LA SERPENTE AILÉE
LES DIEUX DES DRUIDES TOME II CHAPITRE IV
Les druides ont révéré les créatures les plus étranges, l’une d’entre-elles est un serpent ailé. Un monstre qui a peuplé les mythes et les légendes jusqu’au Moyen Âge.
LE LIVRE CÉLESTE
Cher neveu, nous resterons ici jusqu’à ce que la lune se lève.
Comme il vous plaira, monseigneur, répondit Raymondin.
La lune se lève peu à peu, pleine et claire, les étoiles brillent avec éclat. Expert en astronomie, le comte (de Poitiers) lève les yeux vers le ciel et voit l’éblouissante clarté jetée par les étoiles, la pureté de l’air et l’extraordinaire beauté de la lune. […] Je pense tout spécialement à cet événement inouï que, à la faveur de cette haute science des astres dont tu m’as accordé un rameau, j’observe dans le cours des étoiles, que tu as fixé au ciel à l’aube des temps. Je dois t’en louer d’un cœur pur et je dois célébrer ta haute et incomparable majesté. Car comment la connaissance de l’homme, si tel n’était ton insondable dessein, pourrait-elle accéder par la raison à l’idée que des bienfaits et des dignités pourraient naître de l’accomplissement du mal ?
Par cette science éminente et cet art que ta grâce m’a accordés, je vois bien pourtant qu’il en est ainsi et j’en suis effaré ![1]
Tout est inscrit dans les étoiles, le passé, le présent et l’avenir pour celui qui sait lire. Le comte de Poitiers consulte les astres et voit avec effroi que son neveu Raymondin le tuera par accident le lendemain lors d’une chasse au sanglier et deviendra ainsi : « l’homme le plus riche, le plus puissant, et le plus couvert d’honneurs qui fut jamais sorti de son lignage et de lui naîtrait une race si noble que, jusqu’à la fin du monde, on la mentionnerait et on en garderait la mémoire ».

L’astronome, Gravure de M.Wolgemuth, 1492.
De même, il suffit de déchiffrer la Religion des Étoiles des druides qui est inscrites en toute lettre sur l’immensité de la voûte céleste.
UN SAVOIR PERDU
Nous abordons dans ce chapitre l’étude d’une des divinités parmi les plus mystérieuses de notre passé. Présente depuis la nuit des temps, elle a failli disparaître de nos mémoires parce que sa simple évocation était taboue. Avec la disparition du dernier des druides, disparaissait aussi le souvenir des anciennes divinités. Quelques bribes de savoir sont restées gravée dans la mémoire populaire. De ce terreau fertile, quelques clercs du Moyen-âge ont recueilli la matière première pour écrire des romans. Ainsi ces antiques divinités ont été sauvées in extrémis de l’oubli en devenant les personnages de ces récits merveilleux.
C’est pourquoi il est impératif de poursuivre l’exploration du Zodiaque des Druides qui est la clef vers cet univers perdu. C’est pourquoi il faut s’arrêter un instant sur l’axe qui s’élance de la tête de l’Hydre pour rejoindre la constellation de l’Aigle.

Le Zodiaque des Druides avec les noms français et les noms communs pour les animaux peuplant le cercle druidique. Source : JPS2015
LE ZODIAQUE DES DRUIDES
Le zodiaque révèle ainsi une créature hybride qui est un croisement entre un aigle et un serpent. Une serpente pour être précis puisqu’il s’agit de l’Hydre femelle (Hydra). Le choix des druides n’est pas l’affrontement classique entre un aigle et un serpent, thème iconographique qui se retrouve sur tous les continents. Mais l’union des contraires.

Le lien entre les constellations de l’Aigle (Aquila) et de l’Hydre (Hydra). Source : JPS2015.
LE SERPENT AILÉ
L’union entre l’aigle et le serpent. Le monstre recherché est donc androgyne à la fois mâle (Aigle) et femelle (Hydre) comme le sont en fait toutes les divinités primordiales. L’animal fabuleux du chapitre précédent étant un serpent avec une tête de bélier, ce deuxième animal fantastique ne peut être qu’un serpent avec les ailes d’un aigle. Une serpente ailée.

Amphiptère par Edward Topsell (1608). L’amphiptère est une créature imaginaire, représentée sous la forme d’un serpent ailé. On la retrouve sous forme de meuble héraldique, mais aussi dans divers mythes et légendes. (Wikimedia Commons).
Un être monstrueux au corps de serpent qui déploie les ailes d’un aigle.
La question qui se pose est la suivante. Existe-t-il une telle créature dans la mythologie celtique des Gaules ?
Au premier abord non.
UNE DOCTRINE SECRÈTE
Retrouver une serpente ailée dans les textes ou l’iconographie celtique est presque une mission impossible puisque toute la doctrine des druides devait rester secrète. Donc pas de textes. Non seulement il leur était interdit de retranscrire leurs textes sacrés, mais la représentation des divinités était également taboue. Donc pas d’images non plus.
Voir à ce propos SAISON 1 ANNEXE 25 Les druides et la non-représentation des dieux et SAISON 1 ANNEXE 26 Les druides et le refus de l’écriture
Pas de serpent ailé sur des bas-reliefs, pas de statues. Même une représentation en tant qu’attribut d’un autre dieu ne nous est pas parvenu, comme c’est par exemple le cas avec le serpent criocéphale.
LA FIN DES INTERDITS
Cependant lorsque ces interdites sont tombés après la chute de la Gaule, sous les coups de boutoir répétés des armées de César, les croyances évoluent. Devant l’imminence de leur effacement à tout jamais, les druides ont autorisé une chose impensable. Briser un de leurs interdits majeurs, la non-représentation des dieux qui a existé en Europe depuis la préhistoire. Ils ont lancé un dernier message. Une bouteille à la mer. Ainsi pendant un cours laps de temps, les druides ont fait représenter leurs vrais dieux avant qu’un syncrétisme que l’on peut appeler de gallo-romain ne prenne le relais et n’anéantisse pour toujours ce vent de liberté créatif.
LE TEMPS DES MONSTRES
Durant ce court instant de vérité, des créatures très étranges ont été représenté sur différents supports. À l’instar du serpent à tête de bélier ou ce que l’on appelle à défaut d’un autre nom, le monstre androphage de Noves. Une créature des plus extraordinaires qui puisse être imaginée.

Le monstre de Noves, cette œuvre est datée entre 50 av. J.-C. et les premières années de notre ère. Musée Lapidaire, Avignon.
Voir SAISON 3 ÉPISODE 8 Cernunnos le dieu des Enfers (IIème partie)
Mais même durant cette période libérée de tout tabou figuratif, point de serpente ailée. Pourtant les dieux ne meurent pas, ils se transforment. Car cette serpente ailée existe belle et bien dans ce que Henri Dotenville a appelé la mythologie française, descendante directe de la mythologie gauloise.
LA VOUIVRE DES LÉGENDES
La créature que nous recherchons est du genre féminin, avec néanmoins une composante masculine (les ailes). C’est également un serpent lié à l’élément aquatique. Hydre oblige.
La créature recherchée est fruit de l’union des contraires. La fusion des ailes d’un aigle symbole du dieu de l’orage (dans le cas grec, Zeus) dans une entité serpentiforme qui symbolise malgré son aspect monstrueux, les eaux nourricières. Il ne faut pas oublier que l’Hydre hante les abords d’une source et d’un lac d’eau douce. Le mot féminin húdra dérive de húdōr (« eau ») et signifie « serpent d’eau ».
Or il existe bel et bien dans le folklore de France, une serpente ailée. Voici un court extrait du texte qui met en scène cette créature mystérieuse :
La vouivre, qui se montre aussi sur le bord des étangs et des ruisseaux, est le plus merveilleux et le plus connu des reptiles qui hantent les fontaines. C’est un serpent ailé dont le corps est couvert de feu ; son œil est une escarboucle admirable dont il se sert pour se guider dans ses voyages à travers les airs[2].
Tout y est, le serpent ailé qui vole dans les airs, l’élément aquatique puisque la vouivre vit près des étangs et des ruisseaux.
La vouivre est une créature légendaire présente dans plusieurs pays européens, prenant généralement la forme d’un dragon bipède ou celle d’un serpent ailé. Le mot est attesté en vieux français vers 1150 : wivre « serpent » ; puis dans la seconde moitié du XIIIe siècle avec vuivre.

Signature de Cranach l’Ancien de 1508 sur un serpent ailé avec un anneau de rubis, représenté dans un portrait de 1514. (Wikimedia Commons).
LE SERPENT ET LA PIERRE PRÉCIEUSE
Ce texte révèle un autre détail, le serpent ailé porte sur son front une pierre précieuse. Dans les récits folkloriques, il existe des variantes. La pierre précieuse peut être fixée sur le front du serpent ou se situer dans la queue du reptile. Elle peut être le résultat de l’accouplement et le frottement de nombreux ophidiens. Cependant en fin de compte, cette pierre précieuse est l’œuf cosmique des druides, on peut même aller plus loin cette pierre représente symboliquement l’étoile polaire, le centre du monde des temps anciens.
Voir le chapitre précédent Les dieux des druides Tome II Chapitre II Les constellations des Celtes
PORTRAIT-ROBOT D’UN MONSTRE
Mais il faut revenir à la serpente ailée. Puisqu’il manque un élément essentiel : la féminité. Existe-t-il dans la mythologie française, une créature composite d’essence ophidienne qui porte des ailes et qui de surcroit est une femelle ?
La réponse est oui, il existe effectivement un personnage considérable de la mythologie française qui réunit les quatre caractéristiques fondamentales recherchée, c’est à dire :
-
Être un serpent
-
Être une femelle
-
Avoir les ailes d’un oiseau de proie
-
Être lié à l’élément liquide
LA FÉE MÉLUSINE
Il s’agit de la fée Mélusine qui est décrite de la façon suivante :
Lorsque Mélusine eut prononcé ces paroles, devant tous elle gagna une fenêtre d’un bond et sortit par là ; le bas de son corps reprit aussitôt, en un clin d’œil, la forme d’un serpent épouvantable, monstrueux, grand et long, ce dont tous s’émerveillèrent car personne parmi les assistants ne l’avait jamais vue ni aperçue sous cet aspect, sauf Raymondin qui, à cause de Geoffroy, vint la voir en cette heure malheureuse alors qu’elle était ainsi, comme vous l’avez appris. Mélusine s’éleva bien vite dans les airs comme si elle volait, fit ainsi trois fois le tour du château en poussant à chaque fois un long cri perçant et pitoyable[3].
Qui est cette mystérieuse Mélusine qui s’élance par une fenêtre et se métamorphose en partie en serpent et…qui qui de surcroit vole dans les airs. Voici d’ailleurs une représentation de cette scène.

L’envol de Mélusine, l’élément aqueux est présent avec la rivière qui coule au pied du château. Gravure sur bois, tirée de la plus ancienne édition illustrée, traduction : Thüring von Ringoltingen (1415 – 1483), Bâle, vers 1474. Alamy Images
LA FEMME-SERPENT
Or au cours du temps l’image de Mélusine évolue. Si dans certaines éditions, Mélusine est encore une femme-serpent avec des ailes et les serres d’un aigle. Très proche de la Tradition des origines.

Mélusine avec une queue de serpent et les ailes et les serres d’un aigle. Les ailes sont composées de plumes comme celles d’un oiseau. Bois gravé du XVIe siècle.
LA FEMME DRAGON
Elle devient dans d’autres versions, peu à peu un dragon, puisque Mélusine ne vole plus avec des ailes d’oiseau, mais des ailes de chauve-souris. C’est le résultat d’une christianisation du thème mythologique. Ce qui signifie que la déesse celtique originelle, celle des temps païens, est rejetée dans l’ombre. Elle est diabolisée. Elle se transforme en monstre, en dragon, mais elle reste maternelle avec ses enfants.

Mélusine quittant Lusignan et Mélusine allaitant Thierry et Raimonnet (XVe siècle), Coudrette, Le Roman de Mélusine (Paris, Bibliothèque nationale de France, ms. fr. 24383, fol. 30 – Photographie BnF-Mandragore)
Mais comment pouvait-il en être autrement au cours du Moyen Âge chrétien pour une créature maudite reléguée dans les pénombres de l’inconscient. Pour cerner au mieux ce personnage extraordinaire, il faut résumer de façon succincte le mythe le concernant.
LA RENCONTRE
Le roi Élinas rencontre la fée Présine.
L’histoire commence avec la rencontre du roi Élinas d’Albanie[4] et de la fée Présine. Le roi veuf à plusieurs enfants dont un fils nommé Mataquas. En se promenant dans la forêt, Élinas entend un chant délicieux. Près d’une fontaine[5], il rencontre la fée Présine et tombe amoureux d’elle. Elle accepte de l’épouser à la seule condition qu’il ne cherchera pas à la voir lorsqu’elle sera en couches. Le roi se soumet à cette loi, épouse Présine et connait le bonheur. Présine accouche de trois filles (Mélusine, Mélior et Palestine), mais Mataquas excite la curiosité de son père. Élinas pénètre dans la chambre ou Présine baigne ses filles. Le pacte est rompu. Aussitôt Présine quitte son mari et se rend dans l’île d’Avalon[6] avec ses trois filles.
LA MALÉDICTION
La fée Présine maudit ses trois filles.
Présine leur explique les raisons de cet exil. En accord avec ses sœurs, Mélusine[7] décide de venger sa mère. Elle enferme son père dans une montagne magique du Northumberland (Brumborrelion) où il restera pour l’éternité. Présine accepte mal cette initiative de ses filles et inflige à chacune une malédiction. Mélusine aura tous les samedis le bas de son corps qui se transformera en serpent, mais si elle trouve un époux qui ne cherchera pas à la voir ce jour-là, elle vivra une vie parfaitement normale[8]. Mélior devra garder un épervier dans un château d’Arménie et sera garante d’une épreuve annuelle destinée à tester les bons chevaliers. Palestine sera envoyée dans la montagne du Canigou avec le trésor de son père et elle devra attendre qu’un chevalier valeureux vienne la chercher afin de l’utiliser pour la conquête de la Terre Sainte[9].
LE PACTE
Mélusine conclue un pacte avec Raymondin.
Mélusine part dans la forêt de coulombiers[10] près de Poitiers où se trouve Raymondin de Lusignan. Au cours d’une chasse au sanglier, Raymondin tue par accident son oncle et protecteur, le comte de Poitiers. Désespéré, il erre sur son cheval qui le conduit vers la Fontaine de Soif. Là, il rencontre Mélusine avec deux autres belles dames. Il est ébloui par sa beauté. Elle lui promet la fortune tout en lui annonçant la condition du mariage. Elle lui donne également deux bagues aux vertus merveilleuses. Elle l’invite à le retrouver après les funérailles du comte. Au cours d’une seconde entrevue, elle lui prescrit de demander au comte de Poitiers[11] autant de terre qu’une peau de cerf peut enclore. Dès que le comte a accepté, Mélusine explique à Raymondin qu’une peau de cerf découpée en fines lanières délimitera un vaste domaine. Raymondin obtient ainsi un territoire où il pourra construire un grand château. Une source jaillit lorsque Raymondin fait arpenter son futur domaine. Après un ultime rappel du pacte par la fée. Mélusine et Raymondin se marient[12].
Mélusine entreprend une œuvre colossale de bâtisseuse. Elle construit la cité de Lusignan en faisant appel à des ouvriers dont personne ne connait l’origine. Après Lusignan, elle fait construire bien d’autres villes dont Parthenay, La Rochelle, Pons, Saintes, Talmont, etc.

Mélusine et la construction de Lusignan Paris Ars fr 3353 fol 22 v° Bibliothéque de l’Arsenal.
Elle envoie ensuite Raymondin en Bretagne pour prendre possession de terres dont il est l’héritier légitime.
DES ENFANTS MONSTRUEUX
Mélusine et Raymondin ont dix enfants. Les huit premiers (Urien, Eudes, Guyon, Antoine, Renaud, Geoffroy[13], Fromont et Horrible[14]) présentent tous des difformités physiques. Les deux derniers (Thierry et Raymonet) sont normaux. Tous ces enfants vont connaître des destins illustres en s’illustrant à la guerre. Urien et Guyon délivreront le roi de Chypre. Urien épousera la fille du roi. Guyon aidera encore le roi d’Arménie et finira par épouser sa fille. Geoffroy débarrasse l’Irlande des ennemis de son père. Puis il part aider ses deux ainés. Plus tard, à Guérande, il combat un géant nommé Gardon.
RAYMONDIN BRISE LE TABOU
Pendant ce temps, le comte de Forez excite la curiosité de Raymondin contre Mélusine. Raymondin finit par céder et regarde, un samedi, ce qui se passe dans la pièce où Mélusine se baigne. Il remarque qu’à partir du nombril elle a une énorme queue de serpent, grosse comme un tonneau pour mettre les harengs[15]. Le lendemain, Mélusine sachant qu’elle a été épiée fait comme si de rien n’était. Au même moment, Geoffroy incendie l’abbaye de Maillezais parce qu’il soupçonne les moines d’avoir ensorcelé son frère Fromont qui est entré dans les ordres sans son autorisation. Raymondin est révolté par cet acte barbare et accuse la mère d’avoir procrée des enfants monstrueux.

Raymondin découvrant le secret de Mélusine. La Mélusine de Thüring von Ringoltingen, 1468, Germanisches Nationalmuseum Nürnberg (Allemagne).
LA RUPTURE
Il se dispute avec Mélusine qu’il traite de « serpente ». C’est le mot de trop. Mélusine disparaît en s’envolant dans les airs sous la forme de serpente. Le tonnerre s’abat sur Lusignan. Mélusine fait trois fois le tour de la forteresse avant de quitter les lieux pour toujours. Elle reviendra hanter le château de Lusignan chaque fois qu’un héritier de la famille sera appelé à disparaître. Raymondin finit sa vie à l’abbaye de Montserrat. Mélusine apparaît à Lusignan. Raymondin meurt[16].

L’envol de Mélusine. Paris BN fr 24383, fol. 30 r°.
UNE DIVINITÉ DRUIDIQUE
Pour mieux comprendre qui est cette divinité, il faut revenir au Zodiaque des Druides. La composante la plus importante de ce personnage divin est l’Hydre qui représente le serpent primordial. Un bel exemple en est Tiamat, le monstre des origines dans la mythologie sumérienne.
Tiamat, personnification de la mer, représente l’élément féminin qui donne naissance au monde. Elle figurera dans la suite du récit les forces aveugles du chaos primitif contre lesquels entrent en lutte les dieux intelligents et organisateurs[17].

L’entité primordiale Tiamat est peut-être représentée comme un serpent gigantesque sur ce sceau babylonien. (Wikimedia Commons).
Ce serpent marin des origines est la mère de tous les êtres vivants, y compris des dieux. C’est pourquoi Mélusine ne peut se passer de l’élément aqueux, et prend son bain sous sa forme primitive, le serpent. La seconde composante du monstre sont les ailes de l’aigle, ce dernier est le symbole du dieu de l’orage. Or contrairement aux religions dualistes, le druidisme prône l’union des contraires. Ce n’est donc pas un combat entre le dieu de l’orage et le dragon des profondeurs océaniques auquel on assiste. Mais de leur union dans une même entité, la serpente ailée. En quelque sorte l’union de l’eau salée (la mer) et de l’eau douce (les pluies des orages). Dans les plus anciennes traditions la Mère des origines engendre le Chaos primordial qui se différencie ensuite en Ciel-Père et en Terre-Mère, ce qui est le début de la création du monde. Or Mélusine est cette Mère des origines, d’avant la création, elle est le dragon des profondeurs d’un univers qui est incréé. Mais ce serpent-chaos n’est pas le vide, mais au contraire le plein de tout le potentiel de la création.
LE SERPENT DES ORIGINES
La fusion du ciel et de la terre, de la lumière et des ténèbres, du soleil et de la lune, du masculin et du féminin. C’est un grand Tout encore indifférencié qui est symbolisé par un serpent monstrueux.
L’être primordial à partir de qui furent manifestées toutes choses au commencement, est typiquement ophidien, ce qui concerne aussi bien les aspects masculins que féminins de la bi-unité divine[26].
L’auteur de cette citation, Ananda K. Coomaraswamy, démontre dans son ouvrage, La doctrine du sacrifice, que le Dieu primordial est à l’origine représenté sous forme de serpent.
On peut montrer, d’après le Rig-Vêda ou d’autres textes, que Dieu dans la Ténèbre — alors non manifesté, non agissant, ab intra-est conçu sous une forme qui n’est ni humaine ni angélique, mais animale, en particulier sous celle d’un serpent en couvée ou d’un dragon crachant du feu, tapi dans une grotte ou couché sur une montagne, défendant un trésor ou empêchant les Fleuves de vie de couler[27].
Dans la légende poitevine, Mélusine est la déesse immortelle incarnée durant un moment en tant que compagne d’un mortel. Mais celui-ci l’espionne et la voit sous sa vraie nature, une Hydre monstrueuse.
UNE CRÉATURE ANDROGYNE
Le haut du corps reste la jeune femme attirante qu’elle était, mais le bas du corps n’est qu’une énorme queue de serpent repoussante.

Mélusine, mi-femme, mi-serpente, fait onduler sa queue écailleuse dans son bain. En arrière plan on voit Mélusine survolant le château de Mervent, représentée sous forme d’un monstre. Histoire de Mélusine, tirée des chroniques de Poitou, et qui sert d’origine à l’ancienne maison de Lusignan / Fr. Nodot. – Paris : Claude Barbin et Thomas Moette, 1698 (Poitiers, Médiathèque François-Mitterrand, DP 822- Photographie Olivier Neuillé)
Certains auteurs y ont vu un phallus.
Quand le mari de Mélusine, Raimondin de Lusignan, surprend le secret de Mélusine par un trou qu’il a fait dans la porte menant à la chambre où se baigne la fée, il n’est ni plus ni moins qu’un vulgaire voyeur. Et que voit-il ? Mélusine, nue, se baignant dans une cuve, avec une queue de serpent et battant l’eau avec cette queue. La scène est décrite avec précision : la queue de serpent est un phallus, Mélusine a un phallus[18].
Ce qui n’est peut-être pas faux puisque cette divinité androgyne comporte des éléments à la fois mâle (les ailes de l’aigle du dieu de l’orage) et femelle (l’Hydre, le serpent aquatique). Le côté masculin du monstre est pourtant fortement minoritaire puisqu’il n’apparait qu’un seul jour de la semaine, le samedi, jour de Saturne.
L’ESSENCE DE LA DIVINITÉ
Les destructions et les créations reviennent dans des cycles réguliers. Pour un observateur, ces serpents semblent être des générations successives dont on perd le fil. Les noms changent, leur aspect aussi. Mais en fait, ceux qui naissent du chaos et engendrent le monde sont toujours les mêmes entités primordiales. Elles reviennent à chaque nouvelle création dans un éternel retour. La roue du temps tourne sur elle-même et l’illusion des générations qui se succèdent semble parfaite. Mais pour les druides tout est clair, lors de la destruction de l’univers, les deux serpents issus du chaos sont toujours les mêmes et ils engendrent l’œuf cosmique duquel sort le serpent-aiguille qui indique l’ère sur l’horloge astronomique. Le serpent à tête de bélier par exemple. Ce bébé serpent est finalement le seul qui se transforme puisqu’il porte les attributs de l’ère dans laquelle il naît. C’est comme une pièce de théâtre antique bien rodée dont les protagonistes sont toujours les mêmes, seuls changent pour ainsi dire les costumes et les masques.
LA DÉESSE MÈRE
Sur l’horloge astronomique qui indique les ères, la déesse-serpent (mi-femme mi-serpent) est l’aiguille qui indique l’ère de la Vierge (de 13060 à 10900 av. J.-C.) avec cette même constellation en arrière-plan du point vernal lors de l’équinoxe de printemps. Ce qui signifie que la déesse-serpent est beaucoup plus ancienne que les serpents à têtes de taureau ou de bélier. C’est durant l’ère de la Vierge que c’est développé le culte des déesses de la préhistoire que nous appelons par convention des Vénus[19].
La Vénus de Willendorf – Statuette en calcaire représentant une femme aux formes très développées, 23000 av. J.-C. (paléolithique supérieur) – Vienne, Musée national d’histoire naturelle.
LE SERPENT ET L’OISEAU
Il faut méditer quelques instants sur la signification profonde de cette serpente ailée. Elle représente le chaos primordial, l’unité du ciel et de la terre d’avant la séparation. Elle est la déesse androgyne qui donne naissance au monde. La mère des dieux et à travers eux, de toute la création. Ensuite elle se sépare pour créer l’Univers et dorénavant l’aigle et le serpent s’affrontent. On peut voir cette scène sur les armoiries et le drapeau mexicain. L’aigle terrasse un serpent. C’est une vision dualiste issue du christianisme, religion des conquistadores. On peut également y voir la mainmise des conquérants espagnols (l’aigle) sur les populations autochtones pour qui le serpent est une divinité.
Emblème de 1893 à 1916. Un aigle royal perché sur un figuier de Barbarie, dévorant un serpent. Cet emblème figure aussi sur le drapeau du Mexique. (Wikimedia Commons).
LE SERPENT À PLUMES
La civilisation aztèque était déjà dans une phase de fin du monde, lorsque les Espagnols ont porté le coup de grâce en semant, comme les quatre cavaliers de l’apocalypse, la mort, la guerre, la famine et les épidémies. Mais les peuples amérindiens, eux, ne sont pas dualiste et prônent comme dans le druidisme, l’union des contraires[20]. C’est ainsi que dans leur vision du monde, l’oiseau et le serpent fusionnent pour engendrer une des plus importantes divinités précolombiennes : le serpent à plumes. Le nom de ce dieu est Quetzalcóatl littéralement le « quetzal-serpent » chez les Aztèques et Kukulkan chez les Mayas. Le quetzal est l’oiseau sacré des Aztèques et des Mayas, prisé pour ses longues plumes caudales de couleur verte.
La page 12 du Codex Borbonicus représente le dieu Xipe Totec (à gauche) et le serpent à plumes Quetzalcóatl (à droite). (Wikimedia Commons).
LE RAPT D’UNE FEMME-SERPENT
En Inde, il existe une autre figuration de cette opposition entre l’aigle et le serpent. Il s’agit de ce que l’on appelle communément le rapt d’une Nâgî par l’aigle Garuda. Ce dernier est dans la mythologie hindoue un aigle géant, roi des oiseaux et monture du dieu Vichnou. Souvent représenté comme un homme-oiseau, mi-humain mi-aigle. La Nâgî est un être mi-femme mi-serpent. Les Nâga-s ou serpents sont apparentés aux anti-dieux, on les représente comme des êtres mi-humains mi-serpents. Bien qu’ennemis des dieux ils ne sont pas défavorables aux dieux. Les Nâga-s sont vénérés dans le sud de l’Inde. En fait ce sont des divinités pré-indo-européennes qui sont devenus des démons. Ce rapt d’une serpente par un oiseau de proie représente l’union du ciel et de la terre, l’union de deux entités distinctes.

Krishna dansant sur le serpent Kāliya entouré de ses épouses, Naginis, demandant la miséricorde de Krishna. D’après un manuscrit du Bhagavata Purana, vers 1640. (Wikimedia Commons).
Le serpent ailé des druides va plus loin, il s’agit cette fois ci de la fusion des deux contraires en une seule entité, celle d’avant la création, d’avant la séparation.
LA CRÉATION DU MONDE
C’est la divinité des origines avant que le dieu Mardouk tue le monstre Tiamat et le découpe en morceau pour en créer le monde.
Mardouk, ainsi investi[21], prit dans sa droite un arc, dont il consolida la corde, suspendit le carquois à son côté, plaça un éclair sur sa face et fit un filet pour y enlacer Tiamat. Il déchaîna les vents qu’il posta à ses côtés, puis, ayant pris le déluge, sa grande arme, il monta sur son char, la tempête effrayante, que conduisaient quatre coursiers ravageurs et rapides, terribles dans le combat. Ainsi « vêtu d’épouvante », il dirigea ses pas vers Tiamat et la défia au combat.
Ils se dressèrent, Tiamat et Mardouk le Sage, parmi les dieux.
Pour le combat, ils marchent, ils s’approchent pour la bataille. —Le Seigneur étendit son filet, et il l’en enveloppa,— Le vent mauvais qui se trouvait derrière lui, à sa face il le lâcha ; — Elle ouvrit sa bouche, Tiamat tant qu’elle put ; — Il y fit pénétrer le vent mauvais, en sorte qu’elle ne pût fermer ses lèvres : — Les terribles vents emplirent son ventre, — Son cœur fut saisi, elle tint sa bouche grande ouverte, — Il lança une flèche, il perça son ventre,— Ses parties internes il les trancha, il fendit le cœur, — Il la réduisit à l’impuissance et détruisit sa vie, — Il fit tomber son cadavre, il se tint debout sur lui.
La mort de Tiamat sema la déroute dans son armée ; les Anounnaki, ses auxiliaires, s’enfuirent pour sauver leur vie ; mais Mardouk les enserra dans son filet et les fit tous prisonnier. Avec Qingou, il les jeta, enchaînés, dans le monde infernal. Revenant alors à Tiamat, il lui fendit le crâne, coupa les conduits de son sang, puis considérant le cadavre monstrueux, « il conçut des œuvres artistiques », il trancha le corps « comme un poisson, en ses deux parties » ; d’une moitié il fit la voûte du ciel ; de l’autre le support du monde terrestre. Cela fait, il organisa le monde ; il construisit dans le ciel une demeure pour les grands dieux, y installa les étoiles, qui sont leur image, détermina l’année, et régla le cours des astres[22].
D’après ce texte, l’acte de création est d’une violence inouïe, mais songez un instant à notre propre mythe de la création, le Big Bang, qui est une déflagration titanesque.
LES ENFANTS DE LA DÉESSE
Les Anounnaki sont les enfants de la déesse Ana, la mère du monde. Comme mes Anaons de Bretagne qui sont les âmes des défunts. Ou encore les Tuatha Dé Danann, les tribus de la déesse Dana qui sont les anciens dieux de l’Irlande païenne. Après leur défaite contre les fils de Mil, ils sont obligés de se replier dans l’Autre Monde. C’est d’ailleurs également le sort des Anounnaki rejetés dans le monde infernal.
MISSION IMPOSSIBLE
Tout chercheur ne peut être qu’inconsolable devant l’impossibilité de montrer un bas-relief ou une statue remontant à l’époque des druides qui représente la déesse sous la forme d’une femme-serpent ailée. Mais l’interdit était inviolable, même pour des individus qui se savaient au crépuscule de leur propre religion lors du changement d’ère. Donc point d’image. Cette déesse n’a trouvé le chemin de la figuration que grâce à Mélusine au cours du Moyen-âge, ce conservatoire des traditions préchrétiennes.

Mélusine soigne ses deux derniers enfants Paris BN fr 24383, fol. 30 r°
Pourtant cette image de la déesse existe. Certes de façon indirecte, en creux pourrait-on dire. Mais on peut la trouver, lors d’un voyage en Bourgogne, dans la tombe d’une princesse celte…
©JPS2025 (texte écrit en 2015, remanié en 2025)
[ACCUEIL]
NOTES :
[1] Jean d’Arras, Mélusine, Traduction J.-J. Vincensini, Librairie Générale Française, Paris, 2003, p. 151.
[2] Paul Sébillot, Le Folklore de France, Tome II, La mer et les eaux douces, E. Guilmoto, Éditeur, Paris, 1905, pp.206-207.
[3] Philippe Walter, La fée Mélusine, Imago, Paris, 2008, p. 200.
[4] Alba, ancien nom de l’Écosse.
[5] Lieu de prédilection des vouivres.
[6] Île mythique des pommiers ou vivent les héros et les divinités celtiques.
[7] N’oublions pas que ce sont des fées dotées de pouvoirs magiques. Les fées sont d’anciennes divinités préchrétiennes.
[8] Vu l’interdiction faite à Élinas de voir Présine en couches, il semble que la mère de Mélusine soit déjà détentrice de cette particularité.
[9] Les filles de Présine forment une triade féminine qui fait songer aux déesses celtiques qui sont toujours trois. Mélusine est une déesse serpent, Mélior une déesse oiseau, et Palestine, le nom et la fonction sont un rajout chrétien qui à recouvert l’essence même de la divinité (symbolisée comme pour les deux autres par un animal ?), en tous cas ce que l’on peut dire, c’est qu’elle représente une divinité de l’abondance. En fait les triples déesses sont trois personnages en une seule entité.
C’est-à-dire que la déesse qui se cache derrière cette trinité contient à la fois l’élément serpent, l’élément oiseau, dans le cas présent un épervier, rapace finalement pas si éloigné de l’aigle que nous indique l’axe du Zodiaque des Druides. Le troisième élément est peut-être la féminité, ce que semble indiquer les gravures de Mélusine avec le haut du corps d’une femme, mis en valeur par les seins, symboles justement d’abondance. On retrouve les trois caractéristiques recherchées plus haut, le serpent, les ailes d’oiseau, et le fait d’être une femelle.
[10] Du latin colobra « couleuvre » ou colomba « colombe », au choix le serpent ou l’oiseau.
[11] Le successeur du comte défunt.
[12] Le héros a un nom prédestiné puisque Raymondin signifie le « roi du monde ».
[13] Geoffroy à la grande dent, né avec une dent saillant hors de sa bouche qui rappelle la défense d’un sanglier.
[14] Horrible est un géant et possède trois yeux. Son troisième œil se trouve au milieu du front.
[15] Dans le Zodiaque des Druides, le serpent ailé est composé des ailes de l’Aigle mais aussi de l’Hydre qui est un serpent aquatique. Ce qui explique cette baignade.
[16] Philippe Walter, La fée Mélusine, Imago, Paris, 2008, pp. 15-16.
[17] Félix Guirand et Joël Schmidt, Mythes et mythologie, Larousse-Bordas, Paris, 1996, p. 70.
[18] Jean Markale, Mélusine, Éditions Albin Michel, Paris 1993, p.21.
Rabelais dans son Quart Livre, chap. XXXVIII, rappelle que Mélusine avait un corps féminin jusqu’aux boursavitz et que le reste en bas était andouille serpentine ou bien serpent andouillique. Ce qui signifie que Mélusine était mi-femme mi-serpent ou mi-saucisse, ce qui dans la forme revient au même. Mais quelle est la signification de boursavitz ? Il semble bien que ce soit les bourses près du vit, un des noms du sexe masculin en ancien français. Philippe Walter, La fée Mélusine, Imago, 2008, p.229 et 233. Le mot « andouille » servait lui aussi à désigner le membre viril. Alors Mélusine homme ou femme ? Les deux, puisque cet épisode évoque le souvenir d’une divinité androgyne des plus anciennes.
[19] Attention certaines peuvent être datées du tour précédent, donc entre .41000 et -38000ans, ce qui semble être effectivement le cas pour les plus anciennes. Mais le culte de la déesse mère ne s’est jamais démenti et est très certainement un des plus anciens puisqu’il court depuis la préhistoire la plus ancienne jusqu’à nos jours avec le culte de la Sainte Vierge. Ce n’est que l’arrivée des dieux masculins des nomades Indo-européens et sémitiques qui ont un peu éclipsée l’aura de la Grande Déesse. Le Sphinx de Gizeh quant à lui date, et ceci malgré tous les anathèmes lancés par les archéologues, de l’ère du Lion (de -10900 à -8740), la tête ayant été retaillée vers -2500 av. J.-C., à l’origine cette tête était celle, non d’un lion mâle avec une crinière, mais celle d’une lionne.
[20] Il existe un bas-relief, certes tardif puisque gallo-romain qui peut illustrer notre propos, il s’agit d’une représentation de Jupiter qui tient une roue avec à ses côtés un aigle, ce qui est classique, et plus surprenant, un serpent qui sort d’un tronc de chêne. Émile Espérandieu, Recueil général des bas-reliefs de la Gaule romaine, Tome premier, Fig. 303, Paris, 1907. Les deux animaux ne se combattent pas mais sont tous les deux les compagnons du dieu. Si Zeus se transforme volontiers en aigle pour enlever Ganymède ou Égine. Il se transforme aussi en serpent ou dragon pour s’unir à sa fille Perséphone, de cette union naît un œuf cosmique et de cet œuf sort un serpent cornu. Ce mythe orphique ne devait pas beaucoup surprendre les druides puisqu’ils avaient un récit similaire qui racontait la naissance de leur serpent à tête de bélier.
[21] Pour combattre Tiamat, Mardouk exige de l’assemblée des dieux l’autorité suprême, il devient le roi des dieux.
[22] Félix Guirand et Joël Schmidt, Mythes et mythologie, Larousse-Bordas, Paris, 1996, p. 72.
Le secret de Mélusine dans les romans français et l’iconographie aux XIVe et XVe siècles
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