CERNUNNOS (SANGLIER)

LES DRUIDES SAISON 3 ÉPISODE 18

CERNUNNOS ET LE SANGLIER

La Grande Déesse partage avec Cernunnos plusieurs symboles comme par exemple le torque et ils ont en commun un certain nombre d’animaux. Le sanglier en fait partie.

LA SYMBOLIQUE DU SANGLIER

Le sanglier a été de tous temps un symbole de courage et de témérité. Le sanglier est un animal dangereux, il est adversaire puissant et redouté.

CERNUNNOS (SANGLIER). Les défenses d’un sanglier (Sus scrofa) peuvent devenir des armes meurtrières.

Les défenses d’un sanglier (Sus scrofa) peuvent devenir des armes meurtrières. (Source Séjour chasse sur facebook).

Le sanglier est durant l’Antiquité un animal admiré pour son courage. Par exemple, il ne fuit pas comme le cerf, mais fait face aux chiens et aux chasseurs pour défendre sa vie jusqu’au bout. C’est une chasse dangereuse qui se pratique à pied et qui se termine lors d’un affrontement entre l’homme et la bête.

CERNUNNOS (SANGLIER). Mosaïque de la petite Chasse, villa de Casale, Piazza Armerina, Sicile, Italie.

Mosaïque de la petite Chasse, villa de Casale, Piazza Armerina, Sicile, Italie. (Wikimedia Commons).

C’est pourquoi, il est valorisant de chasser et de tuer un sanglier. Un exploit incontournable pour tout héros qui se respecte. C’est également est motif récurrent de l’iconographie antique.

CERNUNNOS (SANGLIER). Héraklès ramenant le sanglier d'Erymanthe à Athéna,  Oenochoé attique à figures noires - 520-500 av. J.-C.

Héraklès ramenant le sanglier d’Erymanthe à Athéna,  Oenochoé attique à figures noires – 520-500 av. J.-C., British Museum.

Il faut cependant explorer la piste inverse au cours de laquelle le héros est tué par un sanglier. C’est le cas d’Orion sur le chaudron de Gundestrup. Car sur cet objet en argent, Orion affronte un sanglier.

CERNUNNOS (SANGLIER). Image d’Orion attaqué par un sanglier (détail). Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).

Image d’Orion attaqué par un sanglier (détail). L’étrange animal n’est pas immédiatement reconnaissable. Certains commentateurs y on vu un lion, mais cet animal a bel et bien des sabots. Ce n’est donc pas un lion. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).

Ce qui n’est pas sans rappeler les figurations d’Adonis sur lesquelles il est lui aussi attaqué par un sanglier.

CERNUNNOS (SANGLIER). La Mort d'Adonis, 1709 · Giuseppe Mazzuoli, State Hermitage Museum, St. Petersburg, Russie.

La Mort d’Adonis, 1709 · Giuseppe Mazzuoli, State Hermitage Museum, St. Petersburg, Russie. / Bridgeman Images

Cependant Adonis n’est pas seulement attaqué, mais également tué par l’animal furieux.

LE DIEU STELLAIRE

Orion subit le même sort puisqu’une autre plaque du chaudron de Gundestrup le montre mort dans les bras de la déesse.

Chaudron de Gundestrup Déesse aux oiseaux. La Grande Déesse, Orion et son chien couchés sur le dos (en bas). Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).

La Grande Déesse, Orion et son chien couchés sur le dos (en bas). Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague). (Wikimedia Commons).

Mais pourquoi Orion et son chien sont-ils représentés couchés sur le dos ?

C’est une fois de plus vers l’astronomie qu’il faut se tourner pour trouver une explication. Les étoiles circumpolaires, les plus proches de l’étoile polaire, sont visibles toute la nuit en toute saison parce qu’elles ne descendent jamais sous l’horizon. C’est pourquoi elles sont considérées par les anciens comme immortelles. Les Égyptiens les ont qualifiés en tant que « Celles qui ne connaissent pas la destruction » ou encore les « impérissables ». Pour les autres étoiles du firmament, les Égyptiens considéraient que ces étoiles « vivent » lorsqu’elles sont visibles et qu’elles meurent lorsqu’elles sont invisibles. Les constellations d’Orion et du Grand Chien font partie des constellations qui descendent sous l’horizon, donc sous terre, et qui disparaissent du ciel étoilé pendant un certain temps. Ce qui signifie que pour les anciens ces deux constellations font partie des constellations mortelles. Orion et le Grand Chien sont morts couchés sur le dos parce qu’ils ne sont plus visibles pour l’observateur. C’est pourquoi le défunt Orion gît dans le bras de la déesse.

Scène que l’on retrouve à l’identique, en moins abstrait certes, avec la déesse grecque Aphrodite (Vénus chez les Romains) pleurant la mort d’Adonis.

Vénus pleurant Adonis, 1573 (Paolo Veronese), Nationalmuseum, Stockholm.

Vénus pleurant Adonis, 1573 (Paolo Veronese), Nationalmuseum, Stockholm. (Wikimedia Commons).

Ce qui à son tour n’est pas sans rappeler une autre œuvre qui montre Jésus dans les bras de sa mère pleurant la mort de son fils.

La Pietà est une statue en marbre de Michel-Ange de la basilique Saint-Pierre du Vatican à Rome.

La Pietà est une statue en marbre de Michel-Ange de la basilique Saint-Pierre du Vatican à Rome, représentant le thème biblique de la « Vierge Marie douloureuse » (Mater dolorosa en latin ou Pietà), tenant sur ses genoux le corps du Christ descendu de la Croix avant sa Mise au tombeau, sa Résurrection et son Ascension. Elle a été sculptée entre 1498 et 1499.

Certaines images sont universelles et traversent les millénaires. Quoi de plus émouvant et normal qu’une mère qui pleure son fils mort, sauf que Jésus, Orion et Adonis sont des dieux meurent et qui ressuscitent. Ce qui est tout de même moins banal. (Voir annexe 1 en bas de page)

Pour avancer, il faut tout d’abord connaître l’histoire d’Adonis.

LE MYTHE D’ADONIS

Dès sa naissance, Adonis est d’une grande beauté et il est aimé d’Aphrodite. Selon le pseudo-Apollodore, touchée par la beauté de l’enfant, Aphrodite l’envoie dans un coffre en bois à Perséphone, pour que celle-ci le garde en sécurité. Perséphone a la curiosité d’ouvrir le coffre et, trouvant Adonis, s’en éprend et le dispute à Aphrodite, qui se rend aux Enfers pour le reprendre. Perséphone refuse de le rendre. Aphrodite en appelle à Zeus tout puissant afin de régler le différend entre les deux déesses. Zeus refuse d’être juge dans un différend aussi épineux et confie l’affaire à un tribunal inférieur, présidé par la Muse Calliope. Celle-ci trouve un compromis et ordonne au jeune homme de passer un tiers de l’année avec Aphrodite, un autre tiers avec Perséphone et le dernier avec la personne de son choix. La décision de Calliope semble, dans un premier temps, apaiser les tensions entre les deux déesses. Cependant, si Adonis respecte à la lettre les exigences du roi des dieux, il choisit de consacrer le tiers de l’année restant à Aphrodite, afin de vivre pleinement son amour pour elle.

Aphrodite et Adonis. Lécythe aryballistique attique à figures rouges, v. 410 av. J.-C.

Aphrodite et Adonis. Lécythe aryballistique attique à figures rouges, v. 410 av. J.-C. (Wikimedia Commons).

Dès lors, le partage n’est plus équitable et l’amour qui lie Aphrodite à Adonis attise la colère de Perséphone et des autres dieux. Car si la déesse de l’Amour, épouse légitime d’Héphaïstos, a coutume de multiplier les infidélités, elle semble cette fois-ci véritablement éprise de son jeune amant. Un jour, Adonis, qui parcourt la forêt pour chasser, est mortellement blessé à la jambe par un sanglier.

Adonis mourant, seconde moitié du XVIe siècle (marbre), Vincenzo de Rossi, musée du Bargello, Florence, Italie.

Adonis mourant, seconde moitié du XVIe siècle (marbre), Vincenzo de Rossi, musée du Bargello, Florence, Italie.

UN MYSTÉRIEUX MEURTRIER

Toutes les textes antiques s’accordent sur une fin tragique du héros, mais elles divergent fortement quant au responsable de ce drame. Certains récits affirment qu’Arès, le dieu de la Guerre et l’amant officiel d’Aphrodite, ne supporte pas d’être ainsi abandonné au profit d’un autre. Dévoré par la jalousie, il décide de reconquérir la déesse de l’Amour en éliminant Adonis, qu’il fait tuer par un sanglier. Ce dernier n’est qu’une manifestation du dieu lui-même. D’autres histoires soutiennent qu’Apollon, le dieu des Arts et de la Divination, est responsable de la mort d’Adonis. En colère contre Aphrodite, qui a rendu aveugle son fils Érymanthe après l’avoir surprise dans son bain, Apollon arrache son bel amant à la déesse. Dans une autre version, c’est Artémis, peut-être jalouse de ses talents de chasseur, qui envoie un sanglier furieux contre lui. Là encore l’animal est une émanation de la divinité.

Selon les versions les suspects changent. Le responsable est soit Arès, soit Apollon, soit la déesse Artémis. Les différents auteurs ne sont pas d’accord entre eux. Adonis est tiraillé entre deux pôles, la déesse de l’Amour et la déesse des Enfers. Entre la vie et la mort. Dans le druidisme, ce sont deux jumeaux qui se battent pour être rois auprès de la déesse dans un cycle sans fin de mort et de renaissance. Il ne peut y avoir d’emprunts des uns aux autres, les récits diffèrent trop. Les druides, plus conservateurs, sont restés plus fidèles à la Religion des Étoiles des origines. D’ailleurs cette dernière n’indique qu’un seul adversaire susceptible de tuer Adonis.

ORION ET ADONIS

D’autres œuvres d’art évoquent la menace potentielle du sanglier qui pèse sur les destins d’Orion et d’Adonis. Par exemple le gobelet d’or de Lyon sur lequel Orion est figuré sous la menace d’un sanglier

Le dieu au corbeau. Gobelet d’argent de Lyon, 1er siècle. 

Le dieu au corbeau. Gobelet d’argent de Lyon, 1er siècle.  Source : collections-lugdunum.grandlyon.com

Ou encore un marbre du XIXe  qui représente Adonis, lui aussi sous la menace d’une sanglier. Comme pour le gobelet gaulois l’artiste insiste sur le sort funeste du héros en plaçant un sanglier agressif, annonciateur du drame, tout près des événements figurés.

La menace plane sur Adonis. La mort d'Adonis, bas-relief de Julius Troschel, 1840-1850, Nouvelle Pinacothèque de Munich.

La menace plane sur Adonis. La mort d’Adonis, bas-relief de Julius Troschel, 1840-1850, Nouvelle Pinacothèque de Munich. (Wikimedia Commons).

OSIRIS

Il existe un autre dieu qui meurt et on le trouve en Égypte puisque le fameux Osiris est lui aussi, selon les versions, la victime d’un porc noir. Ce dernier est une manifestation  du dieu Seth, l’adversaire par excellence. Seth est le frère et le meurtrier d’Osiris, qui de surcroît veut dépouiller Horus de son héritage (la fonction royale). Les Égyptiens sont restés comme les druides plus proche de la Religion des Étoiles puisqu’ils reprennent le modèle des deux frères dont l’un est tué par un sanglier. Comme le sanglier n’existe pas à l’état sauvage en Égypte, il est remplacé par un porc noir. L’intention reste la même. Mais même en Égypte, un pays d’une antiquité formidable, le récit est altéré et ce ne sont plus deux frères jumeaux qui se battent pour être à tour de rôle roi auprès de la déesse. La royauté en alternance n’est plus l’enjeu entre Osiris et Seth, mais dans le récit apparaît un troisième personnage, le fils d’Osiris qui aspire à hériter du trône laissé vacant. La déesse n’a plus aucun rôle. C’est bien le chaudron de Gundestrup, pourtant beaucoup plus récent, qui contient le message le plus ancien et le plus proche des origines.

LE VÉRITABLE MEURTRIER

C’est l’iconographie gauloise tardive qui dévoile le secret de la mise à mort d’Orion/Adonis. Parce que ce sanglier n’est que la manifestation, l’incarnation, d’un dieu qui tue son frère pour prendre sa place. C’est le dieu dit « Euffigneix » qui donne cette information.

Dieu dit d'Euffigneix, 1er siècle av J.‑C., fragment portant la représentation d'un sanglier, un torque autour du cou et un œil prophylactique (sur le côté, non visible).

Dieu dit d’Euffigneix, 1er siècle av J.‑C., fragment portant la représentation d’un sanglier, un torque autour du cou et un œil prophylactique (sur le côté, non visible). Découvert en 1922 dans une fosse, au milieu d’ossements. Source : musee-archeologienationale.fr

UN SANGLIER FURIEUX

C’est en fait un pilier sans modelé et sans bras qui porte un torque avec un grands œil sur le côté de la statue. Sur le torse est figuré un énorme sanglier très agressif avec les soies dressées. L’œuvre pourrait prêter à confusion puisqu’il pourrait s’agir d’Orion menacé par le sanglier comme sur le gobelet de Lyon. Ou le même attaqué par cet animal comme sur le chaudron de Gundestrup.

Bien sûr cette figuration pourrait le laisser penser, sauf qu’un seul détail indique le contraire…

Le Torque !

Parce que sur le chaudron de Gundestrup, le torque est uniquement porté par Cernunnos et la déesse, tandis qu’Orion n’en porte jamais. Ce n’est donc pas la représentation d’Orion qui se fait agresser par un sanglier.

La solution de l’énigme est la suivante :

Il s’agit d’une figuration de Cernunnos avec un sanglier en furie sur le torse. et l’on peut même aller plus loin dans le raisonnement. Le sanglier est une incarnation de Cernunnos. C’est sous cet aspect qu’il attaque son adversaire Orion pour le tuer et prendre sa place sur le trône auprès de la déesse.

LE MYTHE ORIGINEL

Comme c’est un mythe saisonnier, la Religion des Étoiles indique la suite. Orion ressuscite après 70 jours et tue à son tour Cernunnos sous la forme d’un taureau géant (plaque du fond) ou sous l’aspect d’un triple taureau (une des plaques intérieures). Il reprend son trône jusqu’à sa mort, à nouveau tué par un sanglier et le cycle recommence du début. De nombreux peuples, y compris les plus anciens, n’ont plus compris ce cycle d’une infinie antiquité et ont commencé à changer le récit en rajoutant des personnages (Horus en Égypte) ou en intervertissant les polarités, deux personnages féminins à la place des jumeaux (mythe d’Adonis). Ce sont bien les druides qui sont restés le plus fidèle à la Religion des Étoiles originelle.

LE DIEU QUI MEURT

Le sanglier et le dieu qui se cache derrière lui est l’adversaire par excellence des dieux qui meurent que ce soit Adonis, Osiris ou dans le domaine celtique Orion. Cependant si ce dieu peut mourir, il ressuscite aussi. C’est le cas d’Orion. Il reste 70 jours dans son tombeau sous terre puis réapparaît auréolé par les premiers rayons du soleil au solstice d’été dans toute sa splendeur. (Voir annexe 2 en bas de page).

Le meurtrier d’Orion n’est personne d’autre que son propre frère jumeau Cernunnos (la constellation d’Ophiuchus). Ce sont les cycles astronomiques, immuables depuis plus de 10 000 ans, qui régissent les relations entre ces deux frères. Cette « Religion des Étoiles » à un époque si lointaine que même les Égyptiens — pourtant une des civilisations les plus anciennes — n’en ont gardé que des bribes. Alors que le chaudron de Gundestrup transmet le message encore intact de cette très antique religion à travers son iconographie. Exploit unique dans toute l’histoire de l’humanité.

Pour en apprendre d’avantage, voir SAISON 3 ANNEXE 11 Cernunnos et la résurrection d’Orion

OEIL POUR OEIL

Un détail peut retenir l’attention, sur la représentation du dieu d’Euffigneix, on peut voir un œil qui est figuré sur le coté de la statuette.

Dieu dit d’Euffigneix, 1er siècle av J.‑C., fragment portant la représentation d’un sanglier, un torque autour du cou et un œil prophylactique bien visible. Découvert en 1922 dans une fosse, au milieu d’ossements. Source : musee-archeologienationale.fr

Les archéologues pensent que c’est un œil prophylactique. C’est à dire que le dieu est invoqué pour guérir ou prévenir toutes les maladies des yeux. Et si cet œil représentait autre chose ?

Il ne faut pas oublier qu les druides sont des astronomes et que le mythe précède le rituel.

LA LUNE ATTAQUÉE

Dans la mythologie égyptienne, non seulement Seth transformé en cochon sauvage tue Osiris, mais Seth toujours sous l’apparence d’un porcin blesse l’œil d’Horus. Or, cet œil n’est pas un organe quelconque, il a une forte charge symbolique. « L’œil d’Horus » est  le symbole de toute offrande. Il est également le symbole de la plénitude, de l’intégrité du dieu cosmique, et par là même du monde. Mais il symbolise également un astre. Dans la pensée égyptienne,  le soleil et la lune sont  comme les yeux d’un dieu céleste.

La lune a des phases croissantes et décroissantes, parfois elle est invisible (nouvelle Lune). Tous ces phénomènes peuvent être ramenés à des phases d’une lutte cosmique. L’obscurcissement momentané de la lune, les phases lunaires, voire les éclipses lunaires ou solaires, sont alors perçues comme autant d’attaques de l’astre par des ennemis cosmiques. Dans la religion égyptienne, ces méfaits sont perpétrés par le serpent géant Apophis ou par Seth, le frère d’Osiris. La Lune est pensée comme un être attaqué par une force hostile, et est peu à peu engloutie. Cependant la Lune reprend son aspect initial et le cycle recommence sans fin.

LA LUNE ET LE PORC

L’œil d’Horus, que le porc noir a blessé, symbolise donc la Lune. Seth, qui prend la forme d’un porc, est ainsi responsable d’un crime d’une importance cosmique. Pour les Égyptiens, la lune et ses différentes phases représentent un symbole céleste de la force qui anime tout l’univers. Le destin de cet astre, lié au passage du temps et parfois associé à plusieurs divinités simultanément, joue un rôle essentiel dans la pensée religieuse des Égyptiens. En attaquant l’œil-astre, assimilé à Osiris, le porc remet en question la marche du monde. C’est donc un crime d’une gravité majeure.

L’ŒIL ET LE SANGLIER

La figuration d’un œil et d’un sanglier agressif sur la même statuette résume peut-être un mythe cosmogonique des druides mettant en scène un suidé qui dévore l’astre nocturne. Le guérison de l’œil cosmique du dieu correspond au rétablissement de l’ordre du monde. D’abord le mythe cosmogonique qui met en scène la divinité ensuite les pratiques rituelles. Si le dieu guérit dans le récit mythologique, il peut dans un deuxième temps guérir en ce bas monde les souffrants atteints d’une maladie des yeux qui viennent implorer son aide.

Cet œil est donc bien prophylactique comme le pensent les archéologues, mais seulement après avoir fait un détour par la cosmogonie des druides expliquant la formation de certains objets célestes.

LA RELIGION DES ÉTOILES

En traversant les millénaires, en absorbant d’autres divinités et leurs fonctions, les deux dieux égyptiens sont devenus peu à peu méconnaissables. Contrairement aux données fournies par le chaudron de Gundestrup qui sont restées sans grands changements depuis 10 000 ans, la religion égyptienne a évoluée au cours du temps, mais l’essentiel est resté intact. Comme Orion et Cernunnos, Osiris et Seth sont des frères ennemis qui se battent pour être roi.  Comme l’Orion celtique, Osiris est un dieu qui meurt et qui ressuscite. Comme Cernunnos, Seth peut prendre une forme animale contrairement à Orion/Osiris qui garde son aspect humain. Comme Cernunnos, Seth prend l’aspect d’un suidé pour attaquer et tuer son frère.

Détail du trône de Sésostris Ier montrant les dieux Horus et Seth procéder à l'unification symbolique de l'Égypte. Musée égyptien du Caire, XIIe dynastie.

Détail du trône de Sésostris Ier montrant les dieux Horus et Seth procéder à l’unification symbolique de l’Égypte. Musée égyptien du Caire, XIIe dynastie. (Wikimedia Commons).

Il faut noter que malgré le meurtre de son frère, Seth n’est pas une figure « diabolique » et reste un dieu. Puisque Seth défend l’ordre cosmique en harponnant Apophis, le serpent géant qui symbolise le chaos. (Seth devenant même le précurseur de Saint Michel luttant contre le dragon).

Seth harponnant Apophis. Illustration du Livre des Morts. (Wikimedia Commons).

Seth harponnant Apophis. Illustration du Livre des Morts. (Wikimedia Commons).

Ce n’est que dans les religions monothéistes tardive que l’un des frères devient Dieu et l’autre le Diable.

©JPS2025

[ACCUEIL]

ANNEXE 1 :

Les dieux qui meurent et ressuscitent ne le font pas dans les mêmes circonstances.  Pour faire très court, Osiris, Tammouz, Attis, Adonis et Dionysos sont considérés comme des dieux de la végétation qui, comme elle, meurent en hiver pour reprendre vie au printemps. Dans le Christianisme, Jésus est un personnage historique qui meurt et ressuscite d’entre les morts pour sauver l’humanité. Dans le druidisme, la mort et la résurrection d’Orion sont d’abord un phénomène astronomique avec la disparition de la constellation d’Orion pendant env. 70 jours et qui resuscite dans un halo de lumière lors du solstice d’été. (Ce qui n’exclut pas qu’un individu réel ait pu endosser le rôle pour des besoins cultuels). Cependant tous ces personnages ont engendré avec leur mort et leur résurrection d’entre les morts une croyance en une doctrine du Salut et de l’Immortalité. Il faudrait consacrer une étude comparative à tous ces personnages pour analyser les ressemblances et les différences (qui sont nombreuses) qui les distinguent les uns des autres.

Voir également SAISON 3 ÉPISODE 12 Cernunnos et les Dioscures

ANNEXE 2 :

Le chaudron de Gundestrup contient plusieurs date importantes du calendrier druidique. Notamment lorsque l’étoile polaire se situait dans la constellation du Dragon autour de 2700 av. J.-C., c’est également autour de cette date que se situe la résurrection d’Orion avec le lever héliaque d’Orion au solstice d’été. Lors de cet événement la constellation d’Orion se lève nimbé par les premières lueurs du Soleil levant. Cet événement n’était pas inconnu des Égyptiens puisqu’ils écrivent dans leurs Texte des Pyramides :

Le roi passe la nuit [dans son tombeau]…et le tombeau est ouvert pour lui lorsque Rê [le Soleil] brille. Le roi s’élève… en présence de Rê en ce jour de Fête de l’année…   (Texte des Pyramides, ligne 1773).

Nul n’a mieux mis en image ce moment extraordinaire que le peintre Matthias Grünewald lorsqu’il a peint la résurrection de Jésus.

Le Christ en lévitation au-dessus de son tombeau, le visage nimbé de lumière. Détail du Retable d’Issenheim de Matthias Grünewald, le panneau de la Résurrection du Christ.  © Musée Unterlinden Colmar

SOURCES :

Le porc en Égypte ancienne – Chapitre III. Le mythe du porc noir – Presses universitaires de Liège

Oeuvre | Musée d’Archéologie nationale

 

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