TARVOS TRIGARANUS
LES DRUIDES SAISON 3 ANNEXE 1
LE TAUREAU TRIPLE DES CELTES
Derrière le concept druidique d’un taureau lié au chiffre 3 se cache une des divinités les plus emblématiques du panthéon celtique.
LE TAUREAU AUX TROIS GRUES
L’iconographie celtique réserve quelques surprises, tel ce mystérieux taureau auquel sont associées trois grues. D’où ce nom de Tarvos Trigaranus « taureau aux trois grues » que l’on retrouve sur le pilier des Nautes.
Voir également SAISON 2 ANNEXE 14 Le pilier des Nautes

Tarvos Trigaranus « Taureau aux trois grues » sur le pilier des Nautes. Musée National du Moyen Age, Thermes de Cluny.
En effet, sur le pilier des Parisii[1] figure, entre autres, l’image d’un taureau (tarvos) sur le dos duquel sont posées trois grues (tri garanus).
LA GRUE CENDRÉE
Comme son nom l’indique, ce taureau est bel et bien associé à des grues cendrées (Grus grus). Un des plus grands oiseaux d’Europe qui mesure de 1 m 10 à 1 m 30 de haut, pour une envergure de 2 m à 2m 40 cm et un poids de 4 à 7 kg. Cet oiseau imposant est nommé « cendrée » à cause de la couleur à dominante grise de son plumage. La grue est dotée d’un bec puissant et pointu et d’un long cou. Cet échassier élégant, plus grand qu’une cigogne, arbore sur sa tête et son cou une alternance de blanc et de noir avec une calotte rouge au sommet du crâne.

Trois grues cendrées en gros plan. Source : naturepourvous.fr
UN OISEAU MIGRATEUR
La grue est un oiseau migrateur qui passe l’été dans le nord de l’Europe (Suède, Norvège, Finlande…) pour se reproduire. Elles passent l’hiver en Afrique du Nord et en Espagne. L’oiseau est présent en Gaule en automne (fin octobre/début novembre) et à la fin de l’hiver (fin février/début mars) pour faire une halte dans des zones humides. La grue symbolise donc les changements de saisons. Comme d’autres oiseaux, les grues adoptent pour leurs vols migratoires une formation en V.

Vol en V de grues cendrées. Source : Instinct Animal.fr
On peut également noter que le coloris de la grue associe le noir, le blanc et le rouge.
UNE EXPLICATION POÉTIQUE
L’association de ces trois couleurs comporte depuis des temps immémoriaux une forte charge symbolique. C’est le cas chez les Celtes. Dans le conte gallois (XIIIe siècle), Peredur fils d’Evrawc, qui raconte une histoire qui semble se dérouler en parallèle avec fameux Conte du Graal de Chrétien de Troyes[2]. Durant ses pérégrinations, Peredur, le héros, tombe en extase en observant dans un paysage enneigé un corbeau qui se pose sur le corps d’un canard tué par un faucon.
Peredur s’arrêta pour considérer la noirceur du corbeau, la blancheur de la neige et la rougeur du sang : il pensa à la chevelure de la femme qu’il aimait le plus au monde, qui était aussi noire que le jais ; il comparait sa peau à la blancheur de la neige, et la rougeur du sang sur la neige blanche aux deux pommettes rouges sur les joues de la femme qu’il aimait[3].
La mention d’un corbeau n’est pas anodine dans la mythologie celtique puisqu’elle recouvre souvent la présence d’un personnage important comme Bran, héros des mythes gallois, dont le nom signifie « corbeau ». On peut également signaler que le nom d’un autre héros de l’aventure s’appelle Gwalchmai dérivé de gwalch « faucon » en gallois qui est à l’origine du nom du chevalier Gauvin des légendes arthuriennes. Les bardes dans leurs poèmes jouent à la fois sur la symbolique des couleurs et sur le sens des mots.
Dans le monde indo-européen, le blanc est lié aux fonctions sacerdotales. Le rouge, couleur du sang, se confond avec l’activité guerrière. Le roi et le héros sont issus de cette deuxième fonction. Le noir, traditionnellement la couleur d’une terre fertile, est associé aux fonctions productives, le labour, l’élevage, le commerce et l’artisanat. Les explications sont nombreuses, ces trois couleurs reflètent également les trois cieux qui tournent autour de la terre. Le ciel diurne blanc, le ciel auroral ou crépusculaire de couleur rouge et le ciel nocturne noir.
Cerbère, le gardien des Enfers, est également représenté avec les trois couleurs traditionnelles.

Héraclès apportant Cerbère à Eurysthée. Cerbère en rouge noir et blanc. Hydrie ionienne à figures noires provenant de la cité étrusque Cerveteri, 6e siècle av J.-C. Musée du Louvre
Ce souci de retenir les trois couleurs fondamentales de la tradition se reflète également dans le choix des victimes sacrificielle. Les victimes au pelage noir, blanc ou d’un rouge de feu (purros) sont choisies en fonction des circonstances et des divinités auxquelles elles sont destinées. Lorsque les couleurs sont présentes, dans le cas d’Héraklès et de Mithra, le Taureau est de couleur noire. Ce qui laisse penser que le taureau du chaudron de Gundestrup est également noir.

Héraclès et le taureau crétois. L’artiste a représenté le taureau en noir malgré le fait que le Taureau de Crète est décrit par les textes comme arborant une couleur blanche. Détail d’un lécythe attique à figures noires, v. 480-460 av. J.-C., musée du Louvre.
LA VERSION ALCHIMIQUE
Ces trois couleurs symbolisent en alchimie les trois phases du Grand Œuvre pour accéder à la pierre philosophale. L’Œuvre au noir (nigredo en latin), l’Œuvre au blanc (albedo) et l’Œuvre au rouge (rubedo). Le résultat de ces opérations permet d’acquérir soit la pierre philosophale qui rend possible la transmutation des métaux (version matérialiste, changer le plomb en or) soit l’élixir de longue vie, qui donne la vie éternelle à son possesseur.

Trois oiseaux dans une fiole, S. Trismosin, Splendor solis, Londres, XVIème siècle. Source : Alexander Roob, Alchimie&Mystique, Éditions Taschen, 2009.
On pense souvent que les monuments ou statues de l’Antiquité arboraient la couleur du matériau brut, la blancheur du marbre par exemple. La sculpture grecque d’un blanc éclatant est un cliché tenace. Or l’étude de certains modèles révèlent que les artistes de l’Antiquité utilisaient des couleurs chatoyantes pour recouvrir leurs œuvres. Pour les Grecs, les statues non colorées étaient d’ailleurs considérées comme inachevées.

Coré au peplos, vers 530 av. J.-C., à gauche la statue originale, à droite restitution de la couleur d’origine. Un peplos est un type de robe porté par les femmes en Grèce vers 500 avant notre ère. Source : classics.cam.ac.uk
Ce qui signifie que le pilier des Nautes était sans doute dans son état originel recouvert de couleurs criardes qui mettait en avant, entre autres, l’aspect tricolore des grues.
UNE EXPLICATION NATURALISTE
Contrairement au hérons garde-bœufs (Bubulcus ibis) qui accompagnent souvent le bétail ou d’autres grands mammifères dans leurs déplacements en se nourrissant des insectes et des petits vertébrés perturbés par le passage de ces animaux.

Bovidé et hérons garde-bœufs. Source : oiseaux.net
La grue qui consomme principalement de la matière végétale, sans toutefois dédaigner les insectes, les amphibiens et même les petits mammifères n’est pas vraiment connue pour suivre le cheminement des grands troupeaux d’herbivores. Ce qui signifie que ce n’est pas une scène naturaliste qui orne le pilier des Nautes. L’explication est ailleurs.
UN MYSTÉRIEUX BAS-RELIEF
Comme souvent avec les druides, c’est l’astronomie qui permet d’élucider ce mystère. Il existe un autre bas-relief qui va dans ce sens. L’œuvre présente la même thématique — un taureau, un arbre, des grues — il y a cependant une différence notable. Le taureau est perché avec les oiseaux sur l’arbre caché au milieu du feuillage. Comportement qui ne figure pas vraiment dans les habitudes de ces animaux massifs.

Bas-relief de Trèves, face latérale d’une stèle dédiée à Mercure. (Rheinisches Landesmuseum, Trier, Allemagne).
Ce bas-relief provient de Trêves (Allemagne). Une stèle d’époque impériale, dédiée à Mercure.

Bas-relief de Trèves, fac-similé, face latérale d’une stèle dédiée à Mercure. (Rheinisches Landesmuseum, Trier, Allemagne).
Sur ce monument, on peut voir un homme vêtu d’une courte tunique couper un arbre. À la lumière des révélations des panneaux du pilier des Nautes, on peut déduire qu’il s’agit du même personnage qui est précisément nommé Esus sur le pilier parisien. Sur la stèle de Trèves, le dieu coupe le tronc de l’arbre. Un arbre dont les branches feuillues abritent une tête de taureau et trois oiseaux. Dans le cas de ces deux bas-reliefs, celui des Nautes et celui de Trèves, il s’agit de représenter un seul et même mythe.
Pour le déchiffrement de ces bas-reliefs, voir SAISON 2 ÉPISODE 12 Esus le destructeur de mondes
UN SAVOIR ASTRONOMIQUE
Or, il n’y a qu’une explication possible pour ce taureau posé sur la cime d’un arbre. Une explication astronomique. Car ce n’est pas un animal ordinaire ni d’un arbre quelconque qu’il s’agit, mais de l’arbre cosmique qui soutient la voûte céleste et dans ce cas particulier, la constellation du Taureau et des Pléiades (les trois grues).

Pour les druides l’arbre sacré, qui peut également être un pilier, correspond à l’axe terrestre qui soutient la voûte céleste. L’acte d’abattre cet axe déclenche la fin du monde. (Dessin : JPS2023)
Il ne fait aucun doute que ces trois grues représentent trois déesses. Comme le démontre une statuette en bronze découverte à Maiden Castle en Grande-Bretagne (Dorset) qui montre un taureau à trois cornes portant sur son dos les bustes de trois déesses. La concordance — trois déesse, trois grues sur les dos d’un taureau — entre les deux œuvres est trop précise pour être un hasard. D’ailleurs, la transformation des déesses en oiseaux est un motif que l’on retrouve fréquemment dans la mythologie celtique d’Irlande.

Taureau à trois cornes avec le buste de trois déesses. Source Pinterest
Sur le dos de l’animal, certains observateurs ne comptent que deux déesses, pourtant il en a bien une troisième, celle assise près des cornes de l’animal, dont il manque malheureusement la tête.

Taureau à trois cornes en bronze avec buste de trois déesses, Ier siècle, Maiden Castle, Dorset GB. Au musée du comté de Dorset. © CM Dixon / Héritage-Images
Cette statuette semble indiquer deux choses importantes.
Le taureau —représenté sur le pilier des Nautes et du bas -relief de Trêves — correspond au fameux taureau à trois cornes de la religion druidique.

Le taureau d’Avrigney, statue en bronze du Ier siècle, découvert en 1756 à Avrigney (Haute-Saône). Besançon, musée des beaux-arts et d’archéologie. © DOUSSON Jean-Louis
Il est donc évident que ce n’est pas un taureau ordinaire qui figure sur ces monuments, mais un taureau divin. Plus précisément, il s’agit du Taureau céleste que l’on retrouve dans le ciel étoilé sous la forme de la constellation du Taureau.
Que les trois grues correspondent, elles aussi, à une formation céleste, l’amas des Pléiades. Ces grues trouvent une correspondance avec les trois déesses parfois représentées sur les monuments gaulois.

Les trois déesses-mères d’origine gauloise, les Matres, portant corbeilles de fruits et corne d’abondance. Autel dédié aux Mères augustes par un médecin, marbre blanc, datation : 1er siècle – 2e siècle. © Degeule Jean-Michel. Source : lugdunum.grandlyon.com
Ces trois déesses, quant à elles, correspondent en fait à la Grande Déesse aux multiples visages des druides qui est à l’origine de tout. Elle est triple et elle peut devenir, selon les mythes dans lesquels elle s’incarne, la fille, l’épouse ou la mère des dieux masculins du panthéon celtique.
Cette notion d’une déesse omniprésente semble inspirer le poète Gérard de Nerval lorsqu’il décrit la déesse Artémis, il écrit : La Treizième revient… C’est encor la première ; Et c’est toujours la seule…
LE TAUREAU ET LES PLÉIADES
L’association des constellations du Taureau et des Pléiades est très ancienne puisqu’elle remonte à la Préhistoire. L’exemple le plus connu est celui de la grotte de Lascaux, chef- d’œuvre en péril, dont les peintures sont estimées autour de 18000 ans avant notre ère. Car chose extraordinaire, au-dessus de la nuque du taureau se trouve une formation de points à l’endroit exact où l’on s’attend à trouver l’amas des Pléiades.

Auroch peint dans la salle des taureaux. Le groupe de points noirs au-dessus de l’animal correspond à l’amas des Pléiades qui brille dans la constellation du Taureau. © ministère de la culture, centre national de la préhistoire, Norbert Aujoulat
On peut voir six points au-dessus du Taureau. Pourtant les Pléiades sont traditionnellement constituées de sept étoiles qui sont appelées les « sept sœurs ». Pourquoi une telle différence ?
L’astronome Ératosthène résout cette énigme lorsqu’il précise qu’on ne voit pas sept, mais seulement six étoiles dans le ciel étoilé parce que six des sœurs se sont unies à des dieux et la dernière à un mortel et que c’est pour cette raison qu’elle est totalement invisible aux yeux des observateurs[4].
À quand remonte ce mythe des « sept sœurs » ?
D’après des études récentes, on pense aujourd’hui que certains mythes peuvent plonger leurs racines communes jusqu’au Paléolithique, il y a 65000 à 40000 ans. Selon certains spécialistes, certains mythes peuvent encore remonter plus loin dans le temps, vers 100 000 ans avant notre ère.
LE TAUREAU ET LE SOLEIL
L’astronomie seule permet d’appréhender la folle complexité de la pensée druidique.
Le Taureau céleste n’est pas seulement un signe qui indiquait le printemps tout au long de l’ère du Taureau (de 4420 à 2260 av. J.-C.). C’est-à-dire durant quand même 2160 ans.
Pour en savoir plus, voir SAISON 1 ÉPISODE 10 Les ères astrologiques
Et les phénomènes à l’origine de ces changements d’ères durant l’Histoire SAISON 1 ÉPISODE 8 La précession des équinoxes
C’est lors de l’équinoxe de printemps autour de 3340 av. J.-C. que le soleil se lève entre les cornes de la constellation du taureau. Si le phénomène se reproduit chaque année au printemps pendant près de 2160 ans ; c’est pourtant en -3340 avant notre ère que le soleil est en plein milieu des cornes du taureau céleste.

En 3340 av. J.-C. le soleil se lève entre les cornes de la constellation du Taureau (Source : Stellarium.org). En -4420 le soleil est au niveau de la corne du bas et en -2260 le soleil touche la corne du haut. C’est durant ce laps de temps que le soleil se lève entre les cornes du Taureau. Ces deux dates correspondent au début de et à la fin de l’ère du Taureau.
En 3340 av. J.-C. le soleil se lève entre les cornes de la constellation du Taureau (Source : Stellarium.org). En -4420 le soleil est au niveau de la corne du bas et en -2260 le soleil touche la corne du haut. C’est durant ce laps de temps que le soleil se lève entre les cornes du Taureau. Ces deux dates correspondent au début de et à la fin de l’ère du Taureau.
Cet événement astronomique régulier est à l’origine d’un étrange signe qui figure sur le front du taureau représenté couché sur la plaque du fond du chaudron de Gundestrup. Il explique également l’aspect doré qui devait être la couleur d’origine des cornes de ce même taureau qui sont aujourd’hui perdues.

Détail du chaudron de Gundestrup, à noter le soleil tournoyant sur le front et l’absence de cornes. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.
L’or, la dorure, couleur rituelle des bovins sacrifiés aux dieux durant l’Antiquité.

Tête d’un taureau avec ses cornes dorées et l’hélice sur le front symbolisant le soleil tournoyant. Musée archéologique d’Héraklion (Crète).
Pour en savoir plus, voir SAISON 1 ANNEXE 3 Un étrange symbole
LA FIN DU MONDE
De surcroit, le chaudron de Gundestrup se fait encore plus précis puisqu’il indique un événement considérable qui s’est déroulé dans le ciel lorsque le Soleil a cessé de se lever dans la constellation du Taureau au printemps pour se lever dans la constellation du Bélier durant les 2160 ans suivants.
Signifiant ainsi la fin de l’ère du Taureau. Ainsi la fin de cette ère est figurée sur le chaudron d’argent par le sacrifice d’un énorme animal. C’est à Orion que revient la distinction ultime de sacrifier le fameux Taureau céleste. Le modèle pour tous les sacrifices qui suivront et qui constitue le rite majeur grâce auquel les hommes communiquent avec leurs dieux.

En haut, Orion (Orion) et son chien (Canis Major), au milieu l’énorme Taureau céleste (Taurus), en bas, la constellation du Dragon (Draco) et la Petite Ourse (Ursa Minor) presque effacée. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.
Cet affrontement titanesque figure non seulement sur le chaudron de Gundestrup, mais également dans tous les manuels d’astronomie.

Gravure représentant les constellations d’Orion et du Taureau (Taurus), Atlas Céleste de Flamsteed, 1776.
Ce combat cotre un taureau est également présent dans nombres de civilisations anciennes. Gilgamesh qui tue le Taureau du ciel en Mésopotamie, En Grèce avec Héraklès qui affronte le monstrueux taureau de Crète et bien sûr Le dieu Mithra, d’origine iranienne, qui abat le Taureau cosmique d’un coup de glaive, permettant ainsi la renaissance du Monde et le rétablissement de l’ordre cosmique.

Mithra sacrifiant un taureau, Image qui peut être décrypté de la façon suivante : Orion (Orion) le sacrificateur, la constellation du Taureau (Taurus) (la victime du sacrifice), en bas les constellations du Grand Chien (Canis Major), du Dragon (Draco) sous les traits d’un serpent et la constellation du Scorpion (Scorpius) qui pince les testicules du Taureau Céleste. Marbre. Vers 390. Saïda (Liban) – Sidon, province de Syrie-Phénicie. Musée du Louvre, Département des antiquités orientales. Photo : Musée du Louvre (distr. RMN-Grand Palais / Franck Raux).
ORION ET SES AVATARS
Tous ces personnages sont des avatars d’Orion, la pièce centrale du jeu d’échec qui se joue sur la voûte céleste. Puisque ces scènes de combat contre le Taureau céleste sont toutes issues d’une lecture d’un répertoire d’images en commun qui est à la disposition de peuples qui n’ont aucun contact entre eux, si ce ne sont les mêmes constellations qui figurent dans le ciel étoilé. Ce dernier se lit comme un gigantesque livre d’images dans lequel les prêtres et les poètes peuvent puiser pour élaborer leurs mythes.

Orion, Taurus, Canis Major, Sirius est l’étoile principale de la constellation du Grand Chien. Vue de la Terre, Sirius est l’étoile la plus brillante du ciel après le Soleil (d’après la carte céleste Sirius, Éditions Freemedia, Bern).
Pour un déchiffrement complet de la plaque du fond du chaudron de Gundestrup, on peut consulter la SAISON 1 ÉPISODE 5 Chaudron de Gundestrup et astronomie
LE TRIPLE SACRIFICE DU TAUREAU
L’article pourrait s’arrêter ici, mais le chaudron de Gundestrup révèle encore un autre secret puisqu’il montre un étrange sacrifice de trois taureaux.

Plaque du triple sacrifice du taureau. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.
Sur cette plaque on peut ainsi voir un Orion démultiplié, chien y compris, qui participe à cette scène sacrificielle en tant qu’officiant. C’est cependant le triple taureau qui doit retenir l’attention puisqu’il correspond à un animal bien spécifique de l’iconographie celtique.
Un taureau qui est lié d’une façon ou d’une autre au chiffre trois.
Il est soit un triple taureau comme sur le chaudron de Gundestrup. Soit un taureau auquel sont associées trois grues comme sur le pilier des Nautes. Sans compter que ces deux animaux représentés sur les bas-reliefs des Nautes et de Trèves correspondent au fameux taureau à trois cornes de la religion druidique.

Taureau d’Avrigney, statue en bronze du Ier siècle, découvert en 1756 à Avrigney (Haute-Saône). Besançon, musée des beaux-arts et d’archéologie. © DOUSSON Jean-Louis
Cependant pour découvrir la véritable identité du taureau triple représenté sur une des plaques du chaudron de Gundestrup, il faut faire un détour par la mythologie grecque et décrypter une des aventures extraordinaires d’un des avatars d’Orion les plus connus.
UN DEMI-DIEU
Ce personnage n’est autre que le héros grec Héraklès, un demi-dieu, fils de Zeus et d’une mortelle.
Voir à ce propos les explications astronomiques dans SAISON 2 ANNEXE 7 Pourquoi Héraklès est-il un demi-dieu ?
Héraklès qui au cours d’un de ses douze travaux doit se battre contre Géryon, un géant triple. Le texte le plus complet concernant cet épisode est celui contenu dans la Bibliothèque du pseudo-Apollodore.
LES BŒUFS DE GÉRYON
Géryon est décrit comme un monstre à trois corps, qui règne sur la côte occidentale de l’Ibérie. Cet être monstrueux possède un troupeau de bœufs rouges qui sont confiés à la garde du bouvier Eurytion et du chien à deux têtes Orthos. Pour le compte d’Eurysthée, roi de l’Argolide, Héraclès doit accomplir douze travaux. Lors du dixième, le héros doit s’emparer du troupeau de bœufs de Géryon. Héraklès tue d’abord le bouvier Eurytion. Ensuite le héros grec est attaqué par Orthos. Héraklès tue le chien monstrueux avec sa massue. Géryon s’arme de ses trois boucliers, trois lances et met ses trois casques. Il est tué par Héraklès qui le transperce d’une flèche qui traverse ses trois corps. Le héros grec peut ainsi dérober les fameux bœufs de Géryon et les ramener à Eurysthée.
UN ÊTRE TRIPLE
Géryon est un personnage énigmatique. Les auteurs grecs ne sont pas d’accord entre eux sur son aspect, mais tous sont d’accord pour dire qu’il est marqué d’une façon ou d’une autre par le chiffre trois. Parfois dans leurs descriptions du Triple Géryon, il devient un homme à trois têtes (Hésiode, dans sa Théogonie). Cette statuette étrusque montre à quoi pouvait ressembler un tel personnage extraordinaire.

Statuette de Géryon sous la forme d’un humain à trois têtes, VIème siècle av J.-C. Musée des Beaux-Arts de Lyon. (Wikimedia Commons).
Une autre fois, c’est un personnage avec trois corps joint à la taille (Eschyle) ou encore trois frères séparés, mais n’ayant qu’une seule âme (Trogue Pompée).

Héraklès affrontant le triple Géryon, amphore à figures noires, signée par Exékias, potier, 550-540 av. J.-C., trouvée à Vulci, Musée du Louvre.
On peut ainsi voir toute la difficulté pour les artistes de représenter un personnage dont le caractère est triple. Sur une amphore à figures noires, l’artiste a retenu la deuxième variante, celle de trois corps joint à la taille pour représenter son personnage. Sur le chaudron de Gundestrup, les druides ont choisi de figurer ce triple personnage sous une forme animale (le taureau), lequel est séparé en trois corps bien distinctes. Cependant au sein même de la religion druidique ce personnage triple peut prendre différentes apparences.
Quel est ce personnage déconcertant ?
LE TRIPLE TAUREAU DES GAULOIS
Pour comprendre cette figure divine, il faut citer un texte d’Ammien Marcellin, un des historiens les plus importants de l’Antiquité tardive. Dans un passage de son Histoire de Rome (Livre XV, 9-12), cet auteur fait mention des aventures d’Héraklès (toujours lui) en Espagne et en Gaule au cours desquelles le héros affronte et tue deux cruels tyrans. L’un est justement le fameux Géryon et désole l’Espagne ; l’autre porte le nom de Tauriscus, et fait peser sa tyrannie sur les Gaules.
Dans ce contexte, on peut penser que ces deux personnages cités côte à côte ont un caractère analogue et une forme identique, même si Ammien Marcellin ne le précise pas.
Ce qui permet d’avancer l’hypothèse que l’adversaire triple qu’affronte Orion sur le chaudron de Gundestrup n’est pas Géryon, mais Tauriscus, le tyran des Gaules.
Voir également SAISON 2 ÉPISODE 4 Orion et Tauriscus
En premier lieu, le nom de Tauriscus (Tauriscos en gaulois), basé sur le mot latin Taurus « taureau », semble indiquer un être en rapport avec les bovidés. Ensuite comme Géryon, il semble que Tauriscus est un être marqué par une quelconque triplicité.
Il faut dire que l’iconographie gauloise livre quelques exemples de ce mystérieux Tauriscos, le triple taureau. Pour brouiller les pistes, il peut en effet prendre différentes apparences, soit animale, soit mi-humaine mi-animale, soit un aspect totalement anthropomorphe. Si ce n’est parfois certains détails. Une oreille animale, des bois au sommet du crâne ou des sabots en guise de pieds.
Pour en savoir plus, voir SAISON 2 ANNEXE 2 Dieux celtes et animaux
LA FORME ANIMALE DU DIEU
Comme en Grèce, les artistes gaulois ont eu plusieurs options à leur disposition pour représenter leur personnage triple. D’abord sous la forme d’un bovidé à trois cornes.

Gros plan de la tête du taureau à trois cornes. Besançon, musée des beaux-arts et d’archéologie. © DOUSSON Jean-Louis
Un tel taureau n’existe pas dans la nature. Il s’agit sans aucun doute possible de la représentation d’une divinité celtique.
Toute la difficulté est de trouver l’identité de la divinité celtique qui se cache derrière ce Triple taureau ?
LA FORME PRESQUE HUMAINE DU DIEU
Une découverte récente révèle cependant le vrai visage de ce triple personnage. Cette fois-ci sous sa forme « presque » humaine. Dans la chambre funéraire d’une tombe princière, datée du Ve siècle avant notre ère, les archéologues ont retrouvé un chaudron en bronze d’environ un mètre de diamètre. Le personnage du chaudron de Lavaur est représenté avec des cornes et des oreilles de taureau, mais un détail très important retient l’attention. Pour souligner la triplicité du dieu cornu, celui-ci arbore fièrement une triple moustache. C’est une des rares figurations de Tauriscos, le triple adversaire d’Orion.

Dieu cornu, détail du chaudron de Lavau découvert dans une tombe princière du Ve siècle av. J.-C.
L’œuvre est étrusque ou grecque, ce qui fait que les spécialistes le décrivent avec des références grecques. Ils en font le dieu grec des fleuves Acheloos. Oubliant tout simplement que les objets retrouvés dans les tombes celtiques, ne sont pas des objets quelconques, mais des commandes ou des cadeaux qui doivent faire plaisir au futur propriétaire. Celui-ci doit reconnaître le personnage représenté avec ses propres références. C’est pourquoi il faut voir ces objets retrouvés dans les sépultures avec les yeux de celui qui reçoit le cadeau. Et non pas en faire des interprétations savantes ou faire de ces princes celtes, des gens avides de breloques grecques peu importe la forme qu’elles prennent. Les Grecs pour faire de bonnes affaires ou pour assurer la protection de leurs routes commerciales ne peuvent pas se permettre d’offenser leurs partenaires ou les prendre pour des imbéciles. Les marchands/ambassadeurs avisés connaissaient leurs futurs partenaires et voulaient les flatter pour les gagner à leur cause les élites celtiques et ainsi entretenir des alliances avantageuses pour leur commerce. C’est pour cela que même certains artefacts grecs peuvent apporter un nouvel éclairage sur la religion des Celtes. Donc ce personnage cornu n’est pas d’Acheloos, le dieu-fleuve des Grecs, mais il s’agit plus certainement d’une divinité gauloise chère au prince défunt enterré dans la tombe. D’ailleurs Acheloos n’est jamais représenté en Grèce avec une triple moustache.
UNE ORNEMENTATION SYMBOLIQUE
Les décors des vases ou chaudrons retrouvés dans des sépultures celtiques, comme le célèbre vase de Vix ou le chaudron de Hochdorf, ne sont jamais anodins, mais ils ont toujours une signification soit symbolique, soit religieuse pour leur propriétaire. Le décor du cratère de Vix représente la figuration d’une divinité que la propriétaire vénère ; une sorte de Mélusine, une vouivre, puisque sur le vase est représentée une femme ailée, dont les membres inférieurs sont en forme de serpents. C’est pour cela qu’elle emmène ce précieux vase dans sa tombe. Il n’est pas seulement beau et raffiné, hors de prix, mais ce qui est encore plus important, il a une signification religieuse.

La femme-serpent qui figure sur le cratère de Vix. Une preuve de l’existence des vouivres dès l’Antiquité ? Source : musee-vix.fr
Cette représentation de femme-serpent doit comporter certains éléments essentiels pour être certifiée conforme au préceptes druidiques : le serpent et l’oiseau par exemple. L’élément serpent est évident, difficile de faire plus explicite. En ce qui concerne l’oiseau, cela semble être au premier abord moins assuré, mais en regardant de près on s’aperçoit que la femme-serpent de Vix est ailée. Oui, les anses du cratère forment des ailes et Apollodore dit que celles-ci étaient en or.

La femme-serpent qui figure sur le cratère de Vix avec des ailes stylisées. Source : musee-vix.fr
VISIONS PROPHÉTIQUES
Ce vase géant comporte également un aspect rituel puisque la Dame de Vix est en quelque sorte une pythie gauloise qui vaticinait assise en transe sur cet énorme vase et proférait des formules oraculaires énigmatiques parmi les volutes de fumée de chanvre aux personnes venus la consulter. Pour cela elle utilisait une langue celtique archaïque en Q, incompréhensible pour le commun des Gaulois et que seul les druides, derniers détenteurs de cette langue sacrée, pouvaient traduire les obscures prédictions. Mais c’est une autre histoire…

La Pythie, prêtresse du sanctuaire de Delphes, se faisant l’interprète des dieux. Le personnage féminin est assis sur un chaudron avec un trépied pour prédire l’avenir. Kylix en céramique à figures rouges, vers 440-430 av. J.-C., par le peintre de Kodros (Altes Museum de Berlin). (Wikimedia Commons).
C’est pourquoi même ces cadeaux diplomatiques peuvent donner des indications précieuses sur la nature réelle des dieux des druides. Puisque pour plaire aux élites celtes, les grecs ont offert des artefacts représentant les divinités grecques les plus proches possibles des dieux celtiques. Il ne faut pas oublier qu’un interdit puissant empêchait les artistes de représenter les dieux dans le domaine celtique. Ces objets venus d’une autre culture mériteraient une attention particulière.
Voir à ce propos SAISON 1 ANNEXE 25 Les druides et la représentation des dieux
Contrairement aux Celtes, cette interdiction de représenter les divinités est tombée très tôt chez les Grecs, les Étrusques et les Romains au contact des pratiques de l’Égypte et du Proche-Orient, dont les populations ont représenté leurs dieux depuis des millénaires. Une abomination pour un druide. Contourner un tel interdit fondateur, sans avoir l’air d’y toucher, devait être grisant pour les élites celtiques.
LA FORME HUMAINE DU DIEU
Après le triple taureau du chaudron de Gundestrup, le taureau à trois cornes, le taureau aux trois grues et la tête humaine avec sa triple moustache, ses cornes et ses oreilles de taureau ; il ne manque plus qu’une figuration exclusivement humaine pour compléter le tableau.
Une divinité à trois têtes comme Géryon existe effectivement en Gaule. C’est le dieu tricéphale. Un seul exemple, le dieu à trois têtes de Condat, qui est daté de l’époque romaine, mais qui représente néanmoins un dieu gaulois.

Dieu tricéphale de Condat. 2e siècle ap. J.-C., Calcaire, collection Musée d’Aquitaine. (Photo mairie de Bordeaux).
La tête principale s’accompagne de deux plus petites situées sur les côtés au-dessus de chaque épaule. Rien ne semble relier ce dieu tricéphale au taureau à trois cornes. Si ce n’est justement le côté triple du personnage.
UN DIEU TAUREAU
Quelle est le nom du dieu qui se cache derrière ce personnage triple ?
C’est le décor en relief d’une stèle qui dévoile l’identité secrète du dieu. Cette stèle dites des « Bolards » dont le nom vient d’un site archéologique gallo-romain situé à Nuits-Saint-Georges (Côte-d’Or). Dans les vestiges de ce grand sanctuaire, qui a succédé à un temple gaulois, on a retrouvé une stèle regroupant trois divinités.

Stèle des Bolards sur laquelle est représentée une triade de divinités. Calcaire. H. 47 ; 1. 43 ; ép. 10 cm. Musée de Nuits-Saint-Georges. (Cl. Bernuy).
Stèle, en partie endommagée ou effacée, est composée de deux scènes distinctes, en haut, trois divinités assises avec chacune le pied gauche posé sur un tabouret. En bas, une frise avec plusieurs animaux. Pour le déchiffrement de cette partie du monument, voir SAISON 3 ÉPISODE 4 Cernunnos et le cerf
Les trois personnages sont de gauche à droite, une déesse-mère, aujourd’hui acéphale, vêtue d’une tunique longue serrée à la taille et d’un manteau posé sur l’épaule. Elle tient une corne d’abondance et une patère. À ses pieds une corbeille de fruits. Au centre, une divinité à demi nue qui porte sur l’épaule un drapé ramené ensuite sur les genoux et tombant le long de la jambe qui laisse apparaître un buste aux seins marqués et un sexe masculin. Le visage aux est encadré d’une chevelure qui tombe sur les épaules et une couronne crénelée est posée sur le sommet de la tête. Cette divinité tient également une corne d’abondance et une patère. À ses pieds se trouve un petit serpent. À droite, une divinité masculine vêtue d’une tunique courte et d’un manteau agrafé sur l’épaule qui lui couvre la poitrine. La tête barbue est tricéphale : une tête et un seul cou pour trois visages, les deux yeux sur la face centrale étant aussi les yeux droit et gauche des faces latérales. De chaque côté d’un front dégarni part une corne.
Les bois de cerf et le torque sont des éléments qui donnent une identité précise à la divinité représentée. ll s’agit du dieu Cernunnos.
Voir à ce propos SAISON 3 ÉPISODE 3 Cernunnos et le torque
Au pied du personnage, un autre élément qui distingue Cernunnos des autres divinités : un sac qui évoque souvent, sur d’autres reliefs, les richesses qu’il dispense.
Mais surtout le dieu est doté de trois têtes, car Cernunnos est tricéphale.

Détail de la stèle des Bolards, le dieu Cernunnos tricéphale. (Cl. Fasquel).
UN DIEU QUI CHANGE
Cernunnos est ainsi le dieu lié au chiffre trois. C’est une divinité protéiforme qui apparaît sous différentes identités dans l’iconographie gauloise. En tant que dieu aux bois de cerf sur le chaudron de Gundestrup, mais également sous une apparence animale, le taureau aux trois grues ou le taureau aux trois cornes. Sous une apparence mi-humaine mi-animale, le dieu aux cornes de taureau à la triple moustache ou totalement humaine, mais avec trois têtes. La monstruosité triple le distingue toujours du commun des animaux ou des hommes ordinaires.
LE MAÎTRE DES ANIMAUX
Cette triplicité du dieu est très ancienne puisqu’en Inde, le Maître des animaux est déjà représenté avec trois visages au IIIe millénaires av. J.-C.

Sceau découvert lors des fouilles du site archéologique de Mohenjo-Daro dans la vallée de l’Indus. Ce sceau dit de « Pashupati » (Seigneur des Animaux), montre un personnage assis, peut-être ithyphallique, entouré d’animaux. (2600–1900 avant J.-C.).
Cernunnos n’a pas trois visages sur le chaudron de Gundestrup, mais d’autres représentations tirées de l’iconographie gauloise semblent corroborer cet aspect tricéphale du dieu.

Le dieu Cernunnos avec des bois de cerf. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague). (Wikimedia Commons).
LA MORT DE CERNUNNOS
Ce qui ne signifie rien de moins que le chaudron de Gundestrup montre le meurtre du dieu Cernunnos par son frère jumeaux Orion sous la forme du triple sacrifice d’un taureau. L’affrontement entre les deux jumeaux divins fait partie du corpus de la Religion des Étoiles. Cette dernière a traversé les millénaires et se retrouve encore à l’état de vestige dans les mythes de nombreuses civilisations du monde. Seul le chaudron de Gundestrup sauvegarde la structure mythique intacte. Celle des deux jumeaux qui s’affronte de façon cyclique, qui meurent à tour de rôle pour laisser la royauté sur le monde à l’autre. Le meurtre rituel des jumeaux intervient lors de cycles courts et de cycles longs. Le cycle court est saisonnier, la partie sombre de l’année appartient à Orion et la partie claire de l’année appartient à Ophiuchus/Cernunnos. Par exemple, le souverain de la partie sombre de l’année est tué à la fin de celle-ci et c’est son frère jumeau qui le remplace pour régner sur la partie claire de l’année. Idem pour le roi de la saison claire, lorsque celle-ci prend fin, Ophiuchus/Cernunnos est sacrifié et c’est Orion ressuscité qui prend sa place durant la période sombre de l’année. Ce sont des cycles de mort et de renaissance qui se déroulent selon le calendrier druidique qui est représenté sous la forme d’une roue.
UN MEURTRE RITUEL
Ainsi les deux frères jumeaux se partagent le calendrier. Le meurtre rituel d’Ophiuchus/ Cernunnos est représenté sur le chaudron de Gundestrup par le fameux sacrifice triple du taureau par Orion. Le meurtre rituel d’Orion figure également sur le chaudron d’argent. Il existe aussi des cycles plus longs, très longs puisqu’ils s’étendent sur une ère astrologique entière soit 2160 ans. Dans ce cycle long, les deux jumeaux règnent également en alternance sur les ères astrologiques. C’est lors de la fin de l’ère du Taureau par exemple que Ophiuchus/ Cernunnos est sacrifié sous la forme d’un taureau géant sur la plaque du fond du chaudron de Gundestrup. La rivalité cyclique entre ces deux jumeaux est en définitive ce que nous appelons la Religion des Étoiles puisqu’elle est basée sur l’interaction des constellations entre elles.

Les jumeaux qui se partagent le calendrier représenté sous forme de roue. Fourreau d’épée en bronze, Hallstatt, vers 400 av. J.-C. © Naturhistorisches Museum Wien (Source phm)
Ces jumeaux existent également en Mésopotamie, en Égypte, en Grèce et chez les Celtes pour ne citer que les plus évidents, mais on en trouve des traces jusque dans le Christianisme ou l’Amérique précolombienne.

Plaque intérieure du chaudron de Gundestrup. Triple sacrifice du taureau. À noter que le félin tacheté (une panthère), en haut, indique le Sud, tandis que le chien d’Orion, en bas, indique le Nord. Le Nord et le Sud sont inversés par rapport à nos cartes actuelles. © Copenhague, Nationalmuseet.
Ainsi cette plaque intérieure du chaudron de Gundestrup montre Orion/Héraklès qui tue Tauriscos le tyran des Gaules. Seuls les initiés à la Religions des Étoiles peuvent « lire » ces images et les interpréter. Les druides ont transmis un message crypté à travers le chaudron d’argent, mais c’est uniquement l’astronomie qui permet de déchiffrer ce testament qui semblait définitivement perdu…
ORION ET HÉRAKLÈS
Pour résumer, Tauriscus (Tauriscos en gaulois) est un personnage triple qui ressemble à Géryon et qui est comme lui tué par le demi dieu Héraklès.
Les sceptiques pourront dire que ce mythe ne concerne que le héros Héraklès et n’a aucun rapport avec Orion.
Sauf que…Héraklès et Orion se ressemblent comme deux gouttes d’eau. On peut facilement les confondre et les Grecs les ont souvent confondus, ne se souvenant plus de la religion des Étoiles qui remontait trop loin dans le temps. Commençons par la constellation d’Orion telle qu’elle est représentée sur des gravures anciennes.

La constellation d’Orion (Orion) dans Uranometria, l’atlas céleste de Johann Bayer (1661).
Un homme barbu armé d’une massue et portant une peau de lion sur son bras (détail très important).
On peut décrire Héraklès (Hercules en latin) de la même façon. Ce qui est le cas dans le même atlas céleste de Johann Bayer.

La constellation d’Hercule (Hercules) dans Uranometria, l’atlas céleste de Johann Bayer (1661).
Un homme barbu dont la tête et le dos sont recouvert d’une peau de lion, il tient une massue dans une de ses mains. Pour le distinguer d’Orion, l’artiste est obligé de mettre dans l’autre main les branches du pommier du jardin des Hespérides. Ce qui est une allusion au mythe des pommes d’or que le héros doit récupérer dans un jardin merveilleux lors d’un de ses douze travaux.
LA RELIGION DES ÉTOILES
Comment expliquer une telle ressemblance ?
Dans le système religieux qui se réfère aux étoiles, Héraklès n’est qu’un avatar d’Orion. Il serait plus juste de dire que c’est à travers son incarnation sur terre, c’est-à-dire Héraklès, que le dieu Orion traverse certaines épreuves. Il faut s’imaginer le ciel étoilé comme un gigantesque jeu d’échec. Orion est la pièce centrale immobile tandis qu’Héraklès est un pion mobile, une projection d’Orion, qui permet de faire avancer le jeu grâce à ses interactions avec les autres constellations.
Les Grecs n’ayant plus compris le rôle du dieu Orion, n’ont retenu avec le temps que la figure d’Héraklès accomplissant des exploits extraordinaires. Orion, un dieu tombé dans l’oubli… et ressuscité grâce au chaudron de Gundestrup.
Pour en savoir plus, voir toute la SAISON 2 consacrée à Orion et à ses avatars
CE QUE DISENT LES ÉTOILES
En astronomie, la préséance d’Orion est évidente puisqu’il forme une constellation qui trône en majesté, bien visible en hiver dans le ciel étoilé. Tandis qu’Hercule est une constellation peu visible tout au long de l’année. C’est pourquoi il faudrait réévaluer tous les textes mettant en scène Héraklès, car un certain nombre des travaux d’Héraklès peuvent être attribués à Orion. Les exploits mettant en scène un taureau, un lion, un sanglier et un cerf notamment. Ces quatre animaux figurent les quatre Étoiles Royales ou gardiennes du Ciel. Pour les druides Aldébaran dans la constellation du Taureau, Regulus dans la constellation du Lion, Antarès dans la constellation du Scorpion (un Cerf pour les druides) et Fomalhaut dans la constellation du Verseau (un Sanglier qui plonge dans la mer dans la tradition celtique).

Héraklès et le Taureau de Crète. Détail d’un lécythe attique à figures noires, vers 480-470 av. J.-C. Découvert à Athènes. Musée du Louvre.
Voir également SAISON 3 ANNEXE 3 Les étoiles royales
La Religion des Étoiles est formelle, c’est bien Orion qui est la pièce maîtresse du jeu d’échec qui se déroule dans le ciel étoilé entre deux adversaires de même force qui se partagent la royauté sur une partie de l’année Orion en hiver, Ophiuchus en été.
CONCLUSION
Ce personnage à trois têtes est une des divinités les plus importantes du panthéon celtique. Bien évidemment, l’adversaire triple d’Orion porte d’autres noms plus connus que celui de Tauriscos, comme celui de Cernunnos lorsqu’il est accompagné d’un cerf ou Dis Pater lorsqu’il s’affiche en compagnie d’un loup.
En tout cas, Cernunnos est un dieu cornu qui porte des excroissances différentes sur la tête selon les saisons
Des cornes de jeune taureau au printemps lorsqu’il prend l’identité de Tauriscos et des cornes de cerf pleinement développées à l’automne lorsqu’il est nommé Cernunnos.

Dieu cornu de Lezoux, Ier siècle av. J.-C., Saint-Germain-en-Laye, musée d’Archéologie nationale. Photo (C) RMN-Grand Palais (musée d’Archéologie nationale) / image RMN-GP

Tête du dieu Cernunnos avec des bois de cerf. Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague) (Wikimedia Commons).
C’est pourquoi l’axe Taureau- Cerf est mis en exergue sur certains monuments dédiés au dieu cornu.

Le dieu cornu entre Apollon et Mercure, en-dessous l’axe taureau-cerf, 1er siècle, Musée Saint-Remi, Reims. Source : musees-reims.fr
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SOURCES :
Stella Georgoudi, Quelles victimes pour les dieux ? À propos des animaux « sacrifiables » dans le monde grec, in La médecine vétérinaire antique, édité par Marie-Thérèse Cam, Presses universitaires de Rennes, 2007, p. 35-44.
NOTES :
[1] Les Parisii formaient un peuple gaulois installé dans l’actuelle région parisienne, qui a donné son nom à la ville de Paris.
[2] Si on assemble les itinéraires que prennent Peredur (un conte gallois), Perceval (un conte français) et Parzival (un conte allemand), on peut reconstituer de façon compète le chemin qu’effectue le héros à travers le ciel étoilé à la rencontre des différentes constellations qui symbolisent autant d’épreuves à passer.
[3] Les Quatre Branches du Mabinogi et autres contes gallois du Moyen Âge, trad., présentation et annotations Pierre-Yves Lambert, Gallimard / L’aube des peuples, 1993, pp. 255-256.
[4] Ératosthène, Le ciel, Mythes et histoire des constellations, Les Catastérismes d’Ératosthène, Traduction P. Charvet et A. Zucker, Nil éditions, Paris, 1998, p.113.
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