(DRUIDES) PROPHÉTESSE
LES DIEUX DES DRUIDES TOME II CHAPITRE VII
La Dame de Vix n’est pas seulement une princesse, mais une reine. Elle ne fait pas seulement partie de l’aristocrate celtique, mais elle est une prêtresse susceptible de prédire l’avenir…
Suite du chapitre précédent, LES DIEUX DES DRUIDES TOME II CHAPITRE VI La tombe de Vix
UNE REINE ET UNE PROPHÉTESSE
Dans le chapitre précédent nous sommes arrivés à la conclusion que la Dame de Vix n’était pas seulement une femme de pouvoir, souveraine d’un peuple, mais également une prophétesse qui grâce à ses pouvoirs était considérée à l’égal d’une déesse. Un statut qui impose aussi certaines contraintes, comme ne pas être accessible au commun des mortels.

Une sépulture digne d’une reine. Source : herodote.net
UNE DIVINITÉ
Si la souveraine du Mont Lassois était considérée par ses contemporains grâce à ses dons prophétique comme l’égal d’une divinité. Alors cette aura divine devait lui conférer un mode de vie particulier, imposant un certain nombre de contraintes, comme celle ne pas apparaître en public. En Irlande, il était par exemple interdit au roi de parler avant ses druides ou de franchir la frontière de son pays.
APOLLON ET LE SERPENT SACRÉ
Ce don prophétique, mis au service de la communauté sous certaines conditions, rappelle l’oracle de Delphes puisque la Pythie n’était pas non plus directement accessible aux consultants venus de toute la Grèce. Delphes était le sanctuaire du serpent Python avant qu’Apollon ne tue l’ophidien sacré, animal emblématique de la déesse Terre. Après cette victoire, les habitants de la région abandonnèrent le culte qu’ils rendaient à Python et commencèrent à vénérer le dieu Apollon. Exemple type du remplacement d’un culte d’une déesse-mère tellurique par un dieu indo-européen.
Un résumé de ce mythe figure sur une monnaie de Crotone. Le dieu Apollon décroche une flèche vers le serpent Python, le gardien du sanctuaire de Delphes. Au milieu, l’enjeu de la confrontation, le trépied (une bassine posée sur trois pieds) sur lequel vaticinait la Pythie.

Apollon affrontant le serpent Python. Entre les deux, le chaudron à trois pieds symbole de Delphes, Statère, Crotone, Lucanie, vers 420 av. J.C.
LE CIEL ÉTOILÉ
Or, ce mythe est inscrit dans le ciel étoilé depuis la nuit des temps et ne demande qu’à être décryptée. Pour cela il suffit de consulter une carte du ciel. Les trois éléments se retrouvent sous la forme de trois constellations. Il s’agit du corbeau (Corvus), d’une coupe (Crater) et d’un serpent (Hydra), l’Hydre de Lerne.

Hydra, Corvus and Crater constellations in Johannes Hevelius Celestial Atlas.
Apollon (qui porte parfois le surnom de Kórax « corbeau »), sous l’apparence d’un corvidé, attaque le serpent (Hydra). Au centre, la Coupe ou bassine qui devient encore une fois l’enjeu de l’affrontement entre les deux adversaires. On peut noter que dans les profondeurs du ciel étoilé, c’est Delphyné, la compagne de Python qui mène le combat.
L’ŒUF DE SERPENT
Cependant, même lorsque le sanctuaire passe sous l’autorité d’Apollon, la prophétesse garde le nom de Pythie et devint l’interprète du nouveau dieu. Ce nom dérive de Python, le serpent gardien du sanctuaire qui est souvent représenté lové autour de l’omphalos.

L’œuf cosmique et le serpent entre palmier et murex. Le latin murex désignait dans l’Antiquité les mollusques gastéropodes dont on extrayait la pourpre. Monnaie de Tyr sous domination romaine, datant de l’époque d’Élagabal (vers 220-221 ap. J.-C. Source serpentarium mundi.org
Les druides n’auraient pas été insensibles à cette image d’un serpent qui s’enroule autour de l’œuf primordial et qui résume le mythe de l’œuf de serpent qui leur servait de cosmogonie.
Voir à ce propos SAISON 3 ANNEXE 12 L’œuf de serpent des druides
LE CENTRE DU MONDE
L’omphalos, la pierre divine qui marquait le centre de l’univers, était surmonté de deux aigles d’or et vêtu d’un filet orné de bijoux en forme de Gorgones.

Serpent barbu enroulé autour de l’omphalos de Delphes Monnaie en bronze de Pergame en Mysie, v. 133-16 avant notre ère.
Comme le démontrent ces deux monnaies, la pierre sacrée et l’œuf de serpent ne font qu’un.
LA PIERRE SACRÉE
Certains auteurs antiques font de l’omphalos le tombeau du serpent Python. D’autres tout aussi fiables en font le tombeau de Dionysos. L’un n’excluant pas l’autre puisque Zagreus/Dionysos est un serpent cornu. Absolument tout y est l’aigle et le serpent, symbole de l’union du ciel et de la terre, et surtout les têtes de Gorgones, d’anciennes divinités guerrières.
LA FONTAINE DU TEMPLE D’APOLLON
Dans l’adyton sourdait les eaux de la fontaine sacrée Cassotis (située au nord de la place du temple) amenée par une canalisation détruite par un tremblement de terre dès l’Antiquité. Cassotis était la fontaine des Muses. La source de la Douix sur le territoire de la Dame de Vix fournissait l’eau sacrée pour les rites entourant l’oracle du mont Lassois.

La source de la Douix à Chatillon-sur-Seine. Source : foucautalain9.wixsite.com
Ces fontaines de la Douix consacrées à la Vierge auraient remplacé un culte aux déesses honorées par les Gaulois. Des artefacts retrouvés prouvent que la source de la Douix était fréquentée depuis la nuit des temps.
Pégase était connu pour faire jaillir les sources d’un coup de sabot. Or, le torque de la tombe de Vix arbore un magnifique cheval ailé.

Le cheval ailé, détail du torque en or de Vix. Source : musee-vix.fr
Avant de prophétiser, la Pythie buvait l’eau sacrée dans une phiale, rappelons qu’un objet similaire fut retrouvé dans la tombe de la Dame de Vix.

Phiale en argent à ombilic d’or. Source : Joffroy René. La tombe de Vix (Côte-d’Or). In: Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, tome 48, fascicule 1, 1954. pp. 1-68.
LE TEMPLE DE DELPHES
La Pythie officiait dans le saint des saints, appelé adyton, dans lequel seuls la Pythie et les prêtres avaient accès. Cependant le temple était composé de plusieurs pièces. Dans la partie la plus éloignée de l’antre de la Pythie se situait le manteion le « lieu prophétique » puis le chestérion le « lieu de consultation » et pour finir l’adyton « interdit aux profanes »[1].

Ruines actuelles du temple d’Apollon à Delphes. (Wikimedia Commons).

Reconstitution du temple d’Apollon. Source : delphi.culture.gr
Voir tous les éléments indispensables à la composition un sanctuaire SAISON 2 ANNEXE 24 Le sanctuaire des druides
LA CONSULTATION DE LA PROPHÉTESSE
Velléda, une vierge prophétesse germanique, était également invisible au commun des mortels. Elle était considérée comme une déesse vivante, en communication constante avec les dieux. Les consultants n’étaient pas admis en sa présence, et la prophétesse rendait son jugement via un intermédiaire. A Delphes, le consultant n’était pas non plus en contact direct avec la Pythie. Il était assis dans l’oikos, un isoloir et ce sont des prêtres qui étaient chargés du consulter la Pythie en transmettant les questions puis en recueillant les réponses de la prophétesse. La Pythie était assise sur le trépied de l’adyton surplombant une simple fosse dans le sol. Pour être plus précis, la Pythie était assise sur le couvercle qui fermait la bassine appelée holmos.

La consultation de l’Oracle de Delphes. Krodos, Kylix à figures rouges, vers 430 – 440 av. J.-C., Altes Museum, Berlin, Allemagne. (Wikimedia Commons).
Ancienne monnaie grecque. 330-300 av. J.-C. Tête d’Apollon à gauche et trépied orné à droite. (Wikimedia Commons).
Dans le tumulus à Sainte-Colombe-sur-Seine (à 3 km de Vix) les archéologues ont retrouvé un bassin de bronze sur un trépied. L’objet d’origine étrusque est orné de quatre têtes de griffons.

Le lébès (bassin sur trépied) de Sainte-Colombe-sur-Seine décoré de quatre protomés de griffons. Avec des manchons à tête de canard et pieds en forme de pattes de lion, daté du milieu du VIe siècle av. J.-C. Musée du Pays Chatillonnais, Chatillon sur Seine, Côte d’Or, Bourgogne. Source : musee-vix.fr
Les griffons sont surtout représentés dans l’art scythe. Un peuple des steppes. Pour s’étendre ensuite vers d’autres cultures.
Pour en savoir davantage, voir LE GRIFFON
L’ANTRE DE LA PYTHIE
Une description de la consultation devient nécessaire.
Dans le sol de l’« antre »[2], entre les pattes du trépied prophétique, s’ouvrait un trou béant, d’où s’exhalait une vapeur inspiratrice issue des profondeurs de la terre, le fameux pneuma delphique, délicieusement parfumé parfois, mais qui pouvait devenir mortellement délétère lorsque le dieu était mécontent de sa prophétesse. Enveloppée, physiquement pénétrée par ces émanations, la Pythie, assise sur le trépied, perdait le contrôle d’elle-même : possédée par son dieu, ne se possédant plus, les cheveux épars, les yeux révulsés, l’écume à la bouche, elle proférait des sons incohérents que le prophète[3] transcrivait en langage intelligible et communiquait au consultant comme réponse à la question posée[4].
La scène est spectaculaire, pourtant les archéologues n’ont jamais trouvé une quelconque faille ou fissure permettant le passage d’émanations gazeuses intoxicantes. Cette fissure est pourtant mentionnée par les auteurs de l’Antiquité. De cette faille s’exhalait le pneuma chargé de pouvoir prophétique qui faisait entrer la Pythie dans un état de transe et qui la rendait réceptive à l’influence de la divinité.
La Pythie était assise sur un bassin, à défaut de fissure dans le sol, il est donc fort possible que ce soit celui-ci qui contenait un produit intoxicant.
LA PYTHIE DU MONT LASSOIS
Avec tous ces éléments, on peut avancer avec prudence une hypothèse sur l’utilisation du cratère de Vix. Tout comme le trépied de l’adyton qui servait de siège à la Pythie de Delphes. La souveraine du Mont-Lassois était assise sur le couvercle du cratère pour prophétiser. Un faisceau de preuves semble émerger, car Delphes, avant Apollon, était le sanctuaire de la déesse-mère sous forme de serpent. Or, la Dame de Vix se disait certainement descendante de Celtinè, la femme-serpent du mythe d’Héraklès. Elle officiait dans le sanctuaire du mont Lassois, et les consultants ne la voyaient sans doute pas. Le lien avec la prophétesse était assuré par l’intermédiaire d’un druide.
Le Mont Lassois, un sanctuaire dédié à un oracle en Gaule ?
LE TEMPLE DE LA PROPHÉTESSE
Sur le mont Lassois, les archéologues ont découvert un grand bâtiment à abside (partie en demi-cercle d’un édifice) de 500 mètres carrés. Cette forme arrondie a d’abord fait penser à une église, mais le bâtiment date bien de l’époque de la Dame de Vix. Les archéologues spéculent si cet édifice ne pourrait pas être le palais de la souveraine enterrée au pied du mont Lassois.

Palais de Vix. Relevé des poteaux du bâtiment public. (Wikimedia Commons).
Or pour les raisons précitées, on peut plutôt penser à un temple oraculaire. L’abside étant le saint des saints dans lequel la dynastie féminine du mont Lassois prophétisait l’avenir.
Le palais de Vix. Reconstitution du bâtiment public (musée du Pays châtillonnais). (Wikimedia Commons).
Il ne reste rien d’un éventuel plancher en bois ou d’une fosse qui communique avec le sol. Comme à Delphes. D’autant plus qu’en Gaule la construction était en bois. Ce qui laisse encore moins de traces au sol que le sanctuaire grec construit en pierres. L’abside contenait le sanctuaire et pouvait être séparé du reste du temple par un rideau ou une cloison en bois, ce qui le rendait invisible aux consultants qui cherchaient à connaître leur avenir ou l’issue d’une future bataille.
LA MAISON DE LA DIVINITÉ
Jusqu’à une époque récente, le plus grand bâtiment d’une cité est toujours consacré aux dieux. « La maison de dieu » est au centre du village et les habitations s’étendent autour. C’est toujours encore le cas avec les églises. C’est également le cas au mont Lassois puisque le grand bâtiment de 32 mètres de longueur sur 22 mètres de largeur et d’une hauteur restituée d’une quinzaine de mètres est flanqué d’une seconde construction plus modeste (22 x 15 m) qui est sans doute le palais tant recherché de la Dame de Vix. L’église et le presbytère en quelque sorte.

Restitution graphique de l’ensemble palatial du plateau Saint-Marcel. © Klaus Rothe, PCR « Vix et son environnement ». Source : musee-vix.fr
LE COUVERCLE DU CRATÈRE DE VIX
Un autre détail d’importance, le couvercle du cratère est composé de trous pour permettre de filtrer le vin. Et si à l’inverse, ces trous permettaient à des vapeurs hallucinogènes d’intoxiquer la prophétesse et de la projeter dans une ivresse extatique ?

Couvercle du Cratère de Vix. Source : musee-vix.fr
Comme à Delphes, il faut peut-être imaginer la prêtresse du mont Lassois assise sur le bord du cratère, inhalant de la fumée de chanvre, les yeux révulsés, la tête rejetée en arrière en train de prophétiser dans un délire mystique le destin des armées en marche.
LES CAVALIERS DES STEPPES
Les Scythes des bords de la Volga cultivaient le cannabis (Cannabis sativa) il y a 3000 ans. Plante hallucinogène appelé également chanvre.
Or les Celtes ont été en contact avec les Cimmériens, les premiers nomades des steppes européennes du IXème au VIIème siècle av. J.-C. chassés de leur aire d’origine par les Scythes.

Un relief assyrien représentant des guerriers à cheval cimmériens. (Wikimedia Commons).
Ce contact a été l’élément déclencheur de la révolution hallstattienne. Un nouveau peuple arrive en Europe, avec un nouvel harnachement et des chevaux plus grand. Apportant avec eux un aspect guerrier et héroïque de la société. Ils portent également des épées plus grandes. Après leur mort, ils sont inhumés dans des tombes en forme de tumulus au lieu des incinérations pratiquées jusque-là et éventuellement ont-ils apporté avec eux l’utilisation du chanvre comme stupéfiant. Voilà les éléments qui ont changé le monde celte lors du premier âge de fer[5]. Or des restes de tissus en chanvre ont été retrouvés dans la tombe celte du prince de Hochdorf en Allemagne. Les faits sont là, l’influence n’est pas venue uniquement d’Étrurie et de Grèce, mais bien avant par des peuples des steppes orientales.

Le tumulus de Hochdorf. (Wikimedia Commons).
Les Celtes de l’Âge du bronze ont pratiqué des inhumations sous tumulus puis la mode des incinérations venus du monde méditerrannée s’est imposée. Sous l’influence des Cimmériens, ce retour à l’inhumation sous un tumulus a dû être vécu par les Celtes comme un retour aux sources de l’antique tradition.
Pour en apprendre davantage voir, SAISON 1 ANNEXE 13 Histoire des Celtes
PEUPLES DE STEPPES ET CANNABIS
Les Scythes jetaient les graines et les feuilles sur les pierres chaudes de leurs bains de vapeur, produisant ainsi une fumée enivrante. À Pazyryk, dans une sépulture des nomades de l’Altaï, les archéologues russes ont retrouvé des petits chaudrons de bronze qui contenaient des graines de chanvre carbonisées, et ils étaient encore surmontés des baguettes qui soutenaient la tente miniature en feutre retenant la fumée pour une meilleure inhalation[6].

Cavalier, Pazyryk, env. 400 av. J.-C. (Wikimedia Commons).
Si les Celtes n’inhalaient pas le chanvre sous forme de fumée, une boisson ne peut toutefois pas être exclue. Car dans l’ancienne Thèbes, le chanvre était transformé en un breuvage aux effets proche de ceux de l’opium[7]. Le Cannabis livre un fruit comestible, une fibre textile, une huile, des médicaments et un stupéfiant.

Planche botanique de Cannabis sativa. (Wikimedia Commons).
Des analyses génétiques faites en 2018 ont permis de distinguer trois sous-espèces : le Chanvre industriel (Cannabis sativa subsp. sativa) qui a une utilisation commerciale et industrielle en tant que « chanvre », le Chanvre indien (Cannabis sativa subsp. indica ) connu pour ses effets psychotropes et le Chanvre sauvage (Cannabis sativa subsp. Ruderalis)[8].
LES PLANTES HALLUCINOGÈNES DE L’ANTIQUITÉ
Cependant les plantes à potentiel hallucinogènes ne manquent pas en Europe et dans la steppe asiatique proche. On pourrait citer la belladone (atropa belladonna), la jusquiame blanche et noire (Hyoscyamus albus ou niger), la mandragore (Mandragora officinarum) qui sont tous des ingrédients des boissons et onguents des sorcières du Moyen-âge, ainsi que les champignons Amanite-tue-mouches (Amanita muscaria) et le Psilocybe lancéolé (Psilocybe semilanceata). Amanite est peut-être un ingrédient du mystérieux Soma des mythes indiens.
Pour en apprendre davantage, voir SAISON 2 ANNEXE 3 La Quête de l’immortalité
Richard Evans Schultes et Albert Hofmann, auteurs de l’ouvrage Les plantes des dieux avancent l’idée que les prêtresses de l’oracle de Delphes prononçaient leurs prophéties sous l’influence de la fumée de graines de jusquiame. L’utilisation de toutes ces plantes psychotropes demandent une initiation pour une utilisation dans la cadre d’une pratique religieuse.
Cependant l’initié pouvait allègrement puiser dans cette pharmacopée hallucinogène.
La vérité nous restera peut-être pour toujours dissimulée par les volutes de fumée. À moins de retrouver des graines de chanvre carbonisées dans un chaudron lors de futures fouilles. L’espoir est permis, car lors de fouilles modernes, toutes les matières organiques sont prises en compte. Ce qui n’était pas forcément le cas lors de la découverte de la tombe de Vix. Seulement c’était sans doute une occasion unique de retrouver la sépulture de la Pythie des Gaules.
UNE VIERGE GUERRIÈRE
Une autre caractéristique concernant la Pythie pourrait être transposée dans le monde celte. La prophétesse qui officiait dans le sanctuaire de Delphes se devait d’être chaste ou même vierge. Peut-être était-ce le cas de la Dame de Vix. Delphes semble provenir des mots delphús la « matrice » et de *delphô « être enceinte », des mots qui évoque la maternité. Or, si un dieu très voyant est aveugle ou borgne, il est évident que la déesse liée à la maternité ne peut-être que vierge ou tout au moins chaste.
Au début du sanctuaire de Delphes les Pythies étaient vierges. Suite à un viol, elles étaient choisies parmi des femmes d’un âge canonique qui devaient rester chaste le reste de leur vie. La Dame de Vix était-elle une vierge guerrière ?
Ou tout au moins vivre dans la chasteté absolue en tant qu’épouse des dieux ?
Dans le cas de Dame de Vix, le sens du mot est à relativiser, la vierge est une femme qui ne dépend pas d’un homme. Il n’est pas question d’une virginité physique, mais d’un état de conscience. Le mot français « vierge » provient du latin virgo dont la racine indo-européenne exprime nettement une idée de force et de puissance[9].
Il faudrait affiner les tests ADN de la lignée du mont Lassois pour vérifier si les femmes des autres tombes retrouvées sont des parentes, filles ou nièces de la Dame.
UN ORACLE GAULOIS
Que la souveraine de Vix fût une prophétesse ne doit pas nous surprendre, car ces femmes étonnantes existaient dans le monde celtique et l’on venait de loin pour les consulter comme le prouve un texte de Pomponius Mela.
Séna[10], dans la mer Britannique, en face du littoral des Ossismiens[11], est célèbre par l’oracle d’une divinité gauloise dont les prêtresses, consacrées par une virginité perpétuelle, sont, dit-on, au nombre de neuf ; on les appelle Gallizènes (Gallizena)et on les croit douées du pouvoir singulier de soulever les mers et les vents par des formules magiques, de se métamorphoser à volonté en n’importe quel être animé[12], de guérir des maux qui, pour d’autres, sont incurables, de connaître et de prédire l’avenir ; mais ce sont des dons qu’elles réservent aux navigateurs, à ceux mêmes qui se sont mis en route dans la seule intention de les consulter[13].
Ce sont des femmes puissantes qui grâce à leurs dons peuvent déchaîner des tempêtes ou comme la magicienne Circé présentée dans l’Odyssée d’Homère capable de métamorphoser les compagnons d’Ulysse en animaux.

Ulysse distribuant l’antidote à ses hommes changés en animaux, détail d’une coupe, vers 560-550 av. J.-C. (Wikimedia Commons).
Et de prédire l’avenir bien sûr.
UNE FEMME-SERPENT
Il nous reste un des derniers éléments à explorer, et non des moindres : le thème du serpent. Car les ancêtres mythiques de la Dame de Vix sont des femmes-serpentes, des Mélusines, Pyrène par allusion et Celtinè par omission,
Voir également le chapitre précédent LES DIEUX DES DRUIDES TOME II CHAPITRE VI La tombe de Vix
Or dans le légendaire des Hautes-Pyrénées, on peut retrouver une de ces femmes extraordinaires :
Une dame des eaux, une draga[14], qui était, comme ses congénères, dame-oiseau[15], épousa un héritier de la maison d’Abadie. Leur union ne fut pas heureuse et la dame s’en retourna dans son univers mystérieux ; toutefois elle revint une fois pour prédire à ses enfants que de leur lignée sortirait un jour un héros qui deviendrait roi[16].
Le thème est mélusinien, une dragonne liée aux eaux, épouse un noble, elle disparait ensuite non sans avoir prophétisé une illustre descendance. Il y a mieux :
En Ariège, les hadas, c’est-à-dire les fées, qu’on appelle aussi dragas (les dragonnes) avaient des pattes d’oies[17] et prédisaient soit le temps qu’il allait faire, soit, en cas de guerre, la victoire ou la défaite[18].
Encore des magiciennes capables de prédire la destinée des troupes en marche, et de façon accessoire la météo.
UNE FEMME-SERPENTE AILÉE
Tout y est : une dame des eaux, or la prêtresse de Vix était liée aux eaux et aux sources avec sa phiale en argent et les autres récipients qui ont garni sa tombe. Une dragonne qui est aussi une dame-oiseau. Mélusine ou la Gorgone du cratère de Vix sont des femmes-serpentes ailées. Et même le don de prophétie de la dame concernant l’issue d’une guerre ou le destin de la lignée.

Vue d’ensemble de la Gorgone du vase de Vix. Les anses forment les ailes de la Gorgone. Source : musee-vix.fr
On pourrait dire que la dame de Vix se considérait comme une de ces créatures divines ou tout au moins prétendait en être une descendante. Mais, il y a plus intéressant, Pyrène devait être une de ces dragas pyrénéenne puisqu’elle donne naissance à un serpent, tout comme Celtinè qui devait donner naissance à la lignée des Celtes. Le même schéma mythique se répète de pays en pays. En fait, Héraklès rencontre la même femme-serpent dans tous les pays traversés lors du rapt du bétail du triple Géryon ; Pyrène dans les Pyrénées, Celtinè en Gaule et Échidna en Scythie.

Représentation d’Échidna dans les Jardins de Bomarzo, XVIe siècle. (Wikimedia Commons).
UN ADVERSAIRE TRIPLE
De même Héraklès a tué un seul et même personnage triple tout au long de son périple ouest-européen. Seuls les noms changent : Géryon en Espagne et Tauriscus en Gaule. Auxquels il faudrait ajouter Cacus en Italie. Cacus, fils d’Héphaïstos et de Méduse, était un berger hideux à trois têtes et aux proportions gigantesques[19].

Héraklès affrontant le triple Géryon, amphore à figures noires, signée par Exékias, potier, 550-540 av. J.-C., trouvée à Vulci, Musée du Louvre.
Géryon semble avoir été lui-même un triple taureau[20].
Donc le triple sacrifice du taureau sur le chaudron de Gundestrup semble être logiquement effectué par Héraklès ou plutôt l’Héraklès celtique, ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

Plaque du triple sacrifice du taureau. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.
L’Héraklès gaulois, le triple adversaire, appelé Tauriscus en Gaule et la déesse-serpent sont des divinités majeures du druidisme.
Pour en apprendre davantage voir SAISON 2 ÉPISODE 4 Géryon Orion et Tauriscus
LA DÉESSE DE LA GUERRE
Il reste un dernier point à établir pour être complet : le lien entre la Dame de Vix et Athéna (ou l’équivalent celtique de la déesse). Car elles sont toute deux liés aux Gorgones, puisque sur le bouclier de la déesse figure l’effigie de Méduse et sur le cratère de Vix figurent bien sûr deux magnifiques Gorgones. Ensuite Athéna, en tant que déesse de la guerre, apparaît également sur le cratère de Vix sous forme d’une statuette qui domine une armée en marche. La souveraine du mont Lassois devait être, elle aussi, conduire et protéger les combattant qui partent en guerre.

Couvercle du cratère de Vix avec la statuette d’une déesse ou d’une prêtresse. Source : musee-vix.fr
LA MÈRE D’UN SERPENT
Mais un des points les plus intéressants est qu’Athéna comme Pyrène donne naissance à un serpent.
Apparemment, lui dit Apollonius, vous pensiez que Minerve[21], étant vierge, n’avait jamais enfanté ; vous ne savez pas, à ce qu’il paraît, que cette déesse enfanta autrefois aux Athéniens un dragon[22].
Le texte de Philostrate est clair, Athéna engendra un dragon aux athéniens. Pourtant l’histoire officielle est beaucoup plus compliquée que cela. Parce que pour les Athéniens, la déesse Athéna, leur divinité principale, doit absolument rester vierge[23]. Ainsi dans le mythe athénien, le dieu forgeron Héphaïstos, voyant Athéna si belle, souhaita s’unir à elle. La déesse se défendit et repoussa le dieu, celui-ci fort excité éjacula et son sperme tomba sur la jambe d’Athéna. Dégoutée, celle-ci essuya la semence du dieu avec de la laine, et la jeta par terre. De la Terre (Gaïa) ainsi fécondée naquit Érichthonios. Cependant ce dernier a toutefois une physionomie particulière.

Coupe attique à figures rouges (kylix). Personnages représentés : Cécrops, Gaia / Ge, sortant de terre, donne le bébé Érichthonios à Athéna, Héphaistos, Herse, Athènes – Peintre de Codros, env. 440-435 av. J.-C. – Trouvé à Tarquinia – Altes Museum Berlin. (Wikimedia Commons).
LA VIERGE ET LE SERPENT
La vertu de la déesse de la guerre est sauve. Gaïa confie l’enfant à Athéna qui le recueille et l’élève, une légende qui permet d’affilier les Athéniens à Athéna, sans qu’elle perde son précieux statut de déesse vierge.
Pourtant Athéna se comporte en mère et allaite Érichthonios. Elle enferme l’enfant dans une corbeille qu’elle confie aux filles de Cécrops avec l’ordre de ne pas l’ouvrir. Poussées par la curiosité celles-ci soulèvent le couvercle pour découvrir terrifiées l’enfant entouré par deux serpents. On dit aussi que c’est l’enfants même qui avait le bas corps en forme de queue de serpent.
Tu vois ce que je suis ; je vais t’apprendre ce que je fus. Ma fidélité m’a perdue, et je lui dois tout mon malheur. Minerve [Athéna] voulant dérober aux yeux des mortels Érichthon, cet enfant né sans mère, le renferma dans une corbeille d’osier, qu’elle confia, en leur défendant de l’ouvrir, aux trois filles du double Cécrops. Cachée sous l’épais feuillage d’un ormeau, j’observais les trois princesses. Hersé et Pandrose se conformaient aux ordres de la déesse ; mais Aglauros, les raillant sur leur timide obéissance, défit les liens qui fermaient la corbeille, l’ouvrit, et fit voir à ses sœurs un enfant aux pieds de dragon[24].

Jasper van der Lanen : Les Filles de Cécrops délivrent Érichthonios (1620), collection privée. (Wikimedia Commons).
Ou encore que la corbeille contenait le serpent qui se réfugia par la suite derrière le bouclier de la déesse, pour devenir un de ses emblèmes.

Athéna. La statue a été découverte en morceaux en 1627, sur le Champ de Mars (près de Santa Maria sopra Minerva). Elle représentait probablement Hygie mais fut restaurée par l’Algarde comme une Athéna, sur demande de son protecteur, le cardinal Ludovisi. Parties originales (torse, bas du corps et serpent) en marbre, éléments restaurés (principalement la tête et l’égide) en marbre de Carrare. (Wikimedia Commons).
Quant aux jeunes filles imprudentes, elles se suicidèrent en se jetant du haut des murs de l’Acropole[25].

Jordaens : Les Filles de Cécrops découvrant l’enfant Érichthonios (1617), Anvers. (Wikimedia Commons).
Ainsi le fils d’Athéna est le roi d’Athènes et ancêtre des Athéniens, tout comme le fils de Celtinè est l’ancêtre des Celtes.
Étrange épisode qui suscite quelques commentaires.
LE FILS DE LA DÉESSE
On peut remarquer que le thème du serpent est omniprésent puisque Cécrops, le premier roi d’Athènes, possède également une physionomie étonnante puisque le haut du corps était humain, mais le bas celui d’un serpent.

Le roi Cécrops – Kylix attique à figures rouges – v.440 av. JC – Antikensammlung Berlin. (Wikimedia Commons).
Ces mythes indiquent que les anciens athéniens, ceux d’avant l’arrivée des grecs indo-européens, étaient de fervents partisans du culte des dieux serpents.
Héraklès est entouré, lui aussi, dans son berceau par deux serpents, mais il est un héros indo-européen et il les tue.
Hercule étouffant les serpents, Villa Vetii (Pompei). Source : mythologica.fr
Le héros indo-européen a horreur des reptiles, ceux-ci ne sont bon qu’à être occis dans les plus brefs délais. Ils en tirent d’ailleurs une gloire immortelle. Les exemples sont nombreux : Zeus contre Typhon ou Apollon contre Python pour ne citer que les plus importants dans le domaine grec. Ces reptiles sont bien sûr les anciennes divinités des autochtones, car nés de la Terre. Il semble bien qu’Athéna, déesse grecque, ait récupérée certains éléments d’une déesse-serpent antérieure. Les autochtones étant très nombreux, les Grecs, les nouveaux maîtres, n’ont pas pu effacer entièrement le souvenir de cette ancienne divinité de la mémoire du peuple soumis.
CÉCROPS
Il est quand même fort curieux que les filles de Cécrops soient terrifiées au point de se suicider à la vue d’un être mi-humain mi-ophidien. Puisque Cécrops, leur propre père, est lui aussi à moitié humain à moitié serpent.

Relief argileux mélien, vers 460 av. J.-C. Gaïa offre Érichthonios à Athéna. À droite, Cécrops. (Wikimedia Commons).
Les agriculteurs autochtones du néolithique vénéraient le serpent qui protégeait les greniers à blé du fléau des rongeurs. Vecteurs de maladies de surcroit. Tandis que le serpent effrayait les chevaux et bovins des éleveurs Indo-européens.
LES EMBLÈMES DE LA DÉESSE
Les Gorgones immortelles du cratère de Vix sont entourées par deux serpents qui se dressent menaçants.

La gorgone de Vix, ailée et aux jambes serpentiformes, vue de ¾. Source : musee-vix.fr
Sur le bouclier d’Athéna figure le Gorgonéion, la tête d’une Gorgone, généralement Méduse, toujours de face. Méduse, la Gorgone mortelle, dont les cheveux sont des serpents.

Athéna en armes, vêtue de l’égide. Sur le bouclier, le Gorgonéion. Musée du Louvre.
POISONS ET REMÈDES
Athéna fit don à Érichthonios de deux gouttes de sang de la Gorgone Méduse. L’une provenant de la veine droite avait la capacité de tuer, tandis que la goutte tirée de la veine gauche avait le don précieux de ressusciter. À chaque dieu correspond un animal et à chaque animal correspond un végétal, à chaque végétal correspond un minéral. Par exemple la Gorgone correspond à la vipère (veine droite) et à la couleuvre (veine gauche) ; Ces deux serpents sont les symboles de la vie et de la mort. Il faudrait retrouver les plantes qui correspondent à ces serpents pour trouver la plante de la vie et celle de la mort. Sachant qu’un remède à forte dose est un poison et un poison à faible dose devient un remède. Tout est une question de dosage. Et puis l’étape suivante, ce sont les minéraux…qui symbolisent l’éternité.
LA DÉESSE-SERPENT
Athéna a remplacé une ancienne déesse-serpent, beaucoup d’éléments qui l’entourent ont un rapport avec le serpent. Le bouclier déjà cité, avec en son centre une tête de Gorgone dont les cheveux sont des ophidiens. Ensuite le serpent, son fils Érichthonios, qui se tient dressé derrière son bouclier[26].

Athéna Varvakeion, considérée comme la copie la plus fidèle d’Athéna Partenos, la célèbre statue chrysoéléphantine de 12 mètres (en or et ivoire) réalisée par Phidias, située à l’intérieur du Parthénon. Musée archéologique national d’Athènes, Grèce. (Wikimedia Commons).
Athéna porte un autre accessoire lié aux ophidiens, l’égide, sorte de cuirasse ornée de serpents et formée à partir d’une peau écailleuse. Athéna peut être identifiée à une ancienne déesse-serpent.
LES GORGONES
Les deux Gorgone qui ornent le cratère de Vix sont les deux sœurs immortelles de Méduse. Leurs jambes sont des serpents, elles sont gardées par des ophidiens menaçants et détail révélateur, elles portent une cuirasse écailleuse.

Détail d’une des Gorgones qui décorent les anses du cratère découvert dans la tombe de Vix. Ve siècle av. J.-C. Source : agefotostock
On peut ainsi dire que les Celtes sont restés à un état antérieur de l’ancienne religion. Les horribles Gorgones sont leurs déesses guerrières, alors que les Grecs les ont remplacées par une déesse plus présentable, Athéna. Comme souvent les dieux grecs sont des usurpateurs. Apollon a tué Python. Athéna a remplacé une déesse-serpent. Et cette déesse n’est autre que la Gorgone. Athéna se pare, pour ainsi dire, de la dépouille de l’ancienne déesse-serpent. La tête comme trophée sur le bouclier ensuite l’égide qu’elle revêt et qui n’est finalement que la peau de serpent de l’ancienne divinité.
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Athéna portant l’égide frangée de serpents, hydrie attique à figures noires, v. 540 av. J.-C., Cabinet des médailles de la BNF. (Wikimedia Commons).
LE TEMPLE DU SERPENT
Tous ces détails sont communs aux deux divinités, mais ce n’est pas tout. Car un vrai serpent sacré habitait le temple de la déesse Athéna sur l’Acropole.
Les Athéniens disent qu’il y a dans le temple de la citadelle un grand serpent qui est le gardien et le protecteur de la forteresse ; et, comme s’il existait réellement, ils lui présentent tous les mois des gâteaux au miel. Jusqu’à cette époque, les gâteaux avaient toujours été consommés ; mais alors ils restèrent sans qu’on y eût touché. La prêtresse l’ayant publié, les Athéniens se hâtèrent d’autant plus de sortir de la ville, que la déesse abandonnait aussi la citadelle[27].
L’action se déroule lors de l’invasion de la Grèce par l’armée perse, les gâteaux cessent d’être consommés par l’ophidien, signal de l’abandon de la cité par la déesse. Dans ce cas précis l’identification entre la déesse et le serpent ne peut être mise en doute. Cette présence d’un ophidien dans le temple rappelle un autre sanctuaire du serpent : Delphes et le serpent Python.
[…] où un dragon à la peau tachetée, aux yeux sanglants, comme un gardien couvert d’une armure d’airain, monstre enfanté par la Terre, veillait à l’ombre d’un laurier touffu[28], sur l’oracle souterrain. Encore enfant, encore dans les bras de ta mère, tu le tuas, ô Apollon, et tu t’emparas des oracles divins : tu sièges sur le trépied d’or, trône d’où jamais ne sort le mensonge, et tu dévoiles aux mortels tes oracles qui partent des entrailles du sol ; ton sanctuaire, voisin de la fontaine Castalie, est situé au centre de la terre[29].
Le serpent Python est un être mythique, mais on peut se demander si, à l’instar du sanctuaire d’Athéna sur l’Acropole, le temple de Delphes n’abritait pas un vrai serpent.

Coupe à figures noires : Apollon et Python. À noter la Gorgone sur le bouclier. Peintre des Cavaliers, Céramique, vers 550-540 av J.-C., Musée du Louvre, Paris. © RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Hervé Lewandowski.
Sur cette coupe figure un vrai serpent lové autour d’un pilier. Il s’agit de Python. Or, il y a un deuxième serpent : Delphyné, la compagne de Python. Cette dernière prend l’apparence dans le ciel étoilé de l’Hydre, un serpent d’eau. C’est pourquoi le corps de Delphyné ondule comme une suite de vagues.
LE CULTE DU SERPENT
Dans les temps anciens, le culte d’un serpent sacré, n’était pas une chose rare. Alexandre le Grand lors de sa conquête de l’Inde pût admirer une telle merveille.
Le célèbre Alexandre, après s’être rendu maître de la Perse, s’être emparé de Babylone, et avoir fait Darius prisonnier, poussa jusqu’aux Indes, où jusqu’alors nulle autre armée étrangère, d’après ce que disent les Indiens, n’avait pénétré, à l’exception de celle de Bacchus. Porrus et Taxile, Rois de cette contrée, prirent les armes. Porus fut fait prisonnier, et Taxile rechercha la bienveillance d’Alexandre. Il lui fit parcourir toutes les merveilles de l’Inde. Il lui fit admirer la grandeur des fleuves, la variété des oiseaux, les parfums des plantes, et tout ce qui pouvait piquer la curiosité d’un Grec. Entre autres choses prodigieuses, il lui montra un animal d’une grandeur au-dessus de toutes les proportions de la nature, que les Indiens regardaient comme la représentation de Bacchus[30], et auquel ils offraient des sacrifices. C’était un dragon d’une longueur et d’une grosseur monstrueuse. On le nourrissait dans un lieu creux, profond, et entouré de murailles qui dominaient toutes les hauteurs d’alentour. Il absorbait les troupeaux de l’Inde. On lui amenait des bœufs et des moutons à manger, plutôt comme à un tyran que comme à un Dieu[31].
Ce qui est intéressant dans ce texte est la mention d’une fosse dans laquelle se trouve le serpent.
Pour dévorer des animaux de cette taille, il s’agissait certainement d’un python de grande taille.
Ces grands serpents sont renommés pour la taille spectaculaire de certaines de leurs proies : l’anaconda (Eunectes murinus) du bassin de l’Amazone — qui peut approcher exceptionnellement une dizaine de mètres, mais dont la taille moyenne est de 6 mètres pour un diamètre de 0.27 m (circonférence de 0.85 m) — s’attaque au cabiai, rongeur géant de 30 kg. Les plus grands Pythoninés dépassent les 100 kg et avalent porc et chèvres. La plus grosse proie décrite fut un impala de 59 kg avalé par un python de Seba (P. sebae)[32].
LE HÉROS ET LE SERPENT
Il faut dire qu’Alexandre le Grand à lui-même un lien avec le serpent puisqu’une légende concernant sa conception fait de lui le fils de Zeus, celui-ci s’unit à la mère du conquérant sous la forme d’un serpent. Philippe II de Macédoine, le père officiel d’Alexandre perdit un œil en observant par le trou de la porte, le dieu s’accoupler avec sa propre femme Olympias. Philippe, comme Raymondin, brise un tabou en observant ce qu’un mortel ne devrait pas voir, la vraie nature des dieux.
Philippe envoya consulter l’oracle de Delphes après le songe qu’il avait eu, lui rapporta un ordre du dieu de sacrifier à Jupiter Ammon et de rendre à ce dieu des honneurs particuliers. On ajoute qu’il perdit un de ses yeux, celui qu’il avait mis au trou de la porte d’où il avait vu Jupiter couché auprès de sa femme, sous la forme d’un serpent[33].
LA FOSSE AU SERPENT
Dans l’adyton de Delphes, la Pythie de Delphes assise sur son trépied, prophétisait au-dessus d’une fosse remplie de terre. Était-ce le repaire de Python, le fils de Gaïa (la Terre) ?
Les mythes peuvent être projetés dans la réalité. Y avait-il un vrai serpent dans cette fosse ?
Projetons-nous sur le mont Lassois, la Dame de Vix étant la Pythie gauloise. Autrement dit, l’oracle du sanctuaire du serpent sacré, puisque cette femme celte s’identifiait à Athéna ou à la Gorgone, du décor du cratère de Vix. Elle s’identifiait bien sûr à la version celtique de ces divinités. Il ne s’agit pas d’influences, mais de convergences. La Dame de Vix devait, tout simplement, retrouver ses propres divinités à travers ces images grecques.
Ainsi s’impose la vision suivante du temple situé sur le mont Lassois, l’équivalent, toute proportion gardée, du temple d’Athéna sur l’Acropole ou de celui de la Pythie à Delphes. La Dame de Vix, était assise dans le saint des saints du temple sur le cratère pour prophétiser l’issue des guerres dans lesquelles s’engageaient les armées gauloises. À côté du récipient sacré se trouvait la fosse au serpent, un contact direct avec la Terre-Mère.
LA MÈRE D’ALEXANDRE
Il semble que la manipulation des serpents était réservée aux femmes. Ainsi Olympias, future mère d’Alexandre le Grand, manipulait des serpents lors des bacchanales en l’honneur d’Orphée et de Bacchus.
Olympias, plus adonnée que les autres même à ces superstitions, et qui relevait encore ce fanatisme par un appareil tout barbare, traînait souvent après elle, dans les chœurs de danses, des serpents apprivoisés, qui se glissaient hors du lierre et des vans mystiques, s’entortillaient autour des thyrses de ces femmes, s’entrelaçaient à leurs couronnes, et jetaient l’effroi parmi les assistants[34].
Y avait-il un vrai serpent sur le site, que l’on nourrissait avec du lait et des gâteaux au miel ?
Où est-ce plutôt un ophidien mythique, tel le Python de Delphes ?
On peut même avancer un nom pour cette divinité ophidienne vénérée sur le mont Lassois : la Vouivre ou Mélusine. Mais au fait, y a-t-il des preuves d’un lien entre ces créatures mythiques et les sanctuaires celtes ?
LA VOUIVRE DU MONT BEUVRAY
La réponse est oui. Les légendes concernant la Vouivre ou Mélusine sont nombreuses en Bourgogne.
Ces vouivres sont cependant le plus souvent des sortes de serpents hideux, dévorateurs d’enfants, et qui portent en place d’yeux une unique pierre précieuse au milieu du front. La Bourgogne regorge de ces êtres maléfiques : le serpent de la fontaine aux loups, près de Nuits-Saint-Georges, déposait son diamant pour dormir ou s’ébattre sur l’herbe. Sussy possède une « Roche des Vouivres ». Comme les striges, la vouivre du château de Thil-en-Auxois enlève les enfants seuls, de même que celle du château de Vernon, tandis que celle du château de Salmaise – que la tradition confond avec Mélusine elle-même —fascine ses proies de son diamant[35].
Il y a cependant une Vouivre qui retiendra tout particulièrement notre attention. Une pierre dite de la Wivre. La graphie du mot Vouivre varie énormément selon les régions : Wivre, Guivre etc. Il s’agit d’un affleurement rocheux d’origine volcanique de 4 m de haut et long de 9 m. Celui-ci surplombe l’oppidum de Bibracte sur le mont-Beuvray.

La pierre de la Wivre, sur le mont Beuvray, site de l’ancienne capitale gauloise Bibracte. Nièvre et Saône-et-Loire, Bourgogne. (Wikimedia Commons).
LA LÉGENDE PIERRE DE LA WIVRE
Car si le Mont Lassois semble muet, Bibracte a parlé. Cette cité était le centre politique, économique et surtout religieux du peuple gaulois des Éduens. Ainsi le lien entre la Vouivre et un sanctuaire celte semble établit. Mais écoutons la légende qui entoure ce mystérieux rocher.
C’était encore, il y a moins d’un siècle, la pierre sous laquelle un trésor se trouvait caché. La Wivre en défendait l’approche mais, une fois l’an, le serpent volant déplaçait la pierre et étendait le trésor au soleil, pendant qu’avait lieu la procession, le dimanche de Pâques. Selon une autre tradition, le trésor demeurait sans surveillance le temps que durait la messe de minuit, la nuit de Noël. Certains disaient qu’il suffisait alors, pour s’emparer d’une partie ou de l’ensemble des richesses, de jeter dessus de la mie de pain. Tout ce qu’elle aurait touché appartiendrait à l’audacieux. Autre technique : s’emparer du trésor et traverser une eau courante, si faible soit-elle ; la Wivre serait incapable de reprendre son bien.
On racontait qu’une femme, au lieu d’aller à la messe, se rendit à la Pierre, accompagnée de son enfant. Elle trouva la roche déplacée, le trésor sans défense, s’empara de tout ce qu’elle put et s’enfuit juste à temps pour échapper à la Wivre…mais elle ne retrouva pas son enfant. Dans son désespoir, elle consulta le curé ; celui-ci lui conseilla de retourner à la Pierre chaque jour, de verser au sommet du lait et du miel pendant douze mois et quand reviendrait le jour où s’ouvrait le trésor, d’y reporter sans rien conserver, tout ce qu’elle avait emporté. Jour après jour, sans en manquer un, par le chaud et par le froid, par le beau et par le vilain temps, elle alla verser le lait et le miel. Le jour arriva : la mère trouva sous la pierre son enfant en parfaite santé, assis devant une table de pierre sur laquelle était une pomme. Elle restitua joyeusement le trésor et emporta son enfant[36].
LE CULTE DU SERPENT
Cette légende comporte nombre de détails intéressants. Le serpent ou le dragon gardien d’un trésor. La trace d’un rituel religieux avec une procession lors d’une fête du renouveau, que ce soit Pâques fête du printemps et de la renaissance de la végétation ou Noël fête du solstice d’hiver avec la renaissance du soleil lors de la nuit la plus longue de l’année. Le trésor qui est dévoilé soit un jour de printemps soit lors d’une nuit d’hiver. Le soleil et la lune semblent jouer un rôle de premier plan. L’offrande du pain, fruit d’une récolte abondante, qui est depuis toujours un élément important du rituel. Et puis le vol du trésor et la traversée d’un cours d’eau qui fait référence au mythe de l’œuf de serpent des druides quand le voleur, une divinité ou un druide, poursuivit par les serpents traverse une rivière, symbole du passage d’un monde vers un autre. Une femme accompagnée d’un enfant, qu’elle échange en quelque sorte contre le trésor. Formulé autrement, on pourrait parler du sacrifice d’un enfant à la déesse en échange de l’abondance des récoltes. La femme deviendrait la prêtresse de ce culte de la fertilité. L’enfant qui est prisonnier du rocher et qui est, on ne peut pas le dire autrement, sa tombe. Ensuite cette femme qui vient porter des offrandes tous les jours de l’année sur le tombeau. Ensuite vient l’échange en sens inverse, l’enfant, pour ainsi dire, ressuscite dans la joie et l’allégresse. Un autre détail intéressant la présence de la pomme, fruit de l’Autre-Monde celtique par excellence. Mais l’élément le plus important pour notre propos est la nature des offrandes faites à la Vouivre : du miel et du lait[37]. Ces derniers correspondent exactement à la nourriture sacrée du serpent qui habite le temple d’Athéna sur l’Acropole.
LE SERPENT PROTECTEUR
Le serpent peut être le protecteur de la maison ou de la cité toute entière.
Un rite puis une tradition bien attestée à Athènes étaient qu’un serpent l’oikourόs óphis, habitait l’Acropole, auprès d’Athéna, nourri de lait et de miel, au moins jusqu’à l’époque des guerres médiques[38].
Ce détail du lait et du miel indique clairement qu’il y avait sur le mont-Beuvray un sanctuaire de la déesse-serpent dans lequel les prêtresses apportaient les offrandes destinées à la divinité. La nature des aliments prouve que le serpent devait être bel et bien vivant[39]. Or ce sont des agriculteurs confrontés à des invasions de rongeurs qui prennent un serpent comme protecteur de la récolte. Ce gardien efficace préserve de la famine et de la mort, il est donc le symbole de la vie et de l’abondance.
La tradition du serpent protecteur de la maison et au-delà des membres de la famille, est conservée dans le monde néo-hellénique, quasiment inaltérable à travers les siècles et malgré l’image néfaste véhiculée par le christianisme : une maison abandonnée de son serpent est en proie aux malheurs ; celui qui tue, par mégarde, le serpent de sa maison est maudit par la Vierge ; la présence d’un serpent dans le grenier est présage d’une bonne récolte ; la découverte d’un serpent mort dans la maison annonce la mort d’un membre de la famille. Ne pourrait-on apercevoir, dans cette permanence du thème, la continuité de l’assimilation du serpent aux ancêtres, un lien du reptile avec la lignée, dont la maison sert d’implantation spatiale et de « sanctuaire » ?[40]
NOMADES ET SÉDENTAIRES
Les Indo-Européens qui sont des nomades ne peuvent apprécier un animal lié à un lieu et qui de plus effraie hommes, chevaux et bétail. On peut distinguer deux sortes de serpents protecteurs. Le premier est le gardien de la maison et du grenier qui est né de la terre et qui est considéré comme l’ancêtre de la maisonnée. Et il y a le protecteur de la cité qui est l’ancêtre commun de la population, dans le cas d’Athènes il s’agit de Cécrops, avec son corps de serpent, le premier roi de la cité, fondateur d’une lignée de rois d’Athènes.
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Cécrops, le roi-serpent d’Athènes, illustration issue d’un vase trouvé à Palerme. (Wikimedia Commons).
LA FUSION DE DEUX TRADITIONS
Les troupes ennemies sont considérées comme une invasion de rongeurs qui ravagent le pays. La protection d’un dieu-serpent s’impose. Les conquérants indo-européens se feront un plaisir d’occire leur ennemi de toujours. Les conquérants apportent leurs propres dieux et le peuple soumis garde les siens. Les cloisons n’étant pas étanches malgré les efforts du clergé des envahisseurs. Les divinités, comme Athéna par exemple, se teintent peu à peu des couleurs de la religion des dominés, en reprenant les attributs des anciennes divinités autochtones. Ce mélange de deux religions a fait que la mythologie grecque a toujours été réfractaire au comparatisme indo-européen. Georges Dumézil a toujours été d’une extrême prudence sur le sujet. Contrairement à la religion foisonnante des grecs enrichie de plusieurs courants de pensée, l’austère religion romaine est en cela beaucoup plus proche de la religion originelle des anciens Indo-Européens. La religion celtique, elle aussi le fruit de plusieurs courants religieux devait être aussi exubérante que la grecque. Sauf qu’un certain tabou sur l’écrit est passé par là. Si les grecs n’avaient pas mis leurs mythes par écrit que resterait-il de cette brillante civilisation ?
Pas grand-chose, à part de magnifiques temples muets.
Le druidisme est également un mélange de deux religions au départ distinctes. Tout comme l’hindouisme qui est une fusion du shivaïsme autochtone avec le védisme des envahisseurs Aryas. Si des chercheurs trouvent des parallèles entre des déesses-serpents en Grèce et en Inde cela est dû en grande partie à une diffusion des croyances méditerranéennes depuis les temps les plus anciens.

Mélusine découverte par Raymond de Lusignan, gravure anonyme, 1870. (Wikimedia Commons).
©JPS2025 (texte écrit en 2015, remanié en 2025)
[ACCUEIL]
CABINET DE CURIOSITÉS :
Pour le plaisir, une planche anatomique fantaisiste mettant en scène Mélusine. À noter l’amant imprudent en cours de digestion.

Anatomie de Mélusine Femme-serpent – Affiche cabinet de curiosités Deyrolle, Signée par l’artiste Camille Renversade. Source etsy.com
SOURCES :
NOTES :
[1] Toutes les informations sur Delphes sont tirées de l’ouvrage de Georges Roux, Delphes, son oracle et ses dieux, Les Belles Lettres, Paris, 1976. L’ouvrage est une mine d’information sur Delphes et son oracle.
[2] L’adyton et sa fosse.
[3] Un des prêtres du sanctuaire.
[4] Georges Roux, Delphes, Son oracle et ses dieux, Éditions Les Belles Lettres, Paris, 1976, p.92.
[5] Voir Barry Cunliffe, Les Celtes, Éditions Errance, Paris, 2001, pp.55-57.
[6] Collectif, Les grandes civilisations disparues, Véronique Schiltz, Pazyryk, Sélection du Reader’s Digest, Paris, 1980, pp.154-159. Pour des peuples nomades, de petits chaudrons s’imposaient puisque tout devait être facilement transportable dans des chariots.
[7] Richard Evans Schultes, Albert Hofmann, Les plantes des dieux, Les Éditions du Lézard, Paris, 2000 p.68.
[8] Source Wikipedia.
[9] Jean Markale, La grande déesse, Mythes et sanctuaires, Éditions Albin Michel, Paris, 1997, p.30.
[10] Il s’agit de l’île de Sein.
[11] Osismes (lat. Osismi). Peuple armoricain qui occupait l’actuel département du Finistère.
[12] Apanage des sorcières avec leurs onguents hallucinogènes.
[13] Pomponius Mela, Chorographie, Livre III, 6, 48, Traduction A. Silberman, Les Belles Lettres, Paris, 2003.
[14] Dragonne
[15] L’union de l’oiseau et du serpent.
[16] Collectif, Collection Eurasie, Serpents et dragons en Eurasie, Henri Fromage, Sibylline Mélusine, L’Harmattan, Paris, 1997, p.179.
[17] Dans un chapitre à venir nous reviendrons sur le lien de la dame des eaux avec les oiseaux.
[18] Collectif, Collection Eurasie, Serpents et dragons en Eurasie, Henri Fromage, Sibylline Mélusine, L’Harmattan, Paris, 1997, p.178.
[19] Robert Graves, Les mythes grecs, Tome II, Hachette Littératures, Paris, 2000, p.134.
[20] Salomon Reinach, Cultes, mythes et religions, Robert Laffont, Paris, 1996, p.246,
[21] Minerve est le nom romain d’Athéna.
[22] Philostrate, Apollonius de Tyane, Livre VII, 24, Traduction A. Chassang, Paris, 1862.
[23] Comme la Pythie. Ce qui fait dire à Bernard Sergent dans son livre, Athéna et la grande déesse indienne. « En somme tout est inventé pour que jamais il ne soit dit que Śiva a engendré un enfant dans le ventre de sa compagne, de la même façon qu’en Grèce on utilise des subterfuges pour dire que les déesses vierges n’ont pas eu d’enfant ». Bernard Sergent, Athéna et la grande déesse indienne, Les Belles Lettres, Paris, 2008, p.202.
Cette étrange virginité était peut-être aussi l’apanage de la Dame de Vix.
[24] Ovide, Métamorphoses, II, 561, Traduction G.T. Villenave, Paris, 1806.
[25] Ce résumé est basé sur l’excellent travail d’Yvonne Sike dans la collection Eurasie, Serpents et dragons en Eurasie, Yvonne Sike, Serpents, hommes et dieux dans l’univers hellénique, L’Harmattan, Paris, 1997, pp.86-87.
[26] Les images d’Athéna en compagnie avec un serpent sont nombreuses, Bernard Sergent en fait le recensement dans son ouvrage Athéna et la grande déesse indienne, Les Belles Lettres, Paris, 2008, pp.243-244. « Dans l’iconographie, encore on voit Athéna dans un char attelé de deux serpents, sur un couvercle de pyxis attique, ou, sur une gemme de Chypre, peut-être de Kourion, la déesse associée à des serpents. De même, un torse d’Athéna trouvé lors des fouilles américaines sur l’agora athénienne, datant du Ve siècle, la montre avec un serpent derrière l’épaule gauche. Sur le plat béotien qu’on mentionnait ci-dessus, une procession marche vers Athéna : derrière elle se tient un grand serpent barbu. Sur une hydrie attique à figures noires de Berlin, on voit Athéna Polias assise, et devant elle se tient un serpent dressé, la gueule ouverte. À Corinthe, où existait une importante fête consacrée à la déesse, des stèles montrent des serpents, des chevaux, des scènes de banquets : N. Robertson suppose qu’elles se rattachent à cette fête d’Athéna Hellôtis. Une terre cuite peinte attique montre une figure féminine entourée de deux serpents verticaux, et on pense pouvoir identifier cette figure à Athéna ». Cette dernière image ressemble beaucoup aux Gorgones de Vix avec ses deux serpents qui se dressent devant elle.
[27] Hérodote, Histoire, Livre VIII, 41, Traduction P.-H. Larcher, Charpentier, Paris, 1850.
[28] Dans l’adyton, près de la Pythie et de son trépied s’élevait un laurier sacré. Vestige d’un ancien culte des arbres. Arbre symbole de l’axe terrestre.
[29] Euripide, Iphigénie en Tauride, v. 1244, Traduction M. Artaud, Charpentier, Paris, 1842.
[30] Bacchus est le dieu latin correspondant au Dionysos grec. Nous avons vu que Zagreus/Dionysos était un serpent cornu.
[31] Maxime de Tyr, Dissertations, VIII, 6, Traduction J.-J. Combes-Dounous, Bossange, Masson et Besson, Paris, 1802.
[32] Serpents, Artémis, Paris, 2010, p. 114.
[33] Plutarque, La vie des hommes illustres, Vie d’Alexandre, 3, Traduction D. Ricard, Paris, 1844.
[34] Plutarque, Vies des hommes illustres, Alexandre, III, Traduction A. Pierron, Charpentier, Libraire-Éditeur, Paris, 1845.
Les vans mystiques sont des vanneries dans lesquelles on conservait les instruments du culte bacchique.
Les Thyrses sont des grands bâtons surmontés d’une pomme de pin. Avec des serpents enroulés autour, ces bâtons ressemblent à des caducées.
[35] Jacques Bril, La mère obscure, L’Esprit du Temps, Bordeaux-Le-Bouscat, 1998, p.96.
[36] Patrice Boussel, Guide de la Bourgogne et du Lyonnais mystérieux, Les Guides noirs, Éditions Tchou Princesse, 1978, p. 495-496
[37] Dans certaines versions, ces aliments servent à nourrir l’enfant et ne sont pas des offrandes à la déesse-serpent. C’est une inversion dont sont coutumiers les contes et légendes et qui est même le moteur de la transformation des mythes.
[38] Bernard Sergent, Athéna et la grande déesse indienne, Les Belles Lettres, Paris, 2008, p.243.
[39] Il faut toutefois rester prudent, les autels en Asie du sud-est sont recouverts d’offrandes périssables, sans que les divinités soient forcément symbolisées par un animal vivant. Mais comme je l’ai appris à mes dépends, le génie des lieux, peut être partout, même sous le lit ou dans la douche. Voir à ce propos Nos amies les bêtes
[40] Collection Eurasie, Serpents et dragons en Eurasie, Yvonne de Sike, Serpents, hommes et dieux dans l’univers hellénique, L’Harmattan, Paris, 1997, p.94.
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