontanée.

Selon Pythagore, il nait un serpent de la moelle épinière d’un cadavre d’homme[4].

Ce qui signifie que ce sont les âmes des défunts qui poursuivent le héros et qu’elles sont obligées de s’arrêter aux portes de notre monde, symbolisé par un cours d’eau. Visiblement les défunts ne peuvent pas franchir cette frontière et pénétrer le monde des vivants.

ORPHÉE ET EURYDICE

Un voyage des druides dans l’au-delà ne reste qu’une hypothèse, mais le mythe d’Orphée n’est pas loin.

Ayant perdu son épouse Eurydice qui a été mordue par un serpent, Orphée pleure sa mort durant la cérémonie funèbre. Les Dieux, voyant le chagrin du jeune héros, les dieux lui accordent de descendre jusqu’aux Enfers pour qu’il aille chercher sa bien-aimée. Une seule condition lui est imposée : qu’il ne croise pas le regard d’Eurydice en remontant des Enfers. En remontant, il se retourne pour voir si son épouse est toujours derrière lui. Hélas, un seul coup d’œil suffit pour qu’il la perde pour toujours.

Si l’on suit le mythe druidique, il est assez simple de savoir pourquoi les dieux ont interdit à Orphée de se retourner. Parce que la défunte Eurydice avant de franchir le seuil du monde des vivants a l’apparence repoussante d’un serpent.

C’est autour de ce mythe que se fonda l’orphisme, courant philosophique et religieux fondé sur l’initiation dont la descente d’Orphée aux enfers est le modèle. Or druidisme et orphisme sont les deux courants d’une même pensée. Les similitudes entre les deux religions sont nombreuses, notamment la croyance en l’immortalité de l’âme et la présence d’un serpent cornu dans le mythe de la création du monde.

ORPHISME ET DRUIDISME

Autre point commun entre l’orphisme et le druidisme, la présence d’un Maître des animaux dans l’iconographie des deux religions. Ce sont en fait des représentations de la constellation d’Ophiuchus, le Serpentaire.

Ophiuchus et la constellation du Serpent, Johann Bayer, Uranometria, 1603. (Source Wallhapp.com).

Ophiuchus et la constellation du Serpent, Johann Bayer, Uranometria, 1603. (Source Wallhapp.com).

Voir à ce propos SAISON 3 ÉPISODE 2 Cernunnos-Kernunnos

Sur le chaudron de Gundestrup, Cernunnos porte un torque autour du cou et Orphée joue de la lyre. Ces deux objets sont des voisines d’Ophiuchus, la constellation de la Couronne Boréale (Corona Borealis), en demi-cercle qui ressemble à un torque, et celle de la Lyre (Lyra).

Voir SAISON 3 ÉPISODE 4 Cernunnos et le torque

Orphée entouré d'animaux. Ancienne murale sur un plancher à Palerme, Italie. Maintenant au musée archéologique régional Antonino-Salinas.

Orphée entouré d’animaux. Ancienne murale sur un plancher à Palerme, Italie. Maintenant au musée archéologique régional Antonino-Salinas. (Wikimedia Commons).

Parmi les nombreux animaux, on peut noter que les mêmes espèces sont aux pieds d’Orphée (dans la partie basse de la mosaïque) que ceux qui entourent Cernunnos sur la plaque du chaudron de Gundestrup. Le taureau, le cerf, la lionne et le loup dans un agencement quadrangulaire. Le serpent est également présent sur la composition (en bas à gauche).

Cependant de façon étrange la tête du serpent à été tronquée sur la mosaïque et remplacée par un décor de pierre et de plantes. Pourquoi ?

Que voulait-on cacher ?

Était-ce une représentation d’un serpent cornu comme sur le chaudron de Gundestrup ?

La forme de la pierre qui figure la tête de l’ophidien et la plante qui a la forme d’une grande corne le laisse penser. Étrange non-dit.

LE SERPENT À TÊTE DE BÉLIER

Le monstre cornu qui orne la paragnathide est la plus ancienne figuration connue du serpent criocéphale dans le monde celtique.

Voir SAISON 3 ÉPISODE 10 Le serpent à tête de bélier

Le serpent à tête de bélier apparaît à trois reprises sur le chaudron de Gundestrup. Dans un cas, il est un indicateur temporel qui indique l’ère du Bélier. Il est également le premier né, plus vieux que les dieux eux-mêmes. Pourtant c’est la scène du défilé militaire qui va retenir notre attention. Le serpent à tête de bélier semble être dans cette scène un guide vers l’autre monde. Il n’a pas besoin d’ailes comme les dragons occidentaux pour voler dans les airs. En cela il ressemble aux dragons orientaux. Sur le chaudron de Gundestrup, il prend un rôle psychopompe, il devient ainsi un conducteur des âmes des morts vers l’au-delà. Les guerriers en armes tournent autour de l’arbre cosmique représenté pour des raisons pratiques à l’horizontale et suivent le serpent. Il est également présent sur le casque d’Agris, ce dernier est porté par un des cavaliers qui suivent le serpent à cornes de bélier sur le chaudron de Gundestrup.  Comme les troupes celtiques de Brennos qui se sont lancés à l’assaut du sanctuaire de Delphes pour voler l’omphalos, la pierre qui marquait le centre du monde grec. Détail intéressant, cette pierre centrale est gardée par le serpent python. Pour Brennos et ses troupes l’expédition vers le sanctuaire grec est déjà un accès vers l’Autre Monde Les guerriers du chaudron de Gundestrup s’élancent vers l’Autre Monde pour dérober le talisman sous la conduite d’un héros portant le titre de Brennos et qui est guidé par le serpent à tête de Bélier. Le talisman convoité est appelé par les druides l’œuf de serpent. Cet objet est un des aspects du Graal. Les serpents jouent donc des rôles différents positifs ou négatifs, ils sont les gardiens du talisman et attaquent les intrus, tandis que le serpent à tête de bélier est bénéfique et guide le héros vers l’objet convoité.

Le serpent à tête de bélier. Gros plan sur le Paragnathide du Casque d'Agris.

Le serpent à tête de bélier. Gros plan sur le Paragnathide du Casque d’Agris. Source : expo-ornement.edel.univ-poitiers.fr

CONCLUSION

Le casque d’Agris a été utilisé lors de cérémonies religieuses retraçant un mythe. Ayant perdu pour une raison que l’on ignore son utilité, on peut avancer l’hypothèse que le casque d’Agris a été offert au dieu des Enfers Cernunnos/Dis Pater après une dernière représentation dans le sanctuaire des mystères — cérémonie religieuse secrète — entourant la mort et la résurrection du dieu Orion.

Le casque d’Agris vue de trois-quart avant.

Le casque d’Agris vue de trois-quart avant. Source : univ-poitiers.fr

©JPS2024

[ACCUEIL]

SOURCES :

José Gomez de Soto, Le casque d’Agris, in Hors/Série 2, Les Gaulois, 2012.

José Gomez de Soto, Un chef-d’œuvre Le casque d’Agris, in Dossier d’Archéologie, N° 399 Mai/Juin 2020, Les Gaulois et l’or.

Un chef-d’œuvre de l’orfèvrerie celtique : le casque d’Agris (Charente) – Persée

L’utilisation du corail sur le casque de la grotte des Perrats à Agris (Charente), in Décors, images et signes de l’âge du Fer européen, XXVIe colloque de l’AFEAF, Paris et Saint-Denis 2002, 24e suppl. RACF, 2003 | Sylvie Lourdaux-Jurietti – Academia.edu

NOTES :

[1] Pline l’ancien, Histoire naturelle, Livre XXIX, XII, par. 52 à 54, Traduction A. Ernout, Les Belles Lettres, Paris, 2003.

[2] Selon la dose tout poison peut devenir un médicament. Le gui est d’ailleurs appelé par les druides « le guérit tout ».

[3] Ananda K. Coomaraswamy, La doctrine du sacrifice, Dervy, Paris, 1997, p.107.

[4] Isidore de Séville livre 12, 4, 48.