LES DRUIDES SAISON 1 ÉPISODE 6

LES CIMBRES (1/3)

LE TESTAMENT DES DRUIDES

Le chaudron de Gundestrup ne devrait pas exister en tant que tel puisqu’il enfreint deux interdits majeurs du druidisme. En premier, le secret de l’enseignement des druides. C’est césar qui le dit :

Ils (les druides) estiment que la religion ne permet pas de confier à l’écriture la matière de leur enseignement, alors que pour tout le reste en général, pour les comptes publics et privés, ils se servent de l’alphabet grec. Ils me paraissent avoir établi cet usage pour deux raisons, parce qu’ils ne veulent pas que leur doctrine soit divulguée, ni que, d’autre part, leurs élèves, se fiant à l’écriture, négligent leur mémoire ; car c’est une chose courante : quand on est aidé par des textes écrits, on s’applique moins à retenir par cœur et on laisse se rouiller sa mémoire[1].

Or, les informations contenues dans l’iconographie du chaudron permettent de reconstituer les grandes lignes de la religion des druides[2]. En second, l’interdiction de représenter les dieux. Contrairement aux Grecs et aux Romains qui représentent leurs dieux sous forme humaine aucune statuaire religieuse celtique ne voit le jour avant la conquête romaine[3]. Voir également Les interdits druidiques : ANNEXE 25 La non-représentation des dieux et ANNEXE 26 Le refus de l’écriture

DATATION DU CHAUDRON

Le chaudron de Gundestrup date donc au plus tôt du milieu du Ier siècle av. J.-C.  Cette représentation des dieux purement celtiques ne dure qu’un court laps de temps puisque très vite se met en place un syncrétisme entre les religions gauloises et romaines. Or l’iconographie du chaudron ne reflète aucune influence grecque ou romaine. Si l’on tient compte du comput astronomique du chaudron. Le calendrier druidique commence avec le sacrifice du taureau cosmique aux alentours de 2200 av. J.-C. Ces interdits furent donc en vigueur pendant plus de 2000 ans. Ce sont des circonstances dramatiques exceptionnelles qui vont contraindre les druides d’enfreindre leurs propres lois : la destruction totale du druidisme par leurs ennemis Romains. Les événements vont leur donner raison puisque l’enseignement des druides a complètement disparu. Le chaudron exprime une tentative désespérée de transmettre un dernier message. Un message aux générations futures, une bouteille à mer : « Oui, nous étions là ! Voici notre religion ». Les informations contenues dans les images du chaudron représentent l’ADN des druides. Comme pour les mammouths disparus depuis la fin de l’ère glaciaire il faut d’abord décrypter le code génétique. Ce séquençage de l’ADN permet ensuite de ressusciter les croyances des druides.

LES CIMBRES : UN PEUPLE MYSTÉRIEUX

Dans cet article nous aborderons le problème des Cimbres qui de l’avis unanime des spécialistes sont des Germains[4]. Pourtant tout n’est pas aussi simple puisque les chefs des Cimbres portent des noms celtes et ils sont en possession d’un chaudron indéniablement d’inspiration celtique. Un chaudron avec des représentations mythologiques celtiques employé par des Germains lors de rites religieux ? Étrange.

D’ailleurs un grand nombre d’autres questions se posent concernant les Cimbres et leur chaudron sacré. Passons les en revue :

Pourquoi ce chaudron a-t-il été fabriqué ? Par qui ? Où ? Quand ? Pour qui ? à quoi sert ce chaudron ? Pourquoi ces motifs celtiques ? Pourquoi ce chaudron s’est-il retrouvé en pièces détachées dans une tourbière ? Pourquoi ces Cimbres ne sont pas des Germains comme les autres ?

Une étude serrée du chaudron nous permettra de répondre à la plupart de ces interrogations. Commençons par les Cimbres, des Germains qui posent problème. Il faut tout d’abord retracer leur histoire.

L’ÉPOPÉE DES CIMBRES

Les Cimbres (latin : Cimbri) entrent dans l’histoire à la fin du IIe siècle av. J.-C., à cause de leur migration vers le sud. D’après les auteurs de l’Antiquité les Cimbres fuient leur pays à cause des raz de marées qui ravagent les rivages de la Chersonèse cimbrique, la péninsule du Jutland actuelle (Danemark et Allemagne).

LES CIMBRES Carte de l'invasion des Cimbres

Migration des Teutons et des Cimbres. Croix rouges : Défaites cimbres et teutonnes. Croix verte : Victoires cimbres et teutonnes (Source Wikimedia Commons).

Ils migrent en direction de l’Europe centrale[5] dans leurs lourds chariots tirés par des bœufs[6] avec leurs femmes, leurs enfants et leurs troupeaux de bovins afin de trouver de nouvelles terres pour s’établir sur un territoire loin de la tumultueuse mer du Nord.

Voir également ANNEXE 12 Les causes de la migration des Cimbres

LES CIMBRES ATTAQUENT LES RÉGIONS DANUBIENNES

Les Cimbres se dirigent vers le Danube et attaquent les Boïens, puissant peuple celte, établis en Bohème qui les repoussent. Ils sont rejetés vers les Scordisques[7] en Pannonie, malgré les pillages ce peuple oppose une farouche résistance qui contraint les Cimbres de remonter vers le Norique (Noricum). Là, ils s’opposent aux Taurisques[8]. Ces derniers sont alliés des Romains. Rome intervient et exige des envahisseurs de quitter le Norique. Les Cimbres engagent des pourparlers avec les autorités romaines et demandent qu’on leur accorde des terres. Les négociations n’aboutissent pas et en 113 av. J.-C., les Cimbres infligent près de Noreia une sévère défaite à l’armée romaine du consul C. Papirius Carbo, pillent le Norique et chargés d’un important butin poursuivent ensuite leur route vers l’ouest. Carbo réussit à s’échapper avec ce qui reste de ses légions et retourne à Rome, où il est démis de son poste de consul. Entre 113 et 109 av. J.-C. les Cimbres s’installent dans le Sud de l’Allemagne et forment alors avec les Helvètes une vaste confédération. C’est là qu’ils sont rejoints par un peuple que l’histoire leur a associé à jamais, les Teutons qui tenaient le marché de l’ambre sur la côte orientale de la Baltique. Les Tigurins, un des peuples helvètes, impressionnés par le riche butin des pillages décide d’accompagner les Cimbres dans leur migration.

LES CIMBRES ET LEURS ALLIÉS PASSENT LE RHIN

Les Cimbres alliés aux Teutons et aux Ambrons[9] ainsi qu’à deux tribus Helvètes, les Toygènes[10] et les Tigurins[11] passent le Rhin en 109 av. J.-C. Ils demandent à nouveau des terres en envoyant une ambassade à Rome. Devant le refus de Romains, les Cimbres et leurs alliées attaquent et mettent en déroute l’armée du consul Marcus Junius Silanus en Narbonnaise. En 107, agissant pour leur propre compte, une des tribus Helvètes, les Tigurins, sous la conduite d’un certain Divico, descendent vers la Provence, provincia Romana depuis moins de vingt ans. Ils se portent au secours des Volques Tectosages de Toulouse qui se sont révoltés contre l’autorité de Rome en assiégeant la garnison romaine. Les Tigurins infligent une cuisante défaite aux légions du consul Lucius Cassius Longinus qui est tué. Humiliation suprême pour les Romains les troupes survivantes doivent passer sous le joug. Trouve également la mort dans cette bataille le légat Lucius Calpurnius Piso Caesoninus aïeul du beau-père de César. Celui-ci s’en souviendra et se vengera lors de sa campagne contre les Helvètes en 58 av. J.-C.

L’ÉPOPÉE DE TIGURINS

Lorsque les Tigurins quittent la provincia, les troupes romaines du proconsul romain Quintus Servilius Cæpio s’empare à nouveau de Toulouse. C’est là qu’intervient l’épisode fameux de « l’or de Toulouse ». Le proconsul se fait livrer par les Tectosages un trésor sacré qui proviendrait du pillage du sanctuaire d’Apollon de Delphes lors de la prise de la cité par les Gaulois de Brennos en 279 av. J.-C.[12]. Or à cause de sa provenance sacrilège « l’or sacré de Toulouse » porte malheur et le trésor (environ 70 tonnes) envoyé vers Rome disparaît entre Toulouse et Marseille. Cæpio justifie cette disparition par une attaque de brigands, mais il est accusé d’avoir inventé cette histoire afin de détourner l’or à son profit. Un malheur n’arrivant jamais seul, cette même année il est également responsable de la défaite d’Arausio (Orange, 105 av. J.-C.) au cours de laquelle 80 000 soldats romains sont tués. Rome ne supporte pas ces deux échecs consécutifs et Cæpio est expulsé du Sénat, déchu de sa citoyenneté romaine, ses biens sont confisqués et il est condamné à payer une amende de 15 000 talents. Il finira sa vie en exil à Smyrne. Telle est la malédiction du trésor sacré de Toulouse.

Voir ANNEXE 29 L’or de Toulouse

LA BATAILLE D’ARAUSIO

Cet enchaînement de défaites est un désastre pour Rome. En 105 av. J.-C., craignant une invasion de l’Italie, le sénat décide d’envoyer le consul Mallius Maximus avec ses troupes en Provence afin d’y renforcer l’armée du fameux proconsul Servilius Cæpio cité précédemment. Les deux hommes ne s’entendent pas et sont en constant désaccord, se vouant une haine et une jalousie extrêmes, Cæpio refusant de coopérer avec son supérieur. Les Cimbres, les Teutons, les Tigurins et les Ambrons se regroupent et descendent le long du Rhône semant ruines et dévastation sur leur passage. Une avant-garde de l’armée de Maximus commandée par le légat Marcus Aurelius Scaurus est vaincue par la coalition autour des Cimbres. Capturé et traduit devant le conseil des chefs, le légat est tué par le roi cimbre Boiorix pour avoir affirmé que les Romains ne peuvent être vaincus. Une nouvelle fois les envahisseurs demandent des terres en échange de la paix. Cæpio refuse sans même consulter son supérieur. C’est près d’Arausio (Orange) à proximité immédiate du Rhône que les deux armées romaines sous le commandement de Maximus et de Cæpio se heurtent aux Cimbres et à leurs alliés. Le choc est rude et les Romains subissent une nouvelle défaite et la quasi-totalité des forces engagées sont anéanties. Les survivants sont massacrés et l’ensemble du butin est sacrifié aux dieux, l’or et l’argent sont jetés dans le fleuve, les vêtements sont déchirés et les armes brisées, les prisonniers sont pendus et les chevaux noyés. C’est l’un des plus grands désastres militaires de l’histoire romaine[13]. Pourtant la coalition autour des Cimbres ne profite pas de son avantage et se sépare, les Teutons Ambrons et Tigurins remontent vers le nord et pillent la Gaule tandis que les Cimbres descendent vers le sud pour piller la péninsule ibérique. Laissant ainsi le temps aux Romains de renforcer leur dispositif militaire. En 104, le sénat romain rappelle d’Afrique le général et consul Caius Marius avec pour ordre d’arrêter les envahisseurs. Marius impose à sa troupe des entraînement implacables dans le but d’améliorer la discipline, l’endurance, l’autonomie et la mobilité des corps légionnaires. Il fait également creuser un canal, appelé Fossae Marianae, reliant le Rhône à la mer pour assurer le ravitaillement régulier de ses troupes. Pendant ce temps, après d’innombrables pillages en Espagne les Cimbres sont finalement refoulés par les Celtibères et repassent en Gaule tandis qu’au nord les Teutons et leurs alliés sont repoussés par des Belges. 6000 hommes restent en Gaule belgique entre Sambre et Meuse pour garder le butin et former le peuple des Atuatuques (Atuatuci). En 103, la coalition des peuples barbare décide alors de franchir les Alpes et d’envahir l’Italie réveillant ainsi le spectre de l’invasion de Rome par les Gaulois au IVe siècle av. J.-C.

LA DÉFAITE DES TEUTONS

Les barbares prennent deux routes différentes les Teutons et les Ambrons par le sud et les Cimbres et les Tigurins par le nord des Alpes pour prendre la défense romaine à revers.  Les Romains s’organisent eux aussi, Marius est chargé d’attendre les Teutons en Provence tandis que le consul Catulus bloque les cols alpins vers la Cisalpine. En 102, Marius se retrouve face aux Teutons et aux Ambrons, l’affrontement est inévitable, mais il estime les conditions peu favorables pour une bataille et se retranche dans son camp. Après trois jours de provocations et d’assaut répétés les Teutons et les Ambrons contournent le camp de Marius et reprennent la direction de l’Italie. D’après Plutarque les barbares sont tellement nombreux qu’ils mettent six jours entiers pour défiler sans interruptions devant le camp retranché des troupes de Marius. Non sans lancer un dernier défi au Romains puisqu’ils leurs demandent en riant « s’ils n’ont rien à dire à leurs femmes, car ils seraient bientôt auprès d’elles[14] ». Marius leur laisse une avance et reprend lui aussi la route et à marche forcée devance les barbares et les intercepte à Aquae Sextiae (Aix-en-Provence). Marius installe et fortifie son camp sur une hauteur favorable pour la défense comme pour l’attaque, mais le lieu manque cruellement d’eau tandis que les Teutons s’installent près d’une rivière. Les troupes se plaignent de la soif qui les tenaille. Marius montre la rivière qui baigne le camp des barbares et dit à ses hommes « qu’il leur faut aller acheter de l’eau au prix de leur sang[15] ». Un premier combat à lieu près de la rivière tandis que les barbares profitent des sources d’eau chaudes pour prendre un bain. Ils ne pensent qu’à s’amuser, à faire bonne chère et à boire du vin[16]. Les serviteurs de l’armée romaine descendent vers la rivière pour chercher de l’eau pour eux et leurs bêtes et les barbares n’engagent que peu de guerriers pour les empêcher de se ravitailler en eau. Les adversaires en viennent aux mains et les renforts arrivent des deux côtés, la bataille s’engage. Très peu d’hommes du côté barbare sont prêt au combat, mais les Ambrons qui constituent l’avant-garde des barbares se précipitent pour prendre les armes et se retrouvent face aux troupes légères Ligures qui eux aussi portent le nom d’Ambrons. Le reste des troupes romaines lourdement armés se portent au secours de leurs auxiliaires ligures. Les Ambrons subissent de lourdes pertes. Après cette attaque surprise les Romains se retranchent dans leur camp dont les fortifications ne sont pas terminées et attendent l’assaut des Teutons qui ne viendra pas[17]. En attendant, Marius envoie durant la nuit un de ses légats Claudius Marcellus se poster avec 3 000 hommes derrière les lignes ennemis. Le lendemain l’armée de Marius prend position sur les hauteurs et les Teutons se jettent à l’assaut de la colline. Le terrain est défavorable aux barbares et les Romains prennent le dessus grâce aux hommes de Marcellus qui prennent l’ennemi à revers. Les troupes romaines se lancent à la poursuite des barbares qui se retranchent dans leur campement où ils se font massacrer malgré la participation des femmes au combat. Selon Plutarque plus de 100000 Teutons sont tués et 20 000 d’entre eux capturés. Une petite troupe de cavaliers parvient à s’enfuir, mais le roi Teutoboduus et quelques chefs sont faits prisonniers chez les Séquanes et rapportés au camp de Marius.

LA FIN DE L’INVASION DES CIMBRES

Les Cimbres de leur côté passent par le Nord des Alpes et se séparent des Tigurins chargés de couvrir une éventuelle retraite en tenant les cols du Norique. Marius est rappelé à Rome, mais refuse de célébrer son triomphe[18] et repart rejoindre son armée victorieuse qu’il a fait revenir de Gaule. Pendant ce temps, la mission du général romain Quintus Lutatius Catulus est de bloquer les cols des Alpes et d’éviter l’invasion du nord de l’Italie. Devant le déferlement des Cimbres, il préfère cependant se retirer derrière l’Adige pour éviter que ses forces ne soient écrasées. Les barbares attaquent les derniers défenseurs qui se trouvent encore de l’autre côté de l’Adige. Les Cimbres par admiration de leur courage et, après avoir juré sur le taureau d’airain qu’ils avaient apporté avec eux, accordent aux romains le droit de repartir librement. La route de Rome est ouverte, mais les Cimbres se dispersent pour piller et oublient encore une fois leur avantage stratégique. Ce qui permet aux troupes de Marius et de Catulus de faire leur jonction dans la plaine du Pô et d’attendre les envahisseurs. Les Cimbres quant à eux attendent les Teutons dont ils ignorent encore l’anéantissement. Ils entament à nouveaux des négociations pour obtenir des terres pour eux et leurs alliés Teutons. Marius leur répond qu’ils ne s’inquiètent pas pour leurs frères teutons, qu’il leur a donné des terres pour l’éternité. Les barbares menacent les Romains de les punir de ces railleries, d’abord par les Cimbres puis par les Teutons quand ils seront arrivés. « Ils s’y sont déjà » leur lance le consul et leur montre leur roi Teutoboduus couvert de chaînes. Boiorix, le roi des Cimbres à la tête d’un petit détachement de cavaliers vient défier Marius et lui demande de fixer le jour et le lieu du combat.

LA DERNIÈRE BATAILLE

C’est le 30 juillet de l’an 101 av. J.-C. dans la plaine de Vercellae qu’a lieu la bataille finale. Selon Plutarque près de 200000 Cimbres appuyés par une cavalerie forte de 15 000 hommes se retrouvent face à 10 légions romaines[19]. Pour le combat, les Cimbres portent leurs plus belles armes, une épée de grande taille, des lances avec deux crochets, des boucliers blancs et brillants et des casques qui représentent des têtes d’animaux sauvages. Les Cimbres s’attachent les uns aux autres avec des chaînes fixées autour de leur taille pour plus de discipline dans leurs rangs Les légionnaires de Catulus sont au centre du dispositif et Marius place ses troupes aux ailes pour prendre l’ennemi en tenaille. Les barbares semblent tomber dans le piège puisque la cavalerie charge directement les lignes de Catulus. Pourtant au dernier moment les cavaliers dirigent leurs chevaux vers la droite[20]. C’est une feinte pour disloquer les troupes romaines. Car les légionnaires croient que les barbares s’enfuient, et perdant leur discipline habituelle, malgré les tentatives de leurs officiers pour les arrêter, se lancent à leur poursuite en soulevant un énorme nuage de poussière. L’infanterie Cimbre lourdement armée commence une marche lente et régulière en direction des lignes romaines. Les barbares lancent leurs javelots sur les Romains puis dégainent leurs longues épées pour le corps à corps. Marius déploie son infanterie et sa cavalerie pour encercler leurs ennemis. Mais les troupes de Marius aveuglées par le nuage de poussière manquent l’infanterie cimbre et ce sont les légionnaires de Catulus qui encaissent le choc. Le nuage de poussière retombe et c’est maintenant le soleil qui aveugle les hommes du Nord[21]. La contre-attaque romaine gagne du terrain, et les Cimbres commencent à reculer, de nombreux hommes tombent sous les coups des Romains et les survivants voient leurs mouvements entravés par les chaines qui les relient aux morts. Incapables de se libérer, la bataille se transforme en massacre. La cavalerie cimbre est repoussée dans les lignes de sa propre infanterie. Dans la confusion, les chevaux piétinent beaucoup de combattants à pied. La plupart des guerriers cimbres sont tués lors de l’engagement qui suit. Les survivants qui s’enfuient sont repoussés vers leur campement. Les soldats romains assistent alors à une scène extraordinaire : les femmes cimbres, qui préfèrent pour elles la mort à l’esclavage, tuent leurs maris, leurs fils ou leurs frères, qui essaient de s’enfuir, et elles massacrent leurs enfants avant de se tuer elles-mêmes en se pendant à leurs chariots ou en se jetant sous les chevaux des cavaliers. La bataille est un désastre pour les envahisseurs, 140000 Cimbres y périssent, hommes, femmes et enfants[22]. Deux de leurs rois Lugius et Boiorix sont tués et deux autres Claodicus et Gaesorix capturés[23]. Quelque 60000 survivants sont réduits en esclavage. Les prisonniers Cimbres et Teutons fourniront aux Romains plus d’esclaves qu’il ne leur en faut. C’est une des causes, qui entraînera des années plus tard la rébellion des esclaves sous la conduite de Spartacus, mais ceci est une autre histoire.

Après la défaite des Cimbres et des Teutons, les Tigurins reprennent leur place au sein des tribus Helvètes.

LES DERNIERS TÉMOIGNAGES

Les Cimbres réapparaissent une dernière fois dans les textes de l’Antiquité, d’abord chez Strabon (Géographie, II, 1) qui dit qu’ils habitent encore le même pays que dans les temps anciens et qu’ils ont offert en présent ce qu’ils ont de plus cher et de plus précieux, leur chaudron sacré, à l’Empereur Auguste en 5 apr. J.-C.

Puis chez Tacite (La Germanie, XXXVII) qui les signale encore dans le nord du Jutland et près de l’Elbe. Il précise qu’ils ne sont plus désormais qu’un petit peuple, mais qu’ils jouissent d’une grande renommée.

Ainsi se termine l’épopée des Cimbres et que commence notre enquête.

©JPS2021

[SAISON 1 ÉPISODE 7]

[ACCUEIL]

Bibliographie :

À propos de la guerre des Cimbres :

Thierry Luginbühl, La migration des Cimbres et des Teutons, Une histoire sans archéologie ? disponible sur le site http://www.arkaeos.fr/.

Jean Markale, Les Celtes et la civilisation celtique, Éditions Payot & Rivages, Paris, 1999.

Le site web : L’arbre celtique, Encyclopédie de l’arbre celtique. Voir Les Cimbres et les Teutons. Excellent site pour tout savoir sur les Celtes.

Dictionnaires :

Xavier Delamarre, Dictionnaire de la langue gauloise, Éditions Errance, Paris, 2001.

Henri Hubert, Les Celtes, Éditions Albin Michel, Paris, 2001.

Venceslas Kruta, Les Celtes, Histoire et Dictionnaire, Éditions Robert Laffont, Paris, 2000.

[1] César, Guerre des Gaules, Livre VI, 14, Traduction L.-A. Constans, Les Belles Lettres, Paris, 1989.

[2]  On a retrouvé chez les Celtes plus de 400 noms de dieux. Ce qui ne signifie pas qu’ils ont adorés plus de 400 dieux. Cette confusion repose sur un autre interdit majeur des druides. Celui de nommer les dieux par leur vrai nom. Des noms sacrés que l’on évite de prononcer. Souvent, ces noms sacrés sont remplacés par d’autres qualificatifs, l’énoncé d’une fonction, d’un trait de caractère ou d’une qualité. C’est à cause de ces précautions de langage que les divinités celtes ont des noms multiples.

[3] Les Indo-européens en général ne représentaient jamais leurs dieux, comme les Celtes, les Germains, les Romains et les Grecs, de nombreux textes le mentionnent. Ce n’est qu’au VIIIe siècle av. J.-C. que les Grecs, sous l’influence de modèles orientaux, vont élaborer un répertoire d’images figurant des dieux utilisés dans la céramique, les reliefs, les sculptures etc. Ce passage de la non représentation à la représentation des dieux s’effectue chez les celtes qu’au milieu du premier siècle avant notre ère. J’ai cité les textes des auteurs de l’Antiquité évoquant cette interdiction de représenter les dieux dans un chapitre (non publié). Des dieux des druides Tome I, consacré à la non représentation des dieux chez les différents peuples indo-européens

[4] Les auteurs de l’Antiquité sont beaucoup moins catégoriques, les uns comme Tacite disent que ce sont des Germains tandis que d’autres pensent que ce sont plutôt des Celtes.

[5] Il est vraisemblable que la route vers la Gaule leur était barrée par les puissants peuples belges des rives du Rhin et par les peuples suèves le long de l’Elbe.

[6] Pour les familles de gros chars bâchés à quatre roues tirées par des attelages de bœufs tandis que les guerriers sont à cheval. Ces véhicules servent d’habitation et permettaient une formation défensive en cercle. Un peu comme les convois de chariots que l’on voit dans les westerns. D’ailleurs comme les cow-boys les Cimbres privilégiaient l’élevage des bovins.

[7] Les Scordisques sont un peuple, probablement d’origine celtique, qui s’établit dans les Balkans entre les VIe et IIIe siècles av. J.-C. Ammien Marcelin (Histoires, XXVII, 4) signale « la brutale férocité de cette race, qui sacrifiait ses prisonniers à Mars et à Bellone, et buvait avec délices du sang dans des crânes humains ».

[8] Les Taurisques (Taurisci en latin, qui selon Pline l’Ancien correspondaient aux Norici), étaient un ensemble de peuples celtes du Norique.

[9] Ambrons (latin : Ambrones) Festus en fait des gens gallica, des Gaulois, mais ils sont considérés par les spécialistes comme des Germains tout comme les Cimbres.

[10] Les Toygènes, Tughènes ou Tugènes (en latin Tugeni), sont un peuple celte constituant l’une des quatre composantes (pagus) de la confédération des Helvètes.

[11] Les Tigurins (Tigurini) sont une tribu celtique faisant partie des Helvètes.

[12] Toute une mythologie gravite autour de l’épopée de Brennos. Cette aventure delphique est également inscrite dans le ciel étoilé et n’attend qu’à être déchiffrée.

[13] Rome a toujours pu échapper à la destruction totale grâce à l’indiscipline de leurs adversaires. Ceux-ci préférant piller plutôt que de pousser leur avantage. C’est par exemple le cas des Gaulois de Brennos après la défaite romaine de la bataille de l’Allia en 387 av. J.-C.

[14] Plutarque, Vie de Marius, XIX.

[15] Plutarque, Vie de Marius, XIX.

[16] Plutarque, Vie de Marius, XIX.

[17] Plutarque dira que « ce premier combat, donné sur le bord du fleuve, fut plutôt l’effet du hasard que de la volonté du général [Marius] », ce en quoi il a parfaitement raison.

[18] Le triomphe est une cérémonie qui comporte un défilé militaire et une procession religieuse. Les participants empruntaient la voie sacrée et montaient au capitole pour y offrir un sacrifice.

[19] Environ 54000 combattants (Marius avec ses 32000 légionnaires et Catulus avec 22000 hommes), mais l’’effectif de la légion varie suivant les époques. Sous César et l’empire il fut de 6.000 hommes répartis en 10 cohortes de 3 manipules, chaque manipule comprenant 2 centuries.

[20] Les cavaliers préfèrent virer sur leur droite puisque le flanc gauche est protégé par leur bouclier tandis que le flanc gauche est à découvert.

[21] Il semble que les éléments jouent un grand rôle lors de cette bataille, d’abord le vent qui soulève la poussière engendrée par le mouvement des troupes et qui gêne les combattants des deux côtés. Ensuite les Cimbres sont éblouis par le soleil et doivent protéger leur visage sous leurs boucliers, Marius ayant choisi judicieusement de combattre le soleil dans le dos. Plutarque signale que les Cimbres hommes du Nord souffrent ensuite de la chaleur de ce 30 juillet, on les voit suer et haleter, tandis que les Romains en méditerranéen supportent mieux cette chaleur extrême.

[22] Les femmes et leurs enfants sont massacrés ou se suicident pour ne pas tomber aux mains des Romains.

[23] C’est une constante lors des guerres contre Rome. Tandis que les élites des adversaires trouvent la mort sur le champ de bataille contre des soldats professionnels disciplinés et bien entraînés, commandés par des généraux de talent et soutenu par des troupes toujours renouvelées. Les élites romaines prennent les décisions au Sénat à Rome loin du champ de bataille. Ce qui n’empêchera pas ces généraux victorieux de faire ensuite de brillantes carrières politiques et même de prendre le pouvoir. Le cas de Pyrrhus Ier roi d’Épire en témoigne lui qui a gagné des batailles contre les Romains, mais qui a perdu tous ses amis et principaux commandants et une grande partie des forces qu’il avait menées au combat pendant sa guerre en Italie à la bataille d’Héraclée en 280 av. J.-C. et à celle d’Ausculum en 279 av. J.-C. Sa réplique est célèbre lors qu’on lui félicite pour sa victoire : « Si nous devons remporter une autre victoire sur les Romains, nous sommes perdus ».