CERNUNNOS ET LA DÉESSE

LES DRUIDES SAISON 3 ÉPISODE 9

LA GRANDE DÉESSE DES CELTES ET LE LION

La lionne est la compagne attitrée de la Grande Déesse depuis des temps immémoriaux.

LES ANIMAUX DE LA DÉESSE

La déesse des Celtes est triple. 

Les trois déesses-mères d’origine gauloise, les Matres, portant corbeilles de fruits et corne d'abondance.

Les trois déesses-mères d’origine gauloise, les Matres, portant corbeilles de fruits et corne d’abondance. Autel dédié aux Mères augustes par un médecin, marbre blanc,  datation : 1er siècle – 2e siècle. © Degeule Jean-Michel. Source : lugdunum.grandlyon.com

Cette triple déesse correspond en fait à la Grande Déesse aux multiples visages des druides qui est à l’origine de tout. Elle est non seulement triple, mais elle peut devenir, selon les mythes dans lesquels elle s’incarne, la fille, l’épouse ou la mère des dieux masculins du panthéon celtique.

Ce qui a pour conséquence que dans les sociétés anciennes, le souverain qui copie les actes des dieux peut épouser un membre de sa propre famille à l’instar des Pharaons d’Égypte.

Cet inceste royal, réservé au souverain, peut être expliqué par la mythologie, où les dieux se marient entre frères et sœurs. Ainsi Osiris se marie avec sa sœur Isis et de cette union naît le dieu Horus. Le Pharaon Ahmôsis Ier a épousé sa sœur Ahmès-Néfertary. Et des Pharaons, et non des moindres, Akhenaton, Ramsès II et Ramsès III ont épousés une ou plusieurs de leurs filles.

Une divinité multiple qui peut prendre différents noms et différentes fonctions, mais comme l’a pressenti le poète Gérard de Nerval lorsqu’il décrit la déesse Artémis : La Treizième revient… C’est encor la première ; Et c’est toujours la seule…

LES VÉHICULES DES DIEUX CELTES

Il existe un système ingénieux et un moyen infaillible, calqué sur le modèle indien, qui permet de déterminer l’identité réelle des dieux représentés sur le chaudron de Gundestrup grâce au animaux qui les accompagnent. Ces divinités et ces animaux sont des projections sur un support, comme le chaudron de Gundestrup,  des constellations du ciel étoilé.

Si Orion est la plupart du temps figuré aux côtés d’un chien.

CERNUNNOS ET LA DÉESSE. Orion et la constellation du Grand Chien (Canis Major). Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).

Orion et la constellation du Grand Chien (Canis Major). Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).

Cernunnos est un cas à part puisque en tant que Maître des animaux, il souvent représenté en compagnie de plusieurs animaux, notamment un cerf.

CERNUNNOS ET LA DÉESSE. Le dieu Cernunnos avec des bois de cerf. Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague) (Wikimedia Commons).

Le dieu Cernunnos avec des bois de cerf. Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague) (Wikimedia Commons).

Il en va de même pour les autres divinités principales représentées sur le chaudron de Gundestrup. Leur animal véhicule est directement présent sous la divinité. Ce n’est pas seulement l’animal préféré du dieu, mais son apparence première dans les temps les plus anciens. Ainsi le cerf est non seulement le compagnon du dieu, il est également son emblème, son ancienne effigie.

Sur le chaudron de Gundestrup, le griffon est le véhicule du dieu père des Celtes. Celui qui appelé Taranis, dieu du Ciel et de l’Orage de la mythologie celtique. L’équivalent gaulois du Zeus grec et du Jupiter romain. Il faut ajouter que ce griffon est un peu spécial et qu’il ne correspond pas griffon habituel, mélange entre un lion et un aigle, mais il est plutôt ce que les Grecs appellent les « chiens de Zeus », un chien ailé hybride d’un chien et d’une aigle. Eschyle dans son Prométhée enchaîné (v. 803-804) les décrits de la façon suivante : Garde toi des chiens de Zeus, au bec aigu, qui n’aboient point, des griffons.

CERNUNNOS ET LA DÉESSE. Le dieu à la roue, à noter sous la divinité son animal-véhicule, le griffon. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).

Le dieu à la roue, à noter sous la divinité son animal-véhicule, le griffon. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).

Tandis que la lionne est le véhicule de la Déesse-Mère.

CERNUNNOS ET LA DÉESSE. La déesse sur un char à roues, en-dessous l'animal-véhicule de la déesse. Les éléphants et les griffons symbolisent le nord et le sud qui sont inversés. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).

La déesse sur un char à roues, en-dessous l’animal-véhicule de la déesse. Les éléphants et les griffons symbolisent le nord et le sud qui sont inversés. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).

Pour la signification des autres animaux représentés sur les plaques du chaudron de Gundestrup voir SAISON 2 ANNEXE 2 Dieux celtes et animaux

LA MAÎTRESSE DES ANIMAUX

Les animaux qui sont représentés autour de la divinité indiquent l’identité et la fonction de la déesse. Ce sont non seulement des compagnons, des emblèmes, des symboles de la divinité, mais dans les temps les plus reculés l’aspect premier de la déesse qui peut ainsi prendre l’apparence d’un animal.

La déesse Sekhmet à tête de lionne (temple de Kôm Ombo).

La déesse Sekhmet à tête de lionne (temple de Kôm Ombo). (Wikimedia Commons).

Comme la déesse des temps anciens est une maîtresse des animaux, ces derniers sont nombreux à figurer auprès d’elle et l’accompagnent dans ses différentes fonctions.

La déesse est entourée par des animaux-symboles puissants. Les plus classiques dans le monde celtique sont le serpent, le cheval ou encore un oiseau.

Cependant l’animal qui va particulièrement retenir notre attention dans cet article est à priori un animal exotique qui n’a pas sa place dans le bestiaire celtique.

LE LION EN EUROPE

Le lion était dès les temps les plus reculés un animal qui sillonnait les vastes étendus européennes. Comme en témoigne les peintures rupestres de la grotte Chauvet.

Dans la Grotte Chauvet, le Panneau des Lions.

Dans la Grotte Chauvet, le Panneau des Lions. Photo Jean Clottes – Ministère de la culture.

Contrairement à ce que l’on croit communément, les lions ne sont pas cantonnés dans l’Antiquité à l’Afrique et à l’Asie comme aujourd’hui. Puisque le lion peuplait l’Europe durant l’Holocène (époque géologique s’étendant sur les 12 000 dernières années) et s’est éteint durant l’Antiquité tardive. Les derniers lions auraient disparu en Europe de l’Est vers l’an 100 de l’ère chrétienne.

Chasse aux lions, en or et argent sur une dague en bronze mycénienne, Grèce, XVIe siècle av. J.-C.

Chasse aux lions, en or et argent sur une dague en bronze mycénienne, Grèce, XVIe siècle av. J.-C. (Wikimedia Commons).

La culture antique y fait de nombreuses allusions, pour ne citer qu’Héraclès lorsqu’il affronte le Lion de Némée. L’action se déroule en Grèce et non dans une contrée lointaine.

LES ÉTOILES ROYALES. Combat entre Héraklès et le lion de Némée, Amphore à figures noires, Vers 540 av J.-C., Musée du Louvre.

Combat entre Héraklès et le lion de Némée, Amphore à figures noires, Vers 540 av J.-C., Musée du Louvre.

Hérodote évoque dans son exposé sur les guerres médiques que des lions venaient de nuit rôder autour des campements perses, attirés par l’odeur des troupeaux que la gigantesque armée perse emportait avec elle lors de ses campagnes. Ce détail vient après le passage du Bosphore par les Perses, ces derniers sont donc en Thrace. Donc du côté européen du détroit.

Des représentations de lions comme symboles ou des scènes de chasse au lion sont très présentes dans l’iconographie des Étrusques et les Grecs.

L’extinction de l’animal en Europe semble être due à une chasse aux lions intensive, passe-temps très prisé des élites et également à leur utilisation par les Romains, grands consommateurs d’animaux en tout genre, pour leurs spectacles sanglants dans les arènes.

Mosaïque en galets dite de « la chasse au lion » réalisée en Grèce au IVe siècle avant Jésus-Christ, conservée au musée archéologique de Pella (Grèce).

Mosaïque en galets dite de « la chasse au lion » réalisée en Grèce au IVe siècle avant Jésus-Christ, conservée au musée archéologique de Pella (Grèce). (Wikimedia Commons).

LES LIONS CÉLESTES

Ces animaux-véhicules apportent à leur tour quelques précisions à propos des dieux qu’ils accompagnent. La lionne symbolise le Sud et le griffon le Nord. La présence d’une lionne, et non d’un lion, indique que la tradition qui est véhiculé à travers cette image est très ancienne. Parce que depuis les temps les plus anciens, c’est la lionne qui est le symbole de la déesse et ce n’est que très tard que le sexe de l’animal change et devient un lion symbole de royauté. Un exemple avec la « Dame aux fauves » de Çatal Hüyük, datée de 6000 av. J.-C. entourée par deux lionnes et non pas deux panthères comme il est généralement admis. La panthère étant l’animal-véhicule du dieu Dionysos qui est l’équivalent du Cernunnos celtique. Il faut dire que faire une différence entre des lionnes, donc sans crinières distinctives, et des panthères n’est pas chose aisée. Cependant si l’on ne relie pas le bon animal aux bonnes divinités, alors la confusion devient immédiate.

CERNUNNOS ET LA DÉESSE. Figurine dite de la « Dame aux fauves » (ou « Dame de Çatal Hüyük »), 6000-5500 av. J.-C., Musée des civilisations anatoliennes, Ankara, Turquie. (Wikimedia Commons).

Figurine dite de la « Dame aux fauves » (ou « Dame de Çatal Hüyük »), 6000-5500 av. J.-C., Musée des civilisations anatoliennes, Ankara, Turquie. (Wikimedia Commons).

Pour preuve la même image quelques millénaires plus tard avec des lions mâles, cette fois-ci. Ce qui rend l’interprétation plus facile. La statue représente la déesse Cybèle, datée du IIIe siècle av. J.-C., en compagnie de deux lions.

CERNUNNOS ET LA DÉESSE. Cybèle, maîtresse des fauves, découverte dans le Latium, IIIe siècle av. J.-C., art hellénistique, Musée archéologique de Naples. (Wikimedia Commons).

Cybèle, maîtresse des fauves, découverte dans le Latium, IIIe siècle av. J.-C., art hellénistique, Musée archéologique de Naples. (Wikimedia Commons).

Plus de 5000 ans sépare ces deux images. Pourtant la composition reste la même : une déesse assise sur un trône entourée par deux félins. Sauf que le symbole de la souveraineté a évolué. Au départ ce sont des lionnes puis beaucoup plus tard ce sont des lions. L’astronomie permet également d’expliquer la présence de deux lions auprès de la déesse, et non des panthères. Puisque dans le ciel étoilé apporte une précision importante. Dans l’entourage de la déesse — la constellation de la Vierge (Virgo) — il n’y a pas de panthères, mais bien deux lions. Les constellations du Grand Lion (Leo Major) et du Petit Lion (Leo Minor). 

Une des 32 cartes astronomiques composant le Miroir d’Uranie publié en 1824. (Wikimedia Commons).

Une des 32 cartes astronomiques composant le Miroir d’Uranie publié en 1824. (Wikimedia Commons).

Sur cette carte céleste relativement récente, qui date du 19e siècle, les félins sont bien entendu des lions avec des crinières impressionnantes. Cependant, si les Celtes avaient suivi la même évolution, le chaudron de Gundestrup, daté du Ier siècle av. J.-C., devrait montrer un lion mâle. Or les druides ont été, dans ce cas précis, très conservateurs et ils ont préféré garder l’image d’une lionne qui accompagne leur Déesse-Mère. Ce simple détail montre à lui seul l’ancienneté de la tradition qui est véhiculée par le chaudron de Gundestrup.

Il semble que les personnages représentés sur le chaudron de Gundestrup étaient déjà présents dans l’iconographie dès la Préhistoire vers 10 000 ans avant notre ère. C’est le cas d’Orion et d’Ophiuchus/Cernunnos.  Voir à ce propos l’article intitulé : Découverte sensationnelle d’un bas-relief vieux de 11 000 ans en Turquie

Même si les premières représentations de la déesse entourée par des lionnes sont plus récentes, VIIème millénaires av. J.-C. il est impensable qu’elle n’ait pas accompagnée ses deux fils durant cette période encore plus ancienne. Or la figure majeure de cette époque lointaine est le Lion. Animal qui a symbolisé une ère astrologique, lorsque le Soleil de l’équinoxe du printemps, observé depuis la Terre, traverse l’une des 12 constellations du zodiaque : ce fut le cas entre 10 900 et 8740 av. J.-C. dans la constellation du Lion. Ce qui n’était plus arrivé depuis le tour précédent de -38 980 à -36 820 soit l’époque des peintures rupestres de la grotte Chauvet, datés d’il y a au moins 36 000 ans, qui représentent justement des lionnes en chasse. Simple hasard ?

LA DÉESSE ET LE LION

La Grande Déesse des Celtes peut prendre différentes fonctions et avec elles différentes apparences et ainsi qu’être accompagnée par différents animaux-symboles.

Traditionnellement, c’est par exemple le cheval dans le cas de la déesse Epona.

Déesse Épona (Contern, Grand-Duché de Luxembourg (pays des Trévires).

Déesse Épona (Contern, Grand-Duché de Luxembourg (pays des Trévires). (Wikimedia Commons).

Ou la corneille lorsqu’il s’agit de la déesse guerrière des Celtes.

Cependant sur le chaudron de Gundestrup, c’est le point de vue astronomique qui a été privilégié par les druides, commanditaires de l’iconographie du chaudron d’argent.

La Grande Déesse figure dans le ciel étoilé en tant que constellation de la Vierge. De nombreux éléments entourent celle-ci. Des objets et des animaux. Voir à ce propos SAISON 2 ÉPISODE 2 (1ère  partie ) et SAISON 2 ÉPISODE 2 (2ème partie) La constellation de la Vierge

Les druides n’avaient que l’embarras du choix pour représenter la déesse avec un objet ou un animal qui le caractérise

Les druides ont retenu le Lion puisque sa constellation est proche de celle de la Vierge et il figure parmi ses attributs depuis des temps immémoriaux

Ce qui signifie que la plaque du chaudron de Gundestrup représente la constellation de la Vierge (Virgo) en compagnie de la constellation du Lion (Leo Major). Et ceci dans un état antérieur, avant la réforme patriarcale, lorsque le Lion céleste était encore une lionne.

La déesse et la lionne. Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).

La déesse et la lionne. Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).

Cette image de la déesse des Celtes rappelle étrangement la représentation de la déesse égyptienne Qadesh qui est montrée debout sur un lion.

Stèle de la déesse syrienne Qadesh (« la sainte »). Deir el-Medina. Nouvel Empire, dynastie XIX (1292-1186 av. J.-C.). Museo Egizio (Turin).

Stèle de la déesse syrienne Qadesh (« la sainte »). Deir el-Medina. Nouvel Empire, dynastie XIX (1292-1186 av. J.-C.). Museo Egizio (Turin).

Malgré son ancienneté, on peut remarquer que c’est déjà un lion qui accompagne la divinité. Il ne peut donc pas y avoir d’influence égyptienne sur le chaudron de Gundestrup. Simplement un répertoire d’images en commun qui figure dans le ciel étoilé depuis des temps immémoriaux et que les différents peuples utilisent suivant leurs besoins.

En Inde, c’est la déesse Durga qui chevauche un lion.

La Déesse Durga assise sur un lion. Miniature sur papier. Source : Alamy Banque D'Images.

La Déesse Durga assise sur un lion. Miniature sur papier. Source : Alamy Banque D’Images.

Ce qui signifie que malgré la date relativement récente du chaudron de Gundestrup, tout de même le 1er siècle av. J.-C., l’image de la déesse et de la lionne, ce qui est particulièrement remarquable, remonte à une plus haute antiquité que les interprétations égyptienne et indienne.

UN CHAR TIRÉ PAR DES LIONS

La déesse représentée sur le chaudron de Gundestrup n’est pas seulement en compagnie d’une lionne. Mais, détail intéressant, elle est assise sur figuration à peine ébauchée d’un char avec des roues.

La déesse sur un chariot avec des roues. Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).

La déesse sur un chariot avec des roues. Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).

Or, cette même composition très schématique et sommaire sur le chaudron de Gundestrup — déesse, félin, char à roues — se retrouve de façon beaucoup plus détaillée avec cette statuette de la déesse Cybèle assise sur un char à quatre roues tirées par deux lions.

Statuette en bronze de la déesse Cybèle sur une char tirée par des lions, 2ème moitié du 2ème siècle ap. J.-C. The Metropolitan Museum of Art.

Statuette en bronze de la déesse Cybèle sur une char tirée par des lions, 2ème moitié du 2ème siècle ap. J.-C. The Metropolitan Museum of Art.

Cybèle est une divinité d’origine phrygienne, adoptée d’abord par les Grecs puis par les Romains. Elle est présentée comme « Magna Mater », Grande Déesse, Déesse mère ou encore Mère des dieux. C’est l’une des plus grandes déesses de l’Antiquité au Proche-Orient. Encore et toujours la représentation de la constellation de la Vierge accompagnée par les deux lions célestes.

Les Scandinaves, qui ne connaissaient pas le lion, ont trouvé une astuce pour reproduire l’image céleste de la déesse qui traverse le ciel sur un char tiré par deux lions. À défaut de lions, ils ont tout simplement remplacé les grands félins par des… chats.

Freya Frigg, déesse de l'amour dans la mythologie scandinave, conduit son char tiré par des chats.

Freya Frigg, déesse de l’amour dans la mythologie scandinave, conduit son char tiré par des chats. Source : meisterdrucke.at

L’idée de base reste cependant toujours la même : la déesse, le char à roues, les deux félins.

UN LION GAULOIS

Les anciens ont utilisé les images qu’ils voyaient dans le ciel étoilé. Ainsi pour les besoins de la composition d’une œuvre, la déesse-mère est souvent en compagnie d’un lion (Leo Major). Dans certains cas, il fallait deux félins. Pour tirer un attelage ou pour entourer un trône. Dans ce cas spécifique, le ciel étoilé disposait d’une solution avec un deuxième lion. Le Petit Lion (Leo Minor).

En rouge, la constellation de la vierge et les deux Lions (Leo Major et Leo Minor). Source : Carte du ciel Sirius ©Freemedia, Bern.

En rouge, la constellation de la vierge et les deux Lions (Leo Major et Leo Minor) qui peuvent former un attelage sur l’écliptique. Source : Carte du ciel Sirius ©Freemedia, Bern.

Les sceptiques avanceront l’argument que les Gaulois ne connaissait pas le lion. Une superbe pièce de monnaie gauloise en bronze prouve le contraire.

Monnaie des Carnutes (Région de la Beauce), Bronze, portant l’inscription PIXTILOS. © Source : http׃//www.cgb.fr

Cependant ce n’est pas un simple lion qui est représenté sur cette monnaie gauloise, mais la constellation du Lion lors d’un événement exceptionnel : le passage d’une comète.

Détail de la « comète » sur la Monnaie des Carnutes (Région de la Beauce), Bronze.

Détail de la « comète » sur la Monnaie des Carnutes (Région de la Beauce), Bronze. © Source : http׃//www.cgb.fr

Pour comparer, voici les différentes formes que peut prendre une comète lors d’un passage dans le ciel nocturne.

Différents types de comètes.

Toutes ne sont pas qu’un trait lumineux dans le ciel, tel que l’on se les imagine habituellement. Les Gaulois ont-ils assisté au passage d’une comète entourée par un halo lumineux dans la constellation du Lion ?

Sans aucun doute.

LES LÉONIDES

Les Léonides sont un essaim de météoroïdes, dont le radiant est situé dans la constellation zodiacale du Lion. Ce qui signifie que vue de la terre cet essaim semble provenir de la constellation du Lion, d’où son nom. Les Léonides sont causées par la comète Tempel-Tuttle qui a une période de 33 ans. À chaque passage, la comète laisse une traînée de débris rocheux qui forme un essaim que la Terre traverse tous les ans aux environs du mois de novembre. Ce qui couronne la fête de Samonios dans un feu d’artifice céleste.

Un météore au plus fort de la pluie de météores des Léonides de 2009.

Un météore au plus fort de la pluie de météores des Léonides de 2009. (Wikimedia Commons).

LE DIEU CERNUNNOS

La lionne est l’animal fétiche de la déesse depuis la plus haute antiquité, c’est pourquoi l’animal se détourne du dieu Cernunnos et semble pas envoûtés comme les autres animaux, serpent compris.

Le dieu Cernunnos avec des bois de cerf. Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague) (Wikimedia Commons).

Le dieu Cernunnos avec des bois de cerf. Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague) (Wikimedia Commons).

LA NAISSANCE DES DIEUX

Peut-on se risquer à donner un nom à cette déesse des commencements ?

Il semble bien que la réponse soit oui.

Puisqu’ne civilisation pan-méditerranéenne dont le berceau semble proche-oriental et anatolien a essaimé dans toutes les directions des rivages atlantiques en passant par la Méditerranée le Moyen-Orient jusqu’à la vallée de l’Indus, emmenant dans leurs bagages non seulement l’agriculture et les animaux domestiques mais aussi leurs dieux, le culte de la déesse, celui du taureau et du serpent.

Le mythe d’Anat peut être classé parmi les éléments communs de la vieille civilisation agricole qui s’étendait de la Méditerranée orientale jusqu’à la plaine gangétique[1]

On peut même aller plus loin et prolonger cette influence jusqu’aux rivages de l’extrême occident dans le monde celtique puisque en Irlande on retrouve Anat sous une forme à peine changée avec Ana (ou Anna ), Anu, Dana, ou Don qui est la Déesse-mère des ancien Celtes. En Irlande, c’est la mère des dieux, les fameux Tuatha Dé Danann (tribus de la déesse Dana) dont l’équivalent gallois est Dôn.

LA DÉESSE DES EAUX

D’ailleurs, cette élément ANA entre dans la composition de nombreux noms de divinités féminines qui se retrouvent dans nombres de civilisations anciennes. Par exemple en Mésopotamie avec la déesse Inanna-Ishtar ou en Iran avec la déesse Anahita. La variante DANA existe chez les Romains avec déesse Diane (Di-ana) ou en Inde avec Dânu. Or dans les différentes langues indo-européennes le radical *Dan ou *Don a servi à désigner un grand nombre de fleuves et de rivières. L’exemple le plus connu est le grand fleuve par excellence qui traverse la vieille Europe, le Danube (Danuvius en latin et Donau en allemand). Les exemples sont innombrables à travers l’Europe. C’est pourquoi cette ANA-DANA est sans aucun doute une divinité des eaux, la Mère des eaux[2].

Comme la dépeint une statuette de la déesse Sequana en majesté voguant sur les eaux du fleuve auquel elle a donné son nom retrouvée près des sources de la Seine (Sequana). La divinité est debout dans une galère en bronze dont la poupe prend la forme d’une tête de canard avec une groseille dans le bec. Il est troublant de constater que les canards forment le groupe des anatidés (canard, cygne, oie, oiseaux par excellence de la déesse). Du latin anas (« canard »).

Déesse Sequana sur une galère en bronze en forme de canard.

Déesse Sequana sur une galère en bronze en forme de canard.

Retrouver ces noms basés sur Ana/Dana de l’Atlantique jusqu’en Inde est peut être une accumulation de hasards, mais n’en est plus un si l’on compare les peuples qui accompagnent la déesse.

LES PEUPLES DE LA DÉESSE

Chez les Celtes d’Irlande, ce peuple de la déesse est appelé les Tuatha dé Danann, littéralement « Gens de la déesse Dana », c’est la dénomination générale des dieux de la mythologie irlandaise.  Ce peuple mythique est originaire des Îles du Nord du Monde et introduit en Irlande la magie , le druidisme, les sciences et les techniques. Après leur défaite face aux Gaëls, les Tuatha dé Danann peuplent le Monde Souterrain devenant le peuple des Sidhs. Le mot Sidh ou Sid signifie « paix » et désigne l’Autre Monde, le monde des dieux, des héros et des défunts. Cet Autre Monde est localisé dans les monuments mégalithiques (tertres, Tumuli), collines ou dans des îles mythiques. Dana est considérée comme une divinité primordiale, la mère de tous les dieux. 

En Bretagne armoricaine, ce sont les Anaons qui forment le peuple des trépassés. Puisque ce terme désigne l’ensemble des âmes des défunts et le lieu où elles se retrouvent. Il est à rapprocher du mot gallois Annwvyn l’Autre Monde des Celtes, le monde après la mort. Ces Anaons bretons peuvent donc être considérés comme l’équivalent des Tuatha dé Danann irlandais. Cette Ana qui a donné son nom au peuple des défunts est devenue Sainte Anne en Bretagne, mère de la Vierge Marie.

En Mésopotamie, les Anounnaki sont des personnages divins groupés autour du grand dieu céleste An/Anu (masculinisation de la déesse Ana) et seraient les plus anciens dieux du panthéon mésopotamien.  Il s’agit également de divinités liées au Monde souterrain, les Enfers mésopotamiens.

Les Dânava-s en Inde sont des êtres surnaturels qui résident dans les mondes inférieurs, leur nom vient de leur mère Dânu, une des déesses premières de l’hindouisme.

On peut également citer en Grèce le peuple des Danéens, les « Gens de Danaos » qui ne sont pas un peuple mythique mais semblent bien être l’équivalent des « gens de Dana » irlandais, transposé dans un contexte historicisant et patriarcal. Autre exemple de « peuple de Dana » transposé dans un contexte patriarcal, celui sémitique de la Bible, la tribu de Dan, une des douze tribus d’Israël.

UNE TERRE DE PROMESSES

Étrange constance de ces noms de peuples liés à la déesse a travers le temps et l’espace qui ne trouve son explication qu’à travers le vieux socle pan-méditerranéen. Le point commun de ces peuples semble être leur accointance avec l’Autre Monde. Ana/Dana étant la Déesse-Mère qui accueille « ses enfants » après la mort dans un monde merveilleux. Sans doute un pays enchanteur, loin des visions négatives des Enfers du monde gréco-romain ou des religions monothéistes, puisque dans la mythologie irlandaise cet Autre Monde est appelé selon les circonstances : Mag Meld (« Plaine du Plaisir »), Mag Mor (« Grande Plaine »), Tir na mBéo (« Terre des Vivants »), Tir na mBân (« Terre des Femmes »), Tir na nOg (« Terre des Jeunes ») ou encore Tir Tairngire (« Terre des Promesses »). Comme Ana/Dana est une déesse des eaux primordiales, il faut traverser l’océan ou pénétrer dans les profondeurs d’un lac pour accéder à cette terre merveilleuse puisque toute eau, mer, lac ou fleuve y donne accès.

Est-ce vraiment un hasard si le chaudron de Gundestrup, un chaudron celtique faut-il le rappeler, a été retrouvé dans une tourbière du Danemark ?

LE ROI ET LA DÉESSE

Selon l’épitome latin d’Arngrímur Jónsson de la Skjöldungasaga perdue, réalisée en 1597 :

Ríg (Rigus) était un homme, et non des moindres parmi les grands de son temps. Il épousa la fille d’un certain Danp [vieux norrois Danpr], seigneur de Danpsted, dont le nom était Dana ; et plus tard, ayant gagné le titre royal pour sa province, il laissa comme héritier son fils de Dana, appelé Dan ou Danum, dont tous les sujets étaient appelés Danois. (Source Wikipedia).

Selon ce texte médiéval, les Danois sont les sujets du roi Dan, lui-même fils d’une Dana. Le père est appelé Rig ce qui signifie simplement « roi », terme basé sur le radical indo-européen *rig que l’on retrouve par exemple en latin (rex), en celtique (rix) ou en germanique (rik).

Historicisation d’un vieux mythe fondateur ?

Souvenir d’une antique hiérogamie, c’est à dire l’union sacrée entre un roi et une déesse qui donne naissance à un peuple ?

Les druides ont-ils envoyé leur chaudron sacré, au-delà des mers, vers les fameuses Îles du Nord du Monde, domaine de la déesse Dana ?

En quelque sorte un retour au sources du druidisme issu des Îles du Nord du Monde.

©JPS2024

[ACCUEIL]

SOURCES :

  1. O. James, Le culte de la déesse-mère dans l’histoire des religions, Éditions Le Mail, 1989.

Mircea Eliade, Histoire des croyances et des idées religieuses, Tome I, Éditions Payot, Paris, 2000.

Yves Vadé, Dragons aux bords des fleuves, dans Collectif, Serpents et dragons en Eurasie, Éditions de l’Harmattan, Paris, 1997.

Voir également Déesse Mère — Wikipédia

Sidh — Wikipédia

NOTES :

[1] Mircea Eliade, Histoire des croyances et des idées religieuses, Tome I, Éditions Payot, Paris, 2000, p.169.

[2] Yves Vadé, Dragons aux bords des fleuves, dans Collectif, Serpents et dragons en Eurasie, Éditions de l’Harmattan, Paris, 1997, pp. 51, 69-70.

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