LUG

LES DRUIDES SAISON 2 ÉPISODE 17

ORION, LUG ET APOLLON

L’existence très ancienne d’une Religion des Étoiles remet en question toutes les certitudes concernant les religions de l’Antiquité.

UNE ESQUISSE DE LA RELIGION DES ÉTOILES DES DRUIDES

La religion des druides est inscrite dans le ciel étoilé et ce savoir à son tour est résumé sur le chaudron de Gundestrup. Les traces de cette Religion des Étoiles se retrouvent dans nombres de religions.

LES FRÈRES JUMEAUX

La Religion des Étoiles met en avant deux frères jumeaux qui se partagent à tour de rôle la royauté suprême. L’un règne durant la saison claire (printemps-été) l’autre durant la saison sombre (automne-hiver). C’est le cycle court, car annuel. Ils alternent également sur des cycles très longs (2160 ans) en s’appropriant chacun une ère zodiacale. Leurs noms : Orion et le Maître des animaux. Ce binôme de divinités se retrouvent dans nombres de civilisations. Dans le monde celtique, Orion devient Lug.

LUG. Chaudron de Gundestrup. Plaque du fond avec l’énorme taureau central, l’homme armé d’une épée, le chien, un ours roulé en boule et un animal fantastique.

Chaudron de Gundestrup. Plaque du fond avec l’énorme taureau central, l’homme armé d’une épée, le chien, un ours roulé en boule et un animal fantastique. (Nationalmuseet de Copenhague)

Pour un déchiffrement de la plaque du fond, voir SAISON 1 ÉPISODE 5 Chaudron de Gundestrup et astronomie

Le Maître des animaux prend l’apparence du dieu Cernunnos.

Cernunnos, le Maître des animaux, entouré par un taureau et un cerf d’un côté et de l’autre par un lion et un loup. Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré.

Cernunnos, le Maître des animaux, entouré par un taureau et un cerf d’un côté et de l’autre par un lion et un loup. Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.

LA GRÈCE

En Grèce, Orion prend le nom d’Apollon et c’est Dionysos qui devient le Maître des animaux. À Delphes, Apollon partage le sanctuaire avec Dionysos. Pendant les mois d’hiver, Apollon était réputé quitter le sanctuaire de Delphes pour aller se purifier en Hyperborée. Il était alors remplacé à Delphes par Dionysos.

LUG. Dionysos assis sur une panthère, mosaïque du IVe siècle av. J.-C., musée archéologique de Pella.

Dionysos assis sur une panthère, mosaïque du IVe siècle av. J.-C., musée archéologique de Pella. (Wikimedia Commons).

Dionysos partage les mêmes animaux symboles que Cernunnos, le serpent et le taureau.

Dionysos chevauchant un taureau, illustration tirée de peintures de vases grecs de J. E. Harrison et D. S. MacColl, publiées en 1894.

Dionysos chevauchant un taureau, illustration tirée de peintures de vases grecs de J. E. Harrison et D. S. MacColl, publiées en 1894.

Ces animaux ne sont pas seulement des compagnons ou des montures du dieu, ce sont également des formes sous lesquelles le dieu aime se manifester. On peut y ajouter la panthère, l’âne ou le bouc par exemple.

Pourtant dans l’iconographie grecque c’est Orphée qui prend l’apparence du Maître des animaux. Ce qui le rapproche des dieux Dionysos/Cernunnos

LUG. Orphée et les animaux sauvages, mosaïque, Dallas Museum of Art.

Orphée et les animaux sauvages, mosaïque, Dallas Museum of Art. (Wikimedia Commons).

Orphée navigue entre Apollon et Dionysos. Car si Orphée est souvent associé à Apollon, à travers sa mort il est lié à Dionysos puisque Orphée est massacré sur la rive de l’Hèbre, un fleuve de Thrace, par des femmes en furie, les Bacchantes, les fidèles compagnes du dieu Dionysos.

Sa tête est jetée dans le fleuve puis se dépose sur les rivages de l’île de Lesbos, terre de la Poésie, où existait un oracle d’Orphée dans une grotte.

Les Muses, éplorées, recueillirent les membres d’Orphée pour les enterrer au pied du mont Olympe, à Leibèthres, en Thessalie. Ne sachant à qui donner le Lyre d’Orphée, les Muses demandèrent à Zeus de placer l’instrument dans le ciel. Zeus accepta la requête et ainsi fut créée la constellation de la Lyre. On prétendait que sa tête continuait parfois à chanter dans son tombeau.

Tête d’Orphée rendant des oracles. Jeune homme assis écrivant dans son bloc de tablettes de cire les oracles rendus par la tête d’Orphée sortant de terre, sous la direction d’Apollon, debout, avec une tige de laurier, période classique, vers 410 av. J.-C. vase attique rouge figure coupe sans pied.

Tête d’Orphée rendant des oracles. Jeune homme assis écrivant dans son bloc de tablettes de cire les oracles rendus par la tête d’Orphée sortant de terre, sous la direction d’Apollon, debout, avec une tige de laurier, période classique, vers 410 av. J.-C. vase attique rouge figure coupe sans pied (kylix). (Wikimedia Commons).

Le corps déchiqueté d’Orphée fait penser à Osiris, un avatar d’Orion. La tête coupée à celle de Bran, encore un avatar d’Orion. Ce qui fait pencher la balance cette fois-ci en faveur d’une identification d’Orphée à Apollon/Orion.

La tête coupée fait partie du mobilier de tout sanctuaire qui se respecte. Pour en savoir plus voir SAISON 2 ANNEXE 24 Le sanctuaire des druides et SAISON 2 ANNEXE 13 Le Graal

LES VÉHICULES DES DIEUX

L’identification de Lug et d’Apollon avec Orion se fait à travers les animaux symboles, véhicules comme dirait les hindous, de ces deux dieux. Ce sont les mêmes qu’Orion : le corbeau et le chien.

Il existe un seul bas-relief sur lequel Orion est représenté avec les deux animaux en même temps.

LUG. Dieu aux oiseaux, sculpture gallo-romaine, Découvert au hameau de Moux, conservé au musée archéologique de Dijon.

Dieu aux oiseaux, sculpture gallo-romaine, Découvert au hameau de Moux, conservé au musée archéologique de Dijon. (Wikimedia Commons).

LE CORBEAU

Apollon aime tellement le corbeau qu’il en prend parfois la forme.

Apollon et le corbeau (musée de Delphes), Coupe en céramique à fond blanc (480-470 av J.C.)

Apollon et le corbeau (musée de Delphes), Coupe en céramique à fond blanc (480-470 av J.C.), photo : J-P Dalbéra.

Apollon prend l’apparence d’un corbeau pour montrer à Battos le chemin de la Lybie pour fonder une colonie, Cyrène. Dans cette ville une inscription qualifie Apollon de Kórax « corbeau ». Lors de la grande peur des dieux face au colossal Typhon qui menaçait l’univers entier, Apollon se transforme en corbeau pour fuir le monstre[1].

Dans le domaine celtique, le lien entre le dieu Lug et le corbeau est également attesté. Comme lors de la fondation de Lyon (en gaulois Lugudunon, en latin Lugdunum). Le dossier Lug-corbeau est important, c’est pourquoi il faut se cantonner aux données concernant Lyon.

Momoros et Atépomaros furent chassés du pouvoir par Séséroneus et sur injonction se rendirent sur cette colline avec l’intention d’y fonder une cité. Les fondations étaient déjà creusées, quand soudain des corbeaux apparurent en volant de tous côtés et couvrirent les arbres à l’entour. Momoros était expert en interprétation oraculaire de vols d’oiseaux : il appela donc la cité Lougdounos, car loûgon est le nom du corbeau dans leur langue, et doûnon s’applique à une éminence[2].

La ville tire son nom du dieu Lug. Les corbeaux, comme dans le cas d’Apollon avec Battos, indiquent le lieu où fonder la ville.

UN GOBELET EN ARGENT

C’est précisément à Lyon que l’on a découvert dans les fondations d’une maison en construction un gobelet en argent qui montre les deux divinités principales des Gaulois. D’un côté Cernunnos, le Maître des animaux. Comme sur le chaudron de Gundestrup il tient un torque et il est en compagnie d’un cerf et d’un loup.

LUG. Le dieu au cerf. Gobelet d’argent de Lyon, Le gobelet est en argent d’une hauteur de 7,2 cm et d’un diamètre de 8,8 cm et daté du 1er siècle.

Le dieu au cerf. Gobelet d’argent de Lyon, Le gobelet est en argent d’une hauteur de 7,2 cm et d’un diamètre de 8,8 cm et daté du 1er siècle. Source : collections-lugdunum.grandlyon.com

De l’autre côté Orion/Lug en compagnie d’un corbeau qui laisse tomber une bourse sur la table.

Le dieu au corbeau. Gobelet d’argent de Lyon, 1er siècle. 

Le dieu au corbeau. Gobelet d’argent de Lyon, 1er siècle.  Source : collections-lugdunum.grandlyon.com

Sur le gobelet en argent de Lyon Orion/Lug est menacé par un sanglier. L’action va plus loin sur le chaudron de Gundestrup : Orion/Lug affronte le sanglier.

Orion affrontant un sanglier fantastique, Certains y ont vu un lion, mais le groin et les sabots arrières de l'animal sont bien visibles, détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C.

Orion affrontant un sanglier fantastique, Certains y ont vu un lion, mais le groin et les sabots arrières de l’animal sont bien visibles, détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C. © Copenhague, Nationalmuseet

Pour le déchiffrement complet du gobelet de Lyon voir SAISON 2 ANNEXE 32 Le gobelet d’argent de Lyon

LE CHIEN

Lug a un lien direct avec le chien, un de ses oncles s’appelait « chien ». Si Lug est le neveu d’un « chien », il est surtout le père d’un « chien », le mythique héros irlandais Cúchulainn dont le nom signifie exactement « le chien de Culann ». Ce qui fait assurément du Lug un avatar d’Orion.

LE LOUP

Apollon porte deux épithètes qui démontrent toute l’ambiguïté du rapport du dieu grec avec le chien. Il est dit Lúkeios qui est tiré du nom du loup Lúkos et qui signifie « le Maître des loups ». Cette appellation peut avoir deux sens, soit « Celui qui écarte le loups » des troupeaux, soit « [le dieu] des loups ». Ce qui fait d’Apollon, un dieu qui chasse les loups en protégeant les troupeaux ou un dieu qui aime les loups et qui est aimé d’eux et finalement en fait un dieu loup.

Cependant, Apollon n’est jamais évoqué sous le nom du chien, mais on peut se poser la question suivante, sous quelle forme animale garde-t-il les troupeaux ?

Y a-t-il là un énorme non-dit. Est-ce qu’il y dans ce cas un tabou sur le nom du chien qu’on ne peut exprimer. Comme dans le domaine celtique en ce qui concerne le loup sur lequel repose un tel interdit religieux qu’il a quasi disparu des langues celtiques, notamment du gaulois, au point de faire croire qu’il n’a jamais existé. Les Celtes utilisait des détours pour nommer le loup, comme par exemple « le chien des bois » ki-koad en breton. Le nom de l’ours est un autre exemple puisqu’on appelle l’animal « le brun » en germanique, le mangeur de miel » en slave ou « le grand-père de la forêt » en lapon, plus rare le gaélique irlandais melfochyn « porc à miel »[3]. Le nom du chien, certes, existe en grec, mais dans le cas d’Apollon, les grecs emploient des périphrases pour décrire le dieu chien Apollon : Nómios « [Le dieu protecteur] des troupeau », Épimélios « Protecteur des moutons », Poímnios « Dieu des pâtres », Trágios « Dieu des chèvres » ou encore Malóeis et Maleátâs « [Protecteur des] Troupeaux de moutons »[4]. Des épithètes qui peuvent convenir à un chien de berger qui défend les troupeaux contre les loups. À propos des tabous entourant les nom des dieux voir SAISON 2 ANNEXE 8 Les druides et le nom secret des dieux

DES CHIENS BERGERS

À noter que la disparition des loups et autres bêtes fauves, a permis l’évolution du chien de bergers vers des races de plus petite taille et plus agiles, des chiens de conduite, apte à rassembler et diriger les troupeaux qui ont remplacé les énormes et redoutables molosses antiques, des chiens de défense dont la seule fonction est de garder les troupeaux contre les prédateurs. En 1811, on distingue encore deux catégories de chiens : « Deux sortes de chiens sont employés par les bergers suivant les pays : les uns gros, forts et vigoureux, destinés à écarter les ours et les loups ; les autres petits, mais vifs, ardents et pleins d’intelligence ; ceux-ci font mouvoir les bêtes à laine, quand ils en ont l’ordre, comme un colonel fait manœuvrer un régiment »[5].

LE DIEU CHIEN

En faveur de cette théorie d’un Apollon dieu-chien on peut citer un autel découvert en 1958 à Nettleton, en Wiltshire (Angleterre) qui porte une dédicace à « Apollon Cunomaglos » qui signifie « Prince-Chien »[6].

LE DIEU LOUP

En faveur d’un Apollon dieu-loup, on peut évoquer que devant le sanctuaire d’Apollon à Delphes, il y avait la statue d’un loup en bronze.

On voit tout auprès du grand autel un loup en bronze, offrande des Delphiens; ils racontent qu’un homme ayant volé de l’or consacré au dieu, alla, en l’emportant, se cacher dans l’endroit du Parnasse le plus garni d’arbres sauvages, et qu’un loup, survenu pendant qu’il dormait, le tua. Ce loup venant tous les jours hurler dans la ville, les habitants crurent que la volonté divine y était pour quelque chose ; ils le suivirent donc, et ils retrouvèrent l’or sacré ; ce fut en mémoire de cela qu’ils consacrèrent au dieu ce loup en bronze[7].

Or en Inde, la statue de l’animal qui trône devant un sanctuaire indique l’identité du dieu qui est vénéré dans le temple. Une souris pour Ganesha, le dieu à tête d’éléphant, un taureau pour le dieu Shiva et l’homme-oiseau Garuda pour Vishnou. Si l’on extrapole ces données vers la Grèce : un loup pour Apollon.

CONCLUSION

Si ses liens avec le corbeau et le chien font assurément de Lug un avatar d’Orion. C’est surtout en tant qu’adversaire du dieu Cernunnos qui font de Lug une incarnation d’Orion. Il faudra y revenir plus en détail durant la SAISON 3.

En tant que corbeau et en tant qu’adversaire de Dionysos à Delphes, Apollon est lui aussi un avatar d’Orion. Le dossier « chien » reste cependant léger. Tandis que le dossier « loup » est anormalement développé. Dans la Religion des Étoiles des druides, le loup n’est pas du tout un compagnon d’Orion/Apollon, bien au contraire. Ce qui démontre que la mythologie grecque a une longue histoire derrière elle, avec nombres de modifications et de transformations. Apollon a sans doute phagocyté un dieu loup lors de la formation des prérogatives du dieu dans des temps très anciens. Le loup reste cependant l’apanage du dieu des Enfers qui en signe de reconnaissance est vêtu d’une peau de loup et est lui-même un loup qui dévore les défunts. Apollon n’est certainement pas ce dieu inquiétant.

Voir à ce propos SAISON 2 ANNEXE 24 Le monstre de Noves et le loup androphage des Celtes

Loup Androphage de Fouqueure.

Loup Androphage de Fouqueure. (Musée d’Angoulême)

©JPS2024

[ACCUEIL]

BIBLIOGRAPHIE :

Michel Praneuf, Bestiaire ethnolinguistique des peuples d’Europe, Éditions L’Harmattan, 2001.

Bernard Sergent, Le livre des dieux, Celtes et Grecs II, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2004.

Jean-Jacques Hatt, Mythes et dieux de la Gaule, Éditions Picard, Paris, 1989.

SOURCES :

Orphée et l’oracle de la tête coupée – Persée (persee.fr)

Le chien de berger ; développement et signification géographique d’une technique pastorale – Persée (persee.fr)

NOTES :

[1] Bernard Sergent, Le livre des dieux, Celtes et Grecs II, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2004, p.180. L’auteur donne de nombreux autres exemples.

[2] Plutarque, De fluviis, 6.4, traduction de Ch. Delattre.

[3] Michel Praneuf, Bestiaire ethnolinguistique des peuples d’Europe, Éditions L’Harmattan, 2001, p.343 et p.344.

[4] Bernard Sergent, Le livre des dieux, Celtes et Grecs II, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2004, p.76 et 77. L’auteur donne d’autres exemples.

[5] Henri-Alexandre Tessier : Instruction sur les bêtes à laine, Paris, 1811, pp.352-353.

[6] Bernard Sergent, Le livre des dieux, Celtes et Grecs II, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2004, p.219.

[7] Pausanias, X, 14, 7.