CERNUNNOS (DIEU DES ENFERS) IIème partie

LES DRUIDES SAISON 3 ÉPISODE 8

CERNUNNOS ET LE LOUP INFERNAL

Lorsque Cernunnos est accompagné par un loup, le dieu prend la fonction du Maître des Enfers.

Pour mieux connaître cette étrange divinité, il faut étudier attentivement une œuvre unique au monde qui représente un monstre androphage. Ce dernier a été découverte à 2.5 m de profondeur derrière l’église de Noves (Bouches-du-Rhône).

La reconstitution hypothétique faite par les archéologues indique qu’il s’agit d’un monstre carnassier qui tient dans sa gueule un homme nettement plus petit que l’animal fantastique.

ÉTUDE DU MONSTRE DE NOVES

Quelle est la nature exacte de cet inquiétant monstre carnassier ?

CERNUNNOS (DIEU DES ENFERS). Le monstre de Noves, cette œuvre est datée entre 50 av. J.-C. et les premières années de notre ère. Musée Lapidaire, Avignon.

Le monstre de Noves, cette œuvre est datée entre 50 av. J.-C. et les premières années de notre ère. Musée Lapidaire, Avignon.

Lion, loup ou dragon ?

LE LOUP ET LE SERPENT

En fait, l’inquiétant monstre de Noves n’est pas un lion ou un ours mal exécuté par un artisan maladroit, mais un loup, sauf que ce n’est pas un loup ordinaire.

Puisque ce loup a une particularité étrange, il paraît étroitement lié au serpent, au point qu’il semble mélanger ses gènes avec ceux du reptile. En fait, les druides ont pensé le monstre de Noves comme un hybride entre un loup et un serpent ou pour être encore plus précis un loup couvert d’écailles de reptile. Dans le langage héraldique on dirait un loup dragonné.

CERNUNNOS (DIEU DES ENFERS). Vue arrière du monstre de Noves qui montre le dos couvert d’écailles. Musée Lapidaire, Avignon.

Vue arrière du monstre de Noves qui montre le dos couvert d’écailles. Musée Lapidaire, Avignon.

Comme si les gènes du serpent transfiguraient l’apparence du canidé en en faisant une créature supérieure, divine. Car la figure du dieu des Enfers gaulois permet de pénétrer une autre dimension de la pensée religieuse des druides. Puisque grâce à cette statue on peut décrypter une partie des croyances qui prévalaient à l’époque des sages celtes. Il faut revenir un instant sur l’œuvre elle-même, qui est réalisée dans ce que l’on pourrait appeler un style archaïsant. Barbare, au sens noble du terme, car ici il n’y a aucune influence grecque ou romaine. Certains ont parlé d’un style grossier, alors que le sculpteur a traduit à merveille les intentions des commanditaires.

SEREIN DEVANT LA MORT

Le monstre de Noves est représenté assis sur son arrière train, les pattes postérieures tendues vers l’avant. Sur ces dernières sont posées deux têtes portant de longues barbes. Deux sages dont le visage est serein. Ce sont donc des individus qui à l’évidence n’ont pas craint la mort. Ce qui est une des caractéristique du druidisme. Pour en savoir davantage, voir SAISON 1 ANNEXE 31 Les druides et l’immortalité de l’âme

Il ne fait aucun doute qu’il s’agit des crânes de deux druides défunts. Il ne s’agit pas de têtes de décapités car ce ne sont pas des guerriers, mais des crânes prélevés sur des défunts dont on a, soit conservé le faciès en l’embaumant avec de l’huile de cèdre comme le signalent les auteurs de l’Antiquité, soit reconstitué la face grâce à un masque d’argile. Car l’arrière du crâne est mis à nu et ne porte aucune trace de leur enveloppe charnelle.

  CERNUNNOS (DIEU DES ENFERS). Le visage serein d’une des têtes du monument. de Noves Musée Lapidaire Avignon.

Le visage serein d’une des têtes du monument. Musée Lapidaire Avignon.    

Les pattes avant griffues de la bête sont posées sur ces deux têtes.

UN RELIQUAIRE

Une reconstitution de la statue permet de dire que le monstre serrait entre ses dents le corps d’un être humain[1]. L’individu qui pend dans la gueule du monstre forme un arc de cercle qui donne à l’ensemble l’aspect d’un réceptacle. Les archéologues ont pensé à une sorte de reliquaire dans lequel était déposé le crâne d’un ancêtre.

CERNUNNOS (DIEU DES ENFERS). Reconstitution hypothétique du monument. L’homme mutilé a été complété en fonction des traces d’arrachements et des parties conservées. Musée Lapidaire, Avignon.

Reconstitution hypothétique du monument. L’homme mutilé a été complété en fonction des traces d’arrachements et des parties conservées. Musée Lapidaire, Avignon.

Les archéologues sont encore allés plus loin en proposant que le visage de ce défunt était reconstitué sur le crâne grâce à un masque en argile et peint pour lui redonner l’apparence de la vie.

Ce qui rappelle les crânes surmodelés du Proche Orient qui sont datés du néolithique et qui sont une des nombreuses expressions d’un culte des ancêtres.

Crâne de Jéricho, vers 7000 avant J-C.

Crâne de Jéricho, vers 7000 avant J-C.

Dans la pratique, ce sont de véritables crânes humains à qui l’on a redonné l’apparence de la vie en reconstituant les traits du défunt grâce à l’application de diverses matières : terre, argile, cendres, plâtre ou chaux. Ces crânes sont parfois représentés les yeux fermés et prennent alors une attitude sereine semblables aux têtes qui sont représentées sous les pattes du monstre de Noves.

Détail du crâne 741-CS3. Stordeur et Khawam 2007.

Détail du crâne 741-CS3. Stordeur et Khawam 2007. © D. Stordeur.

LE DIEU PÈRE DES GAULOIS

Quant au personnage que le monstre tient dans sa gueule, il fait penser aux défunts qui sont avalés par le dieu loup évoqué dans l’article précédent. Ainsi on peut avancer l’idée que le monstre carnassier de Noves est une image du dieu, que César nomme Dis Pater, le Dieu Père tout puissant des Celtes et divinité tutélaire des druides, qui, comme Cronos, mange ses propres enfants. C’est-à-dire la communauté des humains qui sont passés de vie à trépas. Le phallus dressé indique que le dieu est également le dispensateur de vie, mais que ce qu’il donne, il peut le reprendre. Car tout ce qui naît est condamné à mourir. Le dieu créateur est aussi le dieu destructeur. C’est pourquoi il symbolise également la mort qui dévore de sa gueule vorace les défunts. L’alpha et l’oméga, les symboles de la vie et de la mort associés dans un même monument funéraire. Dans un système dualiste comme les religions monothéistes, le Maître des Enfers est un démon, le mal incarné, le diable. Par contre dans un système polythéiste, le Maître des Enfers est un dieu, certes sombre, inquiétant et craint, mais il est surtout un dieu qui accueille les défunts dans l’Autre Monde selon leurs mérites.

LE DIEU DES ENFERS CHEZ LES GRECS

Comme le dieu cornu, le dieu des Enfers est un archétype divin si ancien qu’il est présent dans toutes les civilisations. C’est pourquoi il faut faire un détour par la Grèce avec Hadès, le dieu des Enfers des Grecs, vêtu d’une peau de loup. On ne peut être que de l’avis de Salomon Reinach qui pense que l’apparence la plus ancienne d’Hadès devait être celle du loup qui dévore les défunts. D’ailleurs cette image n’a pas tout à fait disparue, car au côté du dieu des Enfers, figure Cerbère, le chien à trois têtes, gardien des Enfers. Celui-ci représente le maître des Enfers avant l’anthropomorphisation des dieux grecs. Dans l’évolution de la figuration des divinités à travers le temps, l’image la plus ancienne est celle du loup, ensuite vient celle mi-humaine mi-animale, souvent un homme à tête de canidé, comme le dieu égyptien Anubis, et pour finir le dieu devient dans son apparence un homme à part entière accompagné d’un loup[2].

Voir à ce propos SAISON 2 ANNEXE 2 Les dieux et leur forme animale

Ainsi les druides ont vénéré un dieu sous l’apparence d’un loup qui dévore les défunts.

Cependant, il faut le rappeler avec force, cela ne signifie pas que qu’ils ont adoré un animal mais tout simplement qu’un des aspects du dieu, parmi bien d’autres, est celui d’un animal. L’image n’est qu’un support qui permet à l’esprit humain de vénérer l’invisible à travers le visible.

Dans le cas d’un animal, il y a souvent un élément qui le distingue des bêtes que l’on mène à l’abattoir ou que l’on tue à la chasse et qui souligne son essence divine. Le taureau à trois cornes, le taureau aux trois grues ou le loup couvert d’écailles qui tient dans sa gueule un défunt en sont quelques exemples.

LE CHIEN DES ENFERS

Cerbère, le gardien de Enfers en Grèce, est la clef de l’énigme. Car dans l’iconographie grecque apparait un motif récurrent qui n’a pas été expliqué jusqu’à présent. Il s’agit de serpents recouvrant le corps et les têtes du gardien des Enfers. Apollodore le décrit ainsi :

Eurysthée lui ordonna pour le douzième de ses travaux, d’amener Cerbère des enfers. Ce monstre avait trois têtes de chien, une queue de dragon, et sur le dos des têtes de serpent de diverses espèces[3].

La meilleure illustration de cette description est un vase grec (une hydrie) exposée au musée du Louvres représentant un Cerbère couvert de serpents. Même si Cerbère est souvent désigné sous l’appellation de chien, il ressemble à s’y méprendre à un loup agressif.

CERNUNNOS (DIEU DES ENFERS). Héraklès et Cerbère, vers 525 av. J.-C., Musée du Louvre.

Héraklès et Cerbère, vers 525 av. J.-C., Musée du Louvre.

Mais pourquoi diantre ce chien-loup infernal est-il hérissé de reptiles menaçants ?

Tout simplement parce que le gardien des Enfers grec comme le monstre de Noves est un hybride entre un loup et un serpent. Si pour les druides le mélange canidé-ophidien devient un monstre reptilien couvert d’écailles. Le parti pris esthétique des Grecs est différent et ils optent pour un loup bien reconnaissable, dont le corps est cependant recouvert de serpents en position d’attaque. Le choix des druides pour représenter leur dieu-loup semble plus fusionnel et plus primitif.

LE LOUP ET LE SERPENT

Cette idée d’un dieu hybride loup-serpent refait surface quelques siècles plus tard sur une sculpture en haut-relief romain daté du IIIe siècle de notre ère.

CERNUNNOS (DIEU DES ENFERS). Dieu loup avec des pattes en forme de serpent, haut-relief en calcaire, art romain, 3e siècle.

Dieu loup avec des pattes en forme de serpent, haut-relief en calcaire, art romain, 3e siècle. La scène présente un être hybride entre un loup et un serpent dans un édifice dont l’architecture rappelle un temple. Ce dieu étrange a une tête de loup, un buste et des bras humains et deux serpents comme pattes. Il porte sur lui une peau d’animal au sabot fendu nouée sur l’épaule gauche. Dans sa main droite il tient un objet (clef ?). Dans sa main gauche un caducée, deux tiges avec des capsules de pavot et deux gerbes de blé. Une tête de bélier est posée sur une table d’offrande. Un homme barbu, un genou à terre, fait une offrande au dieu (un pain ?). Source : drouot.com

Dans ce cas, le choix iconographique de l’artiste s’est porté sur la représentation d’un loup dont les extrémités inférieures sont serpentiformes. De par la taille de l’être hybride, ainsi que de la présence dans le décor d’un temple et d’un petit personnage faisant des offrandes, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’un dieu. L’explication qui accompagne ce relief fait de cet étrange loup une association entre Hermanubis et Abraxas. Hermanubis est la fusion entre un dieu grec et égyptien. Hermès psychopompe et Anubis l’embaumeur. Le rôle de ces deux dieux est de conduire les âmes des morts aux Enfers. Les pattes en forme de serpents viennent du dieu Abraxas qui est souvent représenté avec une tête de coq et des jambes serpentiformes. Divinité suprême de la religion gnostique. Beaucoup de circonvolutions pour décrire tout simplement le dieu loup des anciens, le Maître des Enfers.

LE LOUP ÉGYPTIEN

Pour retrouver d’autres traces du dieu loup dans les mythologies anciennes, il faut se tourner vers l’Égypte. Puisqu’il existe également dans cette très ancienne civilisation l’image d’un canidé divin. Il s’agit du dieu Anubis, dans une forme certes plus policée du maître des Enfers. Le choix iconographique retenu par les égyptiens est intermédiaire entre celui plus archaïsant des druides avec leur loup couvert d’écailles et celui complètement anthropomorphe des grecs puisque le dieu égyptien est représenté sous la forme d’un humain avec une tête de canidé.

CERNUNNOS (DIEU DES ENFERS). Anubis préside à la pesée du jugement des morts. Papyrus Ani - British Museum

Anubis préside à la pesée du jugement des morts. Papyrus Ani – British Museum

Une forme entièrement animale de la divinité existe toutefois, même si les spécialistes ne sont pas d’accord sur l’espèce représentée. Chacal ou chien ?

Anubis. Tombeau de Toutankhamon - Musée du Caire

Anubis. Tombeau de Toutankhamon – Musée du Caire

En tout cas Anubis est le dieu des morts et le conducteur des âmes ainsi que le gardien des nécropoles. Il participe à la pesée des âmes et à l’embaumement des corps. Il existe en Égypte d’autres canidés liés à la mort. Citons Oupouaout dont le nom signifie « ouvreur des chemins ». C’est la divinité protectrice de la ville de Siout (Assiout) en Haute-Égypte. Il est intéressant de noter que les Grecs voyaient dans cette divinité un loup puisqu’ils ont appelé cette cité Lykopolis « la ville du loup ». Mais il y a mieux, puisque l’élément ophidien n’est pas absent de certaines représentations de ce canidé divin puisque Oupouaout est montré debout sur des serpents.

Oupouaout,  l’« ouvreur des chemins » debout sur des serpents.                                  

Oupouaout,  l’« ouvreur des chemins » debout sur des serpents. Cette image est tirée de l’ouvrage de Baladji Mundkur, The cult of the serpent, State University of New-York, 1983, p.156.

Une autre divinité égyptienne peu connue est également représentée avec une tête de canidé, il s’agit du dieu du royaume des morts Am-Heh, appelé le « dévoreur de millions (d’âmes) » et qui habite dans un lac de flammes[4]. Créature qui semble très proche du monstre de Noves qui devait être pour les druides un « dévoreur des âmes », celui qui engloutit le corps des défunts.

UN DIEU TERRIBLE

L’Inde, pays des religions antiques toujours vivantes peut également compter un dieu-loup dans leur panthéon. C’est notamment Shiva sous sa forme terrifiante dénommée Bhairava « le terrible »[5].

La forme terrifiante de Shiva Bhairava avec son chien qui l'accompagne. Asian Art Museum, San Francisco, USA.

La forme terrifiante de Shiva Bhairava avec son chien qui l’accompagne. Asian Art Museum, San Francisco, USA.

Cette divinité est représentée en humain avec des cheveux dressés sur sa tête comme des flammes ainsi que des guirlandes de serpents et de têtes de morts autour du cou et surtout il est accompagné par un chien. Shiva Bhairava est lié à la mort, maître des fantômes et des démons[6]. Souvent doté de trois yeux ainsi que de six bras dans lesquels il porte, selon les images, une tête coupée, un sabre, un trident, un serpent, une coupe découpée dans un crâne (Kapala)[7]. On peut noter qu’autour de Shiva Bhairava les éléments serpent et canidé sont également présent.

UN DIEU SOMBRE, MAÎTRE DE LA NUIT.

Certes le monstre de Noves dévore les morts, mais son sexe dressé indique également qu’il est celui qui donne la vie, qu’il est le Dis Pater, le Père de tous. Cette notion est très importante pour bien comprendre cette divinité, car ce n’est pas un dieu du mal ou un dieu mauvais, non, c’est un dieu que l’on craint parce qu’il est puissant et potentiellement destructeur. Cependant il est également celui qui dispense la vie et donne l’abondance à condition de respecter les préceptes druidiques dont trois ont traversé le temps, à savoir « il faut honorer les dieux », « il ne faut pas faire le mal », et pour finir « il faut s’exercer à la bravoure ». Si le monstre de Nove était pour les druides le dévoreur des âmes, celui qui engloutit le corps des défunts. Il est aussi le gardien des nécropoles puisqu’il ne faut pas oublier que la statue du monstre androphage a été retrouvée dans le cimetière de Noves[8]. Certains indices laissent penser que le royaume du Dis Pater est la destination privilégiée des druides décédés et que les destinées des défunts étaient différentes suivant leurs catégories sociales[9]. Dans le druidisme les Enfers ne sont pas un lieu de désolation et de damnation comme dans les religions monothéistes. Dans les récits gallois, Annwynn, le royaume des morts, désigne un monde souterrain où règne la paix et l’abondance.

UN ILLUSTRE INCONNU

Si le dieu qui se dissimule derrière le monstre androphage est maintenant clairement identifié, il reste tout de même un autre mystère à élucider concernant la statue de Noves.

Car, qui est ce personnage qui est pris pour ainsi dire dans la gueule du loup ?

La première impression que l’on ressent devant cet ensemble est qu’il s’agit d’une scène bien connue des adeptes du druidisme comme peut l’être une sculpture du christ en croix pour un chrétien. Cela implique que ce personnage est pourvu d’une histoire, d’un mythe connu de tous auquel on peut le rattacher. Il faut imaginer un instant un archéologue dans un futur lointain qui découvre un crucifix dans les ruines d’une église. Comment à partir de ce simple objet pourrait-il reconstituer la doctrine chrétienne ?

Car la croix symbolise une réalité bien précise pour un chrétien, à savoir la mort et la résurrection du Christ.

Alors qu’en est-il de ce personnage ?

Est-ce un homme ou est-ce un dieu ?

Plusieurs hypothèses peuvent être avancées. Une première possibilité serait qu’il s’agit d’un mort anonyme et qu’en tant que tel il symbolise tous les défunts dans leur ensemble. En quelque sorte comme le soldat inconnu qui représente tous les morts d’un conflit. Une autre possibilité serait qu’il s’agit d’un druide. Mais là encore, est-ce un druide anonyme ou un personnage connu de tous, en quelque sorte un grand ancêtre prestigieux.

Il existe une troisième hypothèse, celle d’un personnage divin. Un être exceptionnel, bien connu de la communauté des croyants. Pour rester dans le parallèle avec le Christ, il faudrait que l’archéologue cité plus haut, retrouve un exemplaire des Évangiles pour pouvoir retracer l’histoire de Jésus. Or, aussi incroyable que cela puisse paraître, et ce malgré l’interdit qui pèse sur l’écriture chez les druides, il existe bel et bien un objet qui peut révéler l’identité ainsi que le mythe relatif à ce personnage mystérieux. Cet objet, a déjà été évoqué à mainte reprise : le Chaudron de Gundestrup.

LES IMAGES DU CHAUDRON

Sur le chaudron de Gundestrup, il existe à n’en pas douter un mort célèbre : c’est Orion. Car le chaudron d’argent montre clairement le corps d’un dieu mort entre les bras de la Déesse-Mère. Luxe suprême, pour qu’il n’y ait pas de confusion et bien identifier le défunt, l’artisan qui a réalisé le chaudron a même ajouté le fidèle chien du dieu dans la composition de l’image. Pas d’erreur possible, c’est bien d’Orion qu’il s’agit.

Mais pourquoi Orion et son chien sont-ils représentés couchés sur le dos ?

C’est une fois de plus vers l’astronomie qu’il faut se tourner pour trouver une explication. Les étoiles circumpolaires, les plus proches de l’étoile polaire, sont visibles toute la nuit en toute saison parce qu’elles ne descendent jamais sous l’horizon. C’est pourquoi elles sont considérées par les anciens comme immortelles. Les Égyptiens les ont qualifiés en tant que « Celles qui ne connaissent pas la destruction » ou encore les « impérissables ». Pour les autres étoiles du firmament, les Égyptiens considéraient que ces étoiles « vivent » lorsqu’elles sont visibles et qu’elles meurent lorsqu’elles sont invisibles. Les constellations d’Orion et du Grand Chien font partie des constellations qui descendent sous l’horizon, donc sous terre, et qui disparaissent du ciel étoilé pendant un certain temps. Ce qui signifie que pour les anciens ces deux constellations font partie des constellations mortelles. Orion et le Grand Chien sont morts couchés sur le dos parce qu’ils ne sont plus visibles pour l’observateur. C’est pourquoi le défunt Orion gît dans le bras de la déesse.

La Grande Déesse, à noter Orion et son chien couchés sur le dos (en bas). Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague)

La Grande Déesse, à noter Orion et son chien couchés sur le dos (en bas). Certains spécialistes ont vu dans ce personnage Lug à la longue main, en attribuant par erreur le bras de la déesse au petit personnage. Ce qui n’est bien évidemment pas le cas. C’est bien le bras de la déesse qui se prolonge sous le petit personnage. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague). (Wikimedia Commons).

Parmi les nombreux éléments qui entourent la déesse, il faut retenir le corps d’Orion qui est couché dans le bras de la divinité (en bas à droite). Orion est la plupart du temps accompagné par son fidèle chien, couché lui aussi sur le dos.

L’image du dieu couché dans les bras de la déesse n’est pas sans rappeler l’image saisissante d’une mater dolorosa. C’est pourquoi cette scène du chaudron de Gundestrup est le strict équivalent druidique de la pietà qui représente la Sainte Vierge tenant le corps sans vie du Christ dans ses bras.

La Pietà est une statue en marbre de Michel-Ange de la basilique Saint-Pierre du Vatican à Rome.

La Pietà est une statue en marbre de Michel-Ange de la basilique Saint-Pierre du Vatican à Rome, représentant le thème biblique de la « Vierge Marie douloureuse » (Mater dolorosa en latin ou Pietà), tenant sur ses genoux le corps du Christ descendu de la Croix avant sa Mise au tombeau, sa Résurrection et son Ascension. Elle a été sculptée entre 1498 et 1499.

Certes le style presque schématique et symbolique du chaudron n’a rien à voir avec la figuration expressive de la même scène crée par Michel-Ange, mais le sujet central dans un cas comme dans l’autre reste le même, la mère divine tient son fils défunt dans ses bras.

Les Égyptiens pensaient que les constellations qui disparaissent sous l’horizon meurent, mais que peut-on penser d’une constellation qui réapparait au-dessus de l’horizon après un certains temps passé sous terre ?

Détail du Retable d’Issenheim de Matthias Grünewald, le panneau de la Résurrection du Christ. 

Détail du Retable d’Issenheim de Matthias Grünewald, le panneau de la Résurrection du Christ.  © Musée Unterlinden Colmar

La succession de scènes qui ornent le chaudron de Gundestrup laissent à penser qu’il s’agit bel et bien d’une résurrection et non d’une renaissance comme nombre de dieux saisonniers. Le dieu meurt et ressuscite bel et bien. Les parallèles avec le Christ existent, mais les divergences sont également importantes. La mise à mort n’est pas la même et le délais entre la mort et la résurrection diffère également (trois jours dans un cas et soixante-dix dans l’autre). On peut se demander si cette fameuse scène du dieu ressuscité des druides ornait la fameuse plaque du chaudron de Gundestrup qui a mystérieusement disparue ?

Un dieu qui ressuscite.

Peut-être que cette image était jugée assez dérangeante par les découvreurs de 1891 pour la faire disparaître. Notamment par le directeur du Musée National Danois issus d’une lignée de théologiens chrétiens.  

Pour en savoir plus, voir SAISON 1 ANNEXE 6 Les circonstances de la découverte du chaudron de Gundestrup

La plaque du chaudron de Gundestrup a-t-elle disparue pour des raisons religieuses ?

À cause de son contenu jugé subversif ?

Peine perdue, puisqu’il existe une statue du dieu ressuscité dans la statuaire gauloise qui a simplement été mal interprétée jusqu’à ce jour. Ce sera le sujet d’un article ultérieur.

SAUVAGE CONTRE CIVILISÉ

Les deux jumeaux de la Religion des Étoiles des druides — Orion et Ophiuchus — ont une caractéristique commune. Les deux sont représentés en compagnie d’un canidé. C’est d’ailleurs souvent la présence de ce chien qui permet d’identifier Orion. L’astronomie permet d’expliquer cette singularité puisque dans le ciel étoilé Orion est accompagné par la constellation du Grand Chien (Canis Major) dans sa course dans le ciel nocturne.

Orion et son Grand Chien (Canis Major).  Source : Carte du ciel Sirius ©Freemedia, Bern.

Orion est ainsi reconnaissable grâce à la présence d’un chien, animal domestique. Détail important pour la suite.

Orion et son chien. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).

Orion et son chien. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague). (Wikimedia Commons).

Tandis que Cernunnos, le Maître des animaux est parfois représenté en compagnie d’un loup. Lorsque c’est le cas Cernunnos prend alors la fonction du dieu des Enfers. Le loup étant le gardien du royaume des morts. Ainsi le Maître des animaux peut être identifié grâce à la présence d’un animal sauvage à ses côtés.

Cernunnos et le loup.  Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).

Cernunnos et le loup.  Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague). (Wikimedia Commons).

Là aussi l’astronomie peut fournir une explication puisqu’une constellation du Loup est présente près d’Ophiuchus/Cernunnos. La constellation du Loup (Lupus) est une création ancienne remontant à la Mésopotamie qu’ils appelaient « l’étoile du Chien enragé ». Même s’il présenté comme un chien, il reste toujours cette connotation de sauvage, enragé dans le cas présent. Dans les temps les plus anciens cette constellation était beaucoup plus visible qu’aujourd’hui. Cette quasi-disparition est dû aux mouvements des étoiles engendré par la précession des équinoxes. Voir à ce propos SAISON 1 ANNEXE 8 La précession des équinoxes

Cet antagonisme entre les deux canidés, l’un un chien domestique et l’autre un loup sauvage, se reflète également dans le caractère diamétralement opposé des maîtres de ces deux canidés. Puisque dès le IIème millénaire en Mésopotamie, Gilgamesh (Orion) est le roi d’une ville et est un homme civilisé tandis qu’Enkidu (Ophiuchus) est un homme sauvage qui vit dans la steppe, au milieu d’un troupeau de gazelles.

SURVIVANCES

Les anciennes divinités traversent les siècles et les millénaires et deviennent parfois des personnages des mythes et des légendes. Le dieu cornu est devenu, entre autres personnages, Merlin le célèbre enchanteur des légendes arthuriennes. Or on peut se demander si le dieu loup, craint par ses fidèles, est resté lui aussi dans les mémoires. La réponse est en partie oui car on retrouve par exemple dans le folklore des îles britanniques des apparitions de grands chiens noirs aux yeux rougeoyants annonciateurs d’une tempête ou d’une mort prochaine[10]. Ces démons noirs dans la droite lignée du chien infernal des druides ont d’ailleurs inspiré Conan Doyle pour son fameux chien des Baskerville[11]. On peut même avancer l’hypothèse que le tragique épisode de la bête du Gévaudan a dû jouer sur les mêmes terreurs ancestrales avec une bête maléfique qui dévore les femmes et les enfants. Rappel des faits, entre 1764 et 1767, une bête mystérieuse sème la terreur dans le Gévaudan et le sud de l’auvergne en tuant plus de cent personnes, surtout des femmes, des petits garçons et des jeunes filles.  Le retour du dieu dévoreur d’âmes.

Bête féroce que l’on croit être une hyène qui ravage depuis six mois le Gévaudan. Reproduction colorisée d’une gravure extraite du recueil Magné de Marolles (BNF – fonds Balmelle). © Archives départementales de la Lozère.

Un autre avatar du dieu loup des druides est une créature qui ravit encore aujourd’hui tous les amateurs de films fantastiques. Ce monstre issu de la nuit des temps n’est autre que le loup-garou.

Scène du film Dog Soldiers de Neil Marshall, 2002.

Scène du film Dog Soldiers de Neil Marshall, 2002.

UNE RELIGION POLYTHÉISTE

Si l’on étudie l’iconographie gauloise de façon approfondie, il faut se rendre à l’évidence que se sont toujours les mêmes dieux qui reviennent, avec d’autres fonctions, sous d’autres apparences, avec d’autres éléments ou animaux qui les caractérisent. Ce sont pourtant toujours les mêmes entités divines primordiales qui sont représentées et qui peuvent être rattachées à quelques constellations remarquables du ciel étoilé.

Ce qui signifie que les Celtes ont beaucoup moins de dieux que ce qui est généralement admis. On parle souvent de 400 noms de divinités, sauf qu’une entité divine peut apparaître sous différentes identités et autant d’appellations. Ainsi des dieux gaulois aussi importants que Sucellus, Ogmios, Esus ou encore Lug sont des avatars d’Orion. Pour en savoir plus voir toute la SAISON 2

C’est également le cas en dehors le domaine celtique avec le dieu Mithra et les demi-dieu Gilgamesh et Héraklès. Selon les circonstances et les fonctions qu’il endosse, le Maître des animaux (la constellation du Serpentaire ou Ophiuchus) peut prendre le nom de Cernunnos, de Tauriscos ou de Dis Pater. L’enchanteur Merlin est également un autre de ses avatars. Si l’on tient compte de ces nouvelles données, la liste de dieux celtiques s’amenuise au fil des découvertes faites grâce au déchiffrement du chaudron de Gundestrup. Ce qui fait de la religion des druides un polythéisme beaucoup plus limité que prévu. Malgré les nombreux personnages qui ornent les plaques de l’objet, il n’y a que quatre divinités sur le chaudron de Gundestrup. Le dieu-père, la déesse-mère et leurs deux fils, des jumeaux qui tirent leur origine de deux constellations opposées dans le ciel étoilé : Orion et Ophiuchus. Ce court énoncé est le fondement même de la Religion des Étoiles des druides.

CONCLUSION

Pourtant la statue du monstre de Noves, le dieu des Enfers des druides, ne devrait pas exister. Come ne devrait pas exister la figuration des divinités présente sur le chaudron de Gundestrup. Les druides ayant proscrit la figuration des dieux par un interdit religieux très sévère. Voir à ce propos SAISON 1 ANNEXE 25 Les druides et la non-représentation des dieux

C’est pourquoi il a fallu des circonstances extraordinaires pour faire tomber cet interdit et rendre possible une telle représentation du dieu des Enfers. Voir à ce propos SAISON 1 ÉPISODE 12 Les circonstances dramatiques à l’origine du chaudron de Gundestrup

Seul quelques figurations des dieux sont le fait des druides, notamment le monstre de Noves.  Le chaudron de Gundestrup fait également parti de ces œuvres improbables.

Ce n’est que grâce au déchiffrement du chaudron de Gundestrup que l’on peut retrouver la signification cachée de ces mystérieuses représentations des dieux des druides.

©JPS2024 (Texte écrit en 2015, remanié en 2023 et 2024)

[ACCUEIL]

SOURCES :

SAISON 2 ANNEXE 12 La Tarasque de Noves

Sarah Dermech. Couleurs, éclat et brillance des crânes surmodelés: le cas du Néolithique Proche oriental. Archimède: archéologie et histoire ancienne, 2015, 2, pp.134-149. halshs-01588066

Tarasque — Wikipédia

NOTES :

[1] L’Archéologue n°71, avril-mai 2004.

[2] La partie animale est en quelque sorte rejetée vers l’extérieur et se cristallise sous la forme d’un compagnon. Le dieu cerf par exemple devient ainsi une divinité accompagnée d’un cerf.

[3] Apollodore, bibliothèque, Livre II, 5, 12, Traduction E. Lesueur, Delance et Lesueur, Paris, 1905.

[4] George Hart, The Routledge Dictionary of Egyptian Gods and Goddesses, London and New-York, 2005, p.12.

[5] Shiva a absorbé plusieurs divinités très anciennes dont le dieu cornu et le dieu loup gardien des Enfers.

[6] C’est au Viêt Nam que j’ai vu les chiens les plus menaçants de toute mon existence. Nous avions loué un scooter pour explorer les environs de Mũi Né. Les magnifiques dunes de sable rouge et la vallée de la fontaine de la fée. Nous étions pieds nus pour remonter une petite rivière qui serpente entre les dunes rouges. Des ravins qui arborent tous les tons rougeâtres, de l’ocre jusqu’à l’orange. Un paysage fantastique ! Au bout de la vallée, une chute d’eau au milieu des cocotiers. Sur le chemin du retour, nous marchions dans l’eau tiède du ruisseau quand ma compagne a découvert une mue de serpent d’un diamètre de 5 ou 6 cm et d’une longueur de trente centimètres. Et ce n’était qu’un lambeau de peau. Je ne suis pas un spécialiste mais je pense que c’était celle d’un cobra. J’ai tourné autour de la mue du reptile puis je me suis agenouillé pour mieux l’observer et c’est là que je les ai vus. Six ou sept parias à une dizaine de mètres de nous, des chiens de couleur jaune que l’on rencontre dans de nombreux pays d’Asie. Jusqu’à présent je les avais rencontrés trainant nonchalants dans les rues. Pas ceux-là. Ils avaient les yeux fous et claquaient des dents, les babines retroussées. Le doux clapotis du ruisseau couvrait la menace si bien que ma compagne ne les a pas vus. Je me suis relevé et nous sommes partis tranquillement. Je me suis retourné discrètement pour les observer discrètement, ils avaient de la haine dans les yeux et avançaient par saccades comme possédés par des démons. Pour une raison que j’ignore, cette meute infernale n’a pas franchie la ligne invisible qui nous séparait d’eux. Pourtant ce n’est pas l’envie qui leur manquait. Pour ma compagne, cette vallée perdue restera à jamais gravée dans sa mémoire comme un endroit idyllique. Personnellement je ne serais pas tout à fait aussi catégorique. C’était peut-être le Paradis, mais alors gardé par les chiens de l’Enfer.

NOTES  (Suite) :

[7] Eva Rudy Jansen, Iconographie de l’hindouisme, Edition Française, Binkey Kok Publications BV, Havelde, Pays-Bas, 1995, p.115. Ainsi que Wolf-Dieter Storl, Shiva, Koha Verlag, Burgrain, 2005, p.46.

[8] Peut-être est-il même le patron des embaumeurs comme en Égypte puisque les Gaulois embaumait les têtes de leurs victimes prestigieuses avec de l’huile de cèdre. D’ailleurs tous les raffinements du procédé ne nous sont pas connus.

[9] Il semble que les druides et bardes n’avaient pas le même dieu tutélaire.

[10] J’ai vu un tel chien en 1994 lors d’une randonnée sur le Causse Méjean en Lozère. Nous avions observé un peu plus tôt les vautours qui remontaient avec les courants ascendants les falaises des gorges de la Jonte. C’était un chien noir borgne, avec un œil rouge, haut comme un veau qui a débouché de la végétation au lieu-dit « le pas du loup ». Ça ne s’invente pas. Il nous a observé un instant et il a disparu aussi vite qu’il est apparu.

[11] Comme Cerbère qui pouvait être la représentation originelle du dieu des Enfers, le Dis Pater celte pouvait prendre l’apparence d’un chien noir ou d’un loup. Cette ancienne divinité infernale a été comme il se doit diabolisée par le Christianisme.

Le dieu cornu a subi le même sort. Il est difficile pour des esprits conditionnés durant des millénaires par une religion basée sur dualisme (Judaïque, Chrétienne plus tard musulmane) qui se divise en deux côtés clairement définis, le bien et le mal, dieu ou le diable, de comprendre les dieux des druides. Une réponse est à chercher du côté des religions indiennes, où Shiva peut être à la fois bienveillant et plein de vie, violent et destructeur, sans pour autant être un dieu mauvais.

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