TINTIGNAC

LES DRUIDES SAISON 2 ANNEXE 25

Tintignac est un site connu pour les formes extraordinaires des casques d’apparat et des trompettes de guerre gauloises.

LE TRÉSOR DE TINTIGNAC

Tintignac est un site archéologique celtique et gallo-romain situé à Naves, en Corrèze, dont la fouille a livré des objets exceptionnels, tels que des carnyx et des casques ouvragés.

TINTIGNAC. Restitution hypothétique du sanctuaire gaulois avec sa palissade et son bâtiment central.

Restitution hypothétique du sanctuaire gaulois avec sa palissade et son bâtiment central. (Image extraite du film « Voyage archéologique en Corrèze » réalisé pour le CD 19 par David Geoffroy, Court-jus Production). Source : www.lamontagne.fr

UNE DÉCOUVERTE EXTRAORDINAIRE

À partir de 2001, des fouilles sont entreprises sur le site par une équipe d’archéologues de l’INRAP. En septembre 2004, une fosse d’1.30 m de côté et de 30 cm de profondeur renfermant près de 500 fragments d’objets en métal a été mise au jour. Les artefacts ont été étudiés par l’équipe dirigée par Christophe Maniquet, responsable scientifique du site de Tintignac.

Le casque oiseau et cinq pavillons de trompettes de guerre ou carnyx. Tintignac, Naves, Corrèze

Le casque oiseau et cinq pavillons de trompettes de guerre ou carnyx. Tintignac, Naves, Corrèze, 2004. Photo (C) Inrap, Dist. RMN-Grand Palais / Patrick Ernaux

DES OBJETS HORS DU COMMUN

Le dépôt est composé d’objets appartenant au monde militaire et religieux gaulois. Neuf épées brisées accompagnées de leurs fourreaux en fer, huit fers de lance, un umbo de bouclier, dix casques mutilés (neuf en bronze et un en fer), un mors de cheval, sept disques (d’ornement de harnachement) et un chaudron. S’ajoutent à la liste deux têtes d’animaux dont une de cheval, un corps d’animal en connexion avec les deux pattes arrière, une patte avant en tôle de bronze. Ces tôles fragmentées devaient appartenir à des enseignes représentant des animaux. La fosse contenait également sept carnyx incomplets (des trompettes de guerre). Le dépôt peut être daté de la seconde moitié du Ier siècle av. J.-C. Les objets ont été mutilés volontairement, sans doute par des coups de lances et d’épées avant d’avoir été déposé dans la fosse lors d’une cérémonie religieuse. Une sorte de mise à mort rituelles des objets.

Les armes en fer restent tout à fait conventionnelles et ne diffèrent pas de celles découvertes sur d’autres sanctuaires laténiens. Cependant certains casques surprennent par leur aspect extravagant.

LE CASQUE EN FORME D’OISEAU

L’un des casques prend la forme d’un oiseau au long cou d’une espèce indéterminée, une grue ou un cygne. D’ailleurs ces deux oiseaux occupent une grande place dans la mythologie celtique. Le cou de l’oiseau s’avance vers l’avant puis se recourbe vers l’arrière.

Casque en bronze prenant la forme d’un oiseau au long cou retourné vers l’arrière (entre le IVe et le IIe s. av.-C.). Découvert en 2004 dans un dépôt d'objets en bronze sur le site de Tintignac à Naves (Corrèze, France).

Casque en bronze prenant la forme d’un oiseau au long cou retourné vers l’arrière (entre le IVe et le IIe s. av.-C.). Découvert en 2004 dans un dépôt d’objets en bronze sur le site de Tintignac à Naves (Corrèze, France). Conservé au musée de Naves. Photo lors de son prêt pour l’exposition Les Gaulois : une exposition renversante à Paris, Cité des sciences de la Vilette, 2011.

LE SEIGNEUR DES ANNEAUX

Un autre casque est surmonté de trois grands anneaux de 30 cm de diamètre.

Avec leur forme exceptionnelle, peu pratique, ces deux casques ne devaient pas être destinés au combat et semblent uniquement destinés à être portés lors de cérémonies rituelles à caractère guerrier.

TINTIGNAC. Le casque à anneaux. Il s'agit du seul exemplaire connu à ce jour. Le casque est surmonté de trois anneaux disposés en triangle.

Le casque à anneaux. Il s’agit du seul exemplaire connu à ce jour. Le casque est surmonté de trois anneaux disposés en triangle. Chaque anneau composé de fines tôles de bronze mesure près de 28 cm de diamètre. (Cliché Patrick Ernaux, Inrap). Source : www.lamontagne.fr

LES CARNYX

Les carnyx sont de grandes trompettes de guerre, de la taille d’un homme, utilisées par les Gaulois lors d’une bataille. Ces instruments étaient tenus verticalement et dotées, à l’extrémité supérieure, d’un pavillon en forme de tête d’animal par la gueule ouverte duquel s’échappait le son.

Trio de joueurs de carnyx, détail d'un panneau intérieur du chaudron de Gundestrup.

Trio de joueurs de carnyx, détail d’un panneau intérieur du chaudron de Gundestrup, musée national du Danemark. (Wikimedia Commons).

LE CARNYX À TÊTE DE SANGLIER

Des quatre trompettes de guerre dotées de têtes de sanglier, l’un est particulièrement bien conservé. La longueur totale de l’instrument dépassait 1,60 m. Le tube, comme la tête de sanglier, est construit à l’aide de tôles de bronze martelées et soudées. La gueule de l’animal est grande ouverte. Les dents sont stylisées sur le pourtour de la gueule. La mâchoire inférieure est dotée de deux défenses saillantes découpées dans la tôle.

tintignac. Le carnyx le plus complet du dépôt gaulois. Constitué de tôles de bronze assemblées, doté d’un pavillon en forme de tête de sanglier à la gueule grande ouverte et affublé d'oreilles démesurées.

Le carnyx le plus complet du dépôt gaulois. Constitué de tôles de bronze assemblées, doté d’un pavillon en forme de tête de sanglier à la gueule grande ouverte et affublé d’oreilles démesurées. (Cliché Patrick Ernaux, Inrap). Source : www.lamontagne.fr

LE CARNYX À TÊTE DE SERPENT

L’un des carnyx possède un pavillon en forme de serpent. L’œil du reptile apparaît en léger relief, contrairement aux yeux des autres têtes d’animaux qui étaient en creux. La bouche est ouverte et une petite tôle ornée de stries symbolisant des dents forme un ourlet sur son pourtour.

Carnyx en forme de serpent trouvé dans le sanctuaire gaulois de Tintignac (Corrèze).

Carnyx en forme de serpent trouvé dans le sanctuaire gaulois de Tintignac (Corrèze). (Wikimedia Commons).

UNE ENSEIGNE DE GUERRE

Plusieurs tôles de bronze peuvent être interprétées comme des fragments de deux représentations d’animaux en métal. L’une d’elle est un cheval, l’autre un animal indéterminé.

Il semble que ces fragments en tôle appartiennent à des enseignes militaires. Fixés en haut d’une hampe d’une hauteur entre 1.60 et 1.80 m, elles servaient de signe de reconnaissance aux troupes. Comme les autres objets de la fosse, ces animaux en métal ont vraisemblablement été démontés et délibérément abîmés avant leur dépôt.

TINTIGNAC. Cheval en tôle de bronze qui servait sans doute d’enseigne.

Cheval en tôle de bronze qui servait sans doute d’enseigne. Source : www.lamontagne.fr

Il existe une très belle représentation d’une enseigne gauloise en forme de sanglier sur l’arc d’Orange. On peut également y distinguer des carnyx, des boucliers, des lances, un casque et une épée. Soit l’équipement complet retrouvé dans la fosse de Tintignac.

Représentation sur un trophée d’une enseigne gauloise sur laquelle figure un sanglier, Arc d’Orange.

Représentation sur un trophée d’une enseigne gauloise sur laquelle figure un sanglier, Arc d’Orange. Source : L’Archéologue N°165.

LE CHAUDRON DE GUNDESTRUP

Ces casques d’apparat hors du commun servait pour des cérémonies religieuses, mais pas n’importe lesquelles. Le chaudron de Gundestrup montre un étrange rituel impliquant Orion, reconnaissable grâce à son chien. Orion est plongé la tête en bas dans une cuve.

Le défilé militaire, panneau intérieur du chaudron de Gundestrup

Le défilé militaire, panneau intérieur du chaudron de Gundestrup, Musée National du Danemark. (Wikimedia Commons).

Plusieurs guerriers du défilé qui accompagne la scène portent sur leurs têtes des casques surmontés d’ornements analogues aux casques trouvés à Tintignac. La présence d’un serpent à tête de bélier qui semble flotter dans les airs devant les cavaliers démontre que cette plaque n’est pas l’illustration d’une scène réaliste, comme par exemple le sacrifice rituel d’un être humain, mais la représentation d’une scène tirée d’un mythe. Le défilé militaire tourne autour de l’arbre cosmique qui pour des raisons pratiques est représenté couché. Au pied de l’arbre sacré se déroule la fameuse scène avec Orion. Les cavaliers portent des casques à cimiers figurant des animaux. Le premier casque est orné d’un oiseau, dont on peut avancer l’hypothèse que c’est un corbeau. Sur le deuxième est représenté un quadrupède, sans doute un sanglier. Le troisième est un casque avec des cornes de taureau et le quatrième est un casque avec panache dont la crête est sans doute faite en crin de cheval comme il en existe de similaires chez les troupes romaines. Le chef des fantassins qui devance les joueurs de carnyx porte lui-aussi un casque orné d’un sanglier.

LE CORBEAU

Il faut revenir vers le premier des cavaliers, celui dont le casque est orné d’un oiseau, parce que cet objet étrange ressemble beaucoup au casque de Ciumești. Il s’agit d’un casque formé d’une calotte de fer surmontée d’un corbeau de bronze qui faisait partie du mobilier funéraire de la tombe dite du « guerrier de Ciumești », ville située en Transylvanie au nord-ouest de la Roumanie. La grande particularité de ce casque exceptionnel est d’être surmonté d’un corbeau en bronze dont les ailes sont articulées.

Casque de Ciumesti surmonté d'un corbeau en fer, bronze et verre, 250-175 av. J.-C.

Casque de Ciumesti surmonté d’un corbeau en fer, bronze et verre, 250-175 av. J.-C.

Daté de la Fin du IVème siècle ou du début du IIIème siècle avant J.-C., il est contemporain aux mouvements celtiques, qui se sont opérés à cette époque, vers les Balkans et la Grèce. Avec son ornementation particulière ce casque devait être l’apanage d’un chef gaulois qui menait les expéditions vers de nouvelles terres à l’Est. L’oiseau présente un aspect redoutable, terrifiant et ses ailes articulées devaient encore ajouter à cette impression saisissante. Les restaurations ont été multiples, ainsi le bec de l’oiseau et pour une large partie, ses ailes ont été refaits. Cet objet de prestige ne fut pas enterré avec son propriétaire originel, mais par l’un de ses descendants, puisque la nécropole est datée de la fin du IIIème et début du IIème siècle avant J.-C.

BRENNOS

On ne mesure peut-être pas assez l’importance de cet objet de prestige. Il est peu probable qu’un casque surmonté d’un corbeau aussi extraordinaire ne soit pas le casque d’apparat d’un de ces chefs celtes. Les dates peuvent correspondre et on peut se poser la question si ce casque n’est pas celui du Brennos qui a mené la grande expédition des Celtes vers la Grèce et Delphes.

Ce qui signifie que l’homme qui semble commander le défilé militaire du chaudron de Gundestrup ne peut être que Brennos, personnage mi-mythique mi-historique, qui apparaît sous de nombreuses formes dans l’histoire et la mythologie celtique. Il est cité en tant que personnage historique par les auteurs de l’Antiquité gréco-romaine. Il apparaît également dans les textes des îles britanniques datés Moyen Age. Brennos trouve même sa place dans une nouvelle de Robert E. Howard, l’inventeur de l’heroic fantasy et père de Conan le Cimmérien. Cependant tous ces personnages portant le même nom partagent un point commun, la quête d’un objet sacré. Car Brennos est le titre d’un chef celte qui doit accomplir une mission : retrouver un objet précieux. Voir à ce propos SAISON 2 ANNEXE 11 Brennos

Pour les Celtes, l’expédition vers Delphes s’apparente à un voyage dans l’Autre Monde pour récupérer un précieux talisman. Pour en savoir plus voir SAISON 2 ANNEXE 13 Le Graal

Le cavalier du chaudron de Gundestrup pénètre l’Autre Monde celtique sous la conduite d’un serpent à tête de bélier qui semble voler dans les airs au-devant des quatre cavaliers.

LA CÉRÉMONIE

Le contenu de la fosse de Tintignac correspond en tout point à l’équipement des personnages figurés sur le chaudron de Gundestrup. Des épées, des boucliers, des lances, des harnachements de chevaux, des casques simples ou ceux d’apparat. Le chaudron qui remplace la cuve, les carnyx. Sans entrer dans les détails qui dépasserait largement le cadre de cet article, cette scène représente la commémoration d’un événement céleste annuel. Comme le dit la formule hermétique et alchimique : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». Ce qui signifie qu’il y a deux défilés militaires. D’un côté le mythe qui est représenté sur le chaudron de Gundestrup. De l’autre la cérémonie religieuse qui est fêtées chaque année dans un sanctuaire bien réel. À ce stade deux hypothèses se concurrencent. Soit les participants détruisent tout cet équipement après chaque défilé. Ce qui est peu probable devant l’extrême rareté de ces casques d’apparat aux formes extraordinaires. Soit on a détruit cet équipement une seule et unique fois parce qu’on en avait plus besoin. Après la conquête romaine, la société et la religion gauloises ont changé très vite. La Religion des Étoiles disparaissant avec les druides qui ont été contraint de quitter la Gaule après la chute d’Alésia en 52 av. J.-C. Les druides ont fêté une dernière fois leur culte puis les participants ont détruit leur équipement en les rendant ainsi aux dieux. Ce dépôt n’était plus celui des hommes. Comme le chaudron de Gundestrup qui a été démonté puis déposé dans une tourbière au Danemark.

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SOURCES :

Pour en savoir plus :

Le dépôt cultuel du sanctuaire gaulois de Tintignac à Naves (Corrèze) – Persée (persee.fr)

L’Archéologue N°165, Numéro spécial, Religions celtes et gauloises, 30 ans de découvertes, mars-avril-mai 2023.