DRUIDES (4 TALISMANS)
LES QUATRE TALISMANS DRUIDIQUES
Il existe dans la mythologie celtique d’Irlande quatre mystérieux talismans qui proviennent de quatre îles mythiques du nord du monde. Trois de ces énigmatiques objets appartiennent à des dieux. Le quatrième est une pierre qui désigne le roi suprême d’Irlande.
LES QUATRE TALISMANS
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La pierre de Fál
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La lance de Lug
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L’épée de Nuada
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Le chaudron de Dagda
LES ÎLES DU NORD DU MONDE
Les Tuatha Dé Danann (« Gens de la Déesse Dana »), les anciens dieux de l’Irlande préchrétienne, ont appris le druidisme dans les Îles du Nord du Monde.
Les Tuatha Dé Danann étaient dans les Îles du Nord du Monde, apprenant la science et la magie, le druidisme, la sagesse et l’art[1].
Chaque Talisman est lié à une île spécifique.
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La pierre de Fal vient de Falias.
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La lance de Lug de Gorias.
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L’épée de Nuada de Findias
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Le chaudron de Dagda de Murias.
Les Tuatha De Danann ont été instruits dans le druidisme par quatre druides primordiaux, chacun de ces sages résidant dans une île.
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Le druide Morfesa à Falias
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Le druide Esras à Gorias
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Le druide Uiscias à Findias
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Le druide Semias à Murias
Pour en savoir davantage, voir SAISON 1 ANNEXE 42 Les îles au Nord du Monde
Pour une localisation possible de ces îles mystérieuses, voir SAISON 1 ÉPISODE 15 L’origine du druidisme
Ainsi que SAISON 1 ANNEXE 23 Les druides et l’Atlantide
Chacun de ces quatre talismans détient un propriété magique. La pierre est liée à la souveraineté, la lance à l’infaillibilité, l’épée à l’invincibilité et le chaudron à l’abondance.
LA PIERRE DE SOUVERAINETÉ
La pierre de Fál (Lia Fáil en gaélique) est une pierre de souveraineté qui symbolise le pouvoir et la légitimité de la royauté suprême de Tara. Cette dernière est l’ancienne capitale de l’Irlande, le centre symbolique, politique et religieux de l’île. La pierre de Fál est également surnommé la Pierre du destin.
De Failias fut apportée la Pierre Fál qui est à Tara et qui criait sous chaque roi qui s’emparait de l’Irlande[2].
La pierre de Fál (« souveraineté ») criait sous chaque roi qui devait s’emparer légitimement de la royauté et, sans son cri, il n’y avait pas de souveraineté. Lorsque la pierre de souveraineté crie, c’est en fait la Terre, considérée comme une divinité mère de toutes les créatures qui manifeste son approbation et son choix. La pierre de Fál est également un omphalos, une pierre centrale, symbole du centre du monde. L’omphalos était généralement matérialisé sous l’apparence d’une pierre sacrée, un bétyle. Le plus célèbre est celui de Delphes, situé dans le temple oraculaire d’Apollon.

La Pierre de Fál de Tara symbolisant le centre de l’Irlande. (Wikimedia Commons).
La pierre servait à l’intronisation des rois suprêmes d’Irlande. On en a fait la Pierre de Jacob et un fragment de cette pierre est devenue la Pierre de Scone sur laquelle ont été couronné les souverains écossais puis anglais.
Voir Pierre du destin
Toutes ces pierres sont des copies, les météorites (des pierres tombées du ciel) originelles ont toutes mystérieusement disparues.
LA LANCE INFAILLIBLE
Les Tuatha Dé Danann ont apportés des Îles du nord du monde, la lance de Lug, dite lance d’Assal.
C’est de Gorias que fut apportée la lance de Lug. Aucun assaut ne put jamais être soutenu contre elle ni contre celui qui la tenait[3].
C’est une lance dont on ne peut neutraliser la chaleur qu’en la plongeant dans un chaudron.
D’après le récit de la Mort des Enfants de Tuirenn, la lance avait un pouvoir si destructeur qu’il fallait toujours tremper sa pointe dans un chaudron pour éviter que la ville où elle se trouvait ne s’embrasât[4].
C’est également une lance qui foudroie et qui revient vers son propriétaire comme un boomerang.
Mort est celui dont elle verse le sang ; sa valeur est telle qu’elle ne frappe pas par erreur si on lui dit ibar. Mais si on lui dit athibar, elle revient en arrière jusqu’à la main de celui qui l’a lancée[5].
La lance symbolise également l’axe du monde (axis mundi), axe autour duquel tourne le monde.
Lors de la christianisation de la Quête du Graal, le chaudron celtique s’est transformé au fil des récits en coupe. Coupe dans laquelle est recueilli le sang du Christ lors de la crucifixion. Il est donc logique que dans les versions christianisées de la Quête, la mystérieuse lance sanglante de la tradition celtique devienne la lance avec laquelle le centurion Longin a percé le flanc de Jésus.
L’ÉPÉE INVINCIBLE
L’épée de Nuada est l’arme du dieu celtique Nuada. D’après les textes mythologiques irlandais, cette épée pouvait trancher le fer et l’acier, de plus elle était infaillible et ses blessures étaient mortelles.
De Findias fut apporté le glaive de Nuada : personne ne lui échappait ; quand on le tirait du fourreau de la Bodb personne ne lui résistait[6].
L’épée de Nuada luisait en permanence d’une lueur blanche, ce qui lui valut le nom de Claíomh Solais (« Épée de Lumière » en gaélique).
Le texte comporte une connotation sexuelle puisque le fourreau de la Bodb est une allusion au sexe de la déesse guerrière Bodb, dont le nom est tiré de l’ancien celtique bodu « corneille ». Ainsi l’épée de Nuada peut être au choix une arme ou le sexe en érection du roi des dieux.
L’ÉPÉE DU ROI ARTHUR
Cette épée est souvent identifiée à Excalibur, l’épée magique ayant appartenu au roi Arthur. Cette épée, venue de l’Autre Monde, est donnée à Arthur par la Dame du Lac. Grace à cette épée, le roi Arthur était invincible sur les champs de bataille. Excalibur en français et anglais (avec les variantes : Excalibor, Escalibor, Excaliber, Calibourne) est une déformation du gallois Caledfwlch ou Kaledfwlch dont le sens est « dure entaille » ou encore « dure foudre » ou « dur éclair », ce qui en fait une épée de lumière comme celle de Nuada. Cette épée se retrouve également en Irlande, sous un nom presque identique Caladbolg. C’est l’épée de Fergus Mac Roig, l’un des héros de la vaste épopée de la Tain Bô Cualngé. Cette épée flamboyante éclaire comme dix torches et peut couper des collines.
L’un des plus anciens documents donnant Caledvwlch comme nom à l’épée d’Arthur est le texte gallois du XIe siècle Culhwch ac Olwen (Culhwch et Olwen).
Au XIIe siècle, Geoffroy de Monmouth dans son Historia regum Britanniae latinise le nom en Caliburnus.
À ne pas confondre avec l’épée qui est fiché dans un rocher et qui désigne Arthur comme nouveau roi de Bretagne.

Cette arme d’apparat avait été déposée dans une tombe à char appartenant à un aristocrate guerrier enterré en compagnie d’un important ensemble d’amphores à vin importé d’Italie du Nord. La poignée de l’épée, en bronze, est terminée par une petite tête humaine. tombe à char. Tesson (Charente-Maritime) Début du Ier siècle avant J.-C. Musée d’archéologie national, Saint-Germain-en-Laye.
UNE ÉPÉE MAGIQUE
Certaines épées celtiques peuvent parler. Au cours de la bataille de Mag Tured, le dieu Ogma (Ogmios en Gaule) trouve une épée extraordinaire.
Ce fut à cette bataille que Ogmé, l’homme fort, trouva Orné, le glaive de Tethra, roi des Fomoré. Ogmé la dégaina et la nettoya. Alors le glaive raconta ce qu’il avait fait (car les glaives en ce temps-là avaient coutume, une fois dégainé, de faire connaître les exploits qui avaient été accomplis par eux; aussi les glaives ont-ils droit au tribut de nettoyage après qu’ils ont été dégainés, et c’est pour cela qu’il y a des charmes dans les épées depuis lors; c’est pourquoi les démons parlaient par les armes en ce temps-là, les armes étaient alors adorées par les hommes et les armes servaient de sauvegarde à cette époque)[8].
Que l’épée gauloise ci-dessus est ornée d’une poignée anthropomorphe n’est sans doute pas un hasard. Figuration du génie (ou démon dans un contexte chrétien) qui habite cette arme et qui lui donne une âme et une personnalité ?
La poignée de l’épée, en bronze, est terminée par une petite tête humaine. tombe à char. Tesson (Charente-Maritime) Début du Ier siècle avant J.-C. Musée d’archéologie national, Saint-Germain-en-Laye.
Dommage que l’arme soit muette. Quels exploits ont été accompli avec cette épée ?
Il est certainement intéressant de noter que de nos jours les analyses scientifiques peuvent dans une certaine mesure faire « parler » une arme pour reconstituer un crime.
LE CHAUDRON D’ABONDANCE
Le chaudron de Dagda est un chaudron d’abondance, permettant un Festin d’Immortalité.
De Murias fut apporté le chaudron de Dagda : aucune compagnie ne la quittait insatisfaite[7].
Le chaudron celtique est le prototype archétypal du Graal arthurien qui s’est transformé au fil des récits en coupe dans laquelle est recueilli le sang du Christ lors de la crucifixion.
Le chaudron de Dagda est l’équivalent de la corne d’abondance de la mythologie gréco-romaine.

Le chaudron de Gundestrup est un extraordinaire exemple de chaudron celtique. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).
Pour en savoir davantage, voir SAISON 1 ANNEXE 13 Les chaudrons celtiques
Voir également le chaudron d’argent de Gundestrup
LES DIEUX DE LA MYTHOLOGIE IRLANDAISE
De ces quatre talismans, trois appartiennent nommément à trois dieux : la lance est détenue par Lug, l’épée par Nuada et le chaudron par Dagda. La pierre appartient à la communauté toute entière et désigne par son cri le roi suprême.
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La lance est l’attribut du dieu Lug
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L’épée est l’attribut de Nuada
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Le chaudron est l’attribut de Dagda
LUG UN DIEU HORS NORME
Lug est le plus grand dieu de la mythologie irlandaise, il est le détenteur de la lance d’Assal. Lug n’est pas le dieu suprême, mais un dieu « hors classe et hors fonction » puisqu’il fait partie de toutes les classes et transcende toutes les fonctions. C’est pourquoi il est appelé Salmidanach , le polytechnicien, celui qui peux tout faire. Un autre de ses surnoms est lamfhada « à la longue main » ou « au long bras », sa puissante lance étant une extension de son bras. Dans la mythologie irlandaise, Lug appartient aux Tuatha Dé Danann par son père, mais aux Fomoré par sa mère. Lors de la seconde de MagTured (Moytura), il s’impose comme chef de guerre des Tuatha Dé Danann — mais non comme leur roi — et conduit ceux-ci à la victoire en tuant son propre grand-père Balor à l’œil pernicieux. Balor est un dieu borgne, dont l’œil unique flamboie et qui peut foudroyer ceux qu’il regarde. Personnage assez mystérieux qui appartient au peuple mythique des Fomoré. Les Fomoré (ou Fomoire) forment un peuple de géants venus de la mer qui sont omniprésent dans l’histoire mythologique de l’Irlande. Ils incarnent le chaos originel, les forces obscures et sont décrit comme physiquement horribles. On peut les comparer aux Géants de la tradition germano-scandinaves ainsi qu’aux Titans de la cosmologie grecque. Lors de la seconde bataille de Mag Tured qui oppose les Tuatha Dé Danann, Lug parvient à crever l’œil de son grand-père d’une balle de fronde, avant de le tuer et de permettre ainsi la victoire des Tuatha Dé Danann. Lug est un théonyme panceltique retrouvé dans la toponymie gauloise, notamment le nom de Lyon (Lug(u)-dunum, la « forterresse de Lug »). On retrouve également son nom dans celui de la fête celtique du premier août, Lughnasadh (Lûnasa), « l’assemblée de Lug ».
NUADA LE ROI DES DIEUX
Nuada surnommé Airgetlam « au bras d’argent » est un roi mythique des Tuatha Dé Danann. Ayant eu le bras coupé lors de la première bataille de Mag Tured, il doit abdiquer et céder temporairement le pouvoir à un roi Fomoiré, Bres. Nuada retrouve son pouvoir royal après que le dieu-médecin Diancecht lui a fabriqué la prothèse d’un bras en argent. Nuada est le détenteur légitime de l’épée magique. Là aussi, l’épée brillante est un prolongement du bras.
DAGDA LE DIEU BON
Dagda (de *dago-devo-s, littéralement « dieu bon »), l’un des plus importants dieux de l’Irlande païenne. Il est dieu-druide et dieu des druides, maître des éléments, du cosmos, du temps et de la connaissance (savoir sacerdotal). Tout en étant guerrier, il est également le dieu de l’amitié et des contrats. Son arme est une massue magique qui d’une extrémité donne la vie et de l’autre donne la mort. Son attribut principal est le chaudron d’abondance.
Les quatre talismans font partis des objets que l’on trouve dans un sanctuaire druidique.
Pour en savoir davantage, voir SAISON 2 ANNEXE 24 Le sanctuaire des druides
Les quatre Talismans en détail :
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SOURCES :
Textes mythologiques irlandais, Traduction Christian-J. Guyonvarc’h, Volume I, Ogam-Celticum, Rennes, 1980.
Françoise Leroux, Christian J. Guyonvarc’h, Les Druides, Éditions Ouest-France, Rennes, 1986.
Jean Markale, Petit dictionnaire de mythologie celtique, Éditions Entente, Paris, 1995.
Jean Markale, Le Graal, Éditions Albin Michel, 1996.
Jean-Paul Persigout, Dictionnaire de mythologie celtique, Éditions Imago, Paris 2009.
NOTES :
[1] Françoise Leroux, Christian J. Guyonvarc’h, Les Druides, Éditions Ouest-France, Rennes, 1986, p.312.
[2] Françoise Leroux, Christian J. Guyonvarc’h, Les Druides, Éditions Ouest-France, Rennes, 1986, p.312.
[3] Livre des Conquêtes d’Irlande, Ed. Macalister, 1938-1956, VII, 305.
[4] Ogam, XVI, p.244.
[5] Livre des Conquêtes, poème 66.
[6] Françoise Leroux, Christian J. Guyonvarc’h, Les Druides, Éditions Ouest-France, Rennes, 1986, p.312-313.
[7] Françoise Leroux, Christian J. Guyonvarc’h, Les Druides, Éditions Ouest-France, Rennes, 1986, p.313.
[8] L’épopée irlandaise, Traduction de Georges Dottin, Les presses d’aujourd’hui, 1980.
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