LE GOBELET D’ARGENT DE LYON

LES DRUIDES SAISON 2 ANNEXE 32

Plusieurs objets en argent racontent certains épisodes de la religion des druides qui est inscrite dans le ciel étoilé. Le Gobelet de Lyon en fait partie.

UN BIEN ÉTRANGE GOBELET

Le gobelet en argent a été découvert en 1929, dans les fondations d’une maison en construction parmi des fragments de poteries et de lampes d’époque romaine. Le dépôt se situait entre 5 et 6 mètres au-dessous du niveau actuel. L’objet est un bol ovoïde à fond plat et à panse convexe, qui mesure 6,5 cm de haut et 8.5 cm de diamètre.

Le gobelet comprend deux pièces soudées l’une à l’autre. Un bol interne, épais et uni, forme le fond et le rebord auquel s’ajoute une feuille externe, mince et travaillée au repoussé, qui enveloppe le bol intérieur sur une hauteur de 6cm. Elle était séparée et brisée en morceaux. La feuille externe est en partie endommagée, mais l’essentiel du décor subsiste.

DESCRIPTION DU GOBELET

Le décor du gobelet comporte trois tableaux mythologiques

Sur le premier tableau, on peut voir un jeune homme assis de profil à une table, la jambe droite est avancée
et surélevée, une draperie descend le long du dos et se relève sur le genou gauche. Il tient dans la main gauche une bourse et avec l’autre main il ramasse des pièces de monnaie sur la table où est déjà posée une bourse pleine. À droite du jeune homme est figuré un sanglier qui lui touche l’épaule. Au-dessus de la table est figuré un corbeau qui bat des ailes. L’animal semble laisser tomber un objets. Pour les uns c’est une tortue, pour d’autres c’est une bourse. L’hypothèse d’une bourse est à privilégier puisque la présence d’une tortue ne repose que sur l’identification du personnage au dieu romain Mercure. Ce qui est inexact.

Le dieu au corbeau. Gobelet d’argent de Lyon, 1er siècle.  Source : collections-lugdunum.grandlyon.com

Le second tableau montre un aigle posé sur un rocher faisant face à un serpent enroulé autour d’un arbre.

Le serpent lové autour d’un arbre fait face à un aigle posé sur un rocher. Gobelet d’argent de Lyon, 1er siècle.  Source : collections-lugdunum.grandlyon.com

Sur le troisième tableau, malheureusement endommagé, on peut distinguer un homme à demi étendu sur un lit à dossier tenant dans la main droite un torque et de l’autre une corne d’abondance. Le personnage porte autour du cou un second torque. À l’arrière-plan, on peut apercevoir un cerf. De l’autre côté, un chien muni
d’un collier, lève le museau et une patte antérieure, regarde vers le dieu lève la patte vers lui. Hélas la partie qui comporte la tête du dieu est endommagée et n’est plus lisible. On peut avancer l’hypothèse, sans trop se tromper, que ce dieu qui était sans doute barbu portait des bois de cerf.

Le dieu au cerf. Gobelet d’argent de Lyon, 1er siècle.  Source : collections-lugdunum.grandlyon.com

LE DÉCHIFFREMENT DU GOBELET

Les œuvres druidiques ont toujours plusieurs niveaux de lectures. Le modèle du sanctuaire qui figure dans le ciel étoilé comporte quelques éléments essentiels que l’on retrouve dans tous les sanctuaires réels, par un effet miroir, suivant la formule hermétique et alchimique : « Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». Notamment l’arbre cosmique et l’omphalos, la pierre sacrée. Ces quelques éléments qui se trouvent dans le sanctuaire sont absolument indispensables pour que l’ordre terrestre reflète l’ordre céleste. Pour en savoir plus voir SAISON 2 ANNEXE 24 Le sanctuaire des druides

LE SERPENT ET L’AIGLE

Ce qui semble au premier abord n’être qu’un serpent enroulé autour d’un arbre faisant face à un aigle posé sur rocher.

Le serpent enroulé autour d’un arbre fait face à un aigle posé sur un rocher. Gobelet d’argent de Lyon, 1er siècle.  Source : collections-lugdunum.grandlyon.com

Devient dans un contexte astronomique, la constellation du Dragon enroulé autour de l’axe terrestre.

Pour les druides l’arbre sacré, qui peut également être un pilier, correspond à l’axe terrestre qui soutient la voûte céleste. La constellation semble s’enrouler autour de cet axe. (Dessin : JPS2023).

Tandis que le rocher sur lequel est posé un aigle devient un omphalos, une pierre sacrée qui représente le centre du monde. Cette pierre est la projection sur terre de l’étoile polaire, le centre du ciel étoilé autour de laquelle tourne le firmament. Voir à ce propos SAISON 1 ANNEXE 9 L’étoile polaire

Photo longue pose

Photographie à longue pose en direction du pôle Nord céleste qui démontre que le ciel étoilé tourne autour de ce point. L’image montre également que l’étoile Polaire actuelle ne correspond pas exactement avec le pôle Nord céleste. Source : www.stelvision.com

La signification de l’oiseau doit être traitée à part puisqu’un omphalos est souvent représenté avec deux oiseaux, soit deux hirondelles (Égypte), soit deux oies (Grèce) soit deux aigles (Grèce), soit…deux chérubins ailés sur couvercle de l’Arche d’Alliance (Hébreux).

Dans le cas présent, les commanditaires ont retenu qu’un seul aigle qui est à rattacher, contexte astronomique oblige, à la constellation de l’Aigle (Aquila).

LE DIEU AU CORBEAU

Sur une des scène du gobelet est représenté un dieu, il s’agit d’Orion/Lug dont l’animal fétiche est le corbeau. Le dieu semble compter des pièces de monnaie et en remplit deux bourses. Le corbeau en vol apporte un troisième sac en le laissant tomber sur la table. Dans son dos figure un sanglier agressif qui semble menacer le personnage central.

Le dieu au corbeau Orion/Lug. Gobelet d’argent de Lyon, 1er siècle.  Source : collections-lugdunum.grandlyon.com

Le chaudron de Gundestrup va encore plus loin puisqu’il montre l’action qui suit celle du gobelet : l’affrontement entre le dieu dieu et l’animal.

Orion affrontant un sanglier fantastique, Certains y ont vu un lion, mais le groin et les sabots arrières de l’animal sont bien visibles, détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C. © Copenhague, Nationalmuseet

LE DIEU AU CERF

La scène suivante sur le gobelet montre un autre dieu, il s’agit de Cernunnos, le Maître des animaux, le jumeau et rival d’Orion/ Lug auquel il dispute la royauté sur une partie de l’année. Les deux jumeaux se partage l’année, l’un est roi durant la période sombre (automne, hiver) l’autre règne sur la saison lumineuse (printemps, été).

Le dieu au cerf, Cernunnos, le Maître des animaux. Gobelet d’argent de Lyon, 1er siècle.  Source : collections-lugdunum.grandlyon.com

Comme sur le chaudron de Gundestrup, Cernunnos tient un torque dans sa main et en porte un autre autour du cou. Le dieu est en compagnie d’un cerf et d’un canidé qu’il faut identifier comme un loup. Le chien étant réservé pour animal de compagnie à Orion/Lug. Sur le chaudron de Gundestrup sont déjà figuré ces deux animaux en compagnie du dieu aux bois de cerf.

Cernunnos, le Maître des animaux, entouré par un taureau et un cerf d’un côté et de l’autre par un lion et un loup. Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.

La figure du dieu romain Mercure offre de nombreuses similarités avec le dieu gaulois Cernunnos. Voir à ce propos SAISON 3 ÉPISODE 7 Le dieu Mercure des Gaulois

DES ÉLÉMENTS SECONDAIRES

Le gobelet comporte quelques détails secondaires dans ces trois tableaux. Sous le dieu au corbeau, il y a un petit personnage à peine visible qui semble lever le bras pour toucher la tunique du dieu. Scène difficile à interpréter puisque le gobelet est endommagé à cet endroit.

Le petit personnage sous le siège du dieu. Gobelet d’argent de Lyon, 1er siècle. Source : Jean-Jacques Hatt, Mythes et dieux de la Gaule, Éditions Picard, Paris, 1989, p.124.

LA TÊTE ET L’ARBRE

Sur le tronc de l’arbre au serpent, apparaît une tête humaine dans un trou, elle se situe sous un des anneaux de l’ophidien.

La tête humaine qui est encastrée dans l’arbre. Gobelet d’argent de Lyon, 1er siècle. Source : Jean-Jacques Hatt, Mythes et dieux de la Gaule, Éditions Picard, Paris, 1989, p.125.

Cette tête dans un arbre est à rapprocher du dieu Dionysos que les Grecs de Béotie appelaient Endrandos, « celui qui vit et est à l’œuvre dans les arbres » ou plus simplement « celui qui est dans l’arbre ». Une personnification de la sève, élément vital, qui coule dans le tronc de l’arbre. Une légende en Magnésie affirme qu’une statue de Dionysos aurait été trouvée dans le tronc d’un platane brisé par le vent. Dionysos est également « celui qui apparaît dans l’arbre », un petit dieu sortant du bosquet sacré. Dionysos fait croitre les arbres, il est alors appelé « celui qui fait pousser les fruits »[1]. Or Dionysos a de nombreux points communs avec Cernunnos, ils partagent ainsi leurs animaux fétiches : le serpent et le taureau par exemple. Sur le chaudron de Gundestrup, Cernunnos est représenté tenant un serpent à tête de bélier dans sa main et le dieu est entouré par un taureau, un cerf, un lion et un loup. En Crète, le culte de Dionysos se confond avec celui de Zagreus. Ce dernier se transforme en plusieurs animaux pour échapper aux Titans qui veulent le tuer. Zagreus se transforme notamment en lion, cheval, serpent à cornes, tigre et finalement en taureau.  À la fin du récit, les Titans s’emparent de Zagreus en tant que taureau, le tiennent solidement les cornes et les pattes, ils le déchirent avec leurs dents et dévorent sa chair crue. Excepté le tigre, tous ces animaux se retrouvent sur l’une ou l’autre plaque du chaudron de Gundestrup en compagnie de Cernunnos. Que Zagreus et Cernunnos partage —l’un dans le mythe, l’autre dans les images — la présence d’un serpent cornu est particulièrement remarquable.

LE CHÊNE ET LE GUI

La scène du dieu au corbeau et du dieu au cerf est séparée par un arbre qui porte sur une de ses branches une boule de Gui.

À droite, le chêne avec une boule de gui sur une de ses branches. Gobelet d’argent de Lyon, 1er siècle. Source : Jean-Jacques Hatt, Mythes et dieux de la Gaule, Éditions Picard, Paris, 1989, p.124.

Il s’agit sans doute d’un chêne. Puisque les druides vénéraient particulièrement les chênes rouvre (Quercus petraea) sur lesquels se développe le gui. Deux végétaux primordiaux dans les croyances des druides.

Il ne faut pas oublier à propos du gui l’admiration que les Gaulois ont pour cette plante. Aux yeux des druides (c’est ainsi qu’ils appellent leurs mages) rien n’est plus sacré que le gui et l’arbre qui le porte, si toutefois c’est un rouvre. Le rouvre est déjà par lui-même l’arbre dont ils font les bois sacrés ; ils n’accomplissent aucune cérémonie religieuse sans le feuillage de cet arbre, à tel point qu’on peut supposer au nom de druide une étymologie grecque (δρῦς, chêne). Tout gui venant sur le rouvre est regardé comme envoyé du ciel : ils pensent que c’est un signe de l’élection que le dieu même a faite de l’arbre Le gui sur le rouvre est extrêmement rare, et quand on en trouve, on le cueille avec un très grand appareil religieux. Avant tout, il faut que ce soit le sixième jour de la lune, jour qui est le commencement de leurs mois, de leurs années et de leurs siècles, qui durent trente ans : jour auquel l’astre, sans être au milieu de son cours, est déjà dans toute sa force[2].

©JPS2024

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BIBLIOGRAPHIE :

Jacques Brosse, Mythologie des arbres, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2001.

Michel Praneuf, Bestiaire ethnolinguistique des peuples d’Europe, Éditions L’Harmattan, 2001.

Jean-Jacques Hatt, Mythes et dieux de la Gaule, Éditions Picard, Paris, 1989.

Robert Graves, Les mythes grecs, Tome I, Hachette Littératures, Paris, 1999.

SOURCES :

Le gobelet d’argent de Lyon (dieu gaulois ou dieu romain ?) – Persée (persee.fr)

Ressemblance de l’omphalos delphique avec quelques représentations égyptiennes – Persée (persee.fr)

NOTES :

[1] Jacques Brosse, Mythologie des arbres, Éditions Payot & Rivages, Paris, 2001, p.139.

[2] Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XVI, XCV. Source : remacle.org