LE DRAGON CÉLESTE

LES DIEUX DES DRUIDES TOME II CHAPITRE I

LE GRAND SERPENT

Il s’agit du grand serpent, celui qui s’étend entre les deux ourses.

C’est lui dit-on qui gardait les pommes d’or et qui fut tué par Héraklès. Héra l’avait chargé de protéger les pommes d’or contre les Hespérides ; et c’est elle aussi qui lui accorda une place parmi les constellations[1].

LE CHAUDRON DE GUNDESTRUP ET L'ASTRONOMIE constellation du Dragon

Le Dragon (Draco) qui serpente entre la Petite Ourse (Ursa Minor) et la Grande Ourse (Ursa Major). (d’après la carte céleste Sirius, Éditions Freemedia, Bern).

Le Dragon et les deux Ourses. Frederik de Wit (1630-1706), Planisphærium cœleste, Danemark, Frederik V, 1670. (Wikimedia Commons).

UNE VOYAGE INITIATIQUE

Monségur, début du mois de septembre 1994

Avec ma compagne, nous avons sillonné tout le Languedoc. Des confins de la Margeride, en passant par les gorges du Tarn, les Cévennes puis les Corbières. Nous voici au pied du pog[2] de Monségur.

LA CITADELLE DU VERTIGE

Pour atteindre le château posé sur son piton rocheux, il faut d’abord gravir le flanc escarpé de la montagne. C’est sous une chaleur accablante que nous entreprenons la montée. Il faut suivre l’étroit sentier qui se faufile entre les rocher et les broussailles brulées par le soleil. Les pierres roulent sous nos pas. Après quelques efforts nous atteignons les murailles. Après avoir franchi le portail, je vois sur le sol un pentagramme tracé sur le sol à l’aide d’un bâton. Des bougies consumées entourent le signe, ainsi que d’autres figures ésotériques. Quelles cérémonies mystérieuses ont lieu là-haut quand les gardiens sont partis ?

Château de Montségur après une montée éreintante.

Retour au château de Montségur après 29 ans. ©MW2023

LA TRAGÉDIE CATHARE

Je suis assis un peu à l’écart sur un rocher dans la cour du château. Ma compagne quant-à-elle s’est approchée d’un groupe de visiteurs pour écouter l’histoire du site raconté par un guide vêtu d’une grande cape noire et coiffé d’un béret. L’histoire du siège du château en 1244 et la fin tragique des derniers cathares sur le bûcher de l’inquisition, le 16 mars 1244.

Croisade contre les Albigeois - Les derniers défenseurs de Montségur brûlés en 1244.

Croisade contre les Albigeois – Les derniers défenseurs de Montségur brûlés en 1244 – Gravure d’Émile Antoine Bayard. Private Collection / bridgemanimages.com

Il indique avec son bâton de pèlerin les orientations remarquables de la forteresse. Notamment le fait qu’au solstice d’été, les rayons du soleil s’alignent dans l’axe des quatre archères du donjon.

Pour plus de détails sur ce drame, voir également Monségur

LE LIVRE AUX TRÉSORS

Pendant ce temps, je sors de mon sac à dos un petit livre qui ressemble à un missel avec le ruban doré du marque-page que je garde près de moi religieusement. Un livret de 1974, intitulé Les grandes énigmes des trésors perdus. Je l’ai lu et relu dans mon enfance, fasciné par toutes ces histoires de trésor disparus. J’ouvre le livre à la première page consacrée aux cathares[3] :

Le Graal a-t-il disparu à jamais le 16 mars 1244, la nuit venue, tandis que Monségur, temple et principale forteresse de l’Occitanie cathare tombait entre les mains des chevaliers du roi et de celles de l’inquisition ?

Je le referme, moi aussi je voulais trouver des trésors, celui des cathares ou des Templiers. Le Graal ! Même s’il fallait y consacrer une vie entière. Mais depuis quelques jours je suis troublé. Dans les terres du Haut-Languedoc, j’ai vécu une expérience qui a changé ma vie.

Voir SAISON 2 ANNEXE 13 Les différents aspects du Graal

Grâce au sceau templier et à l’aide d’une carte du ciel on peut émettre l’hypothèse que les grands Maitres de l’ordre ont redécouvert, en orient, une religion qui date de près de dix-mille ans avant notre ère. Une religion éternelle dans laquelle ont puisée toutes les religions ultérieures, Christianisme y compris.

TEMPLIERS (SCEAU AUX DEUX CAVALIERS). Sceaux des Maîtres du Temple de 1259, portant l’inscription : Sigillum. Militum. Xpisti.

Sceaux des Maîtres du Temple de 1259, portant l’inscription : Sigillum. Militum. Xpisti. Source : archives-aube.fr

Pour en apprendre davantage, voir Templiers, le sceau aux deux cavaliers 

Ainsi que SAISON 4 ÉPISODE 1 La Religion des Étoiles des druides

LE GARDIEN DU SEUIL

Dans un endroit abandonné de tous, perdu parmi les buissons épineux et les roches Je me suis retrouvé face à face avec un serpent tapi dans l’ombre d’un dolmen, prêt à frapper. Le choc ! Depuis ce jour, une idée lancinante me tourne sans cesse dans la tête et ne me lâche plus. Je n’ai qu’une obsession, réunir deux textes qui ne semblent avoir à priori aucun point commun. L’un est un extrait d’un mythe gallois, l’autre est la description d’un fait astronomique. Je n’aurai qu’une hâte sitôt rentré à la maison, vérifier si mon intuition est la bonne.

LES GRANDES ÉNIGMES DE L’HISTOIRE

Je suis venu dans cette région pour approcher au plus près les mystères qui m’ont fait rêver depuis mon plus jeune âge : la Bête du Gévaudan, Rennes-le-Château, le trésor des cathares, les Templiers. Mais je sens, ici, au sommet de cette montagne mythique, que ma vie va prendre une direction différente, inattendue. Certes, cela fait quelques années que je m’intéresse à la mythologie celtique, mais ce sont des lectures parmi d’autres. Pourtant au fond de moi, ces vieux textes me touchent plus que d’autres, sans que je sache vraiment pourquoi.

Voir les autres articles, Les Grandes Énigmes de l’Histoire

LE SECRET DU DRAGON

De retour des vacances, je n’ai qu’une hâte confronter les deux textes.

UN CONTE GALLOIS

Le premier écrit est tiré d’un ouvrage de Joseph Loth, historien et linguiste du début du XXe siècle. Spécialiste des langues celtiques, dont les traductions des Mabinogion[5] gallois restent une référence. Peredur, le héros d’un des récits, se renseigne sur un monstre occupant un tertre. Un chevalier lui dit ceci :

Seigneur, voici : c’est en me battant avec le serpent noir du Carn[6]. Il y a un monticule qu’on appelle Cruc Galarus (le Tertre douloureux), et sur ce monticule il y a un carn, dans le carn un serpent, et dans la queue du serpent une pierre. La pierre a cette vertu que quiconque la tient dans une main peut avoir, dans l’autre, tout ce qu’il peut désirer d’or. C’est en me battant avec le serpent que j’ai perdu mon œil[7].

UN ATLAS  CÉLESTE

Le second texte est un court extrait d’un livre de Camille Flammarion, savant du début du XXe siècle dont les ouvrages de vulgarisation scientifique ont mis l’astronomie à la portée du grand public.

Mais revenons au Dragon. Nous savons déjà que son étoile α était polaire vers 2700 avant notre ère, comme la prouve, d’une part le calcul rétrospectif de la précession des équinoxes, et, d’autre part les observations directes faites en Chine à cette époque et l’inclinaison des galeries des pyramides d’Égypte. Lorsque nous regardons cette étoile, nous voyons donc l’étoile polaire sur laquelle nos aïeux se guidaient il y a quatre mille cinq cents ans[8].

Le texte gallois fait référence à une pierre qui se trouve dans la queue d’un serpent et je savais que cette image ne m’était pas inconnue. C’est le second extrait qui m’a donné la solution de l’énigme. L’auteur y décrit la constellation du Dragon ainsi que l’étoile polaire en 2700 avant J.-C. : alpha Draconis. Or, chose extraordinaire, cette étoile se situe dans la queue du Dragon !!!

UN DRAGON DANS LE CIEL

Le point commun entre ces deux textes est la présence d’un serpent. D’ailleurs d’un point de vue symbolique le dragon n’est qu’un serpent monstrueux.

Même le dragon représenté habituellement en tant que constellation du Dragon (Draco) est en fait un énorme serpent. Comme par exemple sur cette gravure ancienne illustrant l’Atlas des constellations de l’astronome allemand Johann Bayer.

Gravure de la constellation du Dragon

La constellation du Dragon (Draco) d’après Johann Bayer, Uranometria, 1603 (Source Wallhapp.com).

Voir également SAISON 1 ANNEXE 11 Les métamorphoses du dragon

UN JOYAU DANS LE CIEL

Un détail capital révèle tout ! Car dans la queue du serpent se trouve dans le premier cas, une pierre magique et dans le second cas, une étoile. Mais pas n’importe quel astre ! L’étoile polaire des temps anciens, le centre du ciel étoilé. Du fait de son alignement avec l’axe terrestre, l’étoile polaire est perçue comme immobile par un observateur situé sur la terre, tandis que les autres étoiles visibles semblent décrire un mouvement circulaire autour de l’étoile polaire durant la nuit. Et la machinerie céleste qui engendre ce point fixe autour duquel tourne tout le firmament est appelé la précession des équinoxes.

UNE HORLOGE ASTRONOMIQUE

Mais qu’est-ce que cette précession des équinoxes qui fait qu’une étoile dans la queue du Dragon indiquait le pôle nord céleste vers 2700 av. J.-C ?

L’univers entier est une gigantesque horloge dont les roues crantées entrainent d’autres roues crantées et ceci dans un mouvement perpétuel. Les Grecs ont essayés de reproduire ce mécanisme complexe grâce à la machine d’Anticythère.

Fragment principal de la machine d'Anticythère. Le mécanisme consiste en un système complexe de 32 roues et plaques portant des inscriptions relatives aux signes du zodiaque et aux mois.

Fragment principal de la machine d’Anticythère. Le mécanisme consiste en un système complexe de 32 roues et plaques portant des inscriptions relatives aux signes du zodiaque et aux mois. L’étude des fragments suggère qu’il s’agissait d’une sorte d’astrolabe utilisée pour la navigation maritime. (Wikimedia Commons).

Voir à ce propos La machine d’Anticythère

Tous les corps célestes interagissent entre eux dans un merveilleux ballet réglé avec précision. C’est pourquoi l’axe de la terre ne pointe jamais dans la même direction, car sous l’effet conjugué de la lune et du soleil, la terre oscille comme une toupie et son axe décrit au cours du temps un cercle dans le ciel étoilé.

Mouvement de précession

Mouvement de précession (Wikimedia Commons)

Ce mouvement entraîne deux phénomènes très importants pour les astronomes de l’ancien temps.

Voir à ce propos SAISON 1 ANNEXE 8 La précession des équinoxes

UNE ÉTOILE MYTHIQUE

La première conséquence de la précession des équinoxes est que l’axe terrestre qui tourne très lentement sur ce cercle céleste[9], un tour complet en un peu moins de 26000 ans, croise parfois la position d’une étoile qui devient alors pour un certain temps l’étoile polaire. Un astre qui indique le pôle Nord céleste. Autrement dit, l’étoile fixe autour de laquelle tourne toute la voûte étoilée.

L’ÉTOILE POLAIRE. Photo longue pose

Photographie à longue pose en direction du pôle Nord céleste qui démontre que le ciel étoilé tourne autour de ce point. L’image montre également que l’étoile Polaire actuelle ne correspond pas exactement avec le pôle Nord céleste. Source : www.stelvision.com

Pour en apprendre davantage, voir SAISON 1 ANNEXE 9 L’étoile polaire

L’ÉTOILE DU DRAGON

Pour un observateur sur terre, ce mouvement est imperceptible au cours d’une vie humaine. Mais en observant le ciel sur de longues périodes, ce déplacement devient une évidence et fait en sorte que l’étoile polaire change au cours des âges. Bien entendu cela implique aussi la transmission de l’information sur des siècles et des millénaires[10]. Ce que l’on appelle une Tradition. De nos jours, l’étoile la plus proche du pôle Nord céleste est alpha Ursae Minoris, dans la constellation de la Petite Ourse. C’est l’étoile polaire des temps modernes. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Par le passé aux alentours de 2700 av. J.-C., l’axe terrestre pointait en direction de l’étoile appelée alpha Draconis qui se trouvait dans la queue de la constellation du Dragon. Ce qui nous rappelle la fameuse scène du conte gallois Peredur, dans laquelle est décrit un serpent dont la queue contient une pierre précieuse.

LE SANCTUAIRE DES DRUIDES. Trajet de l’axe du pôle nord sur la voûte céleste sous l’effet du mouvement de la précession des équinoxes, à noter l’étoile polaire (Polaris) actuelle à la pointe de la queue de la Petite Ourse et l’étoile polaire vers 2700 av. J.-C. dans la queue de la constellation du Dragon (en rouge).

Trajet de l’axe du pôle nord sur la voûte céleste sous l’effet du mouvement de la précession des équinoxes, à noter l’étoile polaire (Polaris) actuelle à la pointe de la queue de la Petite Ourse et l’étoile polaire vers 2700 av. J.-C. dans la queue de la constellation du Dragon (en rouge). JPS2023.

Ainsi que SAISON 2 ANNEXE 24 Le sanctuaire des druides

LA RONDE DES ANIMAUX

La deuxième conséquence de la précession des équinoxes est que le point vernal qui indique le début du printemps suit lui aussi un lent mouvement à rebours avec en toile de fond les douze signes du zodiaque[11].

Il est temps de rappeler quelques notions d’astronomie. Ainsi l’écliptique est la trajectoire annuelle apparente du soleil vu de la terre, tandis que l’équateur céleste est la projection dans l’espace de notre équateur terrestre. Comme l’axe de la terre est inclinée de 23°26’, le plan de l’écliptique et celui de l’équateur céleste ne sont pas les mêmes. Or le croisement de ces plans est appelé le point vernal. En fait le plan de l’écliptique et l’équateur céleste se coupent en deux points situés l’un en face de l’autre. Les moments où le soleil (vu de la terre) apparait sur ces deux points d’intersection sont appelés équinoxes de printemps et d’automne. Lors des équinoxes, le jour et la nuit sont de la même durée.

Axe d'inclinaison de la terre

Description de l’inclinaison de l’axe de la Terre (obliquité) et son rapport aux plans de l’écliptique, à l’équateur céleste et à l’axe de rotation (Wikimedia Commons).

LES SIGNES DU ZODIAQUE

Ce point vernal est un repère important pour toutes les civilisations anciennes puisqu’il indique le début du printemps, date cruciale pour des sociétés agraires. Attention, ce déplacement précessionnel s’effectue en sens contraire (Taureau, Bélier, Poisson, Verseau etc.) du déplacement annuel du soleil le long de l’écliptique (Verseau, Poisson, Bélier, Taureau etc.). Ainsi l’arrière-plan stellaire sur le fond duquel se lève le soleil change de mois en mois. Comme la mécanique céleste est toujours en mouvement, derrière ce point vernal défilent des constellations le long d’une étroite bande du ciel. Ces constellations ne sont pas n’importe lesquelles, car elles correspondent à celles que nous appelons communément les douze signes du zodiaque. Le zodiaque forme une ceinture d’étoiles de 360° et chaque constellation, malgré de grandes différences de taille, occupe un espace de 30° sur l’écliptique. Pour les Anciens, la constellation la plus importante était celle dans laquelle le soleil apparaissait au lever du jour lors de l’équinoxe de printemps.

LES CONSTELLATIONS

Toutefois cette constellation n’est pas fixe. Au cours des temps, sur de très longues périodes, c’est dans chacune des douze constellations du zodiaque que se lève le soleil. C’est justement la précession des équinoxes évoquée plus haut qui imprime ce mouvement extrêmement lent. Ainsi le point vernal se comporte comme l’aiguille d’une montre qui indiquerait, non pas les heures, mais les ères dans lesquelles se trouve un observateur potentiel. 

Point vernal

Le point vernal se situe vers l’an 100 av. J.-C. à la limite les ères du Bélier et des Poissons. Source : astrolabor.com

LES ÈRES ASTROLOGIQUES

Car vue de la terre, le point vernal semble « remonter », en sens contraire de la trajectoire annuelle du soleil, le bandeau sur lequel se situe les signes du zodiaque et passe du Bélier dans le Taureau puis dans les Gémeaux, le Cancer, le Lion, la Vierge etc…[12] Comme le tour se fait en un peu moins de 26000 ans, le soleil se lève à l’équinoxe de printemps durant 2160 années dans le même signe du zodiaque avant de passer dans un autre signe. Nous sommes actuellement dans l’ère des Poissons qui a commencé en 100 av. J.-C. et qui se termine donc en 2060.

L’ÈRE DES POISSONS

C’est durant cette période que le poisson devient l’un des symboles majeurs qu’utilisaient les premiers chrétiens de l’église primitive en signe de reconnaissance.

POISSON

Décor d’architecture funéraire : poisson à la croix, symbole de Jésus-Christ Vers 400-500, Musée du Louvre. Département des Antiquités égyptiennes

Ceci est vrai si l’on partage le zodiaque en douze signes de longueur égale. Cependant la constellation des Poissons est gigantesque et si l’on prend en compte sa longueur véritable, nous entrerons dans l’ère du Verseau pas avant l’an 2300. Le plus étrange est que ces ères semblent correspondre aux grands courants religieux qui ont marqués l’histoire de l’humanité.

L’ÈRE DU BÉLIER

Si au début du christianisme nous sommes entrés dans l’ère des Poissons et que nous nous y trouvons encore pour quelque temps, il n’en a pas toujours été ainsi puisque c’est la constellation du Bélier qui définissait l’ère précédente. Et avant le Bélier, le point vernal indiquait l’ère du Taureau. On peut ainsi remonter le temps et découvrir que lors de l’ère du Bélier (-2260 à -100), des dieux à cornes de bélier étaient particulièrement en vogue. Zeus-Ammon par exemple.

ZEUS AMMON

Zeus Ammon, Antikensammlung München, Source Wikimedia Commons

À cette époque même des héros comme Alexandre le Grand étaient figurés avec des cornes de bélier.

Monnaie Alexandre le Grand

Tétradrachme à l’effigie d’Alexandre le Grand

Des variantes existent, par exemple chez les Aryas de l’Inde, des Indo-Européens. Dans la religion védique, la divinité du feu ne porte pas des cornes de bélier, mais est tout de même représentée chevauchant ce même animal. Le Judaïsme est également une religion de l’ère du Bélier puisque Abraham sur la demande de Dieu remplace sur l’autel du sacrifice son fils Isaac par un bélier. Le druidisme est lui aussi une religion de l’ère du Bélier, car l’événement fondateur de la religion des druides est le sacrifice du Taureau cosmique, ce qui correspond à la fin de l’ère du Taureau (et bien sûr le début de l’ère du Bélier).

LE CHAUDRON DE GUNDESTRUP ET L'ASTRONOMIE Chaudron de Gundestrup Plaque du fond

Le  sacrifice du Taureau céleste. Chaudron de Gundestrup. Plaque du fond avec l’énorme taureau central, l’homme armé d’une épée, le chien, un ours roulé en boule et un animal fantastique. (Nationalmuseet de Copenhague).

Pour un déchiffrement complet de cette plaque, voir SAISON 7 ÉPISODE 3 Le chaudron de Gundestrup décrypté (Orion et le Taureau)

L’ÈRE DU TAUREAU

Plus loin encore, lors de l’ère du Taureau (-4400 à -2260), les dieux arboraient volontiers des cornes de bovins. Ainsi en est-il de Baal dont le taureau était l’animal-attribut.

DIEU CORNU ENKOMI

Statue du dieu cornu (12e siècle av. J.-C.), trouvée à Enkomi (Chypre). Wikimedia Commons

Voir également SAISON 1 ANNEXE 10 Les ères astrologiques

LA DÉESSE MÈRE

Quant à l’ère de la Vierge (-13060 à -10900), elle recouvre la période durant laquelle les déesses-mères étaient particulièrement vénérées.

VENUS DE WILLENDORF

Statuette de la Venus de Willendorf, 11 cm, Naturhistorisches Museum Wien, Paléolithique supérieur, Gravettien (vers 24 000 / 22 000 avant le présent) Wikimedia Commons

Comme le prouve le cas la déesse-mère, le culte de la divinité ne s’éteint pas forcément avec la fin de son ère. Il s’adapte, se transforme, au point même, comme dans le cas de la déesse, de partager son pouvoir avec des dieux masculins. Parfois le culte devient secondaire, mais il ne disparait jamais complètement. Même dans nos églises un petit coin est toujours réservé à la Sainte-Vierge. Parfois certains dieux peuvent être si anciens qu’ils sont déjà présents lors du tour précédent. Par exemple la déesse avec les figurines que l’on a nommées les Vénus préhistoriques ou le taureau dans la grotte de Lascaux.

L’ÈRE DU LION

Lors de l’ère du Lion, c’est l’image de la déesse figurée en compagnie de félins qui a marqué les esprits pour des millénaires. Ainsi cette déesse anatolienne qui est entourée par deux félins.

Figurine dite de la « Dame aux fauves » de Çatal Höyük.

Figurine dite de la « Dame aux fauves » de Çatal Höyük. Terre cuite, 20 cm de haut, Musée des civilisations anatoliennes, Ankara, Turquie. (Wikimedia Commons).

Cette même image de la déesse-mère avec deux fauves se retrouve quelques 6000 ans plus tard en Italie. Cybèle est assise sur son trône en compagnie de deux lions.

Cybèle (appelée ici Cybèbè), maîtresse des fauves, découverte dans le Latium, IIIe siècle av. J.-C., art hellénistique, Musée archéologique de Naples. (Wikimedia Commons).

Voir également SAISON  2 ÉPISODE 2 La constellation de la Vierge (1ère Partie)

LE CERCLE DRUIDIQUE

Ce ne sont que quelques exemples, mais l’on pourrait reconstituer toute l’histoire religieuse de l’humanité grâce aux signes du zodiaque[13]. Vaste sujet qui dépasse largement le cadre trop étroit de cet article. Notre propos est beaucoup plus modeste et consiste à jeter les bases d’une étude sur le Zodiaque des Druides. Ce cercle druidique des animaux célestes est très différent du zodiaque traditionnel puisqu’il est influencé par la précession des équinoxes et n’est que temporaire. Ce zodiaque druidique n’a existé que mille ans mais a influencé la mythologie occidentale sur des millénaires, si bien que certains personnages issus de ce zodiaque ont perduré jusqu’au Moyen Age.

LE SERPENT COSMIQUE

Une autre image qui a impressionnée les astronomes de la préhistoire est cette même constellation du Dragon qui tourne autour du centre du cercle précessionnel. Ce point théorique indique le centre du ciel étoilé si la terre n’oscillait pas. Or pour l’observateur attentif, le dragon semble s’enrouler autour de l’axe terrestre.

L’ARBRE DE VIE.

L’axe terrestre pointe en direction de la constellation du Dragon. Ce qui donne l’impression que le Dragon s’enroule autour de cet axe. (Dessin JPS2023).

L’ARBRE ET LE SERPENT

Cet axe a été interprété par les anciens comme un arbre cosmique qui soutient la voûte étoilée. Et autour de cet arbre sacré s’enroule le serpent ou dragon céleste.  Image que nous retrouvons dans la Bible avec le serpent qui est enroulé autour de l’arbre de la Connaissance et qui pousse Adam et Ève à désobéir à Dieu.

La Tentation. Détail de la frise sculptée de la façade occidentale de la cathédrale Notre-Dame et Saint-Castor de Nîmes (30). (Wikimedia Commons).

L’ARBRE ET LE DRAGON

Cette même image de l’arbre et du serpent est aussi restée gravée dans la mémoire des Grecs qui l’on interprété de la façon suivante. C’est lors du onzième des travaux d’Héraklès que le héros grec doit cueillir des pommes d’or dans un jardin merveilleux. Le jardin des Hespérides. Cependant l’arbre sacré est gardé par un dragon. Après de nombreuses péripéties, Héraklès tue le dragon Ladon, car tel est son nom, et récupère les pommes d’or qui sont des fruits exceptionnels qui donnent l’immortalité.

Héraklès combattant Ladon, le gardien de l'arbre aux pommes d'or.

Héraklès combattant Ladon, le gardien de l’arbre aux Pommes d’or. Relief romain d’une lampe à huile d’époque tardive, Staatliche Antikensammlungen, Munich.

Il est intéressant de noter qu’après sa mort, Ladon est placé par Héra au milieu des étoiles où il figure la constellation du Dragon. Ce qui confirme l’intuition que le serpent et l’arbre sont des symboles qui sont tout d’abord gravées dans le ciel étoilé avant de devenir des images empruntées par les anciens pour construire leurs mythes. Mais pourquoi ces pommes d’or sont-elles sensées donner l’immortalité ?

ÉTOILES IMMORTELLES

Pour une raison très simple liée à l’observation des astres. Ces pommes d’or symbolisent les étoiles qui sont suspendues sur l’arbre cosmique et seuls les astres les plus proches de l’axe terrestre ne descendent jamais sous l’horizon ; si bien qu’ils sont considérés comme immortels puisqu’ils sont les seules étoiles dans le ciel à ne jamais disparaître aux yeux de l’observateur[14].

Pour en apprendre davantage, voir SAISON 2 ÉPISODE 13 L’arbre de vie

LE ZODIAQUE EN QUELQUES CHIFFRES

Il faut rappeler quelques notions essentielles pour une meilleure compréhension du Zodiaque des Druides.

12 est le nombre des constellations du zodiaque[15].

30° est le nombre de degrés attribués à chacune des douze constellations.

360° représente le tour complet du zodiaque.

72 ans est le nombre d’années que met le soleil pour se déplacer d’un degré le long de l’écliptique (la durée de vie d’un être humain)[16].

2160 ans (72×30) est le nombre d’années que met le soleil pour traverser les 30° attribués à chaque constellation. C’est aussi la durée d’une ère zodiacale[17].

©JPS2025 (texte écrit en 2015 remanié en 2025)

[ACCUEIL]

SOURCES :

Précession des équinoxes — Wikipédia

NOTES :

[1] Ératosthène, Le ciel, Mythes et histoire des constellations, Nil éditions, Paris, 1998, p. 37.

[2] Montagne, forme occitane de puy ou de pic.

[3] Collectif, Les grandes énigmes des trésors perdus, Le trésor des Cathares, Éditions Famot, Genève, 1974, p. 179.

[5] Les Mabinogion sont quatre récits de la tradition celtique du Pays de Galles auxquels s’ajoutent d’autres contes relevant de la légende arthurienne.

[6] Aujourd’hui le terme employé est cairn. Le cairn est un monument mégalithique en pierre sèche qui recouvre un ou plusieurs dolmens à couloir.

[7] Peredur ab Evrawc, Les Mabinogion, Contes bardiques gallois, Traduction de Joseph Loth, Les presses d’aujourd’hui, Paris, 1979, p.220. Texte merveilleux qui recèle bien des mystères. Mon récit préféré.

[8] Camille Flammarion, Les étoiles et les curiosités du ciel, Flammarion, Paris, 1981, pp.26-27.

[9] En sens contraire de la rotation de la terre autour du soleil.

[10] Nos ancêtres possédaient un énorme avantage sur nous, ils avaient le temps. Les commanditaires d’une cathédrale par exemple n’ont jamais vu l’aboutissement de leur œuvre, chose impensable de nos jours.

[11] Il faut signaler que le terme « zodiaque » est tiré du grec ancien zōdiakós qui signifie « petit animaux », sous-entendu « cercle ou roue des petits animaux ». Ce qui vient du fait que toutes les constellations du zodiaque figurent des animaux. À l’exception de la Balance qui, nous le verrons plus loin en détail, faisait partie de la constellation du Scorpion.

[12] Alors que le soleil semble passer durant l’année du Bélier vers le Poisson puis le Verseau etc…

[13] Pour le signe du Cancer, omis volontairement, il faudrait d’abord trouver qui est le dieu secret qui se cache derrière ce symbole, pour cela il faut scruter attentivement la constellation du même nom. Toutes les réponses se trouvent dans le ciel étoilé.

[14] Le serpent de la Genèse a trompé Adam et Ève en leur donnant les fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal mais qu’il s’est bien gardé de leur donner les fruits d’un deuxième arbre, l’Arbre de Vie, dont les fruits donnent la vie éternelle. Le serpent s’est montré dans cet épisode comme un parfait gardien du secret de l’immortalité en induisant la première humanité dans l’erreur.

[15] + une, (Ophiuchus) qui n’est pas répertoriée, ni dans le zodiaque traditionnel ni dans celui des druides.

[16] Le nombre exact comporte une virgule, 71.6.

[17] Nous reprenons ici la démonstration de Graham Hancock qui est d’une rare efficacité. Dommage que l’auteur adopte un ton millénariste, ce qui nuit, une fois la date fatidique passée à l’ensemble des thèses développées, y compris celles qui sont parfaitement valables. Rappelons toutefois que certains chiffres sont arrondis pour être plus facilement mémorisés. Dans une civilisation de l’oralité il ne peut être question de chiffre avec des virgules. Ainsi peut-on rencontrer dans diverses mythologies des chiffres 70 ou 72 qui peuvent sembler inhabituels. Graham Hancock dans son livre L’empreinte des dieux, Pygmalion, Paris 1996, p. 250, nous donne un exemple de l’utilisation des chiffres précessionnels (12, 30, 72, 360) tiré de la mythologie égyptienne.

ANNEXE 1 :

EXEMPLES ÉGYPTIENS

La déesse Nut, femme du dieu-soleil Râ, était aimée du dieu Geb. Quant il découvrit l’intrigue, Râ maudit son épouse et déclara qu’elle ne pourrait plus donner naissance à un enfant. Alors le dieu Thoth, qui était également amoureux de Nut, joua aux dés avec la lune et gagna cinq jours entiers, qu’il ajouta aux trois cent soixante jours qui composaient alors l’année [c’est nous qui soulignons]. Le premier de ces cinq jours, Osiris fut mis au monde ; et au moment de sa naissance, on entendit une voix proclamer que le seigneur de la création était né.

Ailleurs, le mythe nous apprend que cette année de trois cent soixante jours consiste « en douze mois de trente jours chacun ».

…Seth dirige un groupe de conspirateur dans un complot pour tuer Osiris. Le nombre de ces conspirateurs est soixante-douze.

EXEMPLE CELTIQUE

Autre exemple tiré cette fois-ci de la tradition celtique. Dans La vie de Merlin, de Geoffrey de Monmouth, Éditions Climats, Castelnau-le-Lez, 1996, v.555. L’Enchanteur se fait construire une maison avec soixante-dix portes et soixante-dix fenêtres : « … grâce à elles, j’observerai Phoebus (le soleil) qui vomit du feu avec Vénus, et je contemplerai le déplacement des astres dans le ciel nocturne pour connaitre les événements futurs du royaume ». Le chiffre 70 associé avec l’idée d’observer les astres n’est pas le fruit du hasard. Il est même répété deux fois pour être bien compris par l’initié un peu distrait. Le christianisme quant à lui hésite entre les deux chiffres puisqu’il donne au Christ douze apôtres et soixante-dix ou soixante-douze disciples (cela dépend des manuscrits). La Bible de Jérusalem cite le chiffre de Soixante-douze.

 

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