(DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ

LES DRUIDES SAISON 2 ANNEXE 26

Le secret du breuvage d’immortalité dans lequel se mêlent la sève de l’arbre cosmique et le sang du dragon qui en est le gardien.

Chose encore plus étrange, l’arbre et le dragon ne font qu’un…

RETOUR AUX SOURCES

Les druides professaient que la mort n’est que le milieu d’une longue vie.

Selon vous (les druides), les ombres ne gagnent pas les demeures silencieuses de l’Érèbe et les pâles royaumes du Dis souterrain, un même esprit dirige nos membres dans un autre monde. La mort, si ce que vous chantez est réel, est le milieu d’une longue vie. Heureuse illusion des peuples que regarde l’Ourse : car la plus forte des craintes ne les saisit point, la terreur du trépas. De là des cœurs prompts à courir aux armes, des âmes capables de mourir, et le sentiment qu’il est lâche d’épargner une vie qui doit revenir[1].

L’ARBRE PRIMORDIAL

L’arbre cosmique, en tant que pilier, soutient la voûte céleste, mais il donne également l’immortalité aux étoiles circumpolaires puisqu’elles ne se couchent jamais sous l’horizon. L’arbre est un symbole de longévité, de mort et de renaissance, il est pour les anciens l’axe du monde qui soutient la voûte céleste. Or, dans de nombreuses mythologies cet arbre est associé au serpent ou au dragon. Ce dernier n’étant qu’un serpent monstrueux.

Il existe dans la mythologie grecque un très bel exemple de l’association arbre-serpent. Le dragon Ladon gardien des Pommes d’or du jardin des Hespérides, fruits qui donnent l’immortalité.

Héraklès combattant Ladon, le gardien de l'arbre aux pommes d'or.

Héraklès combattant Ladon, le gardien de l’arbre aux Pommes d’or. Relief romain d’une lampe à huile d’époque tardive, Staatliche Antikensammlungen, Munich.

On retrouve un autre exemple célèbre dans la Bible avec l’épisode de la tentation d’Adam et Ève.

L’ARBRE DE VIE. Adam et Ève et le serpent d’après le Codex Vigilanus.

Adam et Ève et le serpent d’après le Codex Vigilanus Manuscrit enluminé de la péninsule ibérique, 10ème siècle.

L’AXE COSMIQUE

Cet arbre cosmique et le serpent ne sont rien d’autre que des projections de l’axe terrestre et de la constellation du Dragon.

La constellation du Dragon semble s’enrouler autour de l’axe terrestre, le pilier cosmique qui soutient la voûte céleste. (Dessin JPS2023).

L’image d’un axe, d’un arbre ou d’une colonne autour de desquels s’enroule un serpent n’est pas inconnue des druides.

Cette association entre l’arbre et le serpent se retrouve sur le gobelet en argent de Lyon.

Gobelet aux dieux gaulois en argent. Musée de la civilisation gallo-romaine, Lyon.

Gobelet aux dieux gaulois en argent. Musée de la civilisation gallo-romaine, Lyon.

LE SERPENT ET LE PILIER

Une autre image du serpent et de l’axe primordial vient du Royaume Uni avec un ophidien enroulé autour d’un pilier découvert à Lypiatt Park dans le Gloucestershire.

Pilier de Lypiatt Park, Gloucestershire, Grande Bretagne.

Pilier de Lypiatt Park, Gloucestershire, Grande Bretagne.

Il faut également évoquer un magnifique bas-relief représentant le fameux serpent à tête de bélier qui est lui aussi est lové autour d’un pilier. Avec le temps ce motif n’est plus central, mais fait partie d’un contexte mettant en scène d’autres divinités. Ces quelques exemples apportent la preuve que l’association arbre/pilier/serpent n’est pas chose inconnue dans l’iconographie celtique.

Détail du pilier de Mavilly n°2, Musée de Dijon.

Détail du pilier de Mavilly n°2, Musée de Dijon.

L’arbre semble mourir en automne et renaître au printemps et ce sont ses fruits qui dans les mythes donnent la vie éternelle. Certains arbres vivent plusieurs millénaires, ce qui à l’échelle humaine les rends immortels. Ce sont aussi des géants parmi les êtres vivants, il n’est pas étonnant qu’un tel vénérable colosse soit le pilier cosmique qui relie le ciel des dieux et la terre des hommes.

LE BREUVAGE DES DIEUX

Dans les mythes, cet arbre sacré accorde la vie éternelle, à travers ses fruits. Par exemple en Grèce, les pommes d’or du jardin des Hespérides, dont l’arbre est gardé par le dragon Ladon. Dans la mythologie de l’Inde, l’immortalité est obtenue grâce au breuvage des dieux, le Soma. Voici la définition du mot Soma.

Soma : mot sanskrit signifiant « jus », le Soma désigne dans le Veda[2] la boisson enivrante obtenue par pressurage d’une plante. Elixir d’immortalité, ambroisie[3], le Soma est l’équivalent de l’avestique haoma[4]. Il était bu au cours de fêtes où on le préparait et où on l’offrait aux dieux en sacrifice dans le feu (Agni[5]). C’est grâce au Soma que les dieux, disait-on, étaient devenus immortels[6].

Voilà une interressante définition du breuvage d’immortalité. Cependant ce qui intrigue le plus est l’affirmation que les dieux sont devenus immortels grâce au Soma. Les dieux ne sont-ils donc pas éternels ?

Le Dieu de la Bible ou les dieux grecs ont-ils besoin des fruits de l’Arbre de Vie pour rester immortels ? Est-ce la raison pour laquelle ils en gardent jalousement le secret et font protéger l’arbre miraculeux par un terrible dragon ?

L’ARBRE DE VIE

Une partie de la réponse peut venir du livre d’Ananda Coomaraswamy La doctrine du sacrifice[7]. Écoutons ce que dit l’auteur :

Soma en tant qu’arbre est le roi des plantes, l’Arbre de Vie distinct de l’Arbre de Mort[8].

On peut se poser la question si le serpent gardien du secret de l’immortalité a-t-il guidé Adam et Ève intentionnellement vers l’Arbre de mort pour préserver le secret de la vie éternelle, eux qui pourtant semblaient vivre dans une félicité sans fin ?

LA SÈVE DE L’ARBRE COSMIQUE

En quelque sorte, l’élixir d’immortalité n’est pas seulement le « jus », la sève, de l’arbre de vie, il est l’arbre lui-même. Soma, en tant qu’arbre, est le pilier cosmique autour duquel tourne l’univers. L’arbre sacré qui soutient la voûte étoilée.

En tant que liquide obtenu lorsque l’« arbre » est sacrifié, le soma est la sève (rasa), le sang de l’arbre, l’Eau de Vie[9]

L’auteur parle de la sève, du sang et de l’Eau de Vie. Mais cela implique un sacrifice. Il semble en fait que Soma est la personnification d’un dieu arbre qui est sacrifié et qui comme Ixion, Dionysos, Attis ou Adonis meurt et ressuscite. Continuons avec une autre citation de Coomaraswamy.

La préparation du soma représentait un sacrifice réel du Roi Soma…où le pressurage des tiges est appelé le meurtre de Soma[10].  

Si Soma est effectivement un dieu-arbre qui meurt, alors la sève devient le sang du dieu et ce sang donne l’immortalité.

LE SANG DU DIEU

Cela n’est pas sans rappeler le sacrifice du Christ qui donne son sang pour sauver l’humanité. Lors de l’Eucharistie, le pain et le vin sont transformés en Corps et en Sang du Christ :

En vérité, en vérité, je vous le dis,

si vous mangez la chair du Fils de l’homme

et ne buvez son sang,

vous n’aurez pas la vie en vous.

Qui mange ma chair et boit mon sang

à la vie éternelle

et je le ressusciterai au dernier jour.

Car ma chair est vraiment une nourriture

et mon sang vraiment une boisson[11].

Ce sang du Sauveur est recueilli d’après les textes du Moyen Âge dans une coupe, le Graal ; dont le prototype est le chaudron d’immortalité des Celtes. Or, le Graal et surtout son contenu confèrent l’immortalité aux élus qui réussissent la quête.

Il est sans doute intéressant de noter que lors des messes, les prêtres distribuent aux fidèles l’hostie, « le corps du Christ », mais se réservent à quelques rares exceptions l’usage du vin en tant que « sang du Christ ».

LE GUI ET L’ARBRE COSMIQUE

Il existe également chez les Celtes un breuvage sacré. Cette boisson est issue du gui, plante qui pousse sur un chêne, celui-ci est l’arbre cosmique par excellence des druides, puisqu’il représente le dieu lui-même.

(DRUIDES) RECHERCHE DE L'IMMORTALITÉ. Gui (Viscum album) Planche Flore médicinale de Chaumeton 1828.

Gui (Viscum album) Planche Flore médicinale de Chaumeton 1828. (Wikimedia Commons).

Pendant longtemps, la religion des Celtes était présentée comme une religion naturaliste. C’est-à-dire qu’ils adoraient des montagnes, des fleuves, des sources, des animaux ou des arbres. Les druides n’étaient pas des imbéciles qui adoraient un arbre ou un animal, mais l’arbre n’est qu’un support, une image, à travers lequel on peut atteindre et représenter un aspect du divin. Les premiers chrétiens se reconnaissaient grâce au symbole du poisson. Pourtant ils n’ont jamais adoré cet animal.

UNE PLANTE QUI GUÉRIT TOUT

Nous avons vu que cet arbre soutient la voûte céleste. Ce breuvage sacré semble avoir toutes les caractéristiques d’une boisson d’immortalité puisque le gui est appelé par Pline omnia sanantem « [qui] guérit tout ». Nous retrouvons des tournures équivalentes dans les langues celtiques actuelles. En irlandais uile-iceadh ou uile-ic(c) « guérit tout » ou « panacée », en gaélique d’Écosse uil-ioc, même sens, en gallois oll-iach « qui guérit tout ». Seul le breton n’a pas gardé la formule gauloise, mais utilise ehüel var’ « haute branche » ou deur derf « eau de chêne »[12]. Le gui est, rappelons-le, un parasite qui puise l’énergie vitale du chêne en absorbant la sève de l’arbre, il ne fait qu’un avec son hôte. Dans la pratique, le breuvage d’immortalité est toujours tiré d’un produit de l’arbre, fruit, sève ou même parasite (gui) dans lequel se trouve concentré l’essence même de la plante.

Coomaraswamy parle du sang de l’arbre. Et si le gui était à l’instar du Soma en Inde, le breuvage d’immortalité des dieux celtes ?

En tout cas un des composant du breuvage qui permet d’accéder à l’immortalité.

Pour plus de détails, voir SAISON 2 ANNEXE 3 Les druides et la Quête de l’immortalité

LA CUEILLETTE DU GUI

Pline dit que la Lune est l’astre primordial de la religion druidique, Ce sont les phases de la Lune déterminent le décompte des mois, des années et des siècles.

Tout gui venant sur le rouvre est regardé comme envoyé du ciel : ils pensent que c’est un signe de l’élection que le dieu même a faite de l’arbre. Le gui sur le rouvre est extrêmement rare, et quand on en trouve, on le cueille avec un très grand appareil religieux. Avant tout, il faut que ce soit le sixième jour de la lune, jour qui est le commencement de leurs mois, de leurs années et de leurs siècles, qui durent trente ans ; jour auquel l’astre, sans être au milieu de son cours, est déjà dans toute sa force. Ils l’appellent d’un nom qui signifie remède universel. Ayant préparé selon les rites, sous l’arbre, des sacrifices et un repas, ils font approcher deux taureaux de couleur blanche, dont les cornes sont attachées alors pour la première fois. Un prêtre, vêtu de blanc, monte sur l’arbre, et coupe le gui avec une serpe d’or ; on le reçoit sur une saie blanche ; puis on immole les victimes, en priant que le dieu rende le don qu’il a fait propice à ceux auxquels il l’accorde. On croit que le gui pris en boisson donne la fécondité à tout animal stérile, et qu’il est un remède contre tous les poisons[4].

La Cueillette du gui, 1900, Paul-Henri Motte (1846-1922), Huile sur toile – 116 x 80 cm, Musée gallo-romain de Fourvière,Lyon

LE GUI ET LA LUNE

N’oublions pas que le gui est cueilli le sixième jour de la lune. Or, en Inde, la lune du cinquième jour représente la coupe de soma, l’élixir de vie[13].

Le sixième jour après la nouvelle lune.

Le sixième jour après la nouvelle lune. Crédit : NASA’s Scientific Visualization Studio. Source : lemonde.fr

Et le serpent dans tout cela ?

LE SANG DU DRAGON

Le dragon est bien sûr associé à l’Arbre de Vie et au secret de l’immortalité. Il en est même le gardien redoutable :

La terre d’Adam et Ève. Il y pousse l’arbre de vie, et il n’en existe qu’un seul. Il est complètement sec[14], mais il produit la résine dont on se sert pour faire le Saint Chrême. Cette résine coule goutte à goutte, et il faut toute une année pour que l’arbre en produise trois onces. Un serpent féroce et terrifiant le garde, pour que personne n’ose s’emparer de la sève sacrée. Il est plus long que deux chevaux mis en file, il a neuf têtes et des ailes aussi coupantes que le tranchant d’une hache. Il est donc capable de voler, et comme en outre il nage comme un poisson, cela le rend aussi dangereux sur la terre que dans l’air et dans l’eau. Il ne s’endort que le jour de Saint Jean. C’est alors qu’il faut aller avec un vase d’or recueillir le Saint Chrême. Puis on doit s’enfuir sans attendre. Quand le serpent se réveille et voit qu’on lui a volé la résine, il entre dans une colère terrible. Il se lance à la poursuite de ceux qui lui ont dérobé son trésor en donnant de grands coups de queue, mais il s’arrête toujours avant de les avoir rattrapés. On divise le Saint Chrême en deux parts égales. L’une est portée à Jérusalem et l’autre à Rome. Là, elle est mélangée à de l’huile d’olive vierge, pour que l’Église d’Occident dispose du précieux liquide à suffisance[15].

Comme pour l’œuf de serpent druidique, le voleur doit s’enfuir au plus vite poursuivi par les serpents ou le dragon.

Pour en apprendre davantage, voir SAISON 3 ANNEXE 12 L’œuf de serpent des druides

L’ARBRE ET LE DRAGON

Cependant le dragon est bien plus qu’un gardien, car si l’on suit le Rig Véda, le livre sacré de l’Inde, l’arbre cosmique et le dragon Vritra (parfois appelé Ahi) ne font qu’un.

(Vritra) est comme un arbre qui étend ses vastes rameaux. Coupe ses branches. Brise la force du brigand[16].

Non seulement le dragon est un arbre gigantesque, mais il subit un sacrifice. Écoutons la suite :

Indra a frappé Vritra, le plus ténébreux de ses ennemis. De sa foudre puissante et meurtrière, il lui a brisé les membres, tandis qu’Ahi[17], tel l’arbre attaqué par la hache, git étendu sur la terre[18].

Le dragon est tué par Indra, le dieu de l’orage indien. Or, détail important, celui-ci l’abat comme un arbre.

Prêtres (au dieu) qui de sa foudre a brisé, comme un arbre, Vritra, l’assembleur de nuages, apportez le soma qu’il souhaite. Indra mérite qu’on le rassasie de soma.[19].

LA SÈVE ET LE SANG

C’est après avoir abattu l’arbre-dragon que le dieu boit le Soma goulûment. Mais Coomaraswamy dans son commentaire va plus loin, il dit que Soma est le sang du dragon, car :

Soma est la sève vitale qui coula lorsque Vritra fut décapité[20].

L’arbre et le dragon ne font plus qu’un, le meurtre du dragon est également l’abattage et le tronçonnage de l’arbre sacré et son sang ou sa sève devient le breuvage d’immortalité. Écoutons encore une fois l’auteur de La doctrine du sacrifice.

Il est évident que le broyage des tiges de soma reflète la passion de Vritra[21].

Or, dans la pensée du Moyen Âge, issue en ligne droite de l’Antiquité, la sève de l’arbre et le sang du dragon ne font qu’un.

Le « sang du dragon » est en effet un produit médicinal, la résine provenant de la partie externe des fruits d’un palmier (Calamus Draco). En raison de sa couleur rouge vif, qui rappelait d’abord l’image du sang, on le nommait aussi « cinabre indien », et on le confondit parfois avec le cinabre minéral, utilisé comme colorant. Pline se plaint, quant à lui, de sa confusion avec le minium, qui est un poison très dangereux. Il reconnait par ailleurs avec la majorité des auteurs antiques, que ce cinabre (ou minium) provient du sang des dragons répandu sur la terre lorsqu’ils combattent les éléphants. Le Moyen Age a répercuté cette fable et s’est rendu coupable d’une confusion supplémentaire en prêtant à la substance médicamenteuse l’origine que Pline reconnaissait au colorant[22].

Ainsi, le sang du dragon peut-il être à la fois un produit aux vertus médicinales et un poison très puissant.

UN POISON MORTEL

Le sang du dragon est ambivalent puisqu’à l’instar du sang de la Gorgone Méduse il peut guérir ou tuer.

Athéna lui (Asclépios, dieu de la médecine) avait donné deux fioles contenant du sang de la Gorgone Méduse : à l’aide de celui qu’on avait tiré de sa veine gauche, il pouvait rendre la vie aux mortels et à l’aide de celui qu’on avait tiré de sa veine droite, il pouvait tuer instantanément.

[…] Athéna avait donné deux gouttes de ce même sang à Érichthonios, l’une pour tuer, l’autre pour guérir, et elle avait fixé les fioles à son corps de serpent avec des lanières d’or.[23].

Rappelons que les Gorgones sont des créatures fantastiques ayant le corps d’une jeune femme, avec un visage horrible, de grandes canines et la chevelure hérissée de serpents. Leur regard pétrifie ceux qui les approchent.

Érichthonios quant à lui est un être mi-homme mi-serpent. Toutes ces créatures ont la particularité d’être toujours associés à l’élément serpent ou dragon. Signalons aussi pour être tout à fait complet que le venin de serpent peut être à petite dose un médicament et bien sûr létal à haute dose. Il est également intéressant de noter qu’Asclépios fut foudroyé par Zeus pour avoir ressuscité certains héros. Les dieux n’aiment pas partager leur immortalité avec les humains.

LE CADUCÉE

L’image du caducée reflète le double aspect symbolique du serpent : l’un bénéfique, l’autre maléfique. L’un des serpents fournit les remèdes qui guérissent l’autre le poison mortel. Le bâton est le symbole de l’axe terrestre, le pilier cosmique, autour duquel s’enroulent les deux serpents. Ce symbole devait plaire aux druides puisqu’il représente l’union des contraires. L’union des deux serpents divins qui engendraient l’œuf cosmique puis toute la création.

Caducée de Lémenc en bronze, Ier-IIe siècle après J.-C., découvert à Chambéry en 1826,

Caducée de Lémenc en bronze, Ier-IIe siècle après J.-C., découvert à Chambéry en 1826, Baguette ailée autour de laquelle sont enroulés deux serpents dessinant un 8. (Musée savoisien, Chambéry, Savoie). (Wikimedia Commons).

L’ARBRE DE MORT

Ce qui rappelle d’ailleurs les deux arbres du Paradis. L’un, est « l’Arbre de Vie » qui est au milieu du Paradis, mais Dieu ne veut pas que l’être humain en mange le fruit de peur qu’il ne devienne comme les dieux, c’est à dire immortel. Auparavant Adam et Ève ont mangé le fruit de « l’Arbre de la connaissance ».

Puis Yahvé Dieu dit : « Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal ! Qu’il n’étende pas maintenant la main, ne cueille aussi de l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours ! ». Et Yahvé Dieu le renvoya du jardin d’Éden pour cultiver le sol d’où il avait été tiré. Il bannit l’homme et il posta devant le jardin d’Éden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de vie.

La Bible de Jérusalem, Éditions du Cerf, 1998, Genèse, I, 3, 23.

Étrange récit, il y a bien deux arbres au Paradis, ce que l’on se garde bien de mentionner dans les commentaires concernant l’épisode d’Adam et Ève. Nous sommes d’ailleurs très loin du Dieu d’amour prôné par le Christ, puisque le Dieu de l’Ancien Testament semble jaloux de ses prérogatives. L

Ainsi l’un est « l’Arbre de Vie », l’autre, est « l’Arbre de la connaissance », mais de quelle connaissance ? Le texte dit la connaissance du bien et du mal, mais ne serait-ce pas plutôt la connaissance de la Vie et de la Mort ? Car Coomaraswamy dit que le Soma est le produit de « l’Arbre de vie » qui est distinct de « l’Arbre de mort ». Dans le récit gallois consacré à Peredur, l’arbre qui brûle d’un côté et qui est vert de l’autre, n’est autre que « l’Arbre de Vie » et « l’Arbre de Mort » réunies en un seul végétal. Contrairement au Judéo-christianisme, le druidisme n’est pas dualiste. Pas besoin de deux arbres puisque la vie et la mort ne sont que les deux faces d’une même pièce.

LE PARADIS PERDU

Si « l’Arbre de mort » et « l’Arbre de la Connaissance » ne font qu’un, nous avons la réponse à la question précédente. Il s’agit de la connaissance de la mort. Adam et Ève menaient une vie paradisiaque, ce n’est qu’après avoir croqué la pomme[24] qu’ils prennent vraiment conscience de leur état d’être humain et font ainsi, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité l’expérience de la mort. Le serpent les a bien trompés, c’est le second arbre qui était important. Adam et Ève ont mangé le fruit de l’Arbre de mort et sont devenus mortels. Pour devenir immortel il fallait manger du fruit de l’Arbre de vie. On peut même se demander si le serpent est vraiment l’ennemi de Dieu puisqu’il a parfaitement joué son rôle de gardien.

La Tentation. Détail de la frise sculptée de la façade occidentale de la cathédrale Notre-Dame et Saint-Castor de Nîmes (30). (Wikimedia Commons).

Et si Adam et Ève avaient tué le serpent et bu son sang ?

BOIRE LE SANG DU DRAGON

Écoutons encore une fois Ananda Coomaraswamy :

[…] le soma est jeté dans le feu : « Parce qu’on le tournait, il devint le Dragon, parce qu’il n’avait pas de pieds, il devint le serpent ». […] Indra le coupe en deux, faisant de la partie ayant contenu le soma la lune, et de l’autre, la partie titanique, le ventre de toutes les créatures — ce qui fait dire aux hommes : « Vritra est en nous ».

Ainsi absorber le breuvage d’immortalité signifie absorber le dragon : « Le dragon est en nous » [25].

Dieu les avait prévenus en parlant des fruits de l’arbre de la connaissance : vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sous peine de mort.

DEVENIR IMMORTEL

Nous avons vu dans un chapitre précédent que le dieu de l’orage se bat contre le dragon pour la suprématie dans le ciel. Dans le commentaire de Coomaraswamy intervient un élément supplémentaire, le dieu Indra tue le dragon et boit son sang (Soma) pour devenir immortel. Le dragon est vraiment cet être primordial plus ancien que les dieux eux-mêmes. C’est le sang du serpent cosmique qui donne la vie éternelle. Cette idée n’est pas étrangère au christianisme puisque nous trouvons dans l’Évangile de Saint Jean ce texte :

Comme Moïse éleva le serpent dans le désert,

ainsi faut-il que soit élevé le Fils d’homme,

afin que quiconque croit

ait en lui la vie éternelle[26].

LE SERPENT D’AIRAIN

Rappelons tout d’abord ce qu’est le serpent mentionné dans cet extrait.

(Le peuple s’en prend à Moïse, et par-delà à Dieu, qui les a libéré du joug égyptien, mais qui les laisse mourir de faim dans le désert) Dieu envoya alors contre le peuple les serpents brûlants, dont la morsure fit périr beaucoup de monde en Israël. Le peuple vint à Moïse :

Nous avons péché en parlant contre Yahvé et contre toi. Intercède auprès de Yahvé pour qu’il éloigne de nous ces serpents.

Moïse intercéda pour le peuple et Yahvé lui répondit :

Façonne-toi un Brûlant que tu placeras sur un étendard. Quiconque aura été mordu et le regardera restera en vie.

Moïse façonna donc un serpent d’airain[27] qu’il plaça sur l’étendard, et si un homme était mordu par quelque serpent, il regardait le serpent d’airain et restait en vie[28]

Dans un manuscrit du Moyen Age, le serpent d’airain est représenté sous la forme d’un dragon assis sur une colonne, allusion évidente au dragon céleste et au pilier cosmique.

Le serpent d’Airain. Petrus Comestor, Bible historiale de 1372, Meermanno Koninklijke Bibliotheek, (La Haye Pays-Bas).

UN SERPENT CRUCIFIÉ

Dans les livres d’alchimie, le serpent d’airain est figuré en serpent crucifié sur une croix.

Ill. 1 : L’Opus Magnum : Le Serpent.

Le serpent crucifié, Gravure tirée de Abraham Eleazar, Uraltes Chymisches Werk, Leipzig, 1760.

Ainsi, le Christ est comparé au serpent d’airain et celui qui croit en lui, ressuscitera et aura la vie éternelle.

LA COUPE ET LE SERPENT

Dans le christianisme, on peut parfois trouver des statues ou des vitraux qui montrent un Saint (souvent St Jean l’Évangéliste) avec un calice, et dans ce dernier apparait un serpent ou un dragon.

(DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ. Hans Memling (1465-1494), Calice de Saint-Jean l'Évangéliste, c. 1470, Huile sur bois, National Gallery of Art, Washington DC.

Hans Memling (1465-1494), Calice de Saint-Jean l’Évangéliste, c. 1470, Huile sur bois, National Gallery of Art, Washington DC. (Wikimedia Commons).

Est-ce pour signifier le véritable contenu de la coupe, le sang du serpent ou du dragon ? Rappelons également que le symbole des pharmaciens est un serpent qui entoure une vaste coupe. Il est tout aussi intéressant de savoir que l’emblème des médecins comporte, lui aussi, un seul serpent, ce qui par rapport au caducée avec deux serpents formant la plénitude, correspond à une perte d’une partie de la connaissance. La médecine peut éventuellement prolonger la vie, mais ce n’est pas cette science qui rendra les êtres humains immortels.

LA COUPE D’IMMORTALITÉ

D’après les légendes médiévales, le sang du Christ est recueilli dans le Saint Graal, la coupe d’immortalité, or :

Soma était alors Vritra. Lorsque les Anges le frappèrent, sa tête s’éleva en tournoyant et devint le drona-kalasha « le vase de soma ». Le fait que la tête devienne un vase explique pourquoi l’on appelle certain vase kapâla, « coupe faite d’un crâne »[29].

LE CRÂNE DU DRAGON

C’est le crâne du dragon qui devient la coupe d’immortalité et cette tête coupée rappelle étrangement le destin du crâne du général romain Postumius.

(Après le massacre de l’armée romaine dans la forêt Litana) : C’est là que tomba Postumius, alors qu’il combattait de toutes ses forces pour ne pas être pris. Les Boïens[30], triomphant, portèrent dans le temple qui est le plus vénéré chez eux les dépouilles enlevées au cadavre et la tête coupée du général. Puis après avoir nettoyé la tête, comme c’est la coutume chez eux, ils incrustèrent le crâne d’or ; c’était pour eux un vase sacré qui servait à faire des libations les jours de fête, en même temps qu’une coupe pour le prêtre et le desservant du temple[31].

CRÂNE ET COUPE

Le Graal dans le roman gallois Peredur est une tête coupée baignant dans son sang. Rappelons que ce récit est la version archaïsante de la Quête du Graal. Ces textes sont déjà cités dans un chapitre précédent. Faut-il rappeler que Christ a été crucifié sur le Golgotha, mot qui signifie « Crâne » ou « lieu du crâne ».

Le crâne de l’ennemi vaincu, général ou dragon, devient la coupe sacrée utilisée lors des fêtes importantes. Ainsi, le vainqueur de Vritra boit le sang du dragon dans le crâne du monstre. Il semble logique que les guerriers celtes ont fait de même avec la tête et le sang de Postumius. Ce n’est pas impossible, car d’après Ammien Marcellin :

Les Scordisques[32] étaient jadis cruels et féroces et, comme l’enseignent les Anciens, ils sacrifiaient leurs prisonniers à Bellone et à Mars et buvaient avidement le sang dans des crânes[33].

Les Scordisques pensaient-ils devenir immortels en buvant le sang de leurs victimes ?

Ce geste de boire le sang des ennemis dans une calotte crânienne n’est pas simplement un usage barbare. Il cache toute une conception du monde qui ne nous est plus guère accessible.

Du symbolisme du Graal se rapproche celui de la calotte crânienne tantrique contenant du sang (parfois du thé ou de l’alcool) : c’est encore l’expression de l’immortalité ou de la connaissance obtenue au prix de la mort à l’état présent, donc de la renaissance initiatique ou supra humaine.

Certains ouvrages hermétiques occidentaux recommandent l’usage d’une calotte crânienne pour la réalisation du Grand Œuvre alchimique, ce qui relève évidemment d’un symbolisme analogue[34].

Kapala réalisé à partir d’un crâne humain reposant sur son présentoir. L’usure des surfaces de découpe indique son usage intensif au cours des rituels du bouddhisme tantrique. Source : www.pourlascience.fr

Pour connaître les différents aspects du Graal, coupe, chaudron, craane, pierre tombée du ciel etc., voir SAISON 2 ANNEXE 13 Le Graal

LE VAMPIRE ET LE DRAGON

Le sang et le dragon nous rapproche également du mythe du vampire, condamné à boire le sang des victimes pour subsister. La créature infernale que nous connaissons sous le nom de Dracula est en partie inspiré par un personnage historique, Vlad III (1431-1476), dit Tepes « l’Empaleur » ou Vlad Dracula, prince de Valachie (une partie de la Roumanie actuelle) qui prenait un malin plaisir à empaler ses ennemis. Fils de Vlad Dracul qui tient son nom d’un ordre chevaleresque, l’Ordre du Dragon. L’ordre du Dragon : crée par l’Empereur Sigismond pour défendre la chrétienté contre les Ottomans. Or, Dracul signifie « dragon » et Dracula « fils de dragon » du latin draco. Le latin draco est devenu drac en roumain, avec le sens de « diable », dans ce cas Dracula est donc « le fils du Diable ».

Voir à ce propos Vlad III l’Empaleur, le véritable Dracula

On peut signaler une autre dynastie du dragon, celle du Roi Arthur et son père Uther Pendragon « tête de dragon ».

LE CORPS SANS ÂME

Si l’être humain possède un corps mortel et une âme immortelle, le vampire, lui, en est une image inversée avec un corps potentiellement éternel mais sans âme. Donc, Dracula est immortel à deux conditions, la première est de prendre la vie chez les autres et de se nourrir de leur sang, la seconde est bien sûr d’éviter les chasseurs de vampires qui connaissent le moyen de le réduire en poussière. Le vampire est un être maudit car il mange la nourriture réservée aux dieux, le sang. Le Deutéronome dit :

Garde-toi seulement de manger le sang, car le sang, c’est l’âme, et tu ne dois pas manger l’âme avec la chair. […] Tu feras l’holocauste de la chair et du sang sur l’autel de Yahvé ton Dieu ; quant à tes sacrifices, le sang sera répandu sur l’autel de Yahvé ton dieu, et tu mangeras la chair[35].

Le partage semble clair, la viande pour l’homme et le sang pour Dieu. Dans le christianisme c’est l’inverse, les fidèles peuvent boire le sang du Christ, même si c’est de façon symbolique.

LE HÉROS ET LE DRAGON

Un des exemples les plus célèbres d’un héros qui boit le sang du dragon est sans conteste le Sigurd/Siegfried issu de la mythologie scandinave et germanique popularisé par Richard Wagner dans sa Tétralogie L’Anneau du Nibelung. Sigurd/Siegfried tue le dragon Fafnir, gardien d’un trésor fabuleux, mange son cœur et se baigne dans son sang, ce qui lui donne l’invulnérabilité. Mais une feuille de tilleul tombe sur le dos du héros, juste entre les deux épaules. C’est le seul endroit du corps du guerrier à rester vulnérable. Ce qui causera la perte du héros, car il sera poignardé dans le dos par un ennemi. Sigurd/Siegfried a frôlé l’immortalité, mais le destin en a décidé autrement.

Un témoignage recueilli par Pierre Bec en Gascogne durant les années 1960 confirme les données traditionnelles :

J’ai vu un garçon couper la queue à une couleuvre et en sucer le sang pour prolonger sa propre vie[36].

Si le sang du dragon ne confère pas toujours l’immortalité, il prolonge en tout cas la vie ou rend invulnérable. Cela dépend des mythes et des traditions[37].

Qui refuserait de boire le sang du dragon pour acquérir l’immortalité ?

Mais attention, comme dans le récit irlandais des Aventures d’Art, fils de Conn, le héros a le choix entre deux coupes et personne ne sait dans laquelle se trouve la liqueur des dieux et dans laquelle le poison mortel[38].

L’ABATTAGE DE L’ARBRE SACRÉ

Nous avons vu dans ce chapitre que le dieu de l’orage Indra abat l’arbre cosmique pour en tirer la sève, le Soma, autrement dit le breuvage d’immortalité. Cette sève est également le sang du dragon Vritra. D’ailleurs, l’exploit le plus remarquable du dieu Indra est le combat puis la victoire sur ce dragon. Or, dans l’iconographie gauloise, il existe des bas-reliefs qui illustrent cette bataille. Ces images, nous les trouvons sur le pilier des Nautes. Mais expliquons d’abord ce qu’est ce pilier.

Il s’agit d’un monument gallo-romain orné de bas-reliefs qui, probablement s’élevait dans un temple de l’île de la cité à Paris. Il mesurait près de 5 m de hauteur pour une surface de base de 1m2 environ. Une dédicace à Jupiter a permis de savoir qu’il fut offert par la confrérie des Nautes, des bateliers parisiens, à l’époque de l’empereur Tibère[39]. Ce monument présente un grand intérêt car, sur ses bas-reliefs apparaissent, auprès de dieux romains classiques, des divinités incontestablement celtiques[40].

Voici la description des éléments les plus importants pour notre propos.

C’est sur l’un des côtés du grand bloc reconstitué qu’apparaît le Taureau aux Trois Grues, surmonté de l’inscription : TARVOS TRIGARANUS.

Pilier des Nautes : Tarvos Trigaranus, sculpture, 37 apr. J.-C., époque gallo-romaine (50 av.-1 00 apr. J.-C.).

Pilier des Nautes : Tarvos Trigaranus, le Taureau aux trois grues, sculpture, 37 apr. J.-C., époque gallo-romaine (50 av.-1 00 apr. J.-C.), musée national du Moyen Âge-Thermes de Cluny, Paris.  Source : musee-moyenage.fr

Sur le côté situé à droite de celui-ci figure Jupiter, sous l’inscription : JOVIS. Le roi des dieux est représenté la main gauche appuyée sur une lance ou un long sceptre. On distingue encore la foudre dans sa main droite et un aigle à ses pieds. À l’opposé du Taureau aux Trois Grues est sculpté, sous le mot VOLCANUS, un personnage tenant un marteau et des pinces ; de toute évidence le dieu forgeron du sous-sol, souvent confondu avec le dieu au maillet. Enfin sur le quatrième côté, sous l’inscription ESUS, figure un homme armé d’une serpe, occupé à abattre ou à élaguer un arbre dont la forme des feuilles évoque un saule[41].

La colonne, rappelons-le, est dédiée à Zeus, le dieu de l’orage, vainqueur du dragon Typhon. Chez les Gaulois, ce même dieu est victorieux du géant Anguipède.

ESUS, UN DIEU MÉCONNU

Laissons de côté le dieu forgeron et occupons-nous du bas-relief représentant Esus abattant un saule[42].

Esus, Pilier des Nautes (Musée de Cluny, Paris)

Esus, Pilier des Nautes (Musée de Cluny, Paris)

Le lecteur sceptique pourrait répondre que cette image représente un simple bûcheron abattant un arbre et il aura raison d’en faire la remarque. Mais un second bas-relief change tout, sur un autel trouvé à Trèves (Trier, Allemagne), nous retrouvons la même scène, sauf que sur l’arbre sont perchés trois grues, ce qui peut paraître normal pour des oiseaux, mais surtout, nous trouvons dans le feuillage de l’arbre une tête de taureau[43], ce qui est tout de même, il faut l’avouer, beaucoup moins fréquent.

Bas-relief de Trèves, face latérale d’une stèle dédiée à Mercure. (Rheinisches Landesmuseum, Trier, Allemagne).

Or, il n’y a qu’une explication possible pour ce taureau posé sur la cime d’un arbre. Une explication astronomique, car ce n’est pas un animal ordinaire et il ne s’agit pas d’un arbre quelconque, mais de l’arbre cosmique qui soutient la voûte céleste et dans ce cas particulier, la constellation du Taureau et des Pléiades (les trois grues)[44].

LE SANCTUAIRE DES DRUIDES. Dessin de l'axe terrestre qui soutient la voûte céleste.

Pour les druides l’arbre sacré, qui peut également être un pilier, correspond à l’axe terrestre qui soutient la voûte céleste. L’acte d’abattre cet axe déclenche la fin du monde. Sur la voûte céleste on peut voir la constellation du Taureau et les Pléiades posées sur le dos de l’animal (image symbolique). (Dessin : JPS2023).

LE COMBAT CONTRE LE DRAGON

Ce que nous voyons sur le pilier des Nautes est donc à ne pas en douter un dieu qui abat l’arbre, axe du monde. Si nous suivons la mythologie de l’Inde, c’est pour récupérer la sève, le Soma ou breuvage d’immortalité. Mais si ce dieu abat l’arbre sacré, cela signifie également qu’il déclenche la fin du monde. Si l’axe terrestre est abattu, c’est toute la voûte céleste qui s’écroule sur la terre. Le fameux ciel qui tombe sur la tête des Gaulois !

Ces images ont bien sûr des significations multiples, car tout un enseignement se cache derrière elles. Pour un druide, ce bas-relief représente le combat du dieu contre le dragon. Tout simplement parce que nous avons vu que Vritra et l’arbre cosmique ne font qu’un. C’est donc la version gauloise du combat entre Indra et Vritra qui est devant nous. Le dieu qui abat le dragon et tronçonne celui-ci comme un arbre. Vous avez sous vos yeux, aussi incroyable que cela paraisse, l’équivalent gaulois de St Michel combattant le dragon.

ESUS. Saint Michel terrassant le dragon, École siennoise (XIVe s.)

Saint Michel terrassant le dragon, École siennoise (XIVe s.)

LA FIN DU MONDE

Le dieu abat l’arbre/dragon et boit sa sève/son sang qui devient le Soma, le breuvage d’immortalité. Et cette action extraordinaire entraine la fin du monde. Une image, en apparence très simple, peut résumer à elle seule tout un pan de la doctrine druidique. Tout est dit ! On a rarement fait plus concis. Cette image illustre avec justesse le vieil adage : un bon dessin vaut mieux qu’un long discours. Mais ce n’est pas tout ! On peut même se poser la question suivante : est-ce que le voleur de l’œuf de serpent du chapitre précédent, qui est un bûcheron dans une des versions populaires, n’est-il pas le même dieu bûcheron qui abat l’arbre cosmique, qui tue le dragon primordial et qui, pour finir, déclenche la fin du monde ?

LA CRÉATION DU MONDE

Pourtant ce dieu en tuant le dragon déclenche certes la fin du monde, mais en même temps, il est à l’origine d’un monde nouveau puisque dans nombres de mythes de la création le tronçonnage d’un monstre est à l’origine du Ciel et de la Terre. Ainsi, en Mésopotamie, Mardouk tue d’abord le dragon Tiamat, puis le tranche en deux ; d’une moitié il fait la voûte du céleste, de l’autre le support du monde terrestre. Comme le temps n’est pas linéaire, mais cyclique, la fin est également un commencement. Le dieu en détruisant l’ancien monde fait également un acte de création[45]. Un autre bas-relief nous mène dans cette même direction. Nous retrouvons notre bûcheron, à cheval cette fois-ci, se dirigeant vers une magnifique colonne, autour de laquelle est enroulé un serpent.

Bas-relief funéraire, cavalier accompagné de son chien avance vers une colonne autour de laquelle est enroulé un serpent[46].

Plus de doute possible, le dieu bûcheron armé d’une hache bipenne se dirige vers le pilier cosmique afin de l’abattre. Détail important, l’individu est présenté en compagnie d’un chien. Or, sur le chaudron de Gundestrup un personnage accompagné d’un chien sacrifie le taureau cosmique, la constellation du Taureau (Taurus). Il s’agit des constellation d’Orion et du Grand Chien (Canis Major). Est-ce le même héros divin que sur le bas-relief ?

LA COUPE D’IMMORTALITÉ

En tout cas, le dieu/héros tient dans sa main droite une patère. Coupe antique peu profonde en bronze ou en argile qui servait soit pour boire soit pour des libations. La constellation de la Coupe (Crater) est également appelée Patera. À quoi peut bien servir ce récipient, préfiguration du Graal, sinon pour boire le breuvage d’immortalité tiré de l’arbre cosmique. Cette boisson, ne peut être, comme nous l’avons vu, que la sève de l’arbre ou le sang du dragon. Le pilier des Nautes nous donne le nom de ce dieu bûcheron, il s’agit d’Esus. Dans ce cas, ce dernier est-il l’équivalent gaulois de Gilgamesh ?

LA FORÊT SACRÉE

Le héros mésopotamien qui abat l’arbre cosmique dans la forêt de cèdres et qui tue le dragon gardien de la forêt sacrée.

« À mon avis, dit-il (Anou, le père des dieux), c’est Gilgamesh le plus grand coupable, car non seulement, il a tué le monstre, mais il a abattu le cèdre sacré » [47].

Gilgamesh tue également le taureau céleste.

« Malheur à Gilgamesh, hurlait-elle (la déesse Ishtar), à celui qui a osé me mépriser et qui a tué le taureau céleste ! » [48].

GILGAMESH. Plaque votive. Représentation de Gilgamesh, le roi-héros de la ville d'Uruk, combattant le "taureau des cieux".

Plaque votive. Représentation de Gilgamesh, le roi-héros de la ville d’Uruk, combattant le « taureau des cieux ». (Wikimedia Commons).

Voir également SAISON 2 ANNEXE 8 Orion et Gilgamesh

Le héros qui défie l’ordre établi, part ensuite à la recherche du secret de l’immortalité.

Lorsque vint le matin il avait pris une résolution hardie : sur une île, disait-on, aux confins de la terre, vivait le seul mortel au monde qui ait jamais pu échapper à la mort ; c’était un homme très, très vieux nommé Outanapishtim. Gilgamesh décida de le rechercher et d’apprendre de lui le secret de l’immortalité[49].

Ainsi, le héros après avoir tué le dragon, abattu l’arbre sacré et sacrifié le taureau, part à la recherche du secret de l’immortalité.

LA COLONNE SERPENTINE

En tout cas, une chose est certaine, le dragon et l’arbre primordial, qu’il soit représenté par un axe ou une colonne, ne font qu’un. Il existe plusieurs preuves de cette fusion arbre/colonne/serpent. La première preuve nous vient de Grèce, quand l’axe devient une colonne serpentine, comme celle qui se trouvait devant le temple d’Apollon à Delphes.  L’Empereur Constantin (306-337) ordonna son transfert de Delphes vers Constantinople (Istanbul). Il s’agit d’un pilier en bronze datant de 479 av. J.-C., haute de 8 mètres dont la torsade est constituée par l’enroulement de trois serpents.

Colonne serpentine, élevée en 479 av. J.-C. devant le temple d’Apollon à Delphes (Istanbul, Turquie).

LA COLONNE AUX TROIS SERPENTS

Au cours du temps, La colonne fût endommagée. Ainsi, en l’an 1700, les trois têtes de serpent tombèrent et disparurent mystérieusement. Ci-dessous, l’une des têtes retrouvées en 1848.

Tête d’un des serpents (musée archéologique d’Istanbul).

Une miniature ottomane de 1582 montre la colonne intacte.

La colonne serpentine intacte, sur une miniature ottomane de 1582, Sürname de Mourad III (Livre des festivités), (musée de Topkapi).

En fait, un chaudron, était posé à l’origine sur la tête des trois serpents.

Reconstitution du trépied de la bataille de Platées à Delphes, proposée par l’historien et archéologue allemand Ernst Fabricius en 1886. La seule partie subsistante de ce trépied est la colonne serpentine, qui se trouve aujourd’hui dans l’hippodrome de Constantinople (Istanbul) (Source Wikipedia).

LE SERPENT ET L’ARBRE NE FONT QU’UN

Autre exemple de fusion entre l’arbre et le serpent. Dans le domaine celtique cette fois. Un autel trouvé en Allemagne représentant plusieurs personnages dont trois Matrones tenant chacune, sur les genoux, une corbeille de fruits. Les faces latérales du monument sont particulièrement intéressantes pour notre propos puisqu’elles montrent un arbre et un serpent. Pourtant cet ophidien n’est pas enroulé autour de l’arbre comme on pourrait s’y attendre en pareil cas, mais forme vraiment une branche qui sort du tronc. Sans aucun doute possible l’arbre et le serpent ne font qu’un.

Autel trouvé en 1928, Sur chaque face latérale, un laurier avec baies, du tronc duquel sort un serpent. (Rheinisches Landesmuseum Bonn, Allemagne)[50].

UNE COLONNE COUVERTE D’ÉCAILLES

Nous trouvons une autre preuve dans l’art gallo-romain, quand le pilier se couvre d’écailles d’ophidien comme sur la colonne de Cussy.

Colonne romaine de Cussy-la Colonne (Côte d’Or), IIIe siècle après J.-C.

Il faut dire, que dans ce cas, l’abstraction est poussée à son paroxysme avec ces colonnes couvertes d’écailles.

LE JUPITER À L’ANGUIPÈDE

Mais elles trouvent leur équivalence exacte dans les piliers, certes plus explicites, du dieu cavalier terrassant le géant anguipède. Si la colonne est bien sûr l’axe terrestre et Zeus le dieu de l’orage indo-européen. Alors, le géant anguipède est l’équivalent du dragon Vritra et de Typhon, le monstre de la mythologie grecque. Le mythe qui se cache derrière ces images comporte plusieurs niveaux de lecture. Le sang du dragon est la sève de l’arbre cosmique, synonyme de l’Axis Mundi qui soutient la voûte étoilée. C’est également le sang du dragon, maître du ciel, qui s’enroule autour de l’axe terrestre et qui à un moment donné de l’histoire de l’humanité indiquait le pôle Nord céleste. C’est aussi le breuvage d’immortalité des dieux, en tout cas une boisson qui prolonge la vie, rend la jeunesse ou donne l’invulnérabilité selon le contexte mythique. Cette liqueur de vie est recueillie dans le crâne du dragon[51].

DEUX TRADITIONS, UNE SEULE RELIGION

Il semble qu’il y a deux traditions parallèles au sein du druidisme. L’ancienne Religion des Étoiles héritée des populations du néolithique qui met en scène la déesse-mère et ses deux fils qui se succèdent auprès d’elle pour régner. Leur mythologie est résumée sur le chaudron de Gundestrup.

CERNUNNOS (DIOSCURES). La Grande Déesse et les Dioscures celtes. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré.

La Grande Déesse et les Dioscures celtes. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet

Pour plus de détails, voir SAISON 4 ANNEXE 1 la Religion des Étoiles des druides

La seconde tradition vient des Indo-Européens, le dieu du tonnerre tue le dragon au sommet de l’axe du monde. Cette version est figurée sur les monuments que l’on appelle à défaut d’autre chose le Jupiter à l’anguipède.

LE COMBAT CONTRE LE DRAGON. Tongres. Détail du groupe du cavalier aux géants anguipèdes (vue latérale gauche)

Tongres. Détail du groupe du cavalier aux géants anguipèdes (vue latérale gauche). (Cliché ACL. Bruxelles). La sculpture d’époque romaine dans le Nord, dans l’Est des Gaules et dans les régions avoisinantes, Responsabilité scientifique et édition Hélène Walter, Collection Annales Littéraires, Presses Universitaires Franc-Comtoise, Besançon, 2000, Jean Mertens, Interférences culturelles aux confins des provinces de la Germania Inferior et de la Belgica :Tongres et la sculpture provinciale au II e siècle,  Planche IX, Jean Mertens, p. 267.

Les druides n’étant pas dualiste, n’ont vu aucun inconvénient d’inclure dans leur corpus mythologique deux traditions parallèles.

LE TAUREAU ET LE DRAGON

Un dernier détail. Si l’on se réfère à la mystérieuse formule employée par les Orphiques : « Taurus draconem genuit et taurum draco », « le taureau a engendré un dragon, et le dragon, un taureau ».

Non seulement le dragon et le l’arbre cosmique ne font qu’un et il peut être abattu pour pouvoir récupérer la sève/sang et la boire. Mais le taureau et le dragon ne font qu’un. La tradition druidique offre plusieurs niveaux de lecture. Ainsi la plaque du fond du chaudron de Gundestrup qui montre le sacrifice du taureau cosmique peut être identifié au sacrifice du dragon.

En haut, Orion (Orion) et son chien (Canis Major), au milieu l’énorme Taureau céleste (Taurus), en bas, la constellation du Dragon (Draco) et la Petite Ourse (Ursa Minor) presque effacée. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré.

En haut, Orion (Orion) et son chien (Canis Major), au milieu l’énorme Taureau céleste (Taurus), en bas, la constellation du Dragon (Draco) et la Petite Ourse (Ursa Minor) presque effacée. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.

Pour une explication astronomique complète de cette scène voir SAISON 7 CHAPITRE 3 Le chaudron de Gundestrup décrypté : Orion et le Taureau

CONCLUSION

Ainsi dans la pratique, dans le secret de leur sanctuaire, les druides pouvaient utiliser lors de leur rituel, une boisson contenant de la sève d’un arbre, du sang de serpent et du sang de taureau pour remplacer le sang du dragon, un animal qui n’existe que dans le ciel étoilé.

Voir également SAISON 1 ANNEXE 3 La toxicité du sang du taureau

Gravure de la constellation du Dragon

La constellation du Dragon (Draco) d’après Johann Bayer, Uranometria, 1603 (Source Wallhapp.com).

Quant à savoir la composition exacte de la boisson d’immortalité…

©E.D.&JPS 2025 (Texte écrit en 2015, remanié en 2025)

[ACCUEIL]

IMAGE MISE EN AVANT :

(DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ. Hans Memling (1465-1494), Calice de Saint-Jean l'Évangéliste, c. 1470, Huile sur bois, National Gallery of Art, Washington DC.

Hans Memling (1465-1494), Calice de Saint-Jean l’Évangéliste, c. 1470, Huile sur bois, National Gallery of Art, Washington DC. (Wikimedia Commons).

NOTES :

[1] Pline l’Ancien Histoire naturelle, traduction d’Émile Littré, Paris, 1877, tome 1, extraits pages 605-606.

[2] Ensemble de textes religieux rédigés en sanskrit dont la composition s’échelonne sans doute du XVIIIe s. au VIIe s. av. J.-C. Le mot lui-même signifie « Savoir ». Le sanskrit est une langue d’origine indo-européenne dans laquelle s’exprimaient les tribus aryennes lors de leur entrée dans le bassin de l’Indus.

[3] Boisson des dieux chez les anciens grecs qui leur donne l’immortalité.

[4] Breuvage d’immortalité du mazdéisme. Le mazdéisme était la religion de l’Iran ancien.

[4] Pline l’Ancien Histoire naturelle, traduction d’Émile Littré, Paris, 1877, tome 1, extraits pages 605-606.

[5] Dieu du feu dans la religion védique.

[6] Dictionnaire des religions, L-Z, Sous la direction de P. Poupard, Presses Universitaires de France, Paris, 2007, p.1902.

[7] Ananda K. Coomaraswamy, La doctrine du sacrifice, Dervy, Paris. Penseur indien de l’école traditionnaliste. Le chapitre consacré combat entre les Anges et les Titans ne peut être pour le chercheur qu’une source d’inspiration continuelle.

[8] Ananda K. Coomaraswamy, La doctrine du sacrifice, Dervy, Paris, p.34.

[9] Ananda K. Coomaraswamy, La doctrine du sacrifice, Dervy, Paris, p.34.

[10] Ananda K. Coomaraswamy, La doctrine du sacrifice, Dervy, Paris, p.33.

[11] La bible de Jérusalem, L’Évangile selon Saint Jean, 6, 53-55, Les Éditions du Cerf, Paris, 1998.

[12] Françoise Leroux, Christian J. Guyonvarc’h, Les Druides, Éditions Ouest-France, Rennes, 1986, pp.159-160.

L’utilisation d’une périphrase peut indiquer un tabou sur le vrai nom, que seul l’initié connait.

[13] Le croissant de lune de l’Islam est une lune du cinquième jour et la lune que porte le dieu Shiva dans ses cheveux est également du cinquième jour du mois lunaire.

[14] D’après certaines légendes, l’Arbre de Vie s’est desséché après le péché d’Adam et qu’il ne redeviendra vert qu’au jour du Jugement dernier.

[15] Jean-Pierre Albert, Odeurs de sainteté, École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris, 1990, p.84.

Légende catalane recueillie par J. Amades.

[16] Rig Véda ou Livre des hymnes, Tome I, Section sixième, Lecture troisième, Hymne IX, Traduction A. Langlois, Maisonneuve, Paris, 1872.

[17] Ahi « serpent » est le second nom donné par les textes védiques au dragon Vritra.

[18] Rig Véda ou Livre des hymnes, Tome I, Section première, Lecture deuxième, Hymne XII, 5, Traduction A. Langlois, Librairie Didot frères, Paris, 1848.

[19] Rig Véda ou Livre des hymnes, Tome I, Section deuxième, Lecture sixième, Hymne VI, 2, Traduction A. Langlois, Librairie Didot frères, Paris, 1848.

[20] Ananda K. Coomaraswamy, La doctrine du sacrifice, Dervy, Paris, p.104.

[21] Ananda K. Coomaraswamy, La doctrine du sacrifice, Dervy, Paris, p.33.

[22] Jean-Pierre Albert, Odeurs de sainteté, École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris, 1990, p.67.

[23] Robert Graves, Les mythes grecs I, Hachette, Paris, 1999, p.190.

[24] Blanche-Neige croque elle aussi une pomme, qui s’avère empoisonnée, elle tombe inanimée. Les nains la croient morte et construisent un cercueil de verre.

[25] Ananda K. Coomaraswamy, La doctrine du sacrifice, Dervy, Paris, p.37-38.  

[26] La bible de Jérusalem, L’Évangile selon Saint Jean, 3, 14-15, Les Éditions du Cerf, Paris, 1998.

[27] Alliage de différents métaux, principalement étain et argent avec le cuivre.

[28] La bible de Jérusalem, Les Nombres, 21, 6, Les Éditions du Cerf, Paris, 1998.

Le symbolisme du serpent est lié avant tout à l’idée même de vie : en arabe, le serpent est el-hayyah, et la vie el-hayâh.

René Guénon, Symboles de la Science sacrée, Gallimard, Paris, 1962, p.137.

[29] Ananda K. Coomaraswamy, La doctrine du sacrifice, Dervy, Paris, p.33.

[30] Une des plus importantes tribus celtes de l’âge de fer.

[31] Tite-Live, Histoire romaine, Livre XXIII, 24, Traduction P. Jal, Les Belles Lettres, Paris, 2003.

[32] Les Scordisques sont des Celtes associés à des éléments indigènes, illyriens et pannoniques. Leur territoire correspond à la Serbie actuelle. Il est intéressant de noter que les Scordisques ont participés au raid contre le sanctuaire de Delphes. On peut se demander si ce ne sont pas les Scordisques qui ont passés la commande du fameux chaudron de Gundestrup aux artisans thraco-gètes, leurs voisins. Meme si une origine de la Gaule Belgique semble plus probable.

[33] Ammien Marcellin, Res gestae, XXVI, 4, 4, dans Claude Sterckx, Les mutilations des ennemis chez les Celtes préchrétiens, L’Harmattan, Paris, 2005, p.22.

[34] Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont/Jupiter, Paris, 1982, p.300.

[35] La bible de Jérusalem, Le Deutéronome, 12, 23, et 12,27, Les Éditions du Cerf, Paris, 1998.

[36] Jean-Pierre Albert, Odeurs de sainteté, École des Hautes Études en Sciences Sociales, Paris, 1990, p.119.

[37] C’est lors d’un voyage à Venise que j’ai découvert l’existence de la Theriaca  (de therion « vipère », « serpent », « poison » en grec ancien), remède contre les morsures de serpents et autres bêtes venimeuses. Parmi les nombreux composants figurent des vipères desséchées (l’ingrédient principal), de l’opium, de la lie de vin séchée et de la poudre de testicule de cerf…

Cher lecteur, inutile de découper des serpents en rondelles et de sucer leur sang. La voie du serpent est de nature spirituelle. La puissance du serpent, dénommée Kundalini, est l’énergie endormie qui est enroulée, tel un serpent à la base de la colonne vertébrale. Cette énergie est utilisée par le yogi comme instrument de toutes les conquêtes spirituelles.

Au Viêt Nam, j’ai vu sur un marché un cuisinier couper la tête d’un serpent d’eau avec des ciseaux et il a ensuite fait boire le sang de l’ophidien à des touristes russes en quête de sensations fortes. Je ne sais pas pour l’immortalité, mais visiblement cela ne les a pas rendus plus intelligent. (Note de JPS)

[38] Cette scène n’est pas sans rappeler une séquence clé du film Indiana Jones et la dernière croisade, dans laquelle le « méchant » boit dans la mauvaise coupe et tombe de façon atroce en poussière tandis que le héros choisit le véritable Graal et guérit son père.

[39] Né en 42 av. J.-C. et mort en 37 ap. J.-C.

[40] Raimonde Reznikov, Les Celtes et le druidisme, Éditions Dangles, St-Jean-de-Braye, 1994, p.261.

[41] Raimonde Reznikov, Les Celtes et le druidisme, Éditions Dangles, St-Jean-de-Braye, 1994, p.262.

[42] Pour des bateliers, le choix du saule parait évident puisque cet arbre colonise les berges des rivières. En Égypte, à l’aube de la création, le saule (l’arbre Tjeret) est l’arbre sacré sur lequel s’est posé l’oiseau Bénou (un héron cendré) après avoir survolé les eaux primordiales (Noun). La seule terre émergée était un tertre sur lequel se trouvait le saule sacré. Ce tertre est symbolisé par la pierre Benben, en forme de pyramidion, l’omphalos égyptien. La pierre Benben est à l’origine de tous les obélisques qui sont, rappelons-le, des menhirs taillées. Peut-être que chez les Celtes le héron est remplacé par une grue qui lors de la création du monde lance le premier cri, brisant ainsi le silence qui régnait sur les eaux primordiales.

[43] Le monument est très abimé, mais les spécialistes sont unanimes il s’agit bien d’un taureau.

[44] Il n’y a aucun doute que ces trois grues sont trois déesses. Une statuette en bronze découverte à Maiden Castle en Grande-Bretagne (Dorset) montre un taureau à trois cornes portant sur son dos les bustes de trois déesses. D’ailleurs, la transformation des déesses en grues est un motif que l’on retrouve en Irlande. Voir Anne Ross, Pagan Celtic Britain, Cardinal edition, Sphere Books Ltd, London, 1974, pp. 351-365.

[45] Dans le mythe moderne de la création, le fameux Big Bang, l’effondrement colossal de l’ancien univers engendre la déflagration titanesque à l’origine de l’univers actuel.

[46] Émile Espérandieu, Recueil général des bas-reliefs, statues et bustes de la Gaule romaine, Belgique, Première Partie, Vol. 5, Imprimerie Nationale, Paris, 1913, p.151.

[47] Théodore H. Gaster, Les plus anciens contes de l’humanité, Editions Payot & Rivages, Paris, 2001, p.54.

[48] Théodore H. Gaster, Les plus anciens contes de l’humanité, Editions Payot & Rivages, Paris, 2001, p.53.

[49] Théodore H. Gaster, Les plus anciens contes de l’humanité, Editions Payot & Rivages, Paris, 2001, p.57.

[50] Émile Espérandieu, 7777, Recueil général des bas-reliefs, statues et bustes de la Gaule romaine, Tome 11, Imprimerie Nationale, Paris, 1938, p.93. (Bonner Jahrb., CXXXV, (1930), p.15 et pl.XVI).

[51] Dans une version de la quête du Graal, la coupe est taillée dans l’émeraude qui est tombée du front de Lucifer lors de la chute des anges.

SOURCES :

Soma (mythologie) — Wikipédia

(DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ (DRUIDES) BREUVAGE D’IMMORTALITÉ