LES ÉTOILES ROYALES

LES DRUIDES SAISON 3 ANNEXE 3

Les Étoiles Royales qui au tout début des grands mythes astraux, formaient les quatre sentinelles du ciel et dont les constellations d’origine marquaient les quatre temps de l’année solaire : les équinoxes et les solstices.

LES QUATRE ÉTOILES ROYALES

Les quatre Étoiles Royales — Aldébaran, Antarès, Régulus et Fomalhaut — sont les sentinelles du ciel et leur constellations respectives — Taureau, Scorpion, Lion et Verseau — qui les abritent marquaient lors de l’ère du Taureau les quatre temps de l’année solaire : les équinoxes du printemps et de l’automne ainsi que les solstices d’été et d’hiver.

Les Étoiles Royales sont situées alors approximativement aux quatre points cardinaux et s’agençaient autour de l’écliptique en une vaste croix. Une ligne relie Régulus dans le Lion à Fomalhaut dans le Verseau, l’autre ligne de la croix est formée par Aldébaran dans le Taureau qui est relié à Antarès dans le Scorpion.

L'axe Aldebaran (Taureau)-Antares (Scorpion) et l'axe Regulus (Lion)-Fomalhaut (Verseau) en rouge. Les Étoiles royales forment une croix dans le ciel étoilé.

L’axe Aldebaran (Taureau)-Antares (Scorpion) et l’axe Regulus (Lion)-Fomalhaut (Verseau) en rouge. Les Étoiles royales forment une croix dans le ciel étoilé. Source : Carte du ciel Sirius ©Freemedia, Bern.

UNE LÉGENDE VRAIE

Wikipédia mentionne dans son article consacré au sujet que les Étoiles Royales sont une légende.

Une légende forgée à la fin du XVIIIe siècle par Jean Sylvain Bailly, puis Charles-François Dupuis attribue aux habitants de la Perse d’il y a 5 000 ans quatre gardiennes du Ciel ou étoiles royales (cette dernière dénomination étant de Dupuis). Celles-ci auraient été Aldébaran, Régulus, Antarès et Fomalhaut, étoiles de faible magnitude (donc relativement brillantes) situées alors approximativement aux quatre points cardinaux.

La légende est reprise sans autre vérification par de nombreux auteurs, dont François Arago dans son Astronomie populaire (1861), puis Camille Flammarion dans son Histoire du ciel (1872). Les auteurs de langue anglaise la reprennent à leur tour, dont Richard Hinckley Allen qui la cite à plusieurs reprises dans Star Names: Their Lore and Meaning (en) (1899). Elle eut alors beaucoup de succès dans les milieux de l’astronomie dans les premières décennies du XXe siècle. Elle repose en réalité sur des erreurs ou des surinterprétations des sources disponibles à l’époque de Bailly et Dupuis.

Sauf que…

Les druides connaissaient l’existences de ces gardiennes du ciel et qu’elles se retrouvent sur un monument gaulois et le chaudron de Gundestrup, les deux datés bien avant le XVIIIe siècle, date supposée de l’invention de la légende.

LES ANGLES DU CIEL ÉTOILÉ

Les trois animaux et le personnage — Taureau, Scorpion, Lion et Verseau — originaires du croissant fertile qui forment cette croix ont été adaptés par les druides à la latitude tempéré d’Europe occidentale. Exit le Scorpion et le Verseau remplacé par des animaux typiquement européens qui bénéficient d’une symbolique forte pour les druides. Il faut de même mentionner que les animaux qui entourent le Maître des animaux ne sont pas les mêmes en Inde et en Europe.

Même attitude et composition de la scène pour le Maître des animaux Indien, mais avec des animaux spécifiques au sous-continent indien : buffle, tigre, éléphant et rhinocéros.

LES ÉTOILES ROYALES. Sceau découvert lors des fouilles du site archéologique de Mohenjo-Daro dans la vallée de l'Indus. Ce sceau dit de "Pashupati" (Seigneur des Animaux), montre un personnage assis, peut-être ithyphallique, entouré d'animaux. (2600–1900 avant J.-C.).

Sceau découvert lors des fouilles du site archéologique de Mohenjo-Daro dans la vallée de l’Indus. Ce sceau dit de « Pashupati » (Seigneur des Animaux), montre un personnage assis, peut-être ithyphallique, entouré d’animaux. (2600–1900 avant J.-C.).

Tandis qu’en occident, le même personnage s’affiche en compagnie d’animaux typiques du continent européen : taureau, cerf, loup et lion.

LES ÉTOILES ROYALES. Le dieu Cernunnos avec des bois de cerf. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague)

Le dieu Cernunnos avec des bois de cerf. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague) (Wikimedia Commons).

LE LION EN EUROPE

Le lion était dès les temps les plus reculés un animal qui sillonnait les vastes étendus européennes. Comme en témoigne les peintures rupestres de la grotte Chauvet.

Dans la Grotte Chauvet, le Panneau des Lions. Une figuration vivante.

Dans la Grotte Chauvet, le Panneau des Lions. Une figuration vivante. Photo Jean Clottes – Ministère de la culture

Contrairement à ce que l’on croit communément, les lions ne sont pas cantonnés dans l’Antiquité à l’Afrique et à l’Asie comme aujourd’hui. Puisque le lion peuplait l’Europe durant l’Holocène (époque géologique s’étendant sur les 12 000 dernières années) et s’est éteint durant l’Antiquité. Les derniers lions auraient disparu en Europe de l’Est vers l’an 100 de l’ère chrétienne.

Chasse aux lions, en or et argent sur une dague en bronze mycénienne, Grèce, XVIe siècle av. J.-C.

Chasse aux lions, en or et argent sur une dague en bronze mycénienne, Grèce, XVIe siècle av. J.-C. (Wikimedia Commons).

La culture antique y fait de nombreuses allusions, pour ne citer qu’Héraclès lorsqu’il affronte en Grèce le Lion de Némée.

LES ÉTOILES ROYALES. Combat entre Héraklès et le lion de Némée, Amphore à figures noires, Vers 540 av J.-C., Musée du Louvre.

Combat entre Héraklès et le lion de Némée, Amphore à figures noires, Vers 540 av J.-C., Musée du Louvre.

Hérodote évoque dans son exposé sur les guerres médiques que des lions venaient de nuit rôder autour des campements perses, attirés par l’odeur des troupeaux que la gigantesque armée perse emportait avec elle lors de ses campagnes. Ce détail vient après le passage du Bosphore par les Perses, ces derniers sont donc en Thrace.

Des représentations de lions comme symboles ou des scènes de chasse au lion sont très présentes dans l’iconographie des Étrusques et les Grecs.

L’extinction de l’animal en Europe semble être due à une chasse aux lions intensive, passe-temps très prisé des élites et également à leur utilisation par les Romains, grands consommateurs d’animaux en tout genre, pour leurs spectacles sanglants dans les arènes.

Mosaïque en galets dite de « la chasse au lion » réalisée en Grèce au IVe siècle avant Jésus-Christ, conservée au musée archéologique de Pella (Grèce).

Mosaïque en galets dite de « la chasse au lion » réalisée en Grèce au IVe siècle avant Jésus-Christ, conservée au musée archéologique de Pella (Grèce). (Wikimedia Commons).

AU PLUS PRÈS DE LA SOURCE

On peut noter que les astronomes du XVIIIe siècle sont par définition plus proche des sources antiques que les auteurs modernes et qu’ils connaissaient certaines traditions qui sont considérées par les auteurs d’aujourd’hui comme des légendes inventées de toutes pièces.

Une autre fausse légende concerne la constellation du Lézard (Lacerta). Inventée soi-disant par Johannes Hevelius en 1687 pour combler une région du ciel pauvre en étoiles brillantes.

Les récits évoquant le Graal datent du Moyen Âge puisque l’objet légendaire apparaît pour la première fois à la fin du XIIe siècle.  Pourtant en suivant l’itinéraire de la Quête du Graal dans le ciel étoilé, le héros Perceval doit affronter un dragon qui est justement placé dans la région contenant le Lézard céleste. Étrange coïncidence. Hasard ou savoir oublié ?

Il semble plutôt que Hevelius devait connaître des traditions anciennes (peut-être même orales) ignorée des modernes pour créer ou recréer une constellation du Lézard et la placer au bon endroit dans le ciel étoilé. Dans notre monde moderne tout ce qui n’est pas mis par écrit n’existe pas. La mythologie gauloise n’a jamais été mise par écrit. Existe-t-elle pour autant ?

Elle existe bel et bien sous forme d’images sur le chaudron de Gundestrup. C’est grâce à l’astronomie que l’on peut déchiffrer ces mystérieuses figures.

UN MONUMENT GAULOIS

Le monument qui prouve que les druides connaissaient les quatre Étoiles Royales est une frise qui fait partie de la stèle dites des Bolards.

LES ÉTOILES ROYALES. Stèle des Bolards sur laquelle est représentée une triade de divinités. Calcaire. H. 47 ; 1. 43 ; ép. 10 cm. Musée de Nuits-Saint-Georges. (Cl. Bernuy).

Stèle des Bolards sur laquelle est représentée une triade de divinités. Calcaire. H. 47 ; 1. 43 ; ép. 10 cm. Musée de Nuits-Saint-Georges. (Cl. Bernuy).

La stèle est endommagée et les détails des animaux sont en partie effacés. Cependant le bas-relief distingue quatre angles du ciel en forme de croix qui représentent les points cardinaux. Pour les besoins de la composition la croix est repliée en une ligne droite sur laquelle sont posés les différents éléments. Aux extrémités de la ligne, l’est et l’ouest sont figurés par le taureau et le cerf. Plus proche du centre, le nord et le sud sont symbolisés par le sanglier (à droite) et le lion (à gauche). Au milieu de la composition s’élève un arbre qui représente l’axe terrestre. Il y a un cinquième petit animal qui n’est pas reconnaissable, mais dont on peut déduire l’identité grâce à l’astronomie puisqu’il s’agit de la constellation de la Petite Ourse qui symbolise une cinquième étoiles des plus importantes : l’étoile polaire autour de laquelle tourne tout le firmament et qui indique le nord pour tous les voyageurs et navigateurs.

Frise détail de la stèle des bolards. Musée de Nuits-Saint-Georges.

Frise détail de la stèle des bolards. Musée de Nuits-Saint-Georges. (Cl. Bernuy).

Les Étoiles Royales représentés sur cette frise sont Aldébaran (dans le Taureau), Antarès (dans le Scorpion et pour les druides dans le Cerf), Régulus (dans le Lion) et le moins connu des quatre Fomalhaut (dans le Verseau, constellation remplacée par les druides par un animal, Sanglier sur la stèle des Bolards).

L’axe Taureau-Cerf, est-ouest, se retrouve aussi sur le monument de Reims.

Le dieu cornu entre Apollon et Mercure, en-dessous l'axe taureau-cerf, 1er siècle, Musée Saint-Remi, Reims.

Le dieu cornu entre Apollon et Mercure, en-dessous l’axe taureau-cerf, 1er siècle, Musée Saint-Remi, Reims. Source : musees-reims.fr

Le chaudron de Gundestrup donne une autre variante de ces quatre Étoiles Royales par rapport à la stèle des Bolards. L’axe Taureau-Cerf est bien présent sur la plaque du Maître des animaux. Le Lion change de sexe et devient une Lionne tandis que le loup prend la place sanglier.

Le dieu Cernunnos avec des bois de cerf. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).

Le dieu Cernunnos avec des bois de cerf. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague). (Wikimedia Commons).

Ainsi d’après le chaudron de Gundestrup, de tradition authentiquement druidique, les quatre animaux qui figurent les quatre zones du ciel sont le Taureau, le Cerf, le Lion et le Loup.

LE CIEL ÉTOILÉ

Comme les druides sont également des astronomes, ces quatre animaux représentent aussi des constellations. Bien sûr, les constellations du Taureau et du Lion sont les plus évidentes. Moins connue est la constellation du Loup qui se situe à côté du Scorpion et qui était plus visible dans des temps plus anciens qu’elle ne l’est aujourd’hui. Le cerf est une constellation qui remplace nos constellations du Scorpion et de la Balance.

LA CONSTELLATION DU CERF

Même si c’est une constellation qui semble propre au druidisme. En effet, depuis les temps les plus anciens, une constellation du cerf occupait l’espace des actuelles constellations du Scorpion et de la Balance. Ainsi le ciel étoilé abrite l’image d’un personnage tenant un serpent dans ses mains et qui dans le cas celtique est accompagné par un grand cervidé.

Ophiuchus, le Scorpion et la Balance en rouge, ces derniers composent la grande constellation du Cerf.  

Ophiuchus, le Scorpion et la Balance en rouge, ces derniers composent la grande constellation du Cerf.  Source : Carte du ciel Sirius ©Freemedia, Bern.

Ce qui correspond à l’image du chaudron de Gundestrup qui montre le dieu au serpent Ophiuchus/Cernunnos en compagnie d’un grand Cerf.

LE SANGLIER PLONGEUR

Ces quatre animaux représentent également des étoiles bien spécifiques au sein de leurs constellations respectives. Aldébaran dans le Taureau, Antarès dans le Scorpion/Cerf, Régulus dans le Lion et le moins connu Fomalhaut dans le Verseau. Pour les druides, une constellation du Sanglier prenait la place de notre Verseau. Cette dernière constellation est lié à l’eau, c’était également le cas pour les druides et en Inde, c’est ce qui explique que l’on retrouve dans les mythologies celtiques et hindoues, l’image assez surprenante d’un sanglier qui plonge dans la mer, ce qui n’est pas vraiment son milieu de prédilection. Twrch trwyth au Pays de Galles et en Inde le troisième avatar de Vishnou, le sanglier Varâha. Les deux sangliers plongent dans la mer, l’un est un animal insaisissable qui plonge pour échapper sans cesse aux chasses du roi Arthur et le second plonge pour récupérer la Terre au plus profond des océans. Ces animaux forment une gigantesque croix dans le ciel étoilé. Aux extrémités d’une des branches se trouvent le Taureau et le Cerf et aux extrémités de la seconde branche on peut trouver le Lion et le Sanglier qui est remplacé sur le chaudron de Gundestrup par un Loup.

Détail de la frise du bas de la stèle. De gauche à droite le Taureau, le Lion, la Petite Ourse, l’arbre/axe terrestre, le Sanglier et le Cerf. Source : bois-de-cerf.over-blog.fr

À noter que certains ont vu un bélier à la place du lion, mais la position recourbée de la queue est typique de celle des fauves et ne peut en aucun cas être celle d’un ovin.

Lionne avec la queue recourbée vers le haut. Source rtl.be

Le vestige d’une ancienne constellation du Sanglier transparaît également chez les Grecs dans la condition du roi Pélias pour donner sa fille Alceste en mariage. Puisque le héros Admète devait ramener un char attelé d’un lion et d’un sanglier. Cet axe Lion-Sanglier jouant le role de l’axe cosmique Lion-Verseau.

LES GRANDS DIEUX

Il faut également préciser que ces quatre zones sont présidées par une divinité. Sur la zone dédiée au cerf, règne Ophiuchus-Cernunnos. La zone du taureau devient le royaume d’Orion, tandis que la Grande Déesse (constellation de la Vierge) est la souveraine de la zone du Lion. Le Dieu-Père est quant à lui le souverain de la zone du Loup.

La Grande Déesse et son animal symbole par excellence : la lionne. Détail de la plaque de la déesse au lion. Chaudron de Gundestrup. (Nationalmuseet de Copenhague).

La Grande Déesse et son animal symbole par excellence : la lionne. Détail de la plaque de la déesse au lion. Chaudron de Gundestrup. (Nationalmuseet de Copenhague).

Le lion n’est pas inconnu en Gaule puisqu’il est présent par exemple sur une magnifique pièce de monnaie des Carnutes qui ont donné leur nom à la ville de Chartres. Ce qui ne semble pas être une région infestée de lions.

Lion entouré de symboles. Monnaie des Carnutes (Région de la Beauce) en Bronze.. © Source : http׃//www.cgb.fr

Il faut une fois de plus recourir à l’astronomie pour déchiffrer les symboles employés par les Carnutes. Ce n’est pas un simple lion qui est représenté sur cette monnaie gauloise, mais la constellation du Lion.

Constellation du Lion (Leo) d’après l’Uranographia de Johannes Hevelius,1690. (Wikimedia Commons).

Pour être plus précis, la constellation du Lion lors du passage d’une comète.

Détail de la « comète » sur la monnaie des Carnutes. © Source : http׃//www.cgb.fr

Pour comparer, voici les différents formes que peut prendre une comète lors d’un passage dans le ciel.

L’étude du chaudron de Gundestrup recèle quelques belles surprises !

©JPS2024

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SOURCES :

Étoile royale — Wikipédia