LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER)
LES DIEUX DES DRUIDES TOME II CHAPITRE III
Le serpent à tête de bélier est une des créatures les plus étrange du bestiaire celtique.
UNE FORMULE MYSTÉRIEUSE
Taurus Draconem genuit, et Taurum Draco[1].
Ainsi dans la mystique orphique un taureau peut engendrer un dragon. Et le dragon un taureau…

La Terre allaitant un taureau et un serpent. Rouleau d’Exultet, fragment XIe siècle. Le texte célèbre le renouveau de la vie au printemps. La Terre-Mère (Tellus Mater) symbolisant l’abondance est représentée sous la forme d’une femme nue, les bras écartés, entourée de plantes et nourrissant un taureau et un serpent sur ses seins.
LE SECRET DES DRUIDES
Dans ce chapitre nous abordons le cœur du mystère des druides. Avec une créature énigmatique, un serpent connu du seul monde celte. Car il ne s’agit pas d’un ophidien comme les autres. Non ce serait trop simple. Il s’agit d’un serpent avec des cornes de bélier[2]. Ou pour être plus précis un serpent avec une tête de bélier, Le terme employé par les spécialistes est « serpent criocéphale ». Du grec ancien krioképhalos « à tête de bélier ».
Or, chose extraordinaire, le Zodiaque des Druides révèle clairement un tel animal fantastique à travers un axe Bélier-queue de serpent.

Le Zodiaque des Druides avec les noms français et les noms communs pour les animaux peuplant le cercle druidique. Source : JPS2015
Pour en apprendre davantage, voir Les dieux des druides Tome II Chapitre II Les constellations des Celtes
LE SERPENT ET LE BÉLIER
Une ligne qui relie la constellation du Bélier (Aries) à la queue de la constellation de l’Hydre (Hydra Cauda).

Le lien entre les constellations du Bélier (Aries) et de l’Hydre (Hydra). Source : JPS2015.
UNE CRÉATURE HYBRIDE
Pour cela il faut assembler une chimère composée d’une tête de bélier, partie la plus marquante de l’animal, avec le corps d’un serpent. Il faut comparer cet créature hybride avec l’image que l’on trouve sur le fameux chaudron de Gundestrup. Le fameux serpent à tête de bélier.

Le serpent criocéphale. Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).
UN SERPENT GAULOIS
Il est également remarquable qu’un chaudron trouvé dans les tourbières du Danemark porte le même motif que des bas-reliefs gallo-romains. Preuve que certaines croyances restaient profondément ancrées à travers tout le monde celtique.

Statue du lieu‒dit le Péchin à Néris‒les‒Bains (Allier). Source : Girond, Simon. « Images de dieux, images d’ancêtres : aperçus sur la religion antique dans la cité des Bituriges cubes ». Les images : regards sur les sociétés, édité par Théophane Nicolas et al., Éditions de la Sorbonne, 2011.

Pilier de Mavilly, détail d’une face avec le dieu Mars portant une cotte de mailles. À ses côtés, une déesse et un serpent à tête de bélier. Musée de Dijon. Source Simone Deyts, Images des dieux de la Gaule, Éditions Errance.
UNE PLONGÉE DANS LES ARCANES DU DRUIDISME
LA SYMBOLIQUE DU SERPENT
Tout d’abord, il n’est peut-être pas tout à fait inutile de rappeler quelques données essentielles concernant la symbolique du serpent :
Pour pénétrer dans le symbolisme général du serpent, il convient toutefois de comprendre dès le départ que, s’il fait souvent partie de couples d’opposés (comme le serpent et l’oiseau), il est lui-même, à son essence, un couple d’opposés aux dimensions cosmiques qui réunit les valeurs du jour et de la nuit, du bien et du mal, de la vie et de la mort, du masculin et du féminin. Peut-être, à cet égard, est-il d’abord l’ourouboros, le serpent qui se mord la queue de l’alchimie, primordial (materia prima) et terminal (matière sublimée dans l’esprit), androgyne et, pour tout dire, à la fois unique et multiple selon l’antique axiome hen ta panta : l’Un-toutes-les-choses. Parfaite illustration de la coïncidentia oppositorum, de l’unité du chaos et du cosmos, du « sans forme » et du manifesté, le serpent appelle quasi nécessairement, aussitôt qu’il prend une signification précise dans tel ou tel mythe, la signification inverse qui lui est tout aussi légitime : leçon qu’on ne doit pas oublier à aucun prix si on ne veut pas mutiler l’herméneutique qui s’applique à son image. Cela admis, on constate que, dans de nombreuses cultures, le serpent symbolise les enfers et le royaume des morts, probablement à cause de son mode de vie caché dans les replis de la terre, mais aussi en raison de sa faculté apparente à se rajeunir lors de la mue qui introduit l’idée de renaissance. Il se déplace en rampant, se glisse hors des œufs comme le fait l’oiseau et peut souvent tuer par sa morsure venimeuse. Il représente donc à la fois un présage de vie et de mort ; il n’existe d’ailleurs guère de civilisations qui ne se soient intéressées au serpent[3].
LE ROI DES SERPENTS
Le serpent est le roi des contraires, mais il est surtout marqué par l’androgynat primitif qui est une des caractéristiques élémentaires des dieux les plus anciens. Il en est de même du serpent criocéphale qui est composée de la tête du Bélier céleste et de la queue de l’Hydre qui forme le corps de l’animal fabuleux. Dans la mythologie grecque, l’Hydre est la fille d’Échidna (nom qui signifie « vipère ») et du dragon Typhon. La nature ophidienne des parents de l’Hydre indique clairement que ce sont des divinités pré-indo-européennes. Le signe distinctif par excellence du bélier est sa tête et ses cornes en spirales, il n’est pas étonnant que ce soit ces caractéristiques que les druides ont retenu pour leur Zodiaque. Il faut également rajouter sa toison, élément qui a été retenue cette fois-ci par les grecs dans le mythe concernant Jason et les aventures des Argonautes.
L’HYDRE DE LERNE
L’Hydre vivait dans une caverne près du lac de Lerne. Héraklès fut envoyé par le roi Eurysthée pour la tuer.
Le récit qu’en fait le pseudo-Apollodore est le plus détaillé :
Le second des travaux qu’il lui ordonna, fut de tuer l’Hydre de Lerne. Cette Hydre, nourrie dans les marais de Lerne, sortait dans les champs ; ravageait le pays et détruisait les troupeaux. Elle était d’une grandeur démesurée ; elle avait neuf têtes, dont huit étaient mortelles, et la neuvième immortelle. Hercule monté sur son char, qu’Iolaos conduisait, arriva à Lerne, où il arrêta ses chevaux. Ayant trouvé l’Hydre sur une petite élévation, près des sources de la fontaine Amymone où était son repaire, il la força à en sortir en lui lançant des traits enflammés. Il la saisit alors et l’arrêta : mais, s’étant entortillée autour d’un de ses pieds, elle l’entravait lui-même. Il frappait ses têtes à coups de massue, et cela ne servait de rien, car pour une qu’il abattait, il en renaissait deux : de plus, un crabe monstrueux prêtait secours à l’Hydre en le mordant au pied, il commença donc par tuer le crabe ; il appela ensuite à son aide Iolaos, qui ayant mis le feu à un bâton, brûlait avec des tisons enflammés les têtes à mesure qu’elles repoussaient, et les empêchait de renaître. Étant ainsi parvenu à détruire ces têtes renaissantes, il enterra celle qui était immortelle sur le chemin de Lerne à Eléonte, et mit une très grosse pierre dessus. Ayant ensuite ouvert son corps, il trempa la pointe de ses flèches dans son fiel. Eurysthée ne voulut point que cette action fût comptée dans les douze travaux, parce que, pour détruire l’Hydre, il avait eu besoin du secours d’Iolaos. Apollodore, Bibliothèque, livre 2, (V, 2).
Héraklès terrassant l’hydre avec l’aide de son fidèle compagnon Iolaos. Source : mythologica.fr
UN SERPENT AQUATIQUE
Or faut-il le rappeler, l’Hydre est un monstre aquatique qui hante les eaux du lac de Lerne :
On est aussi renvoyé à l’antique équivalence de la mer et de la mère qui range le serpent du côté des vieilles religions de la grande déesse. […] C’est ainsi que la Déesse cosmogonique de la Mésopotamie est un serpent ou un dragon aquatique du nom de Tiamat. Elle enfante tous les dieux, et il faut que son fils Marduk l’affronte les armes à la main pour la terrasser et ordonner l’univers à partir des différents morceaux de son corps. Mère originelle sortie des eaux primordiales dont elle est en quelque sorte la figure, le serpent est ici dans le même processus, la materia prime et confusa, la matière fondamentale avec laquelle se bâtit le monde[4].
UN DIEU ANDROGYNE
Le serpent criocéphale est donc un être composite, dont la queue est celle de la serpente aquatique, le symbole la Grande Déesse primordiale, la mère originelle, la mère des dieux. Tandis que le Bélier symbolise l’ardeur, le mâle, l’instinct, la puissance, la force génésique[5]. Il représente le dieu du tonnerre qui devient en Égypte le dieu Zeus Ammon[6] aux cornes de bélier. Loin des images du dieu du tonnerre qui affronte le dragon, le serpent criocéphale symbolise l’union de deux forces contraires. Il est le dieu du tonnerre et la déesse-serpent réunis en une seule créature. Ce qui démontre que le druidisme n’est pas une religion dualiste qui voit l’affrontement entre deux forces opposées, mais leur union. Même si ce thème existe également dans l’iconographie celtique. De plus cette image du serpent à tête de bélier prouve que le druidisme est bien la fusion de la religion des envahisseurs indo-européens (dieu du tonnerre) avec celle des peuples autochtones qui sont représentés par leur propre divinité, la Grande Déesse dont l’animal emblématique est le serpent ou le dragon femelle.

Figurine de la déesse aux serpents. Musée archéologique d’Héraklion (vers 1600 av. J.-C.). (Wikimedia Commons).
LE BÉLIER CÉLESTE
Il faut également dire quelques mots sur le bélier en tant que membre permanent du zodiaque, qu’il soit classique ou druidique.
Une légende grecque raconte qu’Athamas, roi de Béotie, sur les conseils de sa seconde femme, Ino, voulut sacrifier ses deux enfants, Phrixos et Hellé. Pour les sauver, Zeus leur envoya un bélier ailé à la toison d’or. Les deux enfants montèrent sur son échine et s’envolèrent vers l’Orient. En chemin, Hellé tomba dans la mer et se noya à la frontière de l’Europe et de l’Asie, en un lieu appelé Hellespont, ou mer de Hellé, aujourd’hui les Dardanelles. Son frère parvint sain et sauf sur les rives de la Mer Noire, où il sacrifia le bélier, dont la toison d’or devint l’enjeu de l’expédition des Argonautes.
Voici un résumé de cette aventure avec son héros Jason et ses compagnons les Argonautes :
Jason était fils d’Éson, roi de Thessalie. Il fut éduqué par le centaure Chiron qui lui enseigna en particulier la médecine et l’astronomie. Après de nombreuses aventures de jeunesse, il organisa une expédition sur le navire Argo, et décida d’aller conquérir la mystérieuse Toison d’Or, en Colchide, dans le royaume d’Éétès. Rien n’était pourtant plus difficile que d’accomplir cette aventure. La Toison d’Or était suspendue à un arbre, au milieu d’un champ. Elle y était gardée la nuit et le jour par un horrible dragon et par deux taureaux monstrueux dont le corps était impénétrable au fer, et dont les naseaux vomissaient des torrents de flammes. Rien n’aurait pu permettre à Jason de réussir à se saisir de la Toison d’Or si la fille d’Éétès, Médée la magicienne, n’était tombée amoureuse de lui. Dès leur première rencontre, Médée se sentit follement éprise de ce jeune prince audacieux et lui offrit son aide, trahissant de ce fait son père et ses compatriotes… Elle lui déclara : Je te ferai dompter les deux taureaux, j’endormirai le dragon, je te livrerai les trésors de mon père. La Toison d’Or sera ton partage. Mais avant tout, vers le milieu de cette nuit, accompagné d’amis intimes, rends-toi au temple d’Hécate. Là, en présence de cette divinité redoutable, tu me jureras attachement et fidélité. Tu feras serment d’être mon époux et mon protecteur. À ce prix seul, tu obtiendras le cœur et les trésors de Médée. Jason accueille avec joie cette proposition. Pourrait-il d’ailleurs refuser ? Il va jurer fidélité à Médée. Médée accomplit les promesses qu’elle a faites. Les taureaux sont domptés, le dragon endormi et la Toison d’Or enlevée. Éétès ignore tout ce qui se passe. Le jour même, Jason fait préparer son navire. Suivi de Médée, la nuit suivante, il se rend à bord du bateau, fait appeler ses compagnons et lève l’ancre, le navire chargé de trésors merveilleux. Éétès ne tarde pas à découvrir la trahison de sa fille. Il envoie immédiatement une flotte commandée par son fils à la poursuite des pillards, mais après un dur combat, le frère de Médée est tué et sa flotte dispersée. Une variante de la légende assure même que c’est Médée qui égorgea son frère, déchira son corps en plusieurs morceaux qu’elle dispersa derrière eux pour retarder son père[7].
L’expédition des Argonautes est intéressante à plus d’un titre mais c’est surtout la trame principale qui devrait éveiller l’attention. Le héros doit s’emparer d’un objet merveilleux gardé par un dragon. Cet objet merveilleux peut être dans les divers récits mythologiques, le Graal, un œuf de serpent, une pierre magique ou dans le cas de Jason et de ses Argonautes, une Toison d’or.

Jason rapportant la Toison d’or au roi Pélias. Cratère à figures rouges d’Apulie, vers 340 av. J.-C., musée du Louvre. (Wikimedia Commons).
LA NAISSANCE D’UN DIEU
Pour comprendre le mystère du serpent à tête de bélier, il faut se rendre en Thrace. Ce pays est le carrefour de plusieurs courants de pensées : pythagorisme, chamanisme, druidisme…Une terre de passage pour les conquérants ou les peuples à la recherche de nouvelles terres. Ce mille-feuille ethnique est surtout connu pour être la patrie de l’orphisme. Or le mythe de la création de la religion orphique rassemble quelques éléments étranges qui ne sont pas incompatibles avec la religion druidique.
Certains disent que les dieux et les créatures vivantes sont nés du fleuve Océanos[8] qui entoure le monde et que Téthys[9] est la mère de tous ses enfants.
Mais selon les Orphiques, la Nuit[10] aux ailes noires, déesse que Zeus lui-même redoute, fut courtisée par le Vent et déposa un œuf d’argent dans le sein de l’obscurité ; et Éros[11], que certains nomment Phanès[12], sortit de cet œuf et mit en marche l’univers. Éros avait des ailes, deux sexes et quatre têtes et parfois sifflait comme un serpent ou bêlait comme un bélier. […] Phanès créa la terre, le ciel, le soleil et la lune mais c’était la triple déesse qui gouvernait le monde jusqu’au moment où son sceptre passa aux mains d’Ouranos[13].
Le texte décrit l’union de deux divinités primordiales, le Vent et la Nuit aux ailes noires. Cette dernière semble être une entité divine redoutée par les dieux les plus puissants. De cette union est issu un œuf et de cet œuf sort une divinité androgyne qui siffle comme un serpent et bêle comme un bélier. Ces caractéristiques laissent entendre que cet étrange serpent ressemble beaucoup au serpent à tête de bélier des druides. Or ce ophidien extraordinaire est un dieu créateur à l’origine de l’univers puisqu’il crée la Terre, le Ciel, le Soleil et la Lune.

Phanès entouré par les douze signes du zodiaque. (Wikimedia Commons).

Sont représentés sur le poitrail du dieu, un taureau, un lion (au centre), un bélier et au-dessus de la tête du dieu un serpent. Détail de l’œuvre précédente. (Wikimedia Commons).
LES PREMIERS HABITANTS DE LA GRÈCE
Ce texte rappelle un autre mythe de création du monde. Celui des Pélasges, les habitants de la Grèce avant l’arrivée des Indo-Européens tueurs de serpents.
Au commencement, Eurynomé, déesse de Toutes Choses, émergea nue du Chaos mais ne trouva rien de consistant ou poser ses pieds, c’est pourquoi elle sépara la mer d’avec le ciel et, solitaire, dansa sur les vagues. En dansant, elle se dirigea vers le sud et le vent agité sur son passage devint quelque chose de nouveau et de différent : elle pourrait ainsi faire œuvre de création. Poursuivant son chemin de sa démarche onduleuse, elle s’empara de ce vent du Nord, le frotta entre ses mains et voilà qu’apparut le grand serpent Ophion. Eurynomé dansait pour se réchauffer ; elle dansait sauvage et frénétique, devant Ophion et celui-ci, lentement, envahi par le désir, s’enroula autour de ses membres divins et s’unit à elle. Ainsi le vent du Nord, qu’on appelle aussi Borée, est fécondant, et c’est pourquoi les juments offrent leur croupe au vent et mettent au monde leurs poulains sans l’aide d’aucun étalon. C’est de la même manière qu’Eurynomé devint mère.
Ensuite ayant pris la forme d’une colombe, elle couva sur les vagues et, lorsque le moment fut venu, elle pondit l’Œuf Universel. Sur sa demande Ophion s’enroula sept fois autour de cet œuf jusqu’à ce qu’il éclose et se brise. Et de cet œuf sortirent ses enfants, c’est-à-dire tout ce qui existe : le soleil, la lune, les planètes, les étoiles, la terre avec ses montagnes, ses rivières, ses arbres, ses plantes et toutes les créatures vivantes[14].
L’ÊTRE PRIMORDIAL
Ce texte précise certaines choses par rapport au premier. La Nuit devient une déesse, Eurynomé, qui émerge du chaos originel. La déesse s’unit là aussi avec le Vent, mais celui-ci se transforme en serpent. Cet ophidien reçoit un nom : Ophion. Leur union engendre un œuf, mais pas n’importe lequel, l’Œuf Universel qui contient en germe l’univers tout entier.
LE SERPENT ET L’OISEAU
La déesse se transforme ensuite en oiseau et couve l’œuf, le serpent enserre ensuite cet œuf et le brise. C’est le moment de la création du monde. Si l’on assemble les données de ces deux textes. Il semble qu’avant de devenir un oiseau, la déesse avait l’apparence première d’un serpent ce qui est l’apanage de toutes les divinités primordiales.
L’être primordial à partir de qui furent manifestées toutes choses au commencement, est typiquement ophidien, ce qui concerne aussi bien les aspects masculins que féminins de la bi-unité divine[15].
L’auteur de cette citation, Ananda K. Coomaraswamy, démontre dans son ouvrage, La doctrine du sacrifice, que le Dieu primordial est à l’origine représenté sous forme de serpent.
On peut montrer, d’après le Rig-Vêda ou d’autres textes, que Dieu dans la Ténèbre — alors non manifesté, non agissant, ab intra-est conçu sous une forme qui n’est ni humaine ni angélique, mais animale, en particulier sous celle d’un serpent en couvée ou d’un dragon crachant du feu, tapi dans une grotte ou couché sur une montagne, défendant un trésor ou empêchant les Fleuves de vie de couler[16].
Serpent enroulé, sculpture au plafond dans la grotte 1, Badami, karnataka, Inde du Sud, Inde.
Si l’on peut faire une synthèse des mythes les plus anciens du monde grec, on peut avancer l’énoncé suivant : deux serpents divins s’accouplent, leur union engendre un œuf, de celui-ci naît, soit directement l’univers, soit un serpent cornu qui est à l’origine de l’univers.
L’OEUF COSMIQUE
Un œuf primordial qui est à l’origine de l’univers existe dans de nombreux mythes. Voici la version de la création du monde de l’Inde antique :
Au commencement, il n’y avait que le Non-Être. Il fut l’Être. Il grandit et se changea en œuf. Il reposa toute une année, puis il se fendit. Deux fragments de coquille apparurent : l’un d’argent, l’autre d’or. Celui d’argent, voilà la terre ; celui d’or, voilà le ciel. Ce qui était la membrane externe, voilà les montagnes ; ce qui était la membrane interne, voilà les nuages et les brumes ; ce qui était les veines, voilà les rivières ; ce qui était l’eau de la vessie, voilà l’océan[17].

Premier chapitre du Livre de la Genèse, écrit sur un œuf, musée d’Israël à Jérusalem. (Wikimedia Commons).
Encore un œuf dont est issu l’Univers entier. On peut se poser la question suivante : existe-t-il dans la tradition celtique un œuf extraordinaire qui peut être comparé avec cet œuf cosmique hindou ?
L’ŒUF DE SERPENT
La réponse est oui, il existe effectivement chez les Celtes un œuf étrange que nombres de spécialistes n’ont pas hésité à comparer avec l’œuf de la tradition indienne. Mais il faut rajouter que le texte concernant cet œuf celtique est loin d’être aussi clair. Voici le texte en question :
Il existe, en outre, une autre espèce d’œufs en grand renom dans les Gaules et dont les Grecs n’ont pas parlé. Des serpents s’enlacent + en grand nombre + ; avec leur bave et l’écume de leurs corps ils façonnent une sorte de boule appelée + urinum +. Les druides disent que cette façon d’œuf est projetée en l’air par le sifflement des serpents, et qu’il faut la rattraper dans un manteau sans lui laisser toucher la terre ; que celui qui s’en est emparé doit s’enfuir à cheval, car les serpents le poursuivent jusqu’à ce qu’ils soient arrêtés par l’obstacle d’une rivière ; l’épreuve qui fait reconnaître cet œuf est qu’il flotte contre le courant, même s’il est attaché avec de l’or. De plus avec cette ingéniosité qu’ils ont à envelopper de mystères leurs mensonges, les Mages prétendent qu’il faut les prendre pendant une certaine lune, comme s’il dépendait de la volonté humaine de faire coïncider avec cette lune l’opération des serpents. J’ai du reste vu cet œuf : il était de la grosseur d’une pomme ronde moyenne, et sur sa coque se remarquaient de nombreuses cupules cartilagineuses semblables à celle dont sont munis les bras des poulpes. Les Druides vantent fort son merveilleux pouvoir pour faire gagner des procès et pour faciliter l’accès auprès des souverains, mais c’est une si grande imposture qu’un chevalier romain du pays des Vocontiens qui, au cours d’un procès, en portait un sur son sein, fut mis à mort par l’empereur Claude sans autre motif que je sache. Pourtant ces enlacements de serpents et leur union féconde semblent être la raison qui a déterminé les nations étrangères à entourer, en signe de paix, le caducée de l’image de serpents ; c’est l’usage en effet que les serpents du caducée n’aient pas de crêtes[18].
Texte pour le moins obscur. Il est évident que Pline n’a pas tout compris lorsqu’il parle de l’œuf de serpent. Cela vient du fait que l’enseignement des druides devait rester secret, Pline n’a tout simplement pas eu connaissance de toutes les données nécessaires pour reconstituer le mythe fondateur du druidisme. Pourtant ce texte contient quelques informations intéressantes. Notamment la confirmation qu’il existait effectivement chez les Celtes un œuf de serpent de grand renom aux vertus magiques qui est issu de l’étreinte de plusieurs serpents. L’auteur explique plus loin comment récupérer cet œuf magique, mais gare, les serpents veillent. La description de cet œuf étrange est digne d’intérêt.

Le serpent enroulé autour de l’œuf cosmique (gravure du XIXe siècle) Serpent enroulé autour de l’Œuf du Monde.Illustration tirée de l’ouvrage de Jacob Bryant, Analysis of Ancient Mythology, 1774. (Wikimedia Commons)
UN OURSIN FOSSILE
Les commentateurs de ce texte pensent en général que cet œuf de serpent correspond à un oursin fossile, ce qui est d’ailleurs corroboré par des découvertes archéologiques. Comme cet exemple cité par C. J. Guyonvarc’h dans son ouvrage sur les druides :
En 1899 je fouillai, avec des collaborateurs, le tumulus du Poiron en Saint-Armand-sur-Sèvre (Deux-Sèvres) qu’entoure encore un remblai circulaire en terre. Ce tertre de 20 m de diamètre fut entamé jusqu’au-delà de son point central par une tranchée de 2 mètres de largeur et de 3.50 m de profondeur. Il ne contenait qu’une petite capse[19], formée de six pierres de schiste, d’environ vingt et quelques centimètres de longueur, au milieu de laquelle un oursin fossile se trouvait enfermé[20].

Fossile d’un oursin de l’éocène (trouvé en Égypte). (Wikimedia Commons).
LE CADUCÉE
Cet oursin fossile ne peut être que le symbole rationnalisé de l’œuf de serpent mythique. Une dernière information contenue dans le texte de Pline indique que l’enlacement des serpents et leur union féconde est à l’origine du caducée. D’ailleurs ce dernier est une image des plus archaïques de l’union des dieux-serpents primordiaux enroulés autour de l’axe du monde.

Vase de libation de Gudea pour Ningishzidda. Art de Mésopotamie. Période néo-sumérienne (vers 2150-2000 av. J.-C.) Stéatite. De Tello. Hauteur : 0,23m Musée du Louvre. Source : collections.louvre.fr
Alors Phanès/Éros est-il le dieu créateur de l’univers sous forme de serpent que se partagent l’orphisme et le druidisme ? Il semble bien que la réponse soit positive. Mais pourquoi ce serpent mystérieux possède-t-il une tête de bélier ?
La réponse vient encore une fois de l’astronomie.
UNE HORLOGE ASTRONOMIQUE
À cause de la précession des équinoxes, le point vernal est atteint chaque année un peu plus tôt. Ce qui a pour conséquence qu’il se déplace progressivement à travers les douze signes du Zodiaque. Le soleil se lève ainsi sur le point vernal durant 2160 années dans le même signe zodiacal, tout en se déplaçant petit à petit, jusqu’à atteindre l’ère suivante. Ces 2160 années indiquent donc la durée d’une ère, par exemple celle du Bélier (2260 à 100 av. J.-C.).
Mais il y a mieux, ce point vernal se comporte comme l’aiguille d’une montre qui indiquerait les ères zodiacales dans lesquelles se trouve l’observateur.
L’ÈRE DU BÉLIER
Le druidisme est une religion de l’ère du Bélier puisqu’il est né à la jonction des ères du Bélier et du Taureau, lors du sacrifice du taureau cosmique. C’est justement le serpent criocéphale qui sert d’indicateur. Il est l’aiguille qui indique que l’observateur se trouve dans l’ère du Bélier. Mais cette fonction n’est que temporaire. Dès la fin de l’ère du Bélier, le serpent criocéphale n’avait plus aucune utilité dans la nouvelle ère[21], celle des Poissons. C’est pour cela que ce serpent reconnaissable entre tous a disparu sans laisser de descendance, ce qui explique aussi que l’on ne le retrouve pas dans la mythologie du Moyen Âge, qui est pourtant une machine à recycler les anciens dieux préchrétiens.
LE SERPENTAIRE
Quant au dieu aux cornes de cerf du chaudron de Gundestrup, Cernunnos, il est une figuration de la constellation du Serpentaire, Ophiuchus. Le treizième signe du zodiaque, celui qui n’est jamais retenu dans la nomenclature officielle. Pourtant cette divinité cachée est en fait le dieu le plus important du zodiaque. Il en est le maître secret, le seigneur du nid de serpents zodiacal. Et que tient-il en main sinon le serpent à tête de bélier qui indique telle l’aiguille d’une horloge astronomique, l’ère de référence dans laquelle évolue le druidisme. Et si l’on remontait le temps sur cette horloge astronomique, se pourrait-il que l’aiguille qui indique l’ère du Taureau soit également symbolisé par un serpent, mais avec, cette fois ci, une tête de taureau ?
LE SERPENT CORNU
C’est encore une fois un voyage en Thrace qui livre la réponse. Car il existe bel et bien dans l’orphisme, la religion sœur du druidisme, outre Phanès, le dieu serpent à tête de bélier, un autre serpent cornu : Zagreus. Voici le résumé de cette légende sacrée qu’en a fait Salomon Reinach dans son ouvrage, Cultes, mythes et religions :
Zeus transformé en dragon, fait violence à sa fille Perséphone[22]. De cette union naît Zagreus[23], que Nonnos, dans un passage inspiré de la théogonie orphique, qualifie de petit cornu. Héra, jalouse, excite contre lui les Titans[24], qui l’amusent d’abord, puis se jettent sur lui pour le dévorer. Vainement Zagreus, essayant d’échapper à leurs coups, prend la forme d’animaux divers, en dernier lieu celle d’un taureau[25] ; son corps est mis en pièces et les Titans en dévorent les morceaux. Cependant le cœur de Zagreus est resté intact ; Athéné[26] l’apporte à Zeus, qui l’avale ou le fait avaler à Sémélé[27]. Bientôt Zagreus renaît sous le nom de Dionysos et les Titans, ses meurtriers, sont frappés par la foudre. Mais les hommes, nés de la cendre des Titans, portent la peine du crime de leurs ancêtres déicides ; seule, l’initiation aux rites orphiques peut les affranchir de ce péché et leur assurer la félicité éternelle[28].
Il faut attentivement suivre le cheminement de l’auteur qui explique pourquoi Zagreus tient à la fois du taureau et du serpent :
Zeus et Perséphone avaient pris l’un et l’autre, la forme de serpents et c’est du commerce de ces deux serpents que naquit Zagreus[29].
Mais, comme on peut déjà le deviner, Zagreus n’est pas un rejeton ordinaire.
Le fils de deux serpents, Zagreus, naquit-chose étrange-avec des cornes sur la tête[30].
Sa naissance n’en est pas moins étrange.
Évidemment les serpents sont ovipares, Perséphone devait pondre un œuf, et de cet œuf ne pouvait sortir qu’un serpent[31].
Salomon Reinach dans une intuition géniale, découvre la vraie nature du dieu.
Si la légende de la mort faisait de Zagreus un taureau, celle de sa naissance, nous croyons l’avoir montré, faisait de lui un serpent[32].
Le savant arrive plus loin à la conclusion que :
Revenons au serpent Zagreus. D’après ce que nous avons dit, le mystère de sa conception et de sa naissance comprend trois épisodes, trois tableaux : deux serpents divins s’accouplent ; il naît un œuf divin ; de cet œuf sort un serpent cornu, qui est un dieu[33].
Mais l’auteur va plus loin puisqu’il compare la légende de Zagreus, le serpent cornu, avec le mythe de l’œuf de serpent des druides qu’il résume ainsi :
Un œuf divin né de l’accouplement de serpents divins[34].
Et rajoute immédiatement le parallèle avec le serpent à tête de bélier de l’iconographie celtique tardive.
Pline ne nous dit pas qu’il sorte jamais un serpent de cet œuf miraculeux. Pourtant, l’imagination populaire ne pouvait se figurer un œuf de serpent, revêtu d’un caractère surnaturel et opérant des miracles, sans attribuer le même caractère à l’animal qu’il recelait dans sa coque. Alors même que nous posséderions seulement le texte de Pline, nous serions autorisés à conclure que les Gaulois avaient l’idée d’un serpent divin. Or ce que les textes ne nous disent pas, mais se contentent d’insinuer, les monuments nous l’apprennent : les Gaulois de l’est de la Gaule, à l’époque romaine, révéraient et figuraient un dieu serpent, et ce dieu serpent était cornu[35].
Il conclut de la façon suivante :
Ainsi dans l’orphisme comme dans la religion celtique, nous trouvons associés ces trois éléments : des serpents qui s’enlacent, un œuf divin, un serpent cornu qui est un dieu[36].
Mais si Salomon Reinach poursuit une idée géniale il ne peut toutefois pas mener sa réflexion jusqu’au bout. Pour une raison très simple, il lui manque la clef du firmament céleste. Car il n’a pas pris en compte les informations que peut livrer le ciel étoilé. Si dans l’iconographie gauloise et sur le chaudron de Gundestrup figure un serpent à tête de bélier. Il en va tout autrement dans le mythe de Zagreus, où le dieu est clairement identifié à un taureau. Si celui-ci meurt d’ailleurs sous cette forme et s’il est né sous l’apparence d’un serpent cornu, ses cornes ne peuvent être que celle d’un bovidé. Comment expliquer cette différence qui fait que l’on trouve dans le druidisme un serpent-bélier et dans l’orphisme un serpent-taureau ? La réponse est simple, ce n’est qu’une question d’époque, si le serpent à tête de bélier est l’aiguille de l’horloge astronomique qui indique l’ère du Bélier (2260 à 100 av. J.-C.). Zagreus est beaucoup plus ancien, et indique sans conteste l’ère du Taureau (4420 à 2260 av. J.-C.). Ce qui revient à dire que les repères célestes de l’orphisme sont plus anciens que ceux du druidisme. Mais ces données ne sont pas incompatibles. Pour en finir avec Zagreus il existe peut-être une représentation du serpent cornu à tête de Taureau (ou de Bélier). Et elle vient, comment peut-il en être autrement, des Balkans, sanctuaire de l’orphisme.

Un serpent à cornes d’une colonie du Néolithique tardif en Macédoine occidentale p.95 Les déesses et les dieux de la vieille Europe: mythes et images cultuelles Par : Marija Gimbutas, p.95.
LA NAISSANCE ET LA FIN D’UNE ÈRE
Tous les éléments sont rassemblés pour reconstituer le mythe de la création de l’ère du Bélier. Histoire que les druides enseignaient aux novices lors des veillées au coin du feu après de longues heures d’observation des étoiles. Mais pour cela il fallait d’abord que l’ancien monde disparaisse avec le sacrifice du taureau céleste, symbole de l’ère précédente. Cette scène spectaculaire est figurée sur le chaudron de Gundestrup et peut même être datée de 2260 av. J.-C.

En haut, Orion (Orion) et son chien (Canis Major), au milieu l’énorme Taureau céleste (Taurus), en bas, la constellation du Dragon (Draco) et la Petite Ourse (Ursa Minor). Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.
UN ÉTERNEL RETOUR
Après ce sacrifice sanglant, l’univers plonge ensuite dans le chaos et les ténèbres. Cependant de cet abîme émerge la Nuit aux ailes noires qui s’accouple à nouveau avec le serpent primordial et pond l’œuf cosmique. De cet œuf sort le serpent à tête de bélier qui symbolise la nouvelle ère qui commence. Ce dernier est à l’origine d’un nouvel univers. On pourrait y voir un parallèle avec la théorie de la création actuelle. Après un Big Bang l’univers émerge et connaît une formidable expansion. Sauf que l’antique Tradition révèle qu’à chaque ère l’univers se rétracte dans un gigantesque sacrifice cosmique pour renaître dans une non moins gigantesque explosion.
L’ÉRE DES POISSONS
On peut même rajouter que cette ère à son tour s’achève par le sacrifice du Christ, l’agneau de Dieu. La place était libre pour l’ère des Poissons. Le christianisme avait deux mille cent soixante ans devant lui pour se développer, pour atteindre la maturité, pour décliner et pour finir par disparaitre[37].
UN DIEU QUE L’ON CRAINT
Si le Christ divinité principale de l’ère des Poissons est un dieu bon qui prône l’amour envers son prochain, il est surtout un dieu qui meurt. Quant à la divinité unique du judaïsme c’est un dieu ombrageux, un dieu colérique, jaloux et vindicatif. Un dieu que l’on craint qui n’hésite pas à punir son peuple :
(Dans le désert, le peuple élu se rebelle et crie famine) Dieu envoya alors contre le peuple les serpents brûlants, dont la morsure fit périr beaucoup de monde en Israël[38].
Ou les peuples voisins :
Au milieu de la nuit, Yahvé frappa tous les premiers-nés dans le pays d’Égypte, aussi bien le premier-né de Pharaon qui devait s’assoir sur son trône, que le premier-né du captif dans la prison et tous les premiers-nés du bétail. Pharaon se leva pendant la nuit, ainsi que tous ses serviteurs et tous les Égyptiens, et ce fut en Égypte une grande clameur car il n’y avait pas de maison où il n’y eût un mort[39].
Ou toute l’humanité :
Yahvé se repentit d’avoir fait l’homme sur la terre et il s’affligea dans son cœur. Et Yahvé dit : Je vais effacer de la surface du sol les hommes que j’ai crées — depuis l’homme, jusqu’aux bestiaux, aux bestioles et aux oiseaux du ciel —, car je me repends de les avoir faits[40].
Pour moi, je vais amener le déluge, les eaux, sur la terre, pour exterminer de dessous le ciel toute chair ayant souffle de vie : tout ce qui est sur la terre doit périr[41].
UN DIEU GUERRIER
Ou au contraire à mener les Israélites à la bataille comme un chef de guerre[42].
Lorsque tu partiras en guerre contre tes ennemis et que tu verras des chevaux, des chars et un peuple plus nombreux que toi, tu n’en auras pas peur ; car Yahvé ton dieu est avec toi, lui qui t’a fait monter du pays d’Égypte. Quand vous serez sur le point d’engager le combat, le prêtre s’avancera et parlera au peuple. Il leur dira : Écoute, Israël, vous qui êtes aujourd’hui sur le point d’engager le combat contre vos ennemis, que votre cœur ne faiblisse pas ! N’ayez ni crainte ni angoisse, et vous ne tremblerez pas devant eux. Car Yahvé votre Dieu marche avec vous, pour combattre pour vous, contre vos ennemis, et vous sauver[43].
Lorsque tu t’approcheras d’une ville pour la combattre, tu lui proposeras la paix. Si elle accepte et t’ouvre ses portes, tout le peuple qui s’y trouve te devra la corvée et le travail. Mais si elle refuse la paix et te livre combat, tu l’assiègeras. Yahvé ton Dieu la livrera en ton pouvoir, et tu passeras tous les mâles au fil de l’épée. Toutefois les femmes, les enfants, le bétail, tout ce qui se trouve dans la ville, toutes ses dépouilles, tu les prendras comme butin. Tu mangeras les dépouilles de tes ennemis que Yahvé ton Dieu t’aura livré.
C’est ainsi que tu traiteras les villes très éloignées de toi, qui n’appartiennent pas à ces nations-ci. Quant aux villes de ces peuples que Yahvé ton Dieu te donne en héritage, tu n’en laisseras rien subsister de vivant[44].
LA COLÈRE DIVINE
Dans ce dernier extrait, Yahvé condamne la ville et les habitants de Jérusalem parce qu’ils n’observent pas les coutumes et n’appliquent pas les lois du Dieu unique.
Un tiers de tes habitants mourra de la peste et périra par la famine au milieu de toi, un tiers tombera par l’épée autour de toi et j’en disperserai un tiers à tous les vents, en tirant l’épée derrière eux. Ma colère sera satisfaite, j’assouvirai sur eux ma fureur et je me vengerai ; alors ils sauront que moi, Yahvé, j’ai parlé dans ma jalousie, quand je satisferai ma colère sur eux[45].
LES GRANDES ÈRES RELIGIEUSES
Toutes les divinités, de toutes les religions de l’ère du Bélier, à l’instar du Dieu de la Bible sont des dieux que l’on craint et les dieux des druides ne font pas exception. Mais si l’on remonte le temps encore plus loin jusqu’à l’ère du Taureau on peut voir émerger une autre divinité : un dieu qui meurt et ressuscite. Il s’agit de Zagreus qui, naît en tant que serpent cornu et meurt sous la forme d’un taureau. Cependant Athéna sauve le cœur encore palpitant de Zagreus, Sémélé avale le cœur et conçoit ainsi un nouveau dieu : Dionysos. On pourrait remonter le temps et retrouver cette alternance entre un dieu qui meurt et un dieu que l’on craint tout au long des signes du zodiaque. Mais cela demanderait de plus amples explications qui sortirait du cadre étroit de ce chapitre.
Voir à ce propos SAISON 1 ANNEXE 10 Les ères astrologiques
L’ÈRE DU VERSEAU
Dans le sens inverse, cette alternance existe également. Et contrairement aux croyances des doux rêveurs du New Age, le dieu qui dominera l’ère du Verseau ne pourra être qu’un dieu sombre que l’on craint. L’alternance devra être respectée. Traduit en termes égyptien, le dieu qui meurt est à rapprocher d’Osiris[46], tandis que le dieu sombre est proche de Seth[47] le semeur de désordre, violent et meurtrier. Mais un dieu tout de même. Le ciel étoilé est la mémoire de l’histoire des religions. C’est pourquoi on peut avancer l’idée que cette alternance entre dieux osiriens et dieux séthiens vient des âges les plus anciens. Car le zodiaque est comme un arbre dont on compte les cernes pour remonter le temps. Or dans les religions monothéistes le dieu séthien est devenu le diable ou Satan. Ce qu’il n’est absolument pas à l’origine, car quand apparaît le serpent Apophis émanation du chaos originel, le dieu soleil Rê fait appel à Seth pour se battre contre le monstre. Il devient alors l’équivalent de St Michel qui terrasse le dragon[48]. Ainsi, si le dieu séthien est de toute évidence un dieu sombre et destructeur, il n’est en aucun cas une incarnation du mal.
LE PREMIER NÉ DES ÊTRES
Il faut revenir encore quelques instants sur le serpent à tête de bélier. Pour savoir ce qu’il représente aux yeux des druides, il faut retrouver dans les mythologies du monde entier une divinité comparable. Dans le monde grec et romain, il n’existe aucune divinité qui puisse être comparée au serpent criocéphale. Dans l’orphisme, il y a Phanès, le dieu à la fois bélier et serpent qui nait de l’œuf cosmique. Ce dieu est la clef qui permettra de découvrir le caractère secret du serpent cornu. On peut avancer l’hypothèse que le druidisme est une fusion entre la religion des autochtones, peuples de l’âge de pierre et les envahisseurs indo-européens, gens de l’âge du bronze. Or ces premiers habitants ont eux aussi colonisé l’Europe mais beaucoup plus tôt. Ce sont des paysans qui sont venus du Proche-Orient ou d’Anatolie. Et ils ont emmenés avec eux leurs dieux que l’on peut qualifier de méditerranéens. Alors si la théorie stellaire exposée dans les chapitres précédents est exacte, il faudrait retrouver le serpent à tête de bélier dans une civilisation méditerranéenne. Or cette civilisation existe, elle est très ancienne, prestigieuse et surtout elle ne peut décemment être soupçonnée d’avoir été contaminé par la mythologie indo-européenne. C’est de l’Égypte ancienne qu’il est question, la civilisation méditerranéenne par excellence.
UN DIEU ÉGYPTIEN
Ce Phanès qui a la tête de bélier et quelque fois la tête de serpent, et dont l’ample sein recèle les images prototype de toutes les choses, comparé à Phanos (Bacchus[49]), à Phanée (le soleil) et à Phanak (Osiris), ce Phanès n’est autre que Pi-Amoun ou Knef. Car Knef est le premier né des êtres, le démiurge typique ; Knef est criocéphale, Knef est ce long serpent plié en orbe d’azur, et dont la tête mord la queue[50].

Amon corps de serpent et tête de bélier, une figure de Kematef, le serpent primordial. Source : Pinterest
Et c’est en Égypte que l’on retrouve une création du monde que ne renieraient certainement pas les druides puisqu’il réunit le serpent primordial cornu ainsi que l’œuf cosmique dont est issu le ciel et la terre.
Voici (d’après le livre d’Hermès) comment se joue l’immense spectacle de la création : Des ténèbres infinies étaient répandue sur l’abîme, les eaux le couvraient, et un esprit subtil, une pure intelligence résidait au sein du chaos par la puissance divine… Tout à coup brilla au sein de la nuit éternelle un rayon sacré, lumière suave, réjouissante, ineffable, la lumière primitive, qui est le démiurge, Knef, plus ancien que l’humide, que l’eau primitive, venue de la Nuit. Un mouvement, une agitation inexprimable se fit dans l’humide. Il s’éleva une vapeur et un grand bruit[51] et de ce bruit partit une voix, comme la voix de la lumière, et par cette voix de lumière fut articulé la parole[52], le Verbe[53]. Or Knef le créateur, qui est toute lumière et toute vie, qui est à la fois mâle et femelle, voulant créer dans la plénitude de sa puissance, la parole divine fit irruption dans le pur ouvrage de la nature, et s’unissant avec le démiurge Knef, dont elle partageait l’essence, elle mit au monde le second démiurge, le dieu du feu et de la vie, Fta, qui sortit de l’œuf-monde produit par Knef ? L’œuf-monde appelé symboliquement le limon primitif, renfermant en soi tous les éléments et toutes les forces élémentaires, était grossière et sans forme lorsque l’esprit lui imprima le mouvement, la concentra en une seule masse, et lui donna la forme d’une sphère avec toutes ses qualités. Cette sphère devint le globe et l’œuf du monde que Knef laisse échapper de sa bouche, le Verbe manifesté, la raison ou la parole visible que le démiurge proféra lorsqu’il voulut former toute chose…[54]
LE PLUS ANCIEN DES DIEUX
Ainsi le serpent à tête de bélier est le dieu primordial, plus ancien que les dieux eux-mêmes. Le créateur à travers l’œuf cosmique de l’univers tout entier. Il est la lumière qui luit dans le chaos primordial. Il est le Verbe qui ordonne la création. On est à des années lumières des druides adorateurs des sources et des arbres. Ils sont les adeptes de cet être primordial qui est l’alpha et l’oméga. Il est le début et la fin. Il est à la fois celui qui est né de l’œuf cosmique et celui qui engendre dans le cycle précédent ce même œuf. Qui est le premier le serpent ou l’œuf ? Pour les druides le temps est cyclique, chaque destruction d’un monde génère la naissance du monde suivant. Mais pour ce faire il n’est pas seul, il faut se rappeler les paroles de Salomon Reinach :
Deux serpents divins s’accouplent ; il naît un œuf divin ; de cet œuf sort un serpent cornu, qui est un dieu.

Caducée découvert en 1822 sur les hauteurs de Lémenc à proximité de l’église de Lémenc (Savoie) conservé au musée savoisien. (Wikimedia Commons).
LA MÉSOPOTAMIE
Dans la mythologie sumérienne ces deux serpents primordiaux se nomment :
Lahmou et Lahamou, les deux premiers-nés, sont des divinités assez mal définies. Ils semblent être un couple de serpents monstrueux. Ils donnent naissance à Anshar, le principe mâle, et à Kishar, le principe femelle, qui représentent, l’un le monde céleste, l’autre le monde terrestre[55].

Dessin d’un vase en stéatite verte trouvé à Telloh (Lagash), aujourd’hui au Louvre (De Sarzec, Découvertes en Chaldée, Paris 1883, pl. 44, fig. 2, pp. 234-236). (Wikimedia Commons).
UN SERPENT AILÉ
En tout cas ces serpents primordiaux sont représentés de tout temps par le Caducée. Ce symbole indique l’union des contraires, en d’autres mots, la plénitude. Si le druidisme est issu d’une très ancienne Tradition, il y a alors un deuxième serpent tapi dans la pénombre et qui n’attend que d’être découvert. Il faut chercher dans le zodiaque des druides ce deuxième serpent. Or, il n’est pas loin, celui-ci se trouve à la perpendiculaire du premier et les deux forment les branches de ce que l’on peut appeler une croix celtique.

Ainsi peut-on découvrir dans le chapitre suivant ce second reptile non moins énigmatique que le serpent à tête de bélier. Cette créature est à l’instar du serpent criocéphale un être composite, formé dans le cas présent de l’Hydre et de l’Aigle. Lui aussi est à la fois mâle et femelle. Mais si le genre prédominant chez le serpent à tête de bélier est le côté mâle. C’est tout le contraire pour ce deuxième animal fantastique qui est avant tout une femelle. C’est donc une serpente qui se dote des attributs les plus évidents de l’aigle, les ailes[56]. Le prochain sujet d’étude est ce que l’on peut appeler : une serpente ailée.
LA RELIGION ÉGYPTIENNE
Le motif des serpents divins qui engendrent un rejeton exceptionnel se retrouve dans la mythologie égyptienne. Elle est certes tardive, mais néanmoins intéressante.
UNE STÈLE MYSTÉRIEUSE
Il s’agit d’une stèle d’époque gréco-romaine 332 av. J.-C. – 395 ap. J.-C. sur laquelle sont représentés trois divinités.

Isis, de Sérapis et d’Osiris-canopus, sur une stèle d’époque gréco-romaine 332 av. J.-C. – 395 ap. J.-C. (Rijksmuseum van oudheden, Leyden).
Les dieux Sérapis et Isis sont représentés sous forme de serpents. Entre eux se tient Osiris-canopus. La forme ovoïde ne correspond pas à un œuf ce qui pourrait sembler logique. Ainsi le bas-relief pourrait montrer Osiris en train d’éclore d’un œuf. Mais ce n’est apparemment pas le cas puisque l’objet étrange représenté sur la stèle est selon les spécialistes la figuration d’un vase d’eau. Une autre explication est possible…
Ces divinités étranges qui sont figurées sur la stèle sont issues d’un syncrétisme, autrement dit d’une fusion, entre les religions grecque et égyptienne.
LA DÉESSE ISIS
L’Isis romanisée arbore des boucles stylisées et des seins proéminents. La déesse porte sur la tête un élément symbolique composé par des cornes de taureau qui sont ornées d’un disque solaire et de deux plumes.

Figuration traditionnelle sous forme humaine de la déesse Isis. Statuette : Isis-Hathor allaitant Horus. XXVIe dynastie : 672-525 avant J.-C. Musée des Beaux-Arts de Lyon. (Wikimedia Commons).
Autre accessoire, Isis « tient » une torche.
UN SERPENT À TÊTE D’HOMME
Sérapis est un dieu suprême aux caractéristiques égyptiennes et grecques introduites par le roi Ptolémée Ier (304-284 av. J.-C.).

Une représentation de Sérapis. Sérapis est souvent figuré assis sur un trône avec le chien Cerbère, le chien à trois têtes à ses pieds. Il est représenté avec une barbe et des cheveux bouclés comme ceux de Zeus, tandis que ses attributs sont plutôt ceux d’Hadès, le dieu des Enfers. (Wikimedia Commons).
Sur la stèle, fait inhabituel, il est représenté en tant que serpent, mais avec la tête d’un homme. Les cheveux sont bouclés et il arbore une barbe selon les canons grecs de l’époque. Le dieu porte sur la tête la coiffe modius qui est un type de couronne cylindrique. Il tient un épi de blé dans les replis de son corps serpentiforme. Sérapis est considéré comme l’époux de la déesse égyptienne Isis et son culte, comme celui d’Isis, s’est répandu dans l’Empire romain. La troisième divinité figurée entre les deux précédente est Osiris-canopus. Le dieu est coiffé d’un némès et porte sur sa tête des cornes de bélier ornées d’un disque solaire et de plumes. Sur son corps ovoïde sont sculptés des symboles astrologiques, tel le Cancer en forme de crabe. Cet objet contre toute attente n’est pas un œuf. D’après les spécialistes, il s’agit en fait d’un vase canope contenant de l’eau du Nil surmonté par une tête humaine. L’eau du Nil était associée au dieu Osiris et à sa résurrection d’entre les morts.
On peut toutefois se poser la question, si sur cette stèle, figure effectivement un vase canope ou si il existe une autre explication.
LA FIGURATION DES DIVINITÉS ÉGYPTIENNES
Il est assez inhabituel en Égypte de figurer les dieux avec des corps d’animaux et des têtes humaines. La tradition figurative égyptienne prône plutôt l’inverse, des corps humains surmontés par la tête d’un animal.

Un adorateur agenouillé devant Anubis, le dieu à tête de chacal. (Wikimedia Commons).
LE MYSTÈRE DES DIEUX SERPENTS
La solution de l’énigme vient d’un syncrétisme interne à l’Égypte puisque Isis et Sérapis reprennent l’aspect de deux divinités antérieures.
La déesse Isis est représentée sous l’aspect du cobra Renenoutet appelé parfois Thermouthis. Renetoutet (Le serpent nourricier) est une déesse agraire de la mythologie égyptienne qui sous la forme d’un cobra, protège les récoltes et les greniers.

Statuette de la déesse Renenoutet. Bronze, entre 722 et 332 av. J.-C., Basse Époque. Musée égyptologique de Turin. (Wikimedia Commons).
Tandis que Sérapis est identifié au serpent « Bon Génie », protecteur d’Alexandrie que les Grecs appellent Agathos Daimon. Ce dernier prend l’apparence d’un serpent et détient une fonction de protection du foyer, de la famille, ce qui faisait de lui une divinité de premier plan.

Agathos Daimon portant un pschent, la double couronne d’Égypte, et tenant un thyrse (à gauche) et un caducée (à droite), Catacombes de Kom El Shoqafa, Alexandrie, Égypte. (Wikimedia Commons).
Sérapis est lui-même une divinité gréco-égyptienne syncrétique et rassemble les traits d’Hadès, du taureau sacré Apis et d’Osiris, le dieu des morts. Le syncrétisme porté à son paroxysme.
Pour identifier l’objet qui est figuré entre les deux serpents, il faut d’abord étudier ce qu’est un vase canope.
OSIRIS CANOPUS
Il existe plusieurs sortes de vases canopes qui ont des fonctions différentes. En Égypte antique, les vases canopes, au nombre de quatre, étaient destinés à recevoir les viscères embaumés d’un défunt. Chaque vase était associé à un génie (un des « quatre enfants d’Horus »). La fonction de ces génies était de protéger l’organe contenu dans le vase. C’est à partir de la XVIIIe dynastie que les bouchons ont pris l’apparence des quatre enfants d’Horus, quatre génies dont trois à têtes d’animaux et un avec une tête humaine.
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Le foie est sous la protection du génie Amset à tête humaine.
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L’estomac est protégé par le génie Douamoutef à tête de chacal.
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Les poumons sont sous la protection du génie Hâpi à tête de babouin.
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Les intestins sont protégés par le génie Kébehsénouf à tête de faucon.

Les « quatre enfants d’Horus ». (Wikimedia Commons).
Il semble que le « vase » figuré sur la stèle ne soit pas un de ces vases canopes contenant des viscères.
On donnait aussi le nom de canopes à des sortes d’urnes où l’on déposait le corps d’animaux sacrés.
Ces momies étaient, le plus souvent, simplement plongées dans un bain de résine avant d’être entourées de bandelettes. Certaines possèdent même un masque funéraire. Les momies étaient ensuite déposées dans des urnes en terre cuite prenant la forme de l’animal et entreposées dans des catacombes proches du temple consacré au dieu auquel elles étaient dédiées.
Ce n’est pas non plus la solution.
Les spécialistes penchent plutôt pour un vase contenant de l’eau du Nil.

Le dieu Osiris-Canope, de la villa d’Hadrien, 131-138 après J.-C., Musées du Vatican. Source : egypt-museum.com
La statue composée d’un socle arrondi, d’un corps en forme de vase à eau et d’une tête anthropomorphisée. Sur le bas de la panse, un scarabée ailé lève ses pattes vers un disque solaire entouré de deux uraei. Reposant sur ce disque, un pectoral en forme de naos contient une représentation du taureau Apis. Au-dessus de ce pectoral, deux faucons se font face ; ils portent tous deux le pschent. L’amulette ib, attachée par une cordelette, pend entre leurs têtes. Deux figures anthropomorphes, debout sur des lignes de sol, encadrent cet ensemble de manière symétrique. De part et d’autre du naos, un Harpocrate porte une main à sa bouche, tandis que l’autre main pend le long du corps. Si tous deux sont représentés de face, nus, les jambes de profil et un pied en avant, l’Harpocrate de gauche est coiffé d’un pschent, tandis que l’Harpocrate de droite est coiffé de la couronne Tjèni. Représentés de chaque côté et passant derrière les deux Harpocrate, deux liserés en léger relief se rejoignent au centre de la panse.
La tête arbore une perruque tripartite striée de lignes verticales et surmontée d’un uraeus frontal en léger relief. Au sommet du crâne, une fleur de lotus stylisée surplombe la coiffe.
Pourtant une autre explication est possible. Et si la forme ovoïde figurée entre les deux serpents divins n’était pas un vase ?
Pour y voir clair, il faut d’abord étudier le mythe d’Osiris.
LE MYTHE D’OSIRIS
Voici un résumé succinct de la légende d’Osiris :
C’est Plutarque qui, au IIe siècle, conte ce mythe. Osiris, fils de la Terre et du Ciel, fut tué, démembré en quatorze morceaux, puis jeté dans le Nil par son frère Seth. Isis, sa sœur-épouse, remembra son corps grâce à ses pouvoirs divins. Elle lui rendit la vie et ils purent concevoir un fils : Horus. Osiris devint alors le maître de l’Au-delà et Horus reçut l’Egypte en héritage. Depuis le Moyen Empire (1850 av. J.-C.), le mythe d’Osiris était célébré chaque année dans la plupart des villes, au cours du mois de khoiak, lorsque les eaux de l’inondation du Nil se retiraient pour laisser place aux champs et aux cultures. Il s’agissait de perpétuer et de renouveler la légende osirienne. Pharaon, représenté par le prêtre ritualiste, rejouait alors la mort et la renaissance du dieu. Nous en connaissons les étapes grâce aux bas-reliefs des chapelles osiriennes du temple de Dendérah[57].
La deuxième étape pour percer l’énigme de la stèle est d’étudier les cérémonies, appelées mystères, entourant le culte du dieu Osiris.
LES MYSTÈRES D’OSIRIS
Les Mystères correspondent à une fête donnée en l’honneur d’Osiris chaque année, où les égyptiens rejouent son drame. Mystère pour le secret de la procédure connue seulement des prêtres.
Deux statuettes sont fabriquées pour le représenter : Osiris végétant et Osiris-sokar. Le premier germera pour rappeler la vie, le renouveau de la nature et la résurrection d’Osiris. Le deuxième semble plus mystérieux.
À Thônis-Héracléion, dans le secret du grand temple d’Amon Gereb, le prêtre fabrique une statuette d’une coudée, c’est-à-dire de 52,5 centimètres. Cet “Osiris végétant” est fait de limon du Nil mêlé à des grains d’orge. La matière est recueillie dans deux demi-moules en or, puis arrosée d’eau sacrée dans un bassin de pierre. Au bout de onze jours, l’orge germe. Les parties de la statuette sont réunies, puis recouvertes de bandelettes de lin sacré. L’Osiris végétant est porté jusqu’au sommet du temple, sur un socle d’or, pour l’ensoleiller. Il entame alors une procession nautique sur une barque tout autour du temple, dans la liesse populaire. Pendant ce temps, le prêtre façonne un “Osiris-Sokar” en forme d’œuf, à partir de pierres semi-précieuses pilées, d’onguents et de parfums. L’œuf doit rester sept jours dans un vase d’argent, posé sur les genoux de la déesse Mout. De nouveau, la matière est réunie dans le moule d’or, puis momifiée et ensoleillée. Ces deux effigies d’Osiris sont ensuite placées dans des sarcophages de sycomore pour être transportées dans le tombeau supérieur du temple. Le prêtre doit alors retirer les deux statuettes des années précédentes pour les remplacer par les nouvelles. Durant les quelques secondes d’échange, le dieu n’est plus là. Un moment de grand danger pour l’Egypte ! Il y a donc dans le temple de nombreux sacrifices d’animaux séthiens – antilope, âne… – pour conjurer le mal. Enfin, Osiris, régénéré, navigue sur une barque vers le couchant du temple d’Amon Gereb, jusqu’à son sanctuaire de Canope. Ainsi le monde est-il maintenu grâce au processus de création sans cesse renouvelé[58].
Ainsi deux figurines sacrées sont confectionnées en orge et en sable. L’une représente le dieu Osiris en entier, appelée « Osiris végétant » et l’autre est réalisée sous la forme d’un œuf qui porte le nom d’Osiris-Sokar. Ces substituts du corps osirien sont ensuite inhumés dans des nécropoles spécialement dédiées, les Osiréions ou « Tombeaux d’Osiris ».
L’OSIRIS VÉGÉTANT
Les archéologues ont retrouvé des figurines de l’Osiris végétant. Un Osiris végétant est une figurine rituelle de l’Égypte ancienne confectionnée lors de cérémonies en l’honneur du dieu Osiris. Il se compose d’un cercueil en bois sur lequel est représentée une tête de faucon. Le reste de la momie est composé d’autres matériaux tels que la cire, le sable et la terre. Ces momies sont pourvues de masques le plus souvent en cire, mais peuvent parfois être en argent.

Figurine d’un « Osiris végétant » et son sarcophage (époque ptolémaïque). (Wikimedia Commons).
Leur mélange et leur moulage sous la forme du corps d’Osiris qui germe ont pour but d’invoquer les forces divines assurant le renouvellement de la vie, la renaissance de la végétation ainsi que la résurrection des morts.
L’aspect de la seconde figurine est entouré de mystères, même si l’on connaît sa forme et le rituel la concernant.
LE RITUEL SECRET
Pour en savoir davantage, il faut étudier le Rituel des mystères d’Osiris au mois de Khoiak. Ce rituel est exposé dans une compilation de sept livres qui décrit les principales opérations rituelles exécutées durant les journées de Khoiak en commémoration du martyre d’Osiris, tué et démembré par Seth.
Le Livre III est notamment consacré à la manière d’élaborer la figurine sacrée d’Osiris-Sokar à partir d’une pâte composée de sable, de dattes, d’aromates et de minéraux précieux. La pâte est travaillée à partir du douze du mois de Khoiak. Elle est ensuite déposée dans un moule entre le seize et le dix-neuf du mois, puis séchée au soleil jusqu’au vingt-quatre ensuite inhumée au sein du temple à partir du trente et ce, pour une durée d’un an avant son enterrement définitif dans une nécropole spéciale.
Le titre du livre est Connaître le mystère du Grand Œuvre fait avec le moule de Sokar, en travail que l’on ignore, dans le Lieu caché et les nomes où le travail a lieu. Ainsi la confection de cette figurine est considérée comme une opération alchimique.
LA FIGURINE
La pâte d’abord façonnée sous la forme d’un œuf le douze Khoiak est ensuite déposée dans le moule le seize Khoiak afin de lui permettre de se transformer en momie à tête humaine jusqu’au dix-neuf du mois.

Détail de la stèle d’époque gréco-romaine 332 av. J.-C. – 395 ap. J.-C. figurant Isis, Sérapis et d’Osiris-canopus. (Rijksmuseum van oudheden, Leyden).
La pâte contient de nombreux ingrédients. Du sable du Nil, de la pâte de dattes, une douzaine d’aromates, dont de la myrrhe, du roseau doux, de la résine d’Alep, du jons d’Éthiopie, de la menthe, du genévrier etc. S’ajoutent à cette pâte vingt-quatre minéraux précieux broyés : de l’or, de l’argent, de la cornaline, du lapis-lazuli, de la turquoise, du jaspe de la galène, de l’ambre, de l’améthyste, de l’hématite, de l’antimoine etc.
L’image de la stèle est la figuration alchimique au cours de laquelle le corps d’Osiris, d’abord sous la forme d’un œuf se transforme petit à petit en corps humain. Une transmutation qui fait germer de l’œuf un nouvel Osiris, un « Osiris renaissant ».
Cette stèle recèle une des rare, sinon la seule représentation d’un œuf d’Osiris-Sokar.
Mais on peut aller plus loin et ainsi la logique reprend le dessus et la scène figurée sur cette stèle est une illustration de l’équation évoquée plus haut.
Deux serpents divins s’accouplent ; il en naît un œuf divin. De cet œuf sort un serpent cornu, qui est un dieu.
Or ce dieu est cornu puisque qu’un petit détail que l’on ne voit pas immédiatement révèle que le petit dieu Osiris qui semble sortir de l’œuf porte des cornes de bélier sur sa tête parmi d’autres attributs. Dommage que l’on ne voit pas son corps qui est encore à l’intérieur de l’œuf. Gageons qu’il s’agit du corps d’un serpent comme le sont ceux de ces parents représentés à ses côtés. Cat le fils de deux serpents ne peut être que serpent lui-même.
En fait , cette stèle unique représente la résurgence d’un mythe cosmogonique très ancien.
Le lecteur a finalement le choix entre une cruche d’eau contenant de l’eau du Nil et un œuf cosmique contenant le germe de l’Univers tout entier…
©JPS2025 (texte écrit en 2015, remanié en 2025)
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SOURCES :
Exposition de l’Institut du monde arabe présente les trésors découverts dans la baie d’Aboukir par l’archéologue Franck Goddio.
Rituel des mystères d’Osiris au mois de Khoiak — Wikipédia
Osiris sauvé des eaux – Découvert dans la baie d’Aboukir
NOTES :
[1] Énigme des mystères de Bacchus. [Le taureau engendre le dragon et le dragon engendre le taureau]
[2] La corne a le sens d’éminence, d’élévation. Son symbolisme est celui de la puissance. Les cornes du bélier, note Guénon, sont de caractère solaire, les cornes de taureau de caractère lunaire.
Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont/Jupiter, Paris, 1982, p.289.
[3] Encyclopédie des symboles, Le livre de Poche, Librairie Générale Française, Paris, 2007, pp.622-623.
[4] (Il faut d’ailleurs rappeler que les deux mots mère et matière ont la même étymologie-mater et materia est ce qui a trait à la mère). Encyclopédie des symboles, Le livre de Poche, Librairie Générale Française, Paris, 2007, pp.623-624.
[5] Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont/Jupiter, Paris, 1982, p.113.
[6] Zeus Ammon est une divinité qui mêle les traits du dieu égyptien Amon et du dieu grec Zeus. Dans l’iconographie ce dieu est surtout caractérisé par des cornes de bélier.
[7] Jean Markale, Mélusine, Albin Michel, Paris, 1993, pp.192-193.
[8] L’Océan personnifié. Il entoure la Terre comme un immense fleuve.
[9] Elle symbolise la fécondité des eaux nourricières.
[10] Nyx, divinité dont l’origine remonte, c’est le cas de la dire, à la nuit des temps. Symbolise l’obscurité primordiale.
[11] Dieu grec qui symbolise les forces primordiales qui dominent le monde avant la naissance des dieux et des hommes. À l’époque classique Éros perd son côté inquiétant et devient le dieu de l’amour.
[12] Autre nom de l’Éros primitif, fait partie des cinq divinités primordiales. Né de l’œuf cosmique, il est à l’origine de la création.
[13]Robert Graves, Les mythes grecs, Tome I, Hachette, Paris, 2000, pp.38-39. Ouranos est la personnification du ciel, c’est pourquoi les dieux célestes sont appelés ouraniens.
[14] Robert Graves, Les Mythes grecs, Tome I, Le mythe pélasge de la Création, Hachette Littératures, Paris, 1999, p.35.
[15]Ananda K. Coomaraswamy, La doctrine du sacrifice, Dervy, Paris, 1997, p.108.
[16] Ananda K. Coomaraswamy, La doctrine du sacrifice, Dervy, Paris, 1997, p.78.
[17] Jean Chevalier et Alain Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, Robert Laffont/Jupiter, Paris, 1982, p.690. D’après la Chândogya Upanishad (3,19).
[18] Pline l’ancien, Histoire naturelle, Livre XXIX, XII, par. 52 à 54, Traduction A. Ernout, Les Belles Lettres, Paris, 2003.
[19] Boîte utilisée pour protéger des objets précieux ou fragiles.
[20] Françoise Leroux, Christian J. Guyonvarc’h, les Druides, Éditions Ouest-France, Rennes, 1986, p330.
L’auteur mentionne une découverte archéologique déjà ancienne.
[21] Avec le lent déclin du druidisme, entamé bien avant la fin de l’ère du Bélier, la signification profonde du serpent criocéphale s’est perdue peu à peu. Dans l’iconographie tardive, il semble devenir un simple auxiliaire des autres dieux.
[22] Perséphone est une divinité chtonienne, déesse du monde souterrain (les Enfers).
[23] Zagreus naît d’une union entre le dieu du ciel et la déesse des Enfers. Ce qui indique que Zagreus unit en lui les natures ouranienne et chtonienne de ses géniteurs. Les druides qui ne sont pas dualistes aiment l’union des contraires, ce qui les différencie fondamentalement des religions monothéistes.
[24] Les Titans sont des divinités primordiales plus anciennes que les dieux de l’Olympe. Autrement dit les Titans sont les dieux des habitants de la Grèce avant l’arrivée des Indo-Européens.
[25] D’après Robert Graves les métamorphoses de Zagreus sont les suivantes : Zeus habillé d’une veste en peau de chèvre, Cronos en train de faire descendre le pluie, puis un lion, un cheval, un serpent à cornes, un tigre et pour finir un taureau, c’est d’ailleurs sous cette forme qu’il est sacrifié et tué par les Titans. Robert Graves, Les mythes grecs, Tome I, Hachette, Paris, 2000, p.131.
[26] Athéna, fille de Zeus et déesse de la guerre.
[27] Sémélé est la mère de Dionysos.
[28] Salomon Reinach, Cultes, mythes et religions, Robert Laffont, Paris, 1996, p.556.
[29] Salomon Reinach, Cultes, mythes et religions, Robert Laffont, Paris, 1996, p.557. Un peu plus tôt, p.556, Perséphone est décrite sous l’aspect d’un monstre cornu.
[30] Salomon Reinach, Cultes, mythes et religions, Robert Laffont, Paris, 1996, p.557.
[31] Salomon Reinach, Cultes, mythes et religions, Robert Laffont, Paris, 1996, p.557.
[32] Salomon Reinach, Cultes, mythes et religions, Robert Laffont, Paris, 1996, p.558.
[33] Salomon Reinach, Cultes, mythes et religions, Robert Laffont, Paris, 1996, p.558.
[34] Salomon Reinach, Cultes, mythes et religions, Robert Laffont, Paris, 1996, p.559. Le sujet à été largement commenté dans un chapitre précédent.
[35] Salomon Reinach, Cultes, mythes et religions, Robert Laffont, Paris, 1996, p.559. Rappelons que l’enseignement des druides était un secret bien gardé, c’est pourquoi il n’existe aucune image ancienne du serpent criocéphale. Les druides disparus quelques initiés ont outrepassé l’interdiction de représenter les dieux.
[36] Salomon Reinach, Cultes, mythes et religions, Robert Laffont, Paris, 1996, p.559.
[37] Rassurez-vous en ces périodes de déchristianisation, toutes les religions ne disparaissent pas forcément, mais elles se rétractent, se recroquevillent et attendent des jours meilleurs, il n’en reste parfois que le noyau dur des croyants. Même si les chrétiens du futur devront s’attendre à devenir des martyrs pour leur foi, comme l’on été leurs prédécesseurs du début de l’ère du Poisson. Un exemple de religion qui perdure est le shivaïsme qui est une religion de l’ère du Taureau et qui se porte à merveille. Le judaïsme est une religion de l’ère du bélier et elle existe toujours. Mais ces deux religions restent confinées dans leurs communautés respectives, il n’y a aucun prosélytisme de la part de leurs adeptes. Si l’hindouisme croit, c’est grâce à la poussée démographique. D’ailleurs la constellation du Poisson fait figure d’exception puisqu’elle dépasse largement le cadre des 30 degrés qui lui sont alloués le long de l’écliptique. De plus il y a deux poissons. Qui est le deuxième poisson ? Certains ont avancé le nom de Karl Marx, ce qui est parfaitement ridicule. Le communisme n’a été qu’un feu de paille à l’échelle du temps. Certes sanglant, avec tous ses sbires malfaisants, Staline, les Khmers rouges etc. (la liste est hélas bien longue) qui ont régnés en ce cours laps de temps (à peine 100 ans sur 2160 mais quelques millions de morts au compteur). La grande erreur du communisme a été de vouloir supprimer les classes sociales. Or une société équilibrée repose justement sur l’harmonie entre les classes sociales. Tout déséquilibre entraine une dictature : militaire (les juntes d’Amérique du sud par exemple), religieuse (les ayatollahs d’Iran), ouvrière (les dictatures communistes), quant à la quatrième classe, celle des marchands, ils utilisent un vecteur beaucoup plus sournois pour assoir leur domination : l’argent.
[38] La Bible de Jérusalem, Les éditions du Cerf, Paris, 1988, Nombres, 21,6.
[39] La Bible de Jérusalem, Les éditions du Cerf, Paris, 1988, Exode, 12, 29. La dixième des plaies d’Égypte.
[40] La Bible de Jérusalem, Les éditions du Cerf, Paris, 1988, Genèse, 6,6.
[41] La Bible de Jérusalem, Les éditions du Cerf, Paris, 1988, Genèse, 6, 17.
[42] En cela le Christ, même s’il est issu du judaïsme est en rupture totale avec le dieu de l’Ancien Testament.
[43] La Bible de Jérusalem, Les éditions du Cerf, Paris, 1988, Deutéronome, 20,1.
[44] La Bible de Jérusalem, Les éditions du Cerf, Paris, 1988, Deutéronome, 20, 10.
[45]La Bible de Jérusalem, Les éditions du Cerf, Paris, 1988, Ézéchiel, 5, 12.
[46] Rappelons qu’Osiris, appelé parfois « l’Être bon » est tué par son frère Seth et découpé comme Zagreus en morceaux. Osiris ressuscite et conçoit avec Isis, son épouse, Horus qui vengera le meurtre de son père. Il est intéressant de noter que le taureau sacré Apis est identifié à Osiris. Osiris est également appelé « le taureau de l’ouest ».
[47] Si Osiris est un dieu taureau, Seth est quant à lui associé à l’âne. Ces deux animaux portent leur souffle sur le Christ dans la crèche. Seth est par ailleurs appelé Typhon par les Grecs, le monstre serpentiforme.
[48] Ironie du sort, avec le temps, Seth sera progressivement confondu avec Apophis. Comme si St Michel se fondait dans le dragon et devenait une entité unique. Il faut dire que comme les druides n’étaient pas dualistes et prônaient l’union des contraires, cette image de l’ange-dragon ne leur aurait très certainement pas déplu. D’ailleurs dans la culture héroïque des Celtes, un dieu guerrier, querelleur et violent démontrant du courage et de la ruse ne pouvait pas être foncièrement mauvais.
[49] Dionysos.
[50] Biographie universelle, Ancienne et moderne, Partie mythologique, de Ma-Zy., Tome 55, L.G. Michaud, Libraire-éditeur, Paris, 1833, p.261. L’Ouroboros symbolise sous forme animale le cercle qui incarne l’éternel retour. Ce symbole indique qu’un nouveau début coïncide avec une fin dans une perpétuelle répétition. Ainsi le début de l’ère du Bélier, la naissance du serpent à tête de Bélier, coïncide avec la fin de l’ère du Taureau, le sacrifice du Taureau cosmique.
[51] Une sorte de Big-bang ancestral.
[52] Dans la Bible nous trouvons : Dieu dit : « Que la lumière soit » et la lumière fut.
La Bible de Jérusalem, Les éditions du Cerf, Paris, 1988, Genèse, 1, 3.
[53] Ce qui rappelle la Bible : Au commencement était le Verbe
et le Verbe était auprès de Dieu
et le Verbe était Dieu.
La Bible de Jérusalem, Les éditions du Cerf, Paris, 1988, L’Évangile selon St Jean, Prologue, 1,1.
[54] Biographie universelle, Ancienne et moderne, Partie mythologique, de Ch-Ly., Tome 54, L.G. Michaud, Libraire-éditeur, Paris, 1832, pp.538-539.
[55] Félix Guirand et Joël Schmidt, Mythes et mythologie, Larousse-Bordas, Paris, 1996, p. 70.
[56] Les autres caractéristiques les plus marquantes, en dehors des ailes, sont le bec crochu et les serres. Il existe effectivement une créature fantastique qui mélange les traits de l’oiseau et du serpent, il s’agit du Basilic, mais l’oiseau retenu dans ce cas précis semble plutôt être le coq.
[57] Paris-Match, Osiris sauvé des eaux – Découvert dans la baie d’Aboukir, Article d’Anne-Cécile Beaudoin
Daté du 21/08/2015 consacré à l’exposition de l’Institut du monde arabe présente les trésors découverts dans la baie d’Aboukir par l’archéologue Franck Goddio. L’article contient un entretien avec Frank Goddio.
[58] Paris-Match, Osiris sauvé des eaux – Découvert dans la baie d’Aboukir, Article d’Anne-Cécile Beaudoin
Daté du 21/08/2015 consacré à l’exposition de l’Institut du monde arabe présente les trésors découverts dans la baie d’Aboukir par l’archéologue Franck Goddio. L’article contient un entretien avec Frank Goddio.
LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER) LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER) LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER) LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER) LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER) LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER) LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER) LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER) LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER) LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER) LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER) LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER) LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER) LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER)LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER) LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER)LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER) LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER)LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER) LE SERPENT CRIOCÉPHALE (À TÊTE DE BÉLIER)


