CERNUNNOS (FONTAINEBLEAU)
LES DRUIDES SAISON 3 ANNEXE 20
C’est en forêt de Fontainebleau qu’apparaît durant l’Âge du Bronze, la première représentation répertoriée du dieu celtique Cernunnos.
AUX ORIGINES DES DIEUX CELTIQUES
Les gravures rupestres de la forêt de Fontainebleau montrent que certains des dieux de la fin de l’Âge du Bronze (1500 à 800 av. J. -C.) préfigurent des divinités celtiques. Les gravures rupestres de Fontainebleau sont difficilement datables cependant les personnages, les animaux et les signes qui sont gravés sur la roche trouvent un parallèle stylistique sur des poteries datés de la toute fin de l’Âge du Bronze final du Xe au IXe siècle avant notre ère.
LE DIEU CORNU
Il y a le cas notable d’une divinité cornue arborant des bois de cerf qu’il est difficile de ne pas rapprocher du dieu Cernunnos, figure majeure du panthéon celtique, tel qu’il apparaît sur le chaudron de Gundestrup.

Personnage portant une ramure de cervidé qui évoque le dieu celtique Cernunnos. Source : Musée de la Préhistoire d’Île-de-France
Notamment les dessins gravés sur une plaquette en grès permettent d’identifier une représentation précoce du dieu cerf des Celtes.

Plaquette de grès de Fontainebleau avec Cernunnos entouré du cerf et du serpent à cornes. Recopié à l’aide d’un papier calque de la gravure. Source : Musée de la Préhistoire d’Île-de-France
Tous les éléments caractérisant Cernunnos sont déjà présent. Le personnage (en noir) est représenté avec des bois de cerf qui ornent sa tête. À ses côtés sont figurés le serpent cornu (en rouge) et un grand cerf (en vert). Ces divers éléments sont également présents sur une des plaques du chaudron de Gundestrup qui est daté du Ier siècle av. J.-C.

Cernunnos, le Maître des animaux, entouré par un taureau et un cerf d’un côté et de l’autre par un lion et un loup. Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.
LE CHAUDRON DE GUNDESTRUP
Sur cette plaque en argent on peut voir Cernunnos arborant des bois de cerf sur la tête. Il tient dans la main un serpent cornu et un grand cerf à forte ramure est debout à côté de lui. Avec tous ces éléments, il ne fait aucun doute que nous sommes en présence de Cernunnos dans les deux cas. Sur la gravure de la plaquette de Fontainebleau, le corps de Cernunnos est formé par une roue à quatre quadrants pointés qui peuvent revêtir d’après les archéologues une signification calendaire, celle d’une année découpée en quatre saisons. Cette impression est renforcée par l’iconographie de la plaque du chaudron de Gundestrup sur laquelle on peut voir quatre animaux qui entourent Cernunnos et qui représentent, entre autres, les quatre saisons. Le Taureau qui figure le printemps, le Lion pour l’été (une lionne en l’occurrence), le cerf pour l’automne et le loup pour l’hiver.
Pour en savoir davantage, voir SAISON 2 ANNEXE 1 Le chaudron de Gundestrup et la course du Soleil
LE CALENDRIER CELTIQUE
D’ailleurs le dieu cornu reçoit la roue calendaire des mains de son père sur une autre plaque du chaudron de Gundestrup.

Le dieu père et Cernunnos. Plaque du chaudron de Gundestrup. © Copenhague, Nationalmuseet.
Dans cette composition, Cernunnos porte un casque avec des cornes de taureau, cependant il est toujours et encore reconnaissable grâce à la présence du serpent cornu. Il reçoit un calendrier en forme de roue (puisque le temps est cyclique) avec huit rayons qui ne figurent plus seulement les quatre saisons, mais les huit fêtes qui composent le calendrier celtique. Les quatre fêtes solaires, les solstices d’été et d’hiver et les équinoxes de printemps et d’automne auxquelles s’ajoutent quatre fêtes lunaires intercalaires qui sont connues sous leurs noms irlandais Imbolc (février), Belteine (mai), Lugnasad (aout) et Samain (novembre), Samonios en gaulois.
Cernunnos devient ainsi le Maître du calendrier, des saisons et dans un sens plus large le Maître du temps.
LE SERPENT CORNU
Tant sur le chaudron de Gundestrup que sur la plaquette de Fontainebleau, les deux dieux cornus sont figurés en compagnie d’un serpent cornu. Cependant il y a une différence notable entre les deux images : la nature des cornes du serpent. Sur le chaudron de Gundestrup le serpent porte des cornes de bélier et sur la plaquette de Fontainebleau, l’ophidien semble porter des cornes de taureau. Ce détail est d’une importance cruciale qui devrait inciter les spécialistes à la prudence lorsqu’ils datent la scène figurée sur cette plaquette. Car comme sur le chaudron de Gundestrup, il peut y avoir un gouffre entre la datation de l’artefact lui-même et la datation de la scène qui orne l’objet.
UNE GRAVURE TRÈS ANCIENNE
Car le serpent cornu est un indicateur temporel qui agit comme une aiguille d’une gigantesque horloge céleste en indiquant grâce à la nature de ses cornes, non pas les heures, mais les ères astrologiques. Dans le cas du chaudron de Gundestrup daté du Ier siècle av. J.-C., ce serpent à tête de bélier indique l’ère du Bélier (2200 à 100 av. J.-C.). Quant au serpent du Val Camonica, autre figuration du dieu cornu et de son serpent fétiche, il indique une ère beaucoup plus ancienne, celle du Taureau (4400 à 2260 av. J.-C.). Grâce au mouvement engendré par la précession des équinoxes, l’aiguille de cette horloge céleste « passe » 2160 années dans chaque signe du zodiaque et fait le tour complet des douze signes en 25920 années.
Voir à ce propos SAISON 1 ANNEXE 10 Les ères astrologiques
L’ÈRE DU TAUREAU
Ce qui signifie que la gravure du dieu cornu de la plaquette de Fontainebleau est peut-être beaucoup plus ancienne qu’admis jusqu’à présent. D’ailleurs les gravures sur roche ne sont pas datables et la datation du Xe ou au début du IXe siècle av. J.-C. n’est qu’une convention adoptée par une majorité de spécialistes. En tout cas, l’iconographie du chaudron et de la plaquette se réfère à un temps très ancien, celui de la fin de l’ère du Taureau.
Pour plus de détails, voir SAISON 1 ÉPISODE 5 Chaudron de Gundestrup et astronomie
LE DÉESSE MÈRE
Il se peut que Cernunnos soit considéré comme le dieu père par les habitants de la région de Fontainebleau durant l’Âge du Bronze puisqu’il est fréquemment associé à la déesse mère. Celle-ci portant un enfant sur son ventre, emmailloté dans ce qui semble être un porte-bébé.

La déesse mère et son enfant. Source : Musée de la Préhistoire d’Île-de-France
Pour cela il faut regarder le relevé fait par les archéologues et qui donne un sens au fouillis apparent de traits qui ornent la pierre.

La déesse mère et son enfant, fac-similé de l’image précédente. Source : Musée de la Préhistoire d’Île-de-France
Ces porte-bébés qui se retrouvent dans toutes les civilisations traditionnelles et qui existent encore de nos jours tellement ils sont pratiques.

Enfants sanglés dans des planches porte-bébés. (Bibliothèque et Archives Canada).
Image universelle d’une mère tenant son enfant dans ses bras. Que l’on retrouve bien évidement chez les Gaulois et leurs successeurs Gallo-Romains.

Déesses mères de diverses provenances, II ou IIIème siècle ap. J.-C. Musée archéologique de St-Germain en Laye (Ile de France). (Wikimedia Commons).
Avec parfois une nuance qui renvoie directement à la Religion des Étoiles prônée par les druides puisque la Déesse Mère est représentée avec deux enfants.

Déesse mère avec deux enfants, de diverses provenances, II ou IIIe siècle ap. J.-C. Musée archéologique de St-Germain en Laye (Ile de France). (Wikimedia Commons).
Ce sont des jumeaux et sur ces derniers reposent les croyances qui sont figurées sur le chaudron de Gundestrup.
Avec cependant une différence notable puisque les jumeaux sont représentés à l’âge adulte, mais toujours aux côtés de la Déesse Mère.

La Déesse Mère et les Dioscures. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.
