CERNUNNOS (RÉSURRECTION D’ORION)
LES DRUIDES SAISON 3 ANNEXE 11
CERNUNNOS ET LA RÉSURRECTION D’ORION
Explication d’une des scènes les plus mystérieuses représentées sur le chaudron de Gundestrup.
UN ÉTRANGE DÉFILÉ MILITAIRE
Cernunnos apparaît dans une autre scène importante sur une des grandes plaques du chaudron de Gundestrup. Un défilé militaire est figuré sur l’image, avec des cavaliers et des troupes à pied, tout ce qu’il y a de plus conventionnel.

Plaque du défilé militaire. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).
Sauf qu’il y a quelques éléments surnaturels qui indiquent tout le contraire et qu’il s’agit bien de la figuration d’une scène mythologique. La grande taille d’un des personnages — une divinité — qui plonge un second personnage dans une cuve ainsi que la présence d’un serpent à tête de bélier qui vole au-devant des quatre cavaliers. Ce n’est pas un sacrifice humain qui est représenté sur cette plaque comme on pourrait le penser. C’est exactement l’inverse puisqu’il s’agit d’une scène de résurrection. La même séquence est également mentionnée dans un texte gallois du Haut Moyen Âge. Dans ce récit, le héros Peredur doit affronter un dragon, mais d’abord il est le témoin d’une étrange cérémonie. Tous les hommes qui affrontent le monstre sont tués. Cependant après le combat, leurs cadavres sont jetés dans une cuve et chose extraordinaire, les hommes ressuscitent.
II [Peredur] alla à la cour des fils du Roi des Souffrances. En y entrant, il n’aperçut que des femmes. Elles se levèrent à son arrivée et lui firent bon accueil. Il commençait à causer avec elles, lorsqu’il vit venir un cheval portant en selle un cadavre. Une des femmes se leva, enleva le cadavre de la selle, le baigna dans une cuve remplie d’eau chaude qui était plus bas que la porte, et lui appliqua un onguent précieux. L’homme ressuscita, vint le saluer et lui montra joyeux visage. Deux cadavres arrivèrent encore portés en selle. La femme les ranima tous les deux de la même façon que le premier[1].
Cependant sur la plaque du chaudron de Gundestrup, le défunt qui est plongé dans la cuve n’est pas un inconnu puisque l’astronomie permet de lui donner un nom. Il s’agit du cadavre d’Orion qui est trempé dans une cuve la tête en bas afin de ressusciter par la suite. Orion est facilement reconnaissable grâce à la présence de son fidèle chien, son vâhana (la constellation du Grand Chien, Canis Major). Ce qui signifie également que le grand personnage est une figuration du dieu Cernunnos. La présence du serpent à tête de bélier, autre vâhana (voir lexique), en apporte la confirmation. On peut résumer cette scène de la façon suivante : Orion est ressuscité par Cernunnos lors d’une cérémonie grandiose.
LES IMAGES DU CHAUDRON
Une autre image prouve qu’Orion est mort. Car le chaudron d’argent montre clairement le corps d’un dieu mort entre les bras de la Déesse-Mère.

La Grande Déesse, à noter Orion et son chien couchés sur le dos (en bas). Certains spécialistes ont vu dans ce personnage Lug à la longue main, en attribuant par erreur le bras de la déesse au petit personnage. Ce qui n’est bien évidemment pas le cas. C’est bien le bras de la déesse qui se prolonge sous le petit personnage. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague). (Wikimedia Commons).
Luxe suprême, pour qu’il n’y ait pas de confusion et bien identifier le défunt, l’artisan qui a réalisé le chaudron a même ajouté le fidèle chien du dieu dans la composition de l’image. Pas d’erreur possible, c’est bien d’Orion qu’il s’agit.
Mais pourquoi Orion et son chien sont-ils représentés couchés sur le dos ?
C’est une fois de plus vers l’astronomie qu’il faut se tourner pour trouver une explication. Les étoiles circumpolaires, les plus proches de l’étoile polaire, sont visibles toute la nuit en toute saison parce qu’elles ne descendent jamais sous l’horizon. C’est pourquoi elles sont considérées par les anciens comme immortelles. Les Égyptiens les ont qualifiés en tant que « Celles qui ne connaissent pas la destruction » ou encore les « impérissables ». Pour les autres étoiles du firmament, les Égyptiens considéraient que ces étoiles « vivent » lorsqu’elles sont visibles et qu’elles meurent lorsqu’elles sont invisibles. Les constellations d’Orion et du Grand Chien font partie des constellations qui descendent sous l’horizon, donc sous terre, et qui disparaissent du ciel étoilé pendant un certain temps. Ce qui signifie que pour les anciens ces deux constellations font partie des constellations mortelles. Orion et le Grand Chien sont morts couchés sur le dos parce qu’ils ne sont plus visibles pour l’observateur. C’est pourquoi le défunt Orion gît dans le bras de la déesse.
Parmi les nombreux éléments qui entourent la déesse, il faut retenir le corps d’Orion qui est étendu dans le bras de la divinité (en bas à droite). Orion est la plupart du temps accompagné par son fidèle chien, couché lui aussi sur le dos.
L’image du dieu couché dans les bras de la déesse n’est pas sans rappeler l’image saisissante d’une mater dolorosa. C’est pourquoi cette scène du chaudron de Gundestrup est le strict équivalent druidique de la pietà qui représente la Sainte Vierge tenant le corps sans vie du Christ dans ses bras.

La Pietà est une statue en marbre de Michel-Ange de la basilique Saint-Pierre du Vatican à Rome, représentant le thème biblique de la « Vierge Marie douloureuse » (Mater dolorosa en latin ou Pietà), tenant sur ses genoux le corps du Christ descendu de la Croix avant sa Mise au tombeau, sa Résurrection et son Ascension. Elle a été sculptée entre 1498 et 1499.
Certes le style presque schématique et symbolique du chaudron n’a rien à voir avec la figuration expressive de la même scène crée par Michel-Ange, mais le sujet central dans un cas comme dans l’autre reste le même, la mère divine tient son fils défunt dans ses bras.
Les Égyptiens pensaient que les constellations qui disparaissent sous l’horizon meurent, mais que peut-on penser d’une constellation qui réapparait au-dessus de l’horizon après un certains temps passé sous terre ?
Car la résurrection d’Orion est un phénomène astronomique. Orion disparaît sous l’horizon, symbole de la mort, pendant 70 jours. Ensuite Orion ressuscite, au solstice d’été, nimbé des premières lueurs de l’aube. (Voir l’annexe en bas de page).

Détail du Retable d’Issenheim de Matthias Grünewald, le panneau de la Résurrection du Christ. © Musée Unterlinden Colmar
Voir le déchiffrement complet du retable d’Issenheim
Ce phénomène a un nom en astronomie, il s’agit du lever héliaque d’une étoile. C’est le moment précis où cette étoile devient à nouveau visible à l’est, au-dessus de l’horizon terrestre à l’aube, après une certaine période au cours de laquelle elle était cachée sous l’horizon.
LA RÉSURRECTION D’UN DIEU
La succession de scènes qui ornent le chaudron de Gundestrup laissent à penser qu’il s’agit bel et bien d’une résurrection et non d’une renaissance comme nombre de dieux saisonniers. Le dieu meurt et ressuscite bel et bien. Les parallèles avec le Christ existent, mais les divergences sont également importantes. La mise à mort n’est pas la même et le délais entre la mort et la résurrection diffère également (trois jours dans un cas et soixante-dix dans l’autre). On peut se demander si cette fameuse scène du dieu ressuscité des druides ornait la fameuse plaque du chaudron de Gundestrup qui a mystérieusement disparue ?
Un dieu qui ressuscite.
Peut-être que cette image était jugée assez dérangeante par les découvreurs de 1891 pour la faire disparaître. Notamment par le directeur du Musée National Danois issus d’une lignée de théologiens chrétiens.
Pour en savoir plus, voir SAISON 1 ANNEXE 6 Les circonstances de la découverte du chaudron de Gundestrup
La plaque du chaudron de Gundestrup a-t-elle disparue pour des raisons religieuses ?
À cause de son contenu jugé trop subversif ?
En tout cas, c’est peine perdue, puisqu’il existe bel et bien une statue du dieu ressuscité dans la statuaire gauloise. Œuvre qui a simplement été mal interprétée jusqu’à ce jour. Ce sera le sujet d’un article ultérieur.
LEXIQUE
Le vâhana est terme hindou qui désigne un animal qui sert de monture ou de véhicule à un dieu. L’animal en question est le symbole, l’emblème, le véhicule, le compagnon et même à l’occasion, surtout dans les temps anciens, l’incarnation du dieu. En Inde, on reconnaît facilement le dieu vénéré dans un sanctuaire à l’animal qui est représenté devant l’entrée du temple. Le taureau Nandi devant le temple de Shiva ou encore la souris (Mûshika) devant celui du dieu à tête d’éléphant Ganesh, etc…
©JPS2024
[ACCUEIL]
ANNEXE :
Le chaudron de Gundestrup contient plusieurs date importantes du calendrier druidique. Notamment lorsque l’étoile polaire se situait dans la constellation du Dragon autour de 2700 av. J.-C., c’est également autour de cette date que se situe la résurrection d’Orion avec le lever héliaque d’Orion au solstice d’été. Lors de cet événement la constellation d’Orion se lève nimbé par les premières lueurs du Soleil levant. Cet événement n’était pas inconnu des Égyptiens puisqu’ils écrivent dans leurs Texte des Pyramides :
Le roi passe la nuit [dans son tombeau]…et le tombeau est ouvert pour lui lorsque Rê [le Soleil] brille. Le roi s’élève… en présence de Rê en ce jour de Fête de l’année… (Texte des Pyramides, ligne 1773).
Nul n’a mieux mis en image ce moment extraordinaire que le peintre Matthias Grünewald lorsqu’il a peint la résurrection de Jésus.
Le Christ en lévitation au-dessus de son tombeau, le visage nimbé de lumière. Détail du Retable d’Issenheim de Matthias Grünewald, le panneau de la Résurrection du Christ. © Musée Unterlinden Colmar
Il n’y a aucune influence des Égyptiens sur les druides bien évidemment, mais un socle commun pour nombre de peuples antiques : la Religion des Étoiles. Sur laquelle ont été conçue les religions antiques. Lesquelles ont évoluées au cours des millénaires, mais elles ont toutes en commun un couple de jumeaux, les constellations d’Orion et d’Ophiuchus qui se partagent à tour de rôle la royauté sur le ciel étoilé. Dans le domaine celtique, ils se nomment Orion (ce dernier à de nombreux avatars, voir la SAISON 2 et Cernunnos, en Mésopotamie, Gilgamesh et Enkidu, en Égypte Osiris et Seth etc.
NOTES :
[1] Les Mabinogion, Contes bardiques gallois, Peredur ab Evrawc, Traduction de Joseph Loth, Éditions Les Presses d’Aujourd’hui, Paris , 1979, pp. 221-222.
Voir également Vāhana — Wikipédia
