LE SERPENT À TÊTE DE BÉLIER (CRIOCÉPHALE)
LES DRUIDES SAISON 3 ANNEXE 5
LE SERPENT CRIOCÉPHALE
Les mystères qui entourent le serpent à tête de bélier des druides.
UNE CRÉATURE FANTASTIQUE
Cette créature à l’apparence extraordinaire n’est pas un ophidien comme les autres puisqu’il s’agit d’un serpent doté d’une tête de bélier. Une caractéristique hors du commun que les spécialistes appellent criocéphale, adjectif formé des mots grecs Kriós « bélier » et Képhalế, « tête ». Cet insolite serpent criocéphale apparaît par trois fois sur le chaudron de Gundestrup.
LE MAÎTRE DES ANIMAUX
La première fois il est représenté avec le dieu aux bois de cerf qui le serre dans une de ses mains. Cette étrange divinité porte le nom de Cernunnos sur le pilier des Nautes.
Voir à ce propos SAISON 2 ANNEXE 14 Le pilier des Nautes
Il fait partie des animaux, aux côtés du taureau, du cerf, du lion et du loup, qui entourent le Maître des animaux.

Cernunnos entouré par des animaux. Le taureau, le cerf, la lionne et le loup, s’ajoute à la liste le serpent criocéphale. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).
LE CYCLE DES SAISONS
Les quatre animaux qui entourent Cernunnos, indiquent, entre autre, les saisons et les quatre fêtes celtiques liées aux solstices et aux équinoxes. La grande taille du cerf par rapport aux autres animaux indique que cette scène se déroule en automne lors de la période de reproduction du cerf commun, soit du 15 septembre au 15 octobre environ. Ce qui inclus l’équinoxe d’automne autour du 21 septembre, date d’une des quatre fêtes celtiques solaires. Les autres quatre fêtes correspondent à certaines phases remarquables de la Lune.
Voir également SAISON 2 ANNEXE 1 Chaudron de Gundestrup et la course du Soleil
LA CONSTELLATION DU SERPENT
Contrairement aux autres animaux, le serpent ne représente pas une saison, sa symbolique va bien au-delà des contingences terrestres. Il est lié au temps et à l’espace et ce n’est que l’astronomie qui permet de lever le mystère concernant ce serpent hors du commun. Parce que le serpent à tête de bélier est en premier lieu la figuration de la constellation du Serpent (Serpens) et il forme avec le dieu aux bois de cerf une formation stellaire encore plus grande puisque les deux constituent la constellation du Serpentaire, dont la dénomination officielle est Ophiuchus.

Carte du ciel avec les constellations Ophiuchus et Serpent (Serpens) en rouge. Source : Carte du ciel Sirius ©Freemedia, Bern.
Ophiuchus est toujours représenté tenant un gigantesque serpent dans ses mains.

Ophiuchus et la constellation du Serpent, Johann Bayer, Uranometria, 1603. (Source Wallhapp.com).
Voir SAISON 3 ANNEXE 7 Cernunnos et Ophiuchus
LA ROUE COSMIQUE
Si le serpent criocéphale n’a pas de fonction saisonnière, il est néanmoins un indicateur temporel. Cependant il faut changer d’échelle puisqu’il ne s’agit plus des saisons d’un cycle annuel, mais d’ères cosmiques d’une durée de plusieurs millénaires. Le serpent à tête de bélier indique telle l’aiguille d’une horloge astronomique, l’ère de référence dans laquelle évolue le druidisme. C’est-à-dire l’ère du Bélier (2260 à 100 av. J.-C.). Le soleil se lève sur le point vernal durant 2160 années dans le même signe zodiacal, tout en se déplaçant petit à petit, jusqu’à atteindre l’ère suivante. Ce mouvement est appelé précession des équinoxes.
Voir à ce propos SAISON 1 ANNEXE 8 La précession des équinoxes
Ces 2160 années indiquent donc la durée d’une ère zodiacale. Cette durée doit ensuite être multiplié par les 12, le nombre de signes du zodiaque. Ce qui signifie qu’il faut 25 920 ans (2 160 x 12) pour faire le tour complet de la roue cosmique.
Voir SAISON 1 ANNEXE 10 Les ères astrologiques
LE DIEU À LA ROUE
Ophiuchus porte une énigme en lui puisqu’il est le treizième signe du zodiaque, celui qui n’est pas retenu par la nomenclature officielle. Pourtant cette divinité mystérieuse est en fait le dieu le plus important du zodiaque des druides. Il en est le maître secret, le seigneur de la roue cosmique. C’est d’ailleurs dans cette fonction qu’il apparaît pour la deuxième fois sur le chaudron de Gundestrup. Lors d’une scène de passation de pouvoir. Sur cette plaque on peut voir le dieu cornu recevoir des mains de son père Taranis, la roue cosmique.

Taranis, Cernunnos et la roue cosmique. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).
Détail important, le personnage cornu porte un casque avec des cornes de taureau et non des bois de cerf. Ce qui signifie que cette scène se déroule au printemps et non en automne comme sur la plaque précédente. Cependant le dieu cornu est encore et toujours accompagné par le serpent à tête de bélier.
L’ANIMAL COMPAGNON
Ce dernier est ce que l’on appelle en Inde un animal véhicule (vâhana) qui le distingue des autres dieux. Le vâhana est un être, souvent un animal, qui sert de monture ou de véhicule à une divinité. Il est le symbole de la divinité qui le chevauche et grâce auquel on peut reconnaître le dieu auquel il est rattaché. Ainsi une statue du taureau Nandi est toujours dressée devant le temple de Shiva. Donc sans aucune information supplémentaire, on peut savoir grâce à l’animal véhicule quel est le dieu vénéré dans un temple. Si c’est une souris, c’est le dieu Ganesha et si c’est Garuda, un homme-oiseau, c’est un temple de Vishnou. Il en va de même avec le serpent à tête de bélier, sa présence indique qu’il s’agit du Maître des animaux, le dieu qui est communément appelé Cernunnos. À une exception près, car comme pour le torque, Cernunnos partage le serpent criocéphale avec la déesse-mère des Celtes.
Voir SAISON 3 ÉPISODE 4 Cernunnos et le torque
UN ÉTRANGE DÉFILÉ MILITAIRE
Le serpent à tête de bélier apparaît une troisième fois sur une des plaques du chaudron de Gundestrup. Sur cette image figure un défilé militaire, avec des cavaliers et des troupes à pied, tout ce qu’il y a de plus conventionnel.

Plaque du défilé militaire. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).
Si seulement il n’y avait pas quelques éléments surnaturels qui indiquent qu’il s’agit bien de la représentation d’une scène mythologique. La grande taille d’un personnage — une divinité — qui trempe un second personnage dans une cuve ainsi que la présence d’un serpent à tête de bélier qui vole au-devant des quatre cavaliers. Ce n’est pas un sacrifice humain qui est représenté sur cette plaque comme on pourrait le penser.
UN ÉTRANGE RITUEL
C’est exactement l’inverse puisqu’il s’agit d’une scène de résurrection qui est également mentionnée dans un texte gallois. Dans ce récit, le héros Peredur doit affronter un dragon, mais d’abord il est le témoin d’une étrange cérémonie. Tous les hommes qui affrontent le dragon sont tués. Cependant après le combat, leurs cadavres sont plongés dans une cuve et chose extraordinaire, ces hommes ressuscitent.
II alla à la cour des fils du Roi des Souffrances. En y entrant, il n’aperçut que des femmes. Elles se levèrent à son arrivée et lui firent bon accueil. Il commençait à causer avec elles, lorsqu’il vit venir un cheval portant en selle un cadavre. Une des femmes se leva, enleva le cadavre de la selle, le baigna dans une cuve remplie d’eau chaude qui était plus bas que la porte, et lui appliqua un onguent précieux. L’homme ressuscita, vint le saluer et lui montra joyeux visage. Deux cadavres arrivèrent encore portés en selle. La femme les ranima tous les deux de la même façon que le premier[1].
LA RÉSURRECTION D’UN DIEU
Sur la plaque du chaudron de Gundestrup, le défunt qui est trempé dans la cuve n’est pas un inconnu puisque l’astronomie permet de lui donner un nom. Il s’agit du cadavre d’Orion qui est plongé dans une cuve la tête en bas afin de ressusciter par la suite. Orion est facilement reconnaissable grâce à la présence de son fidèle chien, son vâhana (la constellation du Grand Chien, Canis Major). Ce qui signifie également que le grand personnage est une figuration du dieu Cernunnos. La présence du serpent à tête de bélier, autre vâhana, en apporte la confirmation.
Donc deux des protagonistes du mythe sont connus.
Pour en apprendre davantage, voir SAISON 3 ANNEXE 11 Cernunnos et la résurrection d’Orion
LE DIEU DES COMMENCEMENTS
Il reste à découvrir l’identité réelle du serpent à tête de bélier. Une divinité primordiale plus ancienne que les dieux eux-mêmes. Ce qui est le sujet d’un autre texte.
Pour connaître la signification de cet étrange serpent cornu, voir SAISON 3 ÉPISODE 10 Cernunnos et le serpent à tête de bélier
Il existe cependant d’autres figurations du serpent criocéphale. En Gaule cette fois-ci.
LE DIEU AU SERPENT
On retrouve le serpent criocéphale sur une sculpture découverte, dans un puit, en 1806 à Sommerécourt (Haute-Marne). Cette grande statue au personnage assis était placée à l’entrée d’un temple. Le dieu porte sur ses épaules deux serpents dont les têtes de bélier reposent sur un grand plat rempli de nourriture qu’il tient sur ses genoux. Le dieu de Sommerécourt portait initialement une ramure ou des cornes. Ce qui fait de lui une représentation de Cernunnos, le dieu cornu.

Dieu de Sommerécourt (Haute-Marne). Source : webmuseo.vosges.fr
Les deux serpents entourent son cou et croisent leur queue au dos de la sculpture.

Vue en gros plan du Dieu de Sommerécourt. Source : webmuseo.vosges.fr
UNE PUISSANCE CHTONIENNE
Sur une autre statue, un dieu tient dans sa main gauche un gros serpent à tête de bélier qui sort du sol pour se reposer sa tête sur les genoux du dieu. Dans sa main droite, le dieu tient une bourse, symbole de richesse. La bourse est d’ailleurs un des nombreux accessoires du dieu cornu.

Statue du lieu‒dit le Péchin à Néris‒les‒Bains (Allier). Source : Girond, Simon. « Images de dieux, images d’ancêtres : aperçus sur la religion antique dans la cité des Bituriges cubes ». Les images : regards sur les sociétés, édité par Théophane Nicolas et al., Éditions de la Sorbonne, 2011.
Ce qui signifie qu’il s’agit encore une fois d’une représentation de Cernunnos. La présence d’une bourse et celle du serpent criocéphale en faisant foi.
UN DIEU GUERRIER
De nombreuses statues sont estampillées par les spécialistes sans la moindre preuve en tant que figuration du dieu Mars. Il suffit que le personnage porte une épée, une lance ou tout autre accessoire guerrier pour que cela devienne une représentation du dieu de la guerre. Comme dans l’exemple suivant :

Pilier de Mavilly, détail d’une face avec le dieu Mars portant une cotte de mailles. À ses côtés, une déesse et un serpent à tête de bélier. Musée de Dijon. Source Simone Deyts, Images des dieux de la Gaule, Éditions Errance.
Parce qu’il porte une cotte de maille, c’est forcément une représentation du dieu Mars. Alors que le contexte nous dit autre chose. Le personnage central est accompagné par son animal fétiche, son véhicule, reconnaissable entre tous, le serpent à tête de bélier, attribut du dieu Cernunnos. Ce qui fait de ce dernier un dieu guerrier à l’occasion, mais ce n’est pas sa fonction principale.
LE DIEU DE LA GUERRE
Les Celtes répugnaient à représenter leur dieu de la guerre. Une simple épée plantée dans le sol à l’endroit même où l’ennemi à reculé sous le choc de l’assaut suffit après une bataille gagnée. Cette terre devient alors sacrée et taboue. Un sanctuaire est construit autour, orné par les dépouilles des ennemis tués. Un tel sanctuaire devait garder un aspect très archaïque avec ses têtes coupées et ses squelettes exposés. Cette arme sacrée est l’ancêtre de l’épée fichée dans un rocher qui fait du jeune Arthur un des plus grands rois celtiques.
Avec la prochaine représentation du serpent à tête de bélier, il faut aborder un élément central de la pensée druidique.
LE PILIER COSMIQUE
Beaucoup de civilisations connaissent, à travers leurs croyances, l’existence d’un pilier central qui soutient la voûte céleste : l’axe du monde. Les druides ne font pas exception.
L’ARBRE SACRÉ
Dans nombre de civilisations anciennes le sanctuaire est constitué de plusieurs éléments. L’un d’eux est la pierre sacrée, l’omphalos, le centre du monde. Cependant cette pierre n’est pas seule dans le sanctuaire, elle forme un binôme archaïque avec l’arbre sacré. Pourquoi ? Une fois de plus un simple regard vers le ciel étoilé peut nous livrer la réponse. Tout simplement parce que la plupart des sanctuaires des peuples antiques ne sont qu’une projection du ciel sur un morceau de terre sacrée. Suivant la formule employée en alchimie et dans l’hermétisme : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».
Voir à ce propos SAISON 2 ANNEXE 24 Le sanctuaire des druides et les objets sacrés
L’AXE COSMIQUE
Si la pierre sacrée au milieu du sanctuaire n’est qu’une représentation symbolique de l’étoile polaire, le centre de la voûte céleste. L’arbre, quant à lui, n’est qu’une projection de l’axe du monde (Axis mundi), ce trait imaginaire qui traverse la terre et monte au ciel pour soutenir la voûte céleste.

Pour les druides l’arbre sacré, qui peut également être un pilier, correspond à l’axe terrestre qui soutient la voûte céleste. L’acte d’abattre cet axe déclenche la fin du monde. (Dessin : JPS2023)
Pour les druides l’arbre sacré, qui peut également être un pilier ou une colonne, correspond à l’axe terrestre qui soutient la voûte céleste. L’acte d’abattre cet axe déclenche la fin du monde et le ciel tombe sur la tête de Gaulois. Cette boutade rigolote cache en fait une composante essentielle de la cosmogonie des Celtes.
LE SANCTUAIRE DES DRUIDES
Cependant, l’arbre sacré, le pilier cosmique, n’est pas seul. Un autre élément très important du sanctuaire est souvent représenté à ses côtés : il s’agit du serpent ou le dragon, le gardien du sanctuaire. Cette association arbre/serpent que l’on retrouve également dans un grand nombre de traditions.
Pour comprendre cette étrange association, il faut revenir vers l’astronomie, seule science susceptible de décrypter nombre de mystères druidiques.
LA CONSTELLATION DU DRAGON
Si l’on prend l’axe autour duquel tourne la terre et que l’on prolonge cet axe vers le ciel étoilé, il indique un point central, point autour duquel tourne la voûte céleste avec ses milliards d’étoiles. De plus cet axe terrestre pointe vers une constellation d’une importance capitale : la constellation du Dragon (Draco).

L’axe terrestre pointe en direction de la constellation du Dragon. Ce qui donne l’impression que le Dragon s’enroule autour de cet axe. (Dessin JPS2023)
Or cette association de l’ophidien et de l’arbre/pilier existe également chez les Celtes à travers quelques rares images d’un serpent enroulé autour d’un pilier ou d’un arbre.
UN GOBELET EN ARGENT
Cette association entre l’arbre et le serpent se retrouve sur un objet d’une valeur inestimable, trouvé en 1929, haut de 6.5 cm et d’un diamètre de 8.5 cm puisqu’il résume, comme le chaudron de Gundestrup, la religion des druides. Daté du 1er siècle av J.-C., le gobelet appelé « aux dieux gaulois » est une merveilleuse pièce en argent.
L’ARBRE ET LE SERPENT
Le décor est composé d’un arbre avec à son sommet une boule de gui, vient ensuite une première scène avec une divinité entourée d’un sanglier, d’un aigle, d’une tortue et d’un corbeau ; une deuxième scène rassemble autour d’un second personnage un chien, un cerf ; les deux groupes sont séparés par un serpent enroulé autour d’un arbre. Il suffit de porter son regard vers le ciel étoilé pour décrypter cet objet étonnant qui décrit les divinités les plus importantes du panthéon celtique.

Gobelet aux dieux gaulois en argent. Musée de la civilisation gallo-romaine, Lyon.
LE SERPENT ET LE PILIER
Ce n’est pas tout, parfois, c’est le serpent à tête de bélier qui se love autour du pilier cosmique. Comme sur ce magnifique bas-relief de Mavilly représentant le fameux serpent à tête de bélier qui est enroulé autour d’un pilier.

Pilier de Mavilly n°2, Serpent à tête de bélier lové autour d’un autel. (Musée archéologique de Dijon, Côte d’or).
Une autre image du serpent et de l’axe primordial, vient du Royaume Uni avec un ophidien[2] enroulé autour d’un pilier découvert à Lypiatt Park dans le Gloucestershire.

Pilier de Lypiatt Park orné d’un serpent criocéphale. (Gloucestershire, Royaume Uni).
Pour connaître les secrets l’arbre cosmique, voir SAISON 2 ÉPISODE 13 Esus et l’arbre de vie
Le serpent et le pilier sont indissociables et le héros ou dieu doit tuer le dragon pour s’emparer du sanctuaire.
Plour plus de détails, voir SAISON 2 ÉPISODE 21 La Quête du Graal
©JPS2024
NOTES :
[1] Les Mabinogion, Contes bardiques gallois, Peredur ab Evrawc, Traduction de Joseph Loth, Éditions Les Presses d’Aujourd’hui, Paris , 1979, pp. 221-222.
[2] Les spécialistes penchent pour la représentation d’un serpent à tête de bélier. Anne Ross, Pagan Celtic Britain, Cardinal Edition, London, 1974 p.187.
SOURCES :
LE SERPENT À TÊTE DE BÉLIER (CRIOCÉPHALE) LE SERPENT À TÊTE DE BÉLIER (CRIOCÉPHALE) LE SERPENT À TÊTE DE BÉLIER (CRIOCÉPHALE) LE SERPENT À TÊTE DE BÉLIER (CRIOCÉPHALE) LE SERPENT À TÊTE DE BÉLIER (CRIOCÉPHALE) LE SERPENT À TÊTE DE BÉLIER (CRIOCÉPHALE) LE SERPENT À TÊTE DE BÉLIER (CRIOCÉPHALE)
