LE COMBAT CONTRE LE DRAGON

LES DIEUX DES DRUIDES TOME II CHAPITRE III

De tous temps l’épreuve majeure que doit accomplir, un dieu, un héros ou un saint est d’affronter et de tuer un dragon. L’être de lumière qui combat et vainc les forces des ténèbres. C’est ce qui arrive à l’équinoxe de printemps lorsque la lumière du jour prend l’ascendant sur les ombres de la nuit. Ce que l’on évoque moins, c’est que l’exacte inverse se produit lors de l’équinoxe d’automne. Le dragon des profondeurs serait-il parfois le vainqueur ? C’est d’ailleurs ce que sous-entendent certains textes.

ANGES ET DÉMONS

Alors il y eut une bataille dans le ciel : Michel et ses anges combattirent le Dragon. Et le Dragon riposta, avec ses anges, mais ils eurent le dessous et furent chassé du ciel. On le jeta donc, l’énorme Dragon, l’antique serpent, le Diable ou le Satan, comme on l’appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre, et ses anges furent jetés avec lui[1].

Albrecht Dürer, L’Archange Michel terrassant le dragon. 1497 – 1498. MAH Musée d’art et d’histoire, Ville de Genève.

Le dragon peut prendre différentes apparences, celui d’un reptile antédiluvien, d’un serpent géant, d’un démon cornu ou comme en Grèce et chez les Celtes, ressembler à un géants aux jambes en forme de serpents.

LE MAÎTRE DU CIEL

Le mouvement circulaire de l’axe terrestre dû à la précession des équinoxes fait que l’étoile polaire change au cours des siècles et des millénaires. Si l’étoile la plus proche actuellement du pôle Nord céleste se situe dans la constellation de la Petite Ourse (alpha Ursae Minoris), il n’en a pas toujours été ainsi. Puisque autour de 2700 avant notre ère, l’étoile polaire se situait dans la queue de la constellation du Dragon ( Draco).

Gravures extraites de l’ouvrage d’Ambroise Pare : Livre des animaux et de l’excellence de l’homme (1579) – Dragon tueur d’éléphants.

Voir à ce propos Les dieux des druides, Tome deux, Chapitre I : Le Dragon céleste

LE DIEU DRAGON

Ce qui n’était pas sans conséquences sur les mythologies du monde entier. Durant une période de mille ans, le Dragon a régné en maître dans les cieux. Mais avec le mouvement inexorable de la machinerie céleste, le dragon a perdu son rôle majeur, celui d’indiquer le pôle Nord céleste. Mauvais présage, car au même moment se profilait à l’horizon les silhouettes inquiétantes de nouveaux arrivants, les premiers Indo-Européens. Pour les adorateurs du Dragon, c’était la fin d’une ère, leur idole a perdu son trône de roi des cieux, après un combat dans le ciel, au profit du dieu du tonnerre des envahisseurs.  Cette image du dieu du tonnerre, qui dans un affrontement épique abat le Dragon céleste, restera pour toujours gravé dans la mémoire des peuples.

Ce sont idéologies totalement opposées qui s’affrontent.

LES PEUPLES DE LA DÉESSE

Pour les premiers agriculteurs sédentaires, vivant en communautés villageoises, le serpent n’est pas un ennemis, au contraire, il est le protecteur des champs et des silos contre les rongeurs qui détruisent les récoltes. Cette protection procure l’abondance. C’est pourquoi la divinité principale de ces premiers paysans est la déesse de la fertilité. Les plus anciennes religions méditerranéennes mettent en scène la Grande Déesse, le taureau et le serpent.

Figurine de la déesse aux serpents. Musée archéologique d'Héraklion (vers 1600 av. J.-C.).

Figurine de la déesse aux serpents. Musée archéologique d’Héraklion (vers 1600 av. J.-C.). (Wikimedia Commons).

LE DIEU DU TONNERRE

Tout sépare les nouveaux venus indo-européens du vieux fond méditerranéen. Ce sont des éleveurs nomades, guerriers, pratiquant le culte des héros et des dieux masculins. Ils sont commandés par un chef de tribu. Dans le monde indo-européen, le dieu du tonnerre prend le nom d’Indra (Inde), de Zeus (Grèce), de Jupiter (Rome), de Taranis (Celtes) ou encore de Thor (mythologie nordique). Les exploits les plus remarquables de ces dieux est d’éliminer le serpent, et le taureau puis de prendre pour épouse la déesse qui leurs est dorénavant subordonnée.

Thor capture le serpent de Midgard dans un manuscrit islandais de 1760.

Thor capture le serpent de Midgard dans un manuscrit islandais de 1760. (Wikimedia Commons).

Voir également SAISON 2 ÉPISODE 14 Le dieu tueur de dragon

DIEUX ET HÉROS

Sur le modèle divin, les héros et les saints se sont mesurés au dragon. Ce dernier n’est d’ailleurs rien d’autre qu’un serpent monstrueux. Les représentations de cette bataille de titans sont innombrables à travers le monde, et l’on peut dire qu’il n’existe pratiquement aucune religion qui n’aie pas sa version de cet événement majeur.

Cadmos combattant le dragon. Face A d'une amphore à figures noires d'Eubée, v. 560-550 av. J.-C.

Cadmos combattant le dragon. Face A d’une amphore à figures noires d’Eubée, v. 560-550 av. J.-C. (Wikimedia Commons).

SERPENTS ET DRAGONS DANS LE CIEL ÉTOILÉ

Le Dragon est conçu dans l’esprit des anciens sous l’apparence d’un monstre des profondeurs, comme si le ciel n’était qu’un immense Océan. Mais le Dragon n’est pas seul, car la voûte étoilée est un gigantesque nid de serpents. Outre le Dragon (Draco) lui-même en position centrale, il faut citer les constellations de l’Hydre[2] (Hydra), du Serpent[3] (Serpens) pour les plus évidents[4]. Sans oublier la Gorgone Méduse, l’étoile Algol dans la constellation de Persée[5], dont la chevelure est composée d’innombrables serpents. Liste à laquelle il faut ajouter également l’énorme constellation de la Baleine (Cetus) qui dans les temps anciens n’avait pas l’apparence d’un sympathique mammifère marin, mais plutôt celle d’un dragon aquatique. Cetus vient du grec kêtos et signifie « monstre marin ».

LE COMBAT CONTRE LE DRAGON. MORHOLT. Cetus d’après Bayer dans Uranometria (1603).

Gravure du 17e siècle de la constellation de la Baleine (Cetus) extraite de l’Uranométrie, un atlas d’étoiles publié en 1603 par l’astronome allemand Johann Bayer (Uranometria Omnium Asterismorum). Source : ciel-de-nuit.com

Mais les jours du roi du ciel étaient comptés avec l’arrivée des premiers Indo-Européens et de leur champion le dieu de l’orage. Voici quelques versions de cette querelle destructrice pour acceder à la royauté céleste.

L’INDE ÉTERNELLE

INDRA CONTRE VRITRA

En Inde, les protagonistes de cette confrontation sont Indra et Vritra, le plus fameux dragon de la mythologie indienne. Indra est le dieu de la guerre et de l’orage, le roi des dieux et le maître du ciel. Un des dieux les plus importants des Indiens védiques, c’est-à-dire les envahisseurs Indo-Européens de l’Inde.

Indra assis sur le dos d’Airavata, l’éléphant blanc, roi des éléphants célestes, le véhicule d’Indra. En-dessous, énorme tête de Kâla qui symbolise le Temps, destructeur de toutes choses.  Prasat Ban Phluang, Thaïlande. (Wikimedia Commons).

Voici le mythe d’Indra :

UN FILS EXTRAORDINAIRE

Il était une fois un puissant brahmane du nom de Tvachtri qui n’aimait point Indra ; afin de la déposséder de son trône, il se crée un fils et le fortifia de sa propre puissance. Ce fils avait trois têtes : avec la première il lisait les Védas, avec la seconde il se nourrissait et avec la troisième il semblait dévorer du regard tous les points de l’horizon. Il surpassait tous les hommes tant par l’ardeur de son ascétisme que par la pieuse humilité de son cœur. Indra inquiet de le voir tous les jours accroître une force qui paraissait destinée à absorber l’univers entier, résolut d’intervenir. Les nymphes célestes les plus séduisantes furent chargées, mais en vain de tenter le jeune ascète. Indra décida alors la mise à mort du jeune sage, et il le frappa de son foudre ; mais, même dans la mort, le corps du jeune brahmane répandait sur le monde une si glorieuse clarté que les craintes d’Indra n’étaient pas apaisées. Il ordonna à un bûcheron qui passait de trancher les trois têtes du mort : de grands vols de colombes et d’autres oiseaux s’en échappèrent à l’instant même.

UN DIEU OUTRAGÉ

Pour venger son fils, Tvachtri fit naître un démon redoutable auquel on donna le nom de Vritra. Ce démon était immense, sa tête touchait au ciel. Il invita Indra au combat. Une lutte horrible s’ensuivit et le démon fut victorieux. Ayant saisi le roi des dieux, il le jeta dans sa gueule et l’avala. Les dieux pleins de terreur, ne savaient que faire. Ils eurent l’idée de faire bâiller le démon. Aussitôt que celui-ci ouvrit la bouche, Indra, contractant son corps, sauta hors des mâchoires béantes, et la lutte reprit de plus belle. Mais le dieu fut contraint à la fuite. Humilié, il alla prendre conseil des Richis[6], et tous ensembles avec les dieux allèrent consulter le dieu Vichnou, qui leur conseilla de faire la paix, par l’entremise des Richis, ajoutant mystérieusement qu’il s’incarnerait peut-être un jour lui-même dans une arme qui tuerait le démon Vritra. Les Richis réussirent à persuader Vritra de se réconcilier avec son ennemi, mais a une condition : « Donnez-moi, dit-il, la promesse qu’Indra ne m’attaquera avec aucune arme de bois, de pierre ou de fer, ni avec une chose sèche, ni avec une chose mouillée ; promettez-moi aussi qu’il ne m’attaquera ni de jour ni de nuit. » Le pacte fut conclu.

LA VENGEANCE D’INDRA

Indra, cependant, méditait en secret sa revanche. Un soir qu’il était sur la plage, il aperçut non loin de là son ennemi ; et, tout à coup, il pensa : « Le soleil descend à l’horizon, l’obscurité s’approche, la nuit n’est pas encore venue, mais ce n’est plus tout à fait le jour. Si je pouvais tuer le démon à présent, entre le jour et la nuit, je n’aurai pas enfreint ma promesse. » Tandis qu’il réfléchissait, voici qu’une immense colonne d’écume s’éleva de la mer, et Indra se rendit compte qu’elle n’était ni sèche, ni mouillée, ni de pierre, de fer ou de bois. Il se saisit de l’écume et la précipita sur le démon ; celui-ci tomba sans vie sur la grève, car Vichnou qui, selon sa promesse, avait animé cette arme étrange, et personne ne saurait lui résister. Les dieux se réjouirent, et aussi la nature ; le ciel s’emplit de lumière et une douce brise se mit à souffler ; même les bêtes des champs se réjouissaient. Mais Indra sentait cependant qu’il portait le poids d’un grand péché, car il avait tué un brahmane[7].

LES ÂGES SOMBRES

Il ne faut pas oublier que ce mythe est le point de vue des envahisseurs, c’est pourquoi il est normal que leur dieu Indra tienne le rôle du héros face au dragon. Cependant plusieurs remarques s’imposent.

  • Indra et Vritra sont les représentants, les dieux, les héros, de deux ethnies qui se combattent pour la maîtrise d’un territoire. D’un côté, les envahisseurs Aryas et de l’autre les autochtones, les habitants de la vallée de l’Indus.

  • Toutefois, il reste à l’état latent le fait que le dragon puisse gagner cette bataille. Ce qui est la survivance d’un système très ancien dans lequel le dieu lumineux gagne contre les ténèbres incarné par le dragon à l’équinoxe de printemps. Mais c’est l’inverse qui se produit à l’équinoxe d’automne. Le dragon prend le dessus durant la période sombre de l’année. Un système en parfait équilibre. Ne faire gagner que le dieu lumineux rend la structure bancale.

  • Les Aryas ont une certaine propension au dualisme, c’est pourquoi ils voient leurs héros comme des dieux, tandis que les divinités de leurs adversaires sont considérés comme des démons. Le Christianisme ne fera pas autre chose lorsqu’il démonisera les dieux des païens.

  • Visiblement, les nouveaux venus ont tenté de s’imposer par la force, mais c’est un échec, et ce n’est que par la ruse qu’ils finissent par prendre le pouvoir.

  • Si les peuples autochtones sont certes des ennemis mortels, les envahisseurs ne peuvent s’empêcher d’être admiratifs devant la sagesse, la force et la sainteté de leurs adversaires qui sont les représentants de la civilisation hautement développée de la vallée de l’Indus. Alors que les Aryas, les premiers envahisseurs indo-européens, sont des guerriers nomades, des pillards, qui rendent les voies commerciales des peuples de l’Indus peu sûres et qui étouffent petit à petit l’empire des riches marchands indusiens. Ce n’est pas une guerre de conquête avec des villes assiégées qui a eu lieu, mais un travail de sape qui a fait tomber les cités de l’Indus comme des fruits mûrs, après leur dépérissement graduel. Ce qui explique que les archéologues ne retrouvent pas de destructions à grande échelle, mais constatent au contraire un lent déclin des cités de l’Indus. Les Aryas étant trop peu nombreux pour mener de vastes opérations de conquêtes.

L’ÉMERGENCE D’UNE RELIGION MILLÉNAIRE

Il faut cependant noter qu’après la fusion des croyances des autochtones avec celle des nouveaux venus, une nouvelle religion se forme et deviendra avec le temps l’hindouisme. Or Indra perd son rôle prépondérant et devient au fil du temps un dieu mineur. Son sort ressemble à la destinée des Aryas qui se fondent dans l’immense masse des autochtones pour n’en devenir qu’une infime partie.

UN MYTHE HITTITE

Dans ce texte hittite[8], le héros, comme Indra, subit lui aussi une lourde défaite et ne vit plus que pour sa vengeance, quitte à sacrifier son fils. Il est étonnant de constater à travers ce récit que le dragon est ressenti comme un roi ayant pour fille une belle princesse et que ce n’est qu’au moment de l’affrontement qu’il prend un aspect horrible.

 Le Dieu de l'orage hittite, accompagné de Sarruma, tuant le dragon Illuyanka. Représentation sur calcaire néo-hittite (850-800 av. J.-C.) trouvée à Malatya. Musée des civilisations anatoliennes, Ankara.

Le Dieu de l’orage hittite, accompagné de Sarruma, tuant le dragon Illuyanka. Représentation sur calcaire néo-hittite (850-800 av. J.-C.) trouvée à Malatya. Musée des civilisations anatoliennes, Ankara. (Wikimedia Commons).

DES ENNEMIS IRRÉCONCILIABLES

Le dieu de l’orage et le dragon qui habite les profondeurs des eaux étaient ennemis de longue date, et ennemis acharnés, chacun s’imaginant être plus puissant que l’autre. Quand le dieu de l’orage faisait souffler et siffler ses vents, le dragon faisait rugir et gronder les vagues ; et si le dieu de l’orage envoyait la foudre et la pluie, le dragon à son tour déchainait la houle et l’inondation.

UN DIEU MEURTRI

Un jour leur inimitié dégénéra en violente querelle, et ils se mirent à se frapper et à se meurtrir à tel point que, à la fin, le dragon réussit à arracher le cœur et les yeux de son adversaire. Cela n’empêcha du reste pas le dieu de vivre : contrairement aux hommes les dieux peuvent en effet vivre sans cœur, mais cela lui porta sûrement un coup funeste et le laissa très déprimé.

Pendant longtemps le dieu de l’orage s’occupa à panser ses plaies et à ruminer sa vengeance, cherchant comment il pourrait ravoir ce que le monstre lui avait volé. Enfin l’occasion survint.

UN PLAN MACHIAVÉLIQUE

Le dieu de l’orage alla sur la terre et épousa la fille d’un humble paysan qui lui donna un fils. L’enfant étant devenu grand, de qui pensez-vous qu’il s’éprit, si ce n’est justement de la fille du dragon ? Pour celle-ci, bien entendu, son amoureux n’était qu’un simple mortel, ni elle ni sa famille ne soupçonnaient de qui il était le fils. Le dieu de l’orage, cependant, avait là une chance entre mille, et dès qu’il connut la chose, il résolut de la tourner à son avantage.

« Mon fils, dit-il, tu iras bientôt chez cette jeune fille pour la demander en mariage. Lorsque son père voudra savoir ce que tu désires comme cadeau de noces, réponds que tu veux le cœur et les yeux du dieu de l’orage. »

Le jeune homme fit ainsi qu’il lui était prescrit. Il demanda le cœur et les yeux qui lui furent aussitôt remis ; il revint chez lui et les donna à son père.

L’AFFRONTEMENT FINAL

Au bout de peu de temps, le dieu de l’orage avait complètement recouvré sa force et il descendit alors vers la mer pour se mesurer avec le dragon. Tonnant, fulminant, soufflant et tourbillonnant, il réussit cette fois à le maîtriser complètement. Mais pendant que la bataille faisait rage, voici que le fils du dieu était reçu dans la maison de son futur beau-père. Lorsqu’il entendit le bruit du combat et vit le dragon s’affaisser, il comprit alors, à sa consternation, qu’il avait été l’instrument de la vengeance de son père et que celui-ci l’avait entraîné à trahir son hôte, crime suprême. Son honneur et l’antique tradition demandait réparation de cette offense. Il fit alors monter sa voix vers le haut des cieux, appelant son père : « Père, dit-il, englobe-moi dans ta vengeance, ne m’épargne pas ! » Et le dieu de l’orage lui donna satisfaction, et, fulminant et tonnant, il vint tuer le dragon en même temps que son propre fils[10].

Les mêmes remarques que précédemment s’imposent.

LA GRÈCE ANTIQUE

ZEUS CONTRE TYPHON

Cet autre exemple met en scène Zeus le dieu du tonnerre et roi des dieux des Grecs qui se retrouve face à une créature engendrée par la Terre-Mère, déesse principale des autochtones.

LE COMBAT CONTRE LE DRAGON. Un exemple célèbre d'un combat contre un dragon. Zeus dardant son foudre sur Typhon, hydrie à figures noires, v. 550 av. J.-C., Collection des Antiquités, Munich.

Un exemple célèbre d’un combat contre un dragon. Zeus dardant son foudre sur Typhon, hydrie à figures noires, v. 550 av. J.-C., Collection des Antiquités, Munich. (Wikimedia Commons).

UN MONSTRE TERRIFIANT

Pour se venger de l’extermination des Géants, la Terre-Mère s’unit au Tartare et peu après, dans l’antre corycien en Cilicie, elle mit au monde son plus jeune fils, Typhon, le plus gigantesque monstre qui fût jamais. A partir des cuisses, il n’était que serpents, et ses bras, lorsqu’il les étendait, pouvaient atteindre à cent lieues dans n’importe quelle direction ; en outre, il avait d’innombrables têtes de serpents en guise de mains. Sa tête d’âne bestiale touchait les étoiles, ses larges ailes voilaient la lumière du soleil, ses yeux lançaient les flammes et les roches incandescentes jaillissaient de sa bouche.

UNE PEUR PANIQUE

Lorsqu’il se rua vers l’Olympe, les dieux pris de terreur s’enfuirent jusqu’en Égypte[11] où ils se dissimulèrent en prenant des formes animales : Zeus devint un bélier, Apollon un corbeau, Dionysos un bouc, Héra une génisse blanche, Artémis un chat, Aphrodite un poisson, Arès un sanglier, Hermès un ibis, etc.

LA CONTRE-ATTAQUE

Seule Athéna ne recule pas ; elle railla Zeus pour son manque de courage tant et si bien qu’ayant repris sa véritable apparence, il lança un trait de sa foudre contre Typhon et le poursuivit en le frappant avec sa faucille de silex dont il s’était servi pour châtrer son père Ouranos.

UNE TERRIBLE DÉFAITE

Blessé et hurlant, Typhon s’enfuit sur le mont Casius qui domine la Syrie du Nord et là ils luttèrent corps à corps. Typhon enroulé autour de lui ses myriades d’anneaux, le désarma, lui prit sa faucille et après lui avoir coupé les tendons de ses mains et des pieds, il le traîna dans l’antre corycien. Zeus était bien immortel mais pour le moment il était incapable de bouger le petit doigt ; Typhon avait caché les tendons dans une peau d’ours, sous la garde du monstre femelle à jambes de serpents, Delphyné[12].

La nouvelle de la défaite de Zeus répandit la consternation parmi les dieux, mais Hermès et Pan se rendirent en secret dans la grotte et là Pan fit peur à Delphyné en poussant un cri effroyable, tandis qu’Hermès s’emparait adroitement des tendons ; ils les remirent en place dans les membres de Zeus.

LE COMBAT ULTIME

Zeus revint dans l’Olympe et, sur un char traîné par des chevaux ailés, il poursuivit encore Typhon avec sa foudre. Typhon s’était rendu au mont Nysa où les trois Parques lui offrirent des fruits éphémères en lui promettant qu’ils lui feraient recouvrer ses forces alors qu’en réalité ils le condamnaient à une mort certaine. Il atteignit le mont Haemos en Thrace et, se saisissant des montagnes entières, il les lança contre Zeus qui, interposant les traits de sa foudre, les fit retomber sur le monstre, le blessant affreusement. Les torrents de sang qui jaillissaient de la blessure de Typhon donnèrent au mont Haemos son nom. Il s’enfuit vers la Sicile où Zeus mit fin à la poursuite et au combat en lançant sur lui le mont Etna qui crache encore des flammes jusqu’aujourd’hui[13].

Là encore subsiste à l’état de trace l’ancien système qui veut que le dieu et le dragon gagnent et perdent à tour de rôle.

LE MONDE CELTIQUE

Pas de textes. Cependant l’image du combat dans le ciel entre un dieu et un dragon est également connue des druides, observateurs attentifs des mouvements célestes. Car il y a bien dans l’iconographie gauloise tardive une créature serpentiforme, proche du dragon,  dont le haut du corps est celui d’un humain et le bas celui d’un serpent.

LE COMBAT CONTRE LE DRAGON. Tongres. Détail du groupe du cavalier aux géants anguipèdes (vue latérale gauche)

Tongres. Détail du groupe du cavalier aux géants anguipèdes (vue latérale gauche)[14]. (Cliché ACL. Bruxelles).

UN GÉANT AU CORPS DE SERPENT

Les spécialistes le nomment le géant anguipède puisque ses jambes sont des serpents. Le terme vient du latin anguis (« serpent ») et pes (« pied »), signifiant littéralement « aux pieds de serpent ». Si l’on suit le modèle Grec, ces êtres mi-humains mi-serpents sont les divinités des premiers habitants de la Gaule.

Ces monstres, mélange d’humain et de serpent, ne sont jamais représentés seuls. Ils composent un groupe sculptural composé d’un guerrier divin dont le cheval cabré foule un géant aux membres inférieurs en forme de serpents. D’où son nom : cavalier à l’anguipède.

Musée historique de Haguenau (Bas-Rhin) : groupe sculpté de Jupiter Taranis terrassant un monstre anguipède, découvert à Seltz en 1846. Grès IIe siècle.

Musée historique de Haguenau (Bas-Rhin) : groupe sculpté de Jupiter Taranis terrassant un monstre anguipède, découvert à Seltz en 1846. Grès IIe siècle. (Wikimedia Commons).

UN MONUMENT ÉNIGMATIQUE

Ces deux personnages se trouvent toujours au sommet d’une colonne d’une taille allant de trois à douze mètres pour les plus hautes. Un détail qui a son importance, ces piliers sont la plupart du temps couvert par ce que l’on peut appeler des écailles. Ces monuments gallo-romains se concentrent surtout dans le nord-est de la Gaule, en Rhénanie et en Belgique avec quelques rares exemplaires ailleurs en Gaule. Le cavalier est clairement identifié puisque les dédicaces sur les monuments donnent son nom : Jupiter. Certains détails pourtant le distinguent des représentations jupitériennes classiques . Le dieu romain n’est jamais représenté à cheval, or dans ce cas précis, Jupiter est figuré en cavalier militaire. Si dans la majorité des figurations, le Jupiter classique brandit un foudre dans sa main. Dans le cas du Jupiter à l’anguipède, certaines sculptures dévient de ce modèle et le dieu du ciel tient une roue, ce qui est d’habitude plutôt l’attribut du dieu gaulois Taranis[15].

UN SECRET BIEN GARDÉ

De nombreuses théories ont tentées d’expliquer ces étranges monuments. Par exemple, celle qui perçoit dans ces sculptures le combat des forces de lumière contre les puissances des ténèbres ou encore celle du dieu du ciel qui terrasse les forces souterraines (la nature ophidienne du géant soulignant son caractère chtonien). D’autres ont proposé d’y voir la victoire de la vie éternelle sur la mort ou plus prosaïquement le triomphe de Rome sur les barbares[16]. Tout cela est sans doute vrai, l’un n’excluant pas l’autre, mais il est possible d’avoir une lecture un peu différente de ces monuments déroutants. Pour déchiffrer ce message de pierre, il faut avoir recours, une fois de plus, à l’astronomie.

L’AXE DU MONDE

D’un point de vue astronomique, la colonne symbolise l’axe du monde[17] autour duquel s’enroule la constellation du Dragon. Parfois l’abstraction est poussée à l’extrême et dans ce cas, le dragon et l’arbre cosmique (ou la colonne) fusionnent et ne font plus qu’un. Cette identification de l’arbre/colonne avec le dragon est magnifiquement illustrée par les piliers qui soutiennent les figurations du cavalier à l’anguipède puisque ces colonnes sont souvent recouvertes d’écailles.

LE COMBAT CONTRE LE DRAGON. Colonne du cavalier aux anguipèdes du grand temple Nord de Tongres.

Colonne du cavalier aux anguipèdes du grand temple Nord de Tongres. Source : journals.openedition.org/gallia

LA RELIGION DES VAINQUEURS

La lecture mythologique est la même que dans les combats précédents. Le dieu de l’orage des envahisseurs indo-européen terrasse le dieu dragon des peuples autochtones sur le modèle du combat d’Indra et de Vritra en Inde ou de Zeus contre Typhon en Grèce. Luxe suprême, cet événement peut être daté vers 2300 av. J.-C. lorsque le Dragon céleste a perdu sa position centrale dans le ciel[18]. Le dieu de l’orage se bat contre le dragon pour la suprématie dans le ciel.

Colonne de Jupiter Taranis terrassant un géant anguipède datant du IIe siècle après J.-C.

Colonne de Jupiter Taranis terrassant un géant anguipède datant du IIe siècle après J.-C., découvert à Seltz (Bas-Rhin) en 1846 (Musée historique de Haguenau, Bas-Rhin).

Pour le plus grand malheur des Grands Prêtres des peuples autochtones, ce changement dans le ciel coïncidait avec l’arrivée de nouveaux venus qui ont imposés leurs propres dieux, en l’occurrence leur divinité principale, le dieu de l’orage. Ce dernier a été appelé par les différents peuples indo-européens, Indra, Zeus, Jupiter et en Gaule Taranis.

UN RÉCIT GALLOIS

Pourtant l’explication astronomique la plus complète de ce combat dans le ciel se trouve dans un récit gallois.

Dans le conte intitulé Peredur[19], le héros lors de ses pérégrinations doit accomplir plusieurs exploits. Ces épreuves ont un lien direct avec certaines constellations. Or cette quête du héros correspond à une errance sur la Voie lactée, le chemin des étoiles.

LA QUÊTE DU GRAAL

En cheminant sur la Voie lactée, le héros rencontre différents personnages qui ne sont en fait que des figurations des constellations. Peredur doit combattre certaines constellations, d’autres aident le héros à accomplir sa mission. Ce parcours dans le ciel correspond à la Quête du Graal puisque Peredur assiste à un moment-clé du récit au cortège qui met en scène un graal sous la forme d’une tête humaine décapitée.

Une image de Peredur accueilli par son deuxième oncle tandis qu’une lance ensanglantée et une tête coupée portées sur une salve d’argent défilent dans la salle.

Une image de Peredur accueilli par son deuxième oncle tandis qu’une lance ensanglantée et une tête coupée portées sur une salve d’argent défilent dans la salle. Tiré de l’édition de 1902 de The Mabinogion éditée par Owen Morgan Edwards, d’après la traduction originale de Charlotte Guest. (Wikimedia Commons).

Voir à ce propos les différents aspects du Graal, SAISON 2 ANNEXE 13 Le Graal

Inutilement de s’étendre sur le sujet puisque ce n’est que le dragon qui nous intéresse dans le cas présent.

Pourtant Peredur ne doit pas affronter un seul, mais deux dragons. Et les deux sont des figurations de la constellation du Dragon à des moments différents de l’Histoire humaine.

LA REINE DU CIEL

Au cours de sa quête Peredur rencontre un personnage important : l’Impératrice. Une figuration de la constellation de Cassiopée (Cassiopea). Cette dernière est représentée sur les anciennes cartes du ciel en tant que reine assise sur un trône.

LE COMBAT CONTRE LE DRAGON. Gravure tirée de l’ouvrage Historia imaginum caelestium, (1577).

Gravure tirée de l’ouvrage Historia imaginum caelestium, (1577). Bibliothèque nationale de France.

Peredur ne le sait pas encore, mais il règnera quatorze années avec cette souveraine. Mais auparavant, elle lui donne une pierre d’invisibilité qui permet au héros de vaincre l’Addanc.

LE SERPENT DU PILIER

L’addanc est considéré par les spécialistes comme un monstre, un serpent ou un dragon[20].

Voici les paroles de l’Impératrice :

« Je connais l’objet de ton voyage » dit-elle ; « tu vas te battre avec l’addanc. Il te tuera, non par vaillance, mais par ruse. Il y a sur le seuil de sa grotte, un pilier de pierre. Il voit tous ceux qui viennent sans être vu de personne, et, à l’abri du pilier, il les tue tous avec un dard empoisonné. Si tu me donnais ta parole de m’aimer plus qu’aucune autre femme au monde, je te ferais don d’une pierre qui te permettrait de le voir en entrant sans être vu de lui. » — « Je te la donne, par ma foi, » dit-il ; « aussitôt que je t’ai vue, je t’ai aimée. Et où irai-je te chercher ?  — « Tu me chercheras du côté de l’Inde. » Et elle disparut après avoir mis la pierre dans la main de Peredur[21].

Peredur poursuit sa route vers la grotte du terrible Addanc.

Et Peredur se dirigea vers la grotte. Il prit la pierre dans la main gauche, sa lance dans la main droite. En entrant, il aperçut l’addanc ; il le traversa d’un coup de lance et lui coupa la tête[22].

LE PILIER COSMIQUE

Le héros occis le dragon rapidement. C’est cependant l’identité du monstre qui prend toute son importance. C’est un détail presque anodin qui révèle le secret de ce dragon : le pilier.

Car le pilier et le dragon forment une association fameuse en astronomie. Il s’agit de la constellation du dragon qui s’enroule autour de l’axe terrestre, le pilier cosmique qui soutient la voûte céleste.

L’ARBRE DE VIE. L'axe terrestre pointe en direction de la constellation du Dragon. Ce qui donne l'impression que le Dragon s'enroule autour de cet axe.

L’axe terrestre pointe en direction de la constellation du Dragon. Ce qui donne l’impression que le Dragon s’enroule autour de cet axe. (Dessin JPS2023).

Cette image du serpent et de l’axe primordial se retrouve dans l’iconographie celtique. Puisqu’un exemple est signalé au Royaume Uni avec un ophidien[23] enroulé autour d’un pilier découvert à Lypiatt Park dans le Gloucestershire.

Pilier de Lypiatt Park orné  d’un serpent criocéphale (Gloucestershire, Royaume Uni).

Pilier de Lypiatt Park orné  d’un serpent criocéphale (Gloucestershire, Royaume Uni).

Il faut également évoquer un magnifique bas-relief[24] représentant le fameux serpent à tête de bélier qui est lui aussi est lové autour d’un pilier.

Pilier de Mavilly n°2, Serpent à tête de bélier lové autour d’un autel (Musée archéologique de Dijon, Côte d’or).

Pilier de Mavilly n°2, Serpent à tête de bélier lové autour d’un autel (Musée archéologique de Dijon, Côte d’or).

LE SERPENT DU TERTRE

Le héros continue sa route sur la Voie Lactée et doit affronter un second dragon. C’est le serpent noir du tertre douloureux.

Seigneur, voici : c’est en me battant avec le serpent noir du Carn. Il y a un monticule qu’on appelle Cruc Galarus (le Tertre Douloureux), et sur ce monticule il y a un carn, dans le carn un serpent, et dans la queue du serpent une pierre. La pierre a cette vertu que quiconque la tient dans une main peut avoir, dans l’autre, tout ce qu’il peut désirer d’or. C’est en me battant avec le serpent que j’ai perdu mon œil[25].

L’ÉTOILE DU DRAGON

Dans la queue de ce monstre, il y a une pierre magique qui ressemble étrangement à la pierre philosophale des alchimistes qui transforme les métaux vils en or. Or, il existe un petit détail dans le texte gallois qui permet de dater le récit. Nous avons vu dans le chapitre consacré au dragon céleste qu’aux alentours de 2700 av. J.-C., l’axe terrestre pointait en direction de l’étoile appelée alpha Draconis. Celle-ci se situait dans la queue de la constellation du Dragon.

LE SANCTUAIRE DES DRUIDES. Trajet de l’axe du pôle nord sur la voûte céleste sous l’effet du mouvement de la précession des équinoxes, à noter l’étoile polaire (Polaris) actuelle à la pointe de la queue de la Petite Ourse et l’étoile polaire vers 2700 av. J.-C. dans la queue de la constellation du Dragon (en rouge).

Trajet de l’axe du pôle nord sur la voûte céleste sous l’effet du mouvement de la précession des équinoxes, à noter l’étoile polaire (Polaris) actuelle à la pointe de la queue de la Petite Ourse et l’étoile polaire vers 2700 av. J.-C. dans la queue de la constellation du Dragon (en rouge). JPS2023.

Ce qui rappelle la fameuse scène du conte gallois Peredur, dans laquelle est décrit un serpent dont la queue contient une pierre précieuse. L’œuf de serpent des druides n’est pas loin.

Pour en savoir davantage, voir SAISON 3 ANNEXE 12 L’œuf de serpent des druides

LE DRAGON PRIMORDIAL

Ainsi si l’on suit le récit gallois, Peredur affronte par deux fois la constellation du Dragon. Cependant le Dragon en tant que serpent primordial peut prendre un aspect à la fois mâle et femelle. Car :

L’être primordial à partir de qui furent manifestées toutes choses au commencement, est typiquement ophidien, ce qui concerne aussi bien les aspects masculins que féminins de la bi-unité divine[26].

Ainsi le dragon du pilier met en avant l’aspect phallique du monstre. Le dragon est masculin.

Tandis que le dragon, qui couve l’étoile polaire comme un œuf, met met en avant le côté féminin et maternel du monstre.

L’AVENTURE DELPHIQUE

Dans la mythologie grecque ces deux dragons portent les noms de Python et de Delphyné. Dans le mythe d’Apollon, qui n’est qu’une variante de la Quête du Graal, le dieu doit affronter le serpent Python. Le chaudron entre les deux est l’équivalent de la coupe du Graal.

Apollon affrontant le serpent Python. Entre les deux, le chaudron à trois pieds symbole de Delphes, Statère, Crotone, Lucanie, vers 420 av. J.C.

Apollon affrontant le serpent Python. Entre les deux, le chaudron à trois pieds symbole de Delphes, Statère, Crotone, Lucanie, vers 420 av. J.C.

UNE TRADITION ANTIQUE

Sur une coupe à figure noire, Apollon affronte comme Peredur deux serpents lors de la prise du temple de Delphes. L’un est bien sûr le serpent au pilier, Python. Tandis que le deuxième serpent, qui ondule, est Delphyné, la compagne de Python qui couve comme un œuf, l’omphalos, la pierre centrale qui symbolise le centre du monde grec.

Coupe à figures noires : Apollon et Python, Peintre des Cavaliers, Céramique, vers 550-540 av J.-C., Musée du Louvre, Paris. © RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Hervé Lewandowski.

Cet omphalos est caché par un rideau, dans ce que l’on appelle l’adyton, le Saint des saints du temple de Delphes. Mais certaines pièces de monnaie montrent Delphyné qui couve la pierre/œuf.

LE SANCTUAIRE DES DRUIDES. Serpent barbu enroulé autour de l'omphalos de Delphes Monnaie en bronze de Pergame en Mysie, v. 133-16 avant notre ère.

Serpent barbu enroulé autour de l’omphalos de Delphes Monnaie en bronze de Pergame en Mysie, v. 133-16 avant notre ère.

Cette pierre mystérieuse est sans doute une « pierre tombée du ciel » , autrement dit une météorite.

Voir à ce propos les éléments indispensables qui composent un sanctuaire, SAISON 2 ANNEXE 24 Le sanctuaire des druides

Il y aurait beaucoup à dire sur cette coupe mettant en scène l’assaut final d’Apollon à Delphes, car indéniablement, sinon l’artiste, en tous cas les commanditaires de l’œuvre étaient des initiés à la Religion des Étoiles.

Voir SAISON 4 ÉPISODE 1 La Religion des Étoiles

LE TUEUR DE DRAGON CHRÉTIEN

Pour être tout à fait complet, il faut rappeler que le Christianisme n’est pas en reste et connait lui aussi des représentations de ce mythe du combat dans le ciel, notamment ces statues que l’on trouve dans maintes églises ou chapelles. Il s’agit le plus souvent de Saint-Michel ou de Saint Georges terrassant le dragon.

Brasparts : église Notre-dame-et-Saint-Tugen, statue de saint Michel terrassant le dragon.

Brasparts : église Notre-dame-et-Saint-Tugen, statue de saint Michel terrassant le dragon. (Wikimedia Commons).

Combat qui se situe toujours au sommet d’un pilier. Les dieux, les héros et les saints se battent avec le dragon pour une place au sommet de la hiérarchie céleste.

©JPS2025 (texte écrit en 2015, remanié en 2025)

[ACCUEIL]

Lors d’un agréable séjour à Beaune, j’ai saisi l’occasion pour lire un livre intitulé : Enquêtes sur la France mystérieuse, Les Éditions de l’Opportun, Paris, 2014 pp. 237-242, dans lequel l’auteur, David Galley, mentionne des ovnis sur une tapisserie de la collégiale Notre-Dame de Beaune. Le hasard a voulu, que nous logions, ma compagne et moi, dans un hôtel, presque en face de l’édifice religieux. L’occasion rêvée de vérifier ce genre d’information. Donc le lendemain, je voulais en avoir le cœur net. J’ai traversé la rue pour admirer les fameuses tapisseries. J’ai donc vu les objets que les ufologues prennent pour des soucoupes volantes et les historiens pour des chapeaux de cardinaux, symbole des généreux donateurs sans qui ces magnifiques tapisseries n’auraient pas vu le jour. Pourtant, ce qui a retenu mon attention dans ce lieu saint, ce ne sont pas des chapeaux volants non-identifiés, mais une représentation du combat dans le ciel d’une rare beauté. En effet, on peut admirer dans cette église romane du XIIème siècle, une grande colonne avec à son sommet un dragon terrassé par un St Michel triomphant. Ce sont donc en quelque sorte des « soucoupes volantes » qui m’ont indiqué la voie du dragon. D’ailleurs, à Beaune on peut emprunter au choix la rue du Paradis ou celle de l’Enfer.

Saint-Michel terrassant le dragon. Notre-Dame de Beaune.

Saint-Michel terrassant le dragon. Notre-Dame de Beaune. (Wikimedia Commons).

NOTES :

[1] La Bible de Jérusalem, Apocalypse de Jean XII, 7-9, Les Éditions du Cerf, Paris, 1998.

[2] L’Hydre de Lerne, dragon à neuf têtes tué par Héraclès.

[3] Entrelacé avec une autre constellation Ophiuchus, le Serpentaire.

[4] En fait le Dragon céleste a engendré une progéniture innombrable.

[5] Dont le nom est issu de l’arabe ras al gul, la tête de la Goule.

[6] « Les Voyants (Rishi-s) sont des êtres mystérieux en rapport avec l’origine de l’homme et l’origine de la connaissance. On les représente comme des sages de forme humaine, mais ils sont en réalité des puissances éternelles qui apparaissent de temps en temps, chaque fois qu’une nouvelle révélation est nécessaire ». Alain Daniélou, Mythes et Dieux de l’Inde, Flammarion, Paris, 1997, p.479.

[7] Félix Guirand, Joël Schmidt, Mythe & Mythologie, Larousse-Bordas, Paris, 1996, pp.409-410.

[8] Peuple de langue indo-européenne qui fonda une civilisation en Anatolie au IIème millénaire avant J.-C.

[10] Théodore H. Gaster, Les plus ancien contes de l’humanité, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2001, pp.164-166.

[11] Cette fuite permet d’expliquer le culte égyptien des dieux à forme animale. Zeus-Amon un bélier, Hermès-Thot un ibis etc.

[12] Dragon femelle. A Delphes le compagnon de Delphyné s’appelait Python et c’est Apollon le fils de Zeus qui tua le dragon pour s’emparer du sanctuaire. Apollon-Python, encore un combat entre les grecs nouveaux venus et les autochtones pour s’emparer du sanctuaire de la Déesse-Mère et instaurer une nouvelle religion. Il s’est passé exactement la même chose à Stonehenge, le temple du Dragon est devenu le sanctuaire de l’Apollon Hyperboréen.

[13] Robert Graves, Les mythes grecs, Hachette, Paris, 2000, pp.147-148.

[14]  La sculpture d’époque romaine dans le Nord, dans l’Est des Gaules et dans les régions avoisinantes, Responsabilité scientifique et édition Hélène Walter, Collection Annales Littéraires, Presses Universitaires Franc-Comtoise, Besançon, 2000, Jean Mertens, Interférences culturelles aux confins des provinces de la Germania Inferior et de la Belgica :Tongres et la sculpture provinciale au II e siècle,  Planche IX, Jean Mertens, p. 267.

[15] Taranis, dieu gaulois du ciel et de l’orage, dont le nom signifie « le Tonnant » se rapporte moins à la foudre qu’au roulement du tonnerre lors d’un orage.

[16] Cela pourrait également rappeler la victoire de Taranis, dieu des Celtes indo-européens sur le dieu serpent des autochtones.

[17] Rappelons que l’axe du monde est une variante de l’arbre cosmique qui soutient la voûte céleste.

[18] A cause de la précession des équinoxes le point qui indique le centre du ciel autour duquel tournent toutes les constellations est sorti de la constellation du Dragon. Alpha Draconis ne correspondait plus avec l’étoile polaire, le centre du monde.

[19] Peredur ab Evrawc, récit gallois daté du XIIIème siècle, Peredur, le personnage principal du conte, est l’équivalent du Perceval de Chrétien de Troyes, roman français du XIIème siècle (composé autour de 1182) et du Parzival de Wolfram von Eschenbach, roman allemand du début du XIIIème siècle (écrit entre 1200 et 1210)..

[20] Monstre, serpent ou dragon… Jean-Paul Persigout, Dictionnaire de mythologie celtique, Éditions Imago, Paris 2009, p.16.

[21] Les Mabinogions, Tome II, Traduction Joseph Loth, Slatkine Reprints, Genève, 2011, pp. 94-95.

[22] Les Mabinogions, Tome II, Traduction Joseph Loth, Slatkine Reprints, Genève, 2011, p. 96.

[23] Les spécialistes penchent pour la représentation d’un serpent à tête de bélier. Anne Ross, Pagan Celtic Britain, Cardinal Edition, London, 1974 p.187.

[24] Pilier de Mavilly n°2, Musée de Dijon.

[25] Les Mabinogions, Tome II, Traduction Joseph Loth, Slatkine Reprints, Genève, 2011, pp. 91-92.

[26]Ananda K. Coomaraswamy, La doctrine du sacrifice, Dervy, Paris, 1997, p.108.

 

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