INDIANA JONES (HARRISON FORD)

LA SAGA INDIANA JONES

Indiana Jones, incarné par Harrison Ford, est devenu l’archétype même du héros de film d’aventure.

HARRISON FORD

Harrison Ford  est né le  à Chicago (Illinois). Il se lance dans le métier d’acteur avec quelques rôles secondaires dans American Graffiti (1973), Conversation secrète (The Conversation, 1974) et Apocalypse Now (1979) dans lequel il joue le colonel George Lucas. C’est cependant son rôle mémorable de Han Solo dans le film La Guerre des Étoiles (Star Wars, 1977) qui lui permet de percer dans le milieu du cinéma.

Harrison Ford dans le rôle de Han Solo.

Harrison Ford dans le rôle culte de Han Solo. (Wikimedia Commons).

C’est le rôle d’Indiana Jones en 1981 qui achève de faire d’Harrison Ford une star planétaire. Ayant joué avec Indiana Jones et Star Wars dans quelques uns des plus gros succès de tous les temps, l’acteur occupe désormais une place de choix dans l’histoire du cinéma.

Harrison Ford lors du tournage d'Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal en 2007.

Harrison Ford lors du tournage d’Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal en 2007. (Wikimedia Commons).

En 1981, Harrison Ford enchaîne avec Blade Runner de Ridley Scott, film sombre qui évolue dans un univers fantastique. Le succès commercial reste mitigé, mais l’œuvre deviendra culte. Il tournera avec Peter Weir Witness (1985) dans lequel il incarne un policier doit se réfugier avec ses témoins dans une communauté Amish. Le film est un succès et son interprétation lui vaudra son unique nomination aux Oscar. Il collabore une nouvelle fois avec Peter Weir sur Mosquito Coast (1986) avec cette fois-ci un échec commercial retentissant à la clef. Ensuite il tourne Frantic sorti en 1988, un thriller Hitchcockien. sous la direction de Roman Polanski, puis la comédie romantique Working Girl de Mike Nichols (1988). Dans les années 90, il joue dans un thriller intimiste Présummé Innocent (1990) puis dans un film d’action trépidant Le Fugitif  (1993).

Harrison Ford dans Le Fugitif  d’Andrew Davis, 1993.

On le retrouve ensuite dans le drame À propos d’Henry ( 1991) et dans les adaptations des romans de Tom Clancy Jeux de Guerre ( 1992) et Danger Immédiat (1994). Sans oublier l’excellent Ennemis rapprochés (1997) d’Alan J. Pakula avec Brad Pitt en terroriste de l’IRA.

À la fin de la décennie, l’acteur renoue avec le Fantastique dans Apparences (2000) de Robert Zemeckis dans lequel il campe pour la première fois un personnage inquiétant. En dehors des grosses production Indiana Jones et Star Wars, Harrison Ford se fait de plus en plus rare et apparaît plutôt dans des seconds rôles de luxe (Cow Boys et envahisseurs, Expendables 3 ou encore Captain America : New World Order).

Pour plus de détail sur la filmographie de l’acteur, voir Harrison Ford — Wikipédia

On ne peut cependant que rester dubitatif devant la liste des premiers rôles qu’Harrison Ford a refusé de jouer dans les films suivants : Les Incorruptibles, JFK, Jurassic Park, La Liste de Schindler, The Patriot ou encore En pleine tempête

Kevin Costner, Sam Neill, Liam Neeson, Mel Gibson et George Clooney lui disent en chœur un grand merci !

L’OBJET DE LA QUÊTE

L’histoire de la saga Indiana Jones racontée à travers quelques artefacts mythiques que célèbre archéologue doit retrouver au cours de ses aventures.

Dans le monde du cinéma, l’objet de la quête du héros est appelé le MacGuffin. Selon le Oxford English Dictionary, Hitchcock a défini le MacGuffin lors d’une conférence donnée en 1939 à l’université Columbia :

Au studio, nous appelons ça le MacGuffin. C’est l’élément moteur qui apparaît dans n’importe quel scénario. Dans les histoires de voleurs c’est presque toujours le collier, et dans les histoires d’espionnage, c’est fatalement le document.

Voici les cinq objets de la quête d’Indiana Jones au cinéma :

  • L’Arche d’Alliance

  • Les Pierres de Sankara

  • Le Saint Graal

  • Un Crâne de cristal appartenant à un être d’un autre monde

  • Le Cadran d’Archimède

L’ARCHE D’ALLIANCE

Dans Les Aventuriers de l’arche perdue (Raiders of the Lost Ark, 1981), Indiana Jones doit combattre les nazis qui rêvent de s’emparer de l’Arche d’alliance contenant les Tables de la Loi (les Dix Commandements) remises à Moïse sur le Mont Sinaï.

INDIANA JONES (HARRISON FORD). Affiche Les Aventuriers de l'arche perdue (Raiders of the Lost Ark, 1981).

Affiche Les Aventuriers de l’arche perdue (Raiders of the Lost Ark, 1981).

L’Arche est un coffre en bois d’acacia recouvert d’or. Le propitiatoire (couvercle), surmonté de deux chérubins qui se font face, est considéré comme le trône, la résidence terrestre de Yahvé. Après la construction du premier Temple, l’arche est placée dans le Saint des Saints par le roi Salomon, la partie la plus centrale du Temple de Jérusalem. D’après les textes bibliques, il semble que l’Arche d’Alliance a purement et simplement disparu après avoir été entreposée de nombreuses années dans le Temple de Salomon.

INDIANA JONES (HARRISON FORD). Indiana Jones et son ami Sallah soulevant l’arche d’alliance dans la chambre secrète appelée le Puits des âmes.

Indiana Jones et son ami Sallah soulevant l’arche d’alliance dans la chambre secrète appelée le Puits des âmes. © Paramount Pictures

L’arche d’Alliance est présentée dans le film comme le réceptacle de la puissance de Dieu.

INDIANA JONES (HARRISON FORD). Ralph McQuarrie (1929-2012), L’arche d’alliance, illustration pour le film Les aventuriers de l'arche perdue (1981).

Ralph McQuarrie (1929-2012), L’arche d’alliance, illustration pour le film Les aventuriers de l’arche perdue (1981). Cette image apparaît dans la bible utilisée par Indiana Jones pour montrer au major Eaton les pouvoirs dont l’arche est capable. Ralph McQuarrie est avant tout connu pour avoir conçu l’univers visuel de la trilogie originale des Star Wars, ainsi que ceux des films Rencontre du troisième type, E.T. l’extra-terrestre et Battlestar Galactica.

L’AVENTURE AVEC UN GRAND A

Le film est une indéniable réussite basée sur une mise en scène virtuose de Steven Spielberg, une imagination sans limite de George Lucas, un excellent scénario signé Laurence Kasdan, mâtiné de mystère, de fantastique et même d’horreur, une musique reconnaissable entre toute de John Williams, une admirable mise en lumière de Douglas Slocombe, des séquences d’actions époustouflantes et un petit quelque chose en plus qui fait toute la différence : l’humour. Il faut ajouter à tout cela un personnage attachant joué par un Harrisson Ford impeccable dont l’interprétation oscille sans cesse entre un personnage tour à tour maladroit ou extrêmement habile pour se sortir des pires situations, entre le tranquille professeur d’université et l’aventurier intrépide. Des personnages secondaires savoureux, le jovial et fidèle ami Sallah (John Rhys-Davies), le conservateur lunaire Marcus Brody Denhlom Elliott, le sinistre sbire de la gestapo Toht (Ronald Lacey) et le toujours élégant adversaire (Paul Freeman), sans oublier le rôle de Marion (Karen Allen) une femme tour à tour forte et fragile. Avec de tels atouts, Spielberg ne pouvait que rendre une copie parfaite.

Marion Ravenwood (Karen Allen) et le bourdon de Râ.

Marion Ravenwood (Karen Allen) et le bourdon de Râ. © Paramount Pictures

Pour toutes ces raisons le film mérite amplement 5 étoiles.

LES PIERRES SACRÉES

Dans le second volet de la saga, Indiana Jones et le Temple maudit (Indiana Jones and the Temple of Doom, 1984). Le héros doit retrouver les cinq Pierres de Sankara.

INDIANA JONES (HARRISON FORD). Affiche d'Indiana Jones et le Temple maudit (Indiana Jones and the Temple of Doom, 1984).

Affiche d’Indiana Jones et le Temple maudit (Indiana Jones and the Temple of Doom, 1984).

Selon une légende, le dieu hindou Shiva a donné cinq pierres à Sankara sur le mont Kailash et lui a demandé de les utiliser dans sa lutte contre le mal. Selon leur emploi, les pierres sacrées peuvent donner la vie ou apporter la destruction.

INDIANA JONES (HARRISON FORD). Indiana Jones et les Pierres de Sankara.

Indiana Jones et les Pierres de Sankara. © Paramount Pictures

Pour récupérer les pierres sacrées, le héros doit affronter les Thugs (une confrérie d’assassins professionnels), dirigés par le maléfique grand prêtre Mola Ram qui procède à des sacrifices humains en l’honneur de la déesse Kâlî.

INDIANA JONES (HARRISON FORD). Amrish Puri dans le rôle de Mola Ram dans Indiana Jones et le Temple maudit.

Amrish Puri dans le rôle de Mola Ram dans Indiana Jones et le Temple maudit. © Paramount Pictures

Les Pierres de Sankara s’inspirent des Shiva lingams. Le lingam ou linga est un objet dressé, souvent d’apparence phallique, symbolisant le dieu hindou Shiva.

Lingams et yonis sur les ghâts à Varanasi.

Lingams et yonis sur les ghâts à Varanasi. (Wikimedia Commons).

DESCENTE AUX ENFERS

Plus sombre que l’épisode précédent, c’est George Lucas qui oriente le film du côté obscur. Le film oscille entre l’ombre et la lumière. Après une introduction brillante mêlant la comédie musicale, James Bond et une action trépidante, le film change d’atmosphère. Dès que l’action se situe en Inde, le film bascule dans le cauchemar, un horrible repas à la cour du Maharaja, un tunnel grouillant d’immondes insectes, des enfants réduits en esclavage puis l’épouvante, sacrifice humain, cœur arraché, homme brulé vif, la transformation du héros en serviteur du mal après avoir bu du sang de Kâlî, le jeune maharadja qui torture Indiana Jones à distance avec une poupée vaudou.

Indiana Jones et le temple maudit.

Dans l’antre du mal. © Paramount Pictures

Vers la fin le film redevient positif avec la victoire du héros qui délivre les enfants.

Avec davantage d’action et d’humour que le premier opus qui contrebalancent efficacement la noirceur du script, le film mérite 5 étoiles.

Seul bémol, un alignement de clichés assez invraisemblables sur l’Inde. Pas étonnant que les autorités indiennes n’aient pas donné le feu-vert pour le tournage. Si historiquement les Thugs ont été des vilains ayant réellement existé, Kâlî, malgré son aspect peu engageant, est une déesse très vénérée en Inde particulièrement du côté de Calcutta.

Représentation de Kali dansant sur le corps de Shiva. Kali est la déesse de la préservation, de la transformation et de la destruction. C'est une forme terrifiante de Pārvatī représentant le pouvoir destructeur du temps.

Représentation de Kâlî dansant sur le corps de Shiva. Kali est la déesse de la préservation, de la transformation et de la destruction. C’est une forme terrifiante de Pārvatī représentant le pouvoir destructeur du temps. (Wikimedia Commons).

Cette déesse ne représente pas l’incarnation absolue du mal comme le laisse entendre le film. Puisque Kâlî représente l’énergie, la puissance de destruction du temps (kâlâ) qui désintègre tout. Tout procède d’elle et c’est elle qui dévore tout. La déesse est de couleur bleu foncé ou noir. Souvent représentée sous un aspect effrayant, avec des dents terribles et une langue qui dégouline du sang de ses victimes, elle porte un collier de tête de morts et se tient debout sur un cadavre. La déesse dispose de quatre bras qui représentent les quatre directions de l’espace et indiquent un cycle complet du temps. Dans une main elle tient une épée symbole de la puissance de destruction. Dans une autre main, une tête coupée, qui rappelle aux vivants que rien n’échappe à la puissance de destruction du temps. Une autre main fait le geste d’éloigner la crainte, car la déesse seule ignore la crainte et peut protéger ceux qui l’invoquent par leurs prières et leurs offrandes. Sa quatrième main est celle qui donne puisque le déesse est également dispensatrice du bonheur.

Kâlî est une divinité complexe, très éloignée des concepts occidentaux un peu simplistes concernant le bien et le mal.

LE SAINT GRAAL

Dans le troisième volet de la saga, Indiana Jones et la Dernière Croisade (Indiana Jones and the Last Crusade, 1989), le héros doit à nouveau affronter les nazis. Il retrouve, avec l’aide de son père, le Saint Graal, mais ses impitoyables ennemis sont à ses trousses. Au cours de ses aventures, le héros n’est pas à l’abri des trahisons.

INDIANA JONES (HARRISON FORD). Affiche d'Indiana Jones et la Dernière Croisade (Indiana Jones and the Last Crusade, 1989).

Affiche d’Indiana Jones et la Dernière Croisade (Indiana Jones and the Last Crusade, 1989).

Le Saint Graal, le calice ayant contenu le sang du Christ, est un symbole de résurrection et de vie éternelle.

Indiana Jones et le Saint Graal.

Indiana Jones et le Saint Graal. © Paramount Pictures

Pour en savoir plus sur les différents aspects du Graal, voir SAISON 2 ANNEXE 13 Le Graal

Harrison Ford et Sean Connery dans Indiana Jones et la Dernière Croisade.

Harrison Ford et Sean Connery dans Indiana Jones et la Dernière Croisade. © Paramount Pictures

On a beaucoup prêté aux nazis en matière d’occultisme, mais il est avéré qu’ils ont recherché le Graal dans les Pyrénées, notamment à Monségur. Pour plus de détails voir MONSÉGUR

RETOUR AUX SOURCES

Le troisième épisode reprend les ingrédients qui ont fait le succès du premier opus. Les nazis sont de retour ainsi que le jovial Sallah et l’étourdi Marcus Brody. Le film est bâti sur un scénario classique, si ce n’est qu’il comporte une idée de génie. Celle d’incorporer au métrage le père d’Indiana Jones. Pour le héros, la Quête du Graal est doublée par la quête du père. Indiana Jones doit ainsi retrouver son père, ce qu’il fait après quelques péripéties à Venise et en Autriche. S’ensuit un fabuleux numéro d’acteur entre le duo Harrisson Ford et Sean Connery. Ce dernier sans doute dans un de ses meilleurs rôle en tant que professeur maladroit. La magie opère et le film, malgré quelques incohérences, mérite largement 5 étoiles.

Voir également SAISON 2 ÉPISODE 21 La Quête du Graal

Indiana Jones. Scène dans les catacombes de Venise.

Scène dans les catacombes de Venise. © Paramount Pictures

LES CRÂNES DE CRISTAL

Dans le quatrième épisode des aventures du célèbre archéologue, Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal (Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull, 2008), le héros affronte durant la Guerre Froide des agents soviétiques pour retrouver un crâne de cristal aux pouvoirs surnaturels.

INDIANA JONES (HARRISON FORD). Affiche d'Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal (Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull, 2008).

Affiche d’Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal (Indiana Jones and the Kingdom of the Crystal Skull, 2008).

Années 50, essais nucléaires, cités légendaires, archéologue fou, crânes de cristal, momies de conquistadors, ruines de civilisations disparues, entités venues d’une autre dimension, soucoupe volante, pouvoirs occultes et espions soviétiques, le tout sur fond de rock n’roll, tels sont les ingrédients des nouvelles aventures du célèbre archéologue après 19 ans d’absence. Chiens de prairie et singes numériques complètent le tableau dans un joyeux désordre.

Indiana Jones et le crâne de cristal.

Indiana Jones et le crâne de cristal. © Paramount Pictures

Le crâne de cristal du quatrième épisode de la saga Indiana Jones est inspiré par les crânes de cristal  qui sont entreposés dans plusieurs musées dans le monde (British Museum, Musée des Arts premiers du quai Branly etc.). Ces mystérieux crânes sont censés avoir été sculptés par les Aztèques et les Mayas. Ces objets ont fasciné les amateurs d’ésotérisme qui leur prêtaient une origine surnaturelle, ainsi que des pouvoirs de guérison physique et spirituelle. Le crâne de cristal du film est notamment inspiré de celui de Frederick Mitchell-Hedges, apparemment doté de pouvoirs psychiques. En 1950, l’explorateur britannique a affirmé l’avoir découvert en 1924 lors de fouilles archéologiques dans la cité maya de Lubaantun, au Belize. Selon lui, l’artefact avait plus de 3 000 ans. Des analyses commanditées par les musées dans les années 1990 ont prouvé que ces crânes de cristal sont tous des faux. En fait, Mitchell-Hedges avait acheté le crâne en 1944 à un marchand d’art londonien. Des analyses effectuées en 2008 ont confirmé que ce crâne a été fabriqué en Allemagne dans les années 1930.

Crâne de cristal au British Museum, Londres.

Crâne de cristal au British Museum, Londres. (Wikimedia Commons).

Dans cet épisode, le crâne de cristal que doit retrouver Indiana Jones appartient à un être d’une autre dimension. Ce crâne est doté de pouvoirs surnaturels assez ahurissants et pratiques en toutes situations. Un vrai couteau suisse cosmique. Il est d’abord un aimant surpuissant, il peut également hypnotiser, faire fuir des fourmis voraces, effrayer des indigènes hostiles et servir de clef pour ouvrir le mécanisme complexe d’une porte millénaire. À la fin du métrage, il devient la tête d’un extra-terrestre archéologue qui ressuscite. Ce être étrange vient d’une autre dimension et révèle toutes les connaissances de l’univers à l’agent soviétique qui finalement en meurt. Ouf ! Rien que l’énoncé alambiqué de ce paragraphe démontre à lui seul déjà un gros problème de scénario.

LES HÉROS SONT FATIGUÉS

Les visions de George Lucas et de Steven Spielberg divergent trop dans cet épisode pour aboutir à un résultat cohérent. De ce manque d’harmonie naît un scénario bancal qui pour conséquence une intrigue nébuleuse au cours de laquelle le héros se contente de refaire le parcours effectué précédemment par son ami Oxley qui a presque résolu toutes les énigmes avant de rebrousser chemin au dernier moment.

Parasité par les figures de style imposée par Lucas, le film recèle pourtant quelques fulgurantes scènes menées tambour battant par un Steven Spielberg toujours virtuose. Le réalisateur n’a pas perdu la main malgré les entraves, comme le démontre le prologue au rythme époustouflant qui s’achève par une explosion atomique.

Indiana Jones et le champignon nucléaire. © Paramount Pictures

Avec toutes ces incohérences, sans aucun doute l’épisode le moins réussi de la série. Il faut dire qu’après les trois pépites précédentes, il est difficile au duo Lucas-Spielberg de renouer avec l’âge d’or. Les grandes compagnies de production cinématographiques oublient un peu trop souvent que pour faire un bon film, il faut d’abord avoir une bonne histoire et le fait de faire passer un scénario de main en main pour le faire réécrire sans cesse par divers scénaristes n’est peut-être pas la panacée universelle. La faute peut-être à trop de passages obligés qu’il faut intégrer dans le métrage. Symptomatique serait sans doute la réponse de George Lucas, qui est devenu au fil du temps un inconditionnel des incrustations numériques inutiles, à la question suivante.

Pourquoi des singes et des marmottes numériques ?

Mais bon sang ! Tout simplement parce qu’on peut le faire !

Malgré tous ses défauts, le film comparé à d’autres productions hollywoodiennes reste un bon divertissement et mérite 3 étoiles.

LE CADRAN D’ARCHIMÈDE

Dans le dernier opus de la série Indiana Jones et le Cadran de la destinée (Indiana Jones and the Dial of Destiny, 2023), le héros, doit retrouver le Cadran d’Archimède.

Affiche d’Indiana Jones et le Cadran de la destinée (Indiana Jones and the Dial of Destiny, 2023).

Ce cadran est en fait une machine à voyager dans le temps et le héros doit affronter les sbires d’un scientifique nazi recruté par la NASA pour le projet Apollo. Le savant veut faire triompher le Troisième Reich en voyageant dans le temps.

Le cadran de la destinée permettant le voyage dans le temps.

Le cadran de la destinée permettant le voyage dans le temps. © Paramount Pictures

Le cadran d’Archimède est inspiré de la machine d’Anticythère qui est considérée comme le premier calculateur analogique antique permettant de calculer des positions astronomiques.

Fragment principal de la machine d'Anticythère. Le mécanisme consiste en un système complexe de 32 roues et plaques portant des inscriptions relatives aux signes du zodiaque et aux mois. L'étude des fragments suggère qu'il s'agissait d'une sorte d'astrolabe utilisée pour la navigation maritime.

Fragment principal de la machine d’Anticythère. Le mécanisme consiste en un système complexe de 32 roues et plaques portant des inscriptions relatives aux signes du zodiaque et aux mois. L’étude des fragments suggère qu’il s’agissait d’une sorte d’astrolabe utilisée pour la navigation maritime. (Wikimedia Commons).

Des fragments de la machine d’Anticythère ont été trouvés en 1901, dans une épave d’une galère romaine datée comme antérieure à 87 av. J.-C., près de l’île grecque d’Anticythère. Pour en savoir davantage, voir LA MACHINE D’ANTICYTHÈRE

LE CHANT DU CYGNE

L’action est certes trépidante et rondement menée, mais n’atteint jamais l’envergure des trois premiers films. James Mangold qui a succédé à Spielberg est un réalisateur solide (il l’a prouvé avec Le Mans 66), mais il n’est pas le petit génie du cinéma qu’était Steven Spielberg à ses débuts. Cependant il surpasse aisément Le royaume du crâne de cristal réalisé par Spielberg lui-même et offre ainsi l’occasion à Indiana Jones de quitter dignement la scène permettant au passage une réflexion sur le temps qui passe et la vieillesse.

C’est pourquoi le film mérite 4 étoiles.

À noter l’utilisation du de-aging au cours du prologue qui est une nouvelle technologie numérique qui permet de rajeunir les acteurs d’un film. Moins convaincants au cours des premières images (le comble pour un film au budget estimé à 387 millions de dollars), les résultats de cette nouvelle technologie qui rajeunie Harrison Ford semblent s’améliorer au fil de l’action et finissent par être presque bluffants lors de la scène du train.

Indy rendu jeune grâce à la technologie de-aging.

Indy rendu jeune grâce à la technologie. © Paramount Pictures

QUE NOUS RÉSERVE L’AVENIR ?

Suivre la tendance actuelle et en faire un rôle féminin ?

Pourtant la place est prise depuis longtemps par Lara Croft.

Suivre la mode des :

  • Séquelle : suite directe d’une œuvre. Avec l’âge d’Harrison Ford, c’est très improbable.

  • Préquelle : histoire qui se déroule avant l’intrigue originale. C’est déjà fait avec Les Aventures du jeune Indiana Jones, série télévisé au succès mitigé.

  • Spin-off : histoire dérivée d’un personnage ou d’un élément secondaire. Peu probable vu l’importance du personnage principal.

  • Reboot : relancer une franchise à zéro, avec une nouvelle continuité.

Changer d’interprète ?

Dans cette course au dollars, gageons que Disney voudra absolument rentabiliser une franchise que la compagnie a achetée à prix d’or à George Lucas comme elle l’a fait avec Star Wars. Le studio de la souris trouvera certainement une entourloupe pour ressusciter d’une façon ou d’une autre le célèbre archéologue.

Cependant on peut constater que contrairement à Star Wars, la saga Indiana Jones ne repose que sur les épaules d’un seul personnage. Or Harrison Ford est devenu l’incarnation même d’Indiana Jones et il sera difficile de la faire oublier. Nombre d’acteurs s’y sont risqués avec plus ou moins de réussite en reprenant la recette du film d’aventure teinté d’archéologie. De Brendan Fraser à Jackie Chan en passant par Tom Cruise. Ce dernier, à qui normalement tout réussit, a dû déchanter avec La Momie (The Mummy, 2017) qui n’a pas remporté le succès escompté au box-office et demeure un des rares échecs de l’acteur.

En tous cas pour avoir vraiment du succès, il faudra sans doute aller à contre-courant de la tendance actuelle et commencer par avoir un bon scénario ainsi qu’un excellent artefact.

Ce qui est pratiquement une mission impossible, tellement les scénaristes et les auteurs des romans mettant Indiana Jones en scène ont épuisé le filon avec des artefacts de toute sorte existants ou inventés.

Pour en savoir davantage à propos des artefacts qui apparaissent dans la saga complète d’Indiana Jones, voir INDIANA JONES (LES ARTEFACTS) 

On peut avancer l’idée que le succès des premiers épisodes est peut-être lié à la présence d’artefacts religieux (Arche d’Alliance et Graal) qui ont fait rêver l’humanité depuis des millénaires et qu’ils sont connus de tous. Indiana Jones n’est qu’un des aventuriers réels ou imaginaires qui ont recherché ces objets mythiques depuis des siècles. Les pierres sacrées indiennes sont une exception puisqu’elles qui ne servent que de prétexte à une aventure qui a pour but de sauver des enfants d’une mort certaine. Ici, c’est l’acte de secourir des gamins qui est de portée universelle et qui emporte l’adhésion de tous. Tandis que les artefacts des épisodes suivants (crâne de cristal et cadran d’Archimède) sont des inventions des scénaristes pour les besoins du film et qui ne sont que vaguement basés sur des objets réels, pas forcément connus du grand public.

Peut-être est-il tout simplement temps de dire adieu au professeur Jones.

Indiana Jones et le temple maudit. La scène du pont suspendu.

Indiana Jones et le temple maudit, la scène du pont suspendu. © Paramount Pictures

IMAGE MISE EN AVANT :

Harrison Ford dans une scène du film « Indiana Jones et le temple maudit », 1984.

Harrison Ford dans une scène du film « Indiana Jones et le temple maudit », 1984 (détail). Photo par Paramount/Getty Images

PETIT BONUS

Un clin d’œil des auteurs d’Indiana Jones longtemps passé inaperçu.

INSOLITE

On a beaucoup glosé sur les innombrables influences d’Indiana Jones. Cependant Le secret des Incas de 1954 avec Charlton Heston paraît être une des inspirations majeures du film de Spielberg. Comme le début des Aventuriers de l’Arche perdue, l’action du secret des Incas se situe au Pérou. Le personnage principal, Harry Steele (Charlton Heston), porte déjà ce qui deviendra plus tard la tenue typique d’Indiana Jones : veste en cuir marron, chapeau fedora, pantalon beige, sac à bandoulière et revolver. Ne manque que le fouet.

Charlton Heston en proto-Indiana Jones dans Le secret des Incas, réalisé par Jerry Hopper en 1954.

Charlton Heston en proto-Indiana Jones dans Le secret des Incas, réalisé par Jerry Hopper en 1954. © Paramount Pictures

Ce n’est pas tout, comme dans les Aventuriers, c’est un rayon de lumière qui révèle la position exacte du trésor que recherche le héros.

Le jeu de lumière qui indique la cache du trésor dans Le secret des Incas.

Le jeu de lumière qui indique la cache du trésor. © Paramount Pictures

Pour signer leur emprunt, Georges Lucas et Steven Spielberg ont même fait figurer l’artefact en forme de soleil du film, dénommé Sunburst, du secret des Incas dans leur propre long métrage.

Le « Sunburst » dans les mains de Charlton Heston.

Le « Sunburst » dans les mains de Charlton Heston. © Paramount Pictures

Le même artefact dans Les Aventuriers de l’Arche perdue.

Le précieux « Sunburst » en or et incrusté de pierreries ignoré par Indiana Jones.

Le précieux « Sunburst » en or incrusté de pierres précieuses injustement ignoré par Indiana Jones. © Paramount Pictures

©JPS2024/25

[ACCUEIL]

SOURCES :

Les artefacts d’Indiana Jones sont-ils réels ? – Ciné Télé & Co. (cineteleandco.fr)

jones-jr.com – Le site français d’Indiana Jones

L’Écran Fantastique, Hors-Série Indiana Jones, N° 9, Mai 2008.

Mad Movies Classic, La saga Indiana Jones, N° 23, 2023.

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