LE HÉROS AUX MILLE VISAGES

LES DRUIDES SAISON 2 ANNEXE 30

Parfois le héros est représenté en compagnie d’un chien, d’autres fois il est accompagné par un compagnon humain qui porte le nom du chien et parfois le héros porte directement le nom du chien.

LES MÉTAMORPHOSES DU COMPAGNON DU HÉROS

On peut se demander pourquoi ces héros qui tirent leur origine d’une seule et même constellation ne se ressemblent pas.

Parce que la mythologie d’Orion est très riche et couvre de nombreux domaines qui engendrent d’innombrables mythes avec à chaque fois un héros spécifique.

C’est pourquoi les avatars d’Orion se divisent en plusieurs catégories. Sans vouloir être exhaustif en voici quelques-uns :

  • Il y a le grand costaud qui accomplit des exploits grâce à sa taille et à sa force prodigieuse qui agit le plus souvent seul en n’étant armé que d’une arme sommaire, la massue. Héraklès est un des archétypes de ce genre de guerrier.

  • Il y a celui qui est chargé de mener une quête comme Brennos. Ces récits préfigurent le Quête du Graal. La particularité de cette quête est qu’elle est inscrite dans le ciel étoilé.

  • Il y a le type de guerrier qui est armé d’armes plus sophistiquées, parfois merveilleuses, comme le dieu indien Indra dont la spécialité est d’affronter un être tricéphale ensuite un dragon. C’est le cas de Tristan. La troisième épreuve entraîne généralement la mort du héros.

L’adversaire du héros peut prendre différents aspects. Il apparaît parfois sous les traits d’un monstre, mais peu également revêtir une apparence humaine.

Par exemple le Morholt, adversaire de Tristan est présenté comme un guerrier de grande taille à la force prodigieuse, mais son nom indique qu’il était à l’origine un monstre marin. Le héros ne se transforme pas en animal, mais il peut être associé à un animal sous différentes formes. Voir à ce propos SAISON 2 ANNEXE 29 Le Morholt ou les métamorphoses de l’adversaire

LE FAIRE VALOIR DU HÉROS

Comme l’adversaire, le compagnon du héros peut prendre différentes formes au point de disparaître et ne laisser que son nom au héros. Dans la Religion des Étoiles des druides, tout est basé sur les constellations et le lien entre elles. C’est souvent le binôme Orion-Grand Chien qui se retrouve dans la structure de base des récits mythologiques concernant les « avatars » d’Orion.

LE HÉROS AUX MILLE VISAGES. L’entourage proche d’Orion, En bas, à gauche, la constellation du Grand Chien (Canis Major).

L’entourage proche d’Orion, En bas, à gauche, la constellation du Grand Chien (Canis Major). En haut, à droite, le Taureau (Taurus).  D’après la carte céleste Sirius, Éditions Freemedia, Berne.

C’est pourquoi la présence d’un chien est un bon indicateur pour identifier un avatar d’Orion.

LE HÉROS AUX MILLE VISAGES. Orion et son chien au-dessus du Taureau céleste. Plaque du fond du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré,

Orion et son chien au-dessus du Taureau céleste. Plaque du fond du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.

Parfois c’est la présence physique de l’animal qui atteste l’identité du héros, comme c’est le cas avec Tristan. Parfois le lien est plus subtil, comme dans le cas de Brennos qui n’est jamais présenté en compagnie d’un canidé, mais dont le compagnon le plus proche durant l’expédition vers Delphes en 279 av. J.-C. porte un nom basé sur celui du chien. En effet, Brennos correspond à Brannos le « corbeau » tandis que son second Kichorios est à rapprocher du gallois Ki-Cawr « Chien Géant »[1].  Ce qui correspond parfaitement au nom de la constellation du Grand Chien (Canis Major) qui accompagne Orion dans sa course céleste. Parfois le raccourci est encore plus rapide puisque le héros lui-même porte le nom du chien. Comme le démontre l’exemple de Cúchulainn dont le nom signifie « Chien de Culann ». De son vrai nom Setanta, le « cheminant », le héros irlandais tue à l’âge de cinq ans le chien du forgeron Culann et est ainsi rebaptisé Cúchulainn, par son grand-père et tuteur le druide Cathbad.

MERLIN L’ENCHANTEUR

Merlin, avatar du Maître des animaux, Cernunnos est un autre exemple du héros qui peut être présenté sous différents aspects. Cernunnos en compagnie d’un cerf par exemple.

LE HÉROS AUX MILLE VISAGES. Cernunnos et le cerf. Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré,

Cernunnos et le cerf. Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.

Dans un texte, Merlin rassemble en un seul troupeau des hardes de cerfs ainsi que des daims et des chevreuils puis chevauche un cerf[2].

Merlin, changé en cerf au pied blanc, rencontre Jules César. Manuscrit anonyme du cycle Lancelot-Graal, 1286.

Merlin, changé en cerf au pied blanc, rencontre Jules César. Manuscrit anonyme du cycle Lancelot-Graal, 1286. (Wikimedia Commons).

Cependant contrairement à Orion, Cernunnos est aussi le Maître des transformations et peut prendre directement l’apparence d’un cerf.

Mais l’antagonisme entre Orion et Cernunnos va plus loin. Le premier est le héros civilisé, il est accompagné par un chien. Le second, Cernunnos, est un homme sauvage qui est représenté en compagnie d’un loup, version sauvage du canidé domestique.

Or comme dans le cas d’Orion qui peut être accompagné par un chien ou être en compagnie d’un humain qui porte le nom du chien, Cernunnos/Merlin peut être lui aussi représenté en compagnie d’un loup ou d’un humain qui porte le nom du loup.

Cernunnos avec le loup. Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré,

Cernunnos en compagnie d’un loup. Détail du chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.

Lorsque l’Enchanteur se retire au fond des bois, il est souvent représenté en compagnie d’un clerc chrétien dénommé Blaise. Ce dernier note scrupuleusement tout ce que Merlin lui raconte.  C’est grâce aux notes prises par Blaise que nous connaissons encore de nos jours les aventures de la Table Ronde. Ce personnage, assimilé à saint Blaise qui est fêté le 3 février.

Merlin dictant un poème à l’historien Blaise. ( Enluminure d’un manuscrit français du XIIIe  siècle).

Merlin dictant un poème à l’historien Blaise. ( Enluminure d’un manuscrit français du XIIIe siècle). (Wikimedia Commons).

Étrangement dans d’autres textes, Merlin est décrit en compagnie d’un loup gris. Or le nom du loup dans différentes langues celtiques — gallois blaidd (prononcer blaiz), breton bleizh — est à l’origine de Blaise, le nom du compagnon de Merlin.

La date de la saint Blaise est également importante puisqu’elle encadre une période consacrée au loup.

Puisqu’il y a une importante fête celtique au 1er février : imbolc. Qui est présentée comme une fête de la fin de l’hiver qui a été remplacée par la purification de la Vierge et la fête de sainte Brigitte. Imbolc signifie « lustration ». Il s’agit donc d’une purification qui prend place à la fin de l’hiver. Elle a aussi le sens de « lactation » ou « lait des brebis ». La date d’Imbolc correspond d’ailleurs à la période de l’agnelage, et donc au moment où les brebis commencent à allaiter leurs petits. Cependant c’est Christian J. Guyonwarc’h qui donne avec l’étymologie d’Elcmar, un frère du dieu irlandais Dagda, la solution de l’énigme. Car Elcmar signifie d’après cet auteur « grand envieux, jaloux » et ajoute que Elc est une variante de olc que l’on retrouve dans le nom des Volcae, très vieux nom indo-européen du loup, disparu du celtique par interdit religieux[3].

Bernard Sergent rajoute à propos des fameux Volcae, peuples du Languedoc : on dispose désormais d’une belle étymologie de Christian Guyonvarc’h, qui annule l’ancienne proposée par Gluck (les « agiles ») et reprise par un grand nombre d’auteurs : au vu de l’irlandais. olc, gén. uilc, « méchant, mauvais, cruel », et du nom indo-européen du « loup », grec lúkos, lat. lupus, russe volk, lith. vilkas, lett. vilks, got. wulfs, etc., il n’existe pas d’autre issue que de classer l’irl. olc à un thème celtique commun *ulko, variante avec amuïssement du v- initial de *volko-, et il n’y a pas d’inconvénient, au contraire, à rattacher le nom des Volci à la dénomination la plus archaïque du « loup » en indo-européen[4].

Les peuples celtiques appelés Volques (Volcae) sont donc des « loups »[5].

Il faut rajouter qu’il pèse un puissant tabou religieux sur le nom du loup en celtique. Tout simplement parce que le dieu loup est un des dieux les plus importants des Celtes. On craignait de prononcer le nom, au point de faire croire qu’il n’a jamais existé lorsque la religion druidique s’est effacée au profit du Christianisme. Voir à ce propos SAISON 2 ANNEXE 8 Les druides et le nom secret des dieux

C’est pourquoi on peut proposer l’hypothèse suivante pour imbolc. Vendryes interprète le préfixe imb– par « autour » et il faut rajouter –olc le nom du loup. Ce qui signifie que imbolc est une fête religieuse célébrée le 1er février et consacrée au loup divin, dieu des Enfers que César nomme Dis Pater et qui dévore les défunts.

LE HÉROS AUX MILLE VISAGES. Loup Androphage de Fouqueure. (Musée d’Angoulême).

Loup Androphage de Fouqueure. (Musée d’Angoulême).

Fête païenne par excellence que le Christianisme s’est empressé de faire disparaître. On peut ajouter qu’en Bretagne on appelle la nuit du 31 janvier, donc la veille d’imbolc, noz ar bleiz la « nuit du loup » [6] à laquelle il faut ajouter la saint Blaise qui est également un loup (bleiz) et qui fêtée le 3 février.

On peut également ajouter au dossier la fête romaine des Lupercales qui est une fête de purification qui avait lieu à Rome du 13 au 15 février, c’est-à-dire à la fin de l’année romaine, qui commençait le 1er mars.

Les Lupercales, du latin Lupercalia « fêtes de Lupercus », sont consacrées au dieu nommé Lupercus. On fait généralement de ce mot un composé de lupus et de arceo « qui écarte les loups, qui protège des loups ». Donc le février est pour le moins un mois consacré au loup.

CONCLUSION

Comme Cernunnos est le Maître des transformations, il peut revêtir l’apparence du loup. Ce qui signifie que Cernunnos est également Dis Pater, le dieu des Enfers, dont l’apparence dans les temps les plus anciens était celle d’un loup.

Cernunnos, le Maître des dragons avec en dessous son animal véhicule le loup à deux têtes qui dévore les deux Dioscures.

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ACCUEIL

BIBLIOGRAPHIE :

Jean Markale dans Les Celtes et la civilisation celtique, Éditions Payot & Rivages, Paris, 1999.

Geoffrey de Monmouth, La vie de Merlin, Éditions Climats, 1996.

Françoise Le Roux, Christian-J. Guyonvarc’h, Les Druides, Éditions Ouest-France, Rennes, 1986.

Bernard Sergent. Ethnozoonymes indo-européens. In: Dialogues d’histoire ancienne, vol. 17, n°2, 1991. pp. 9-55.

Divi Kervella, Emblèmes et symboles des bretons et des celtes, Éditions Coop Breizh, 2001.

SOURCES :

Ethnozoonymes indo-européens – Persée (persee.fr)

NOTES :

[1] Étymologie proposée par Jean Markale dans Les Celtes et la civilisation celtique, Éditions Payot & Rivages, Paris, 1999, p. 95.

[2] Geoffrey de Monmouth, La vie de Merlin, Éditions Climats, 1996, v.450-455.

[3] Françoise Le Roux, Christian-J. Guyonvarc’h, Les Druides, Éditions Ouest-France, Rennes, 1986.

  1. 385.

[4] Bernard Sergent. Ethnozoonymes indo-européens. In: Dialogues d’histoire ancienne, vol. 17, n°2, 1991. pp. 9-55.

[5] D’autres rapprochent Volcae du nom du « faucon » qui serait également l’origine du gallois gwalch « faucon ». Ce n’est pas impossible, même si le thème du loup doit rester antérieur. Il semble logique de penser que les anciens ont plutôt vu le faucon comme un « loup des airs » que l’inverse, le loup en tant que « faucon des bois ». Quant à l’argument que Volcae ne peut pas dériver du nom du loup indo-européen * ḷkwos ne tient pas non plus puisque les Celtes n’ont pas hésité à changer la forme originale du mot indo-européen*tauros qui désigne le « taureau » pour le changer en celtique en taruos pour qu’il puisse mieux correspondre à caruos « cerf ». Sans doute pour faciliter l’analogie, les rimes ou les jeux de mots sur le plan poétique entre les deux mots à des fins religieuses. Il ne faut pas oublier que Cernunnos le dieu cornu porte au printemps des cornes de taureau et des bois de cerf en automne. D’où l’importance de mots qui se ressemblent phonétiquement, comme en grec ornis « oiseau » et ophis « serpent ». Ce ne sont pas seulement les mots qui peuvent s’emboîter mais également les figurations des animaux puisque l’oiseau et le serpent ne faisaient qu’un chez les Mayas sous les traits du serpent à plumes Quetzalcoatl. Dans la langue nahuatl, ce nom est un jeu de mots sacré, quetzal signifiant « oiseau », « volant » ou « précieux » et cóatl, « serpent » ou « jumeau ».

[6] Divi Kervella, Emblèmes et symboles des bretons et des celtes, Éditions Coop Breizh, 2001, p. 91.

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