CERNUNNOS (DIOSCURES)

LES DRUIDES SAISON 3 ÉPISODE 12

LES JUMEAUX DIVINS

Orion et Ophiuchus forment ce l’on appelle un couple de jumeaux divins qui sont rivaux pour accéder à la royauté à tour de rôle aux côtés de la déesse.

LA DÉESSE ET LES DIOSCURES

Sur cette plaque du chaudron de Gundestrup, la déesse tient le rôle central. Elle partage le privilège avec Cernunnos de porter le torque. Ce qui est le cas également d’un des deux petits personnages à ses côtés. Il s’agit donc d’une figuration de Ophiuchus/Cernunnos imberbe. Orion barbu est de l’autre côté et ne porte pas de torque à son cou.

CERNUNNOS (DIOSCURES). La Grande Déesse et les Dioscures celtes. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré.

La Grande Déesse et les Dioscures celtes. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet

LES JUMEAUX DIVINS

Dans le mythe qui défile à travers les images du chaudron de Gundestrup, Orion et Ophiuchus interprètent le rôle des Dioscures. Les Dioscures sont nommés Castor et Pollux chez les Romains et Kástôr et Poludeúkês chez les Grecs. Ces Dioscures sont les fils jumeaux de Léda nés de deux pères différents. La légende raconte que Zeus métamorphosé en cygne séduit Léda.

Léda et le Cygne dans le vestibule de la Bibliothèque de Sansovino (Venise). JP Dalbéra/flickr.com

De cette union, Léda pond un œuf contenant les demi-dieux Pollux et Hélène. Elle pond également un autre œuf conçu avec son mari Tyndare, le roi de Sparte, contenant Castor et Clytemnestre, tous deux mortels.

CERNUNNOS (DIOSCURES). Léda et le cygne copie par Giovanni Francesco Melzi d'après l'original perdu de Leonard de Vinci.

Léda et le cygne copie par Giovanni Francesco Melzi d’après l’original perdu de Leonard de Vinci. (Wikimedia Commons).

Les jumeaux, devenus plus âgés, enlèvent les filles de Leukippos[1], Hilaire et Phébé pour les épouser. La bataille qui suit cet enlèvement provoque la mort de Castor. Pollux, inconsolable, invoque Zeus, son père, et lui demande de lui accorder la mort, ou d’offrir l’immortalité à son frère. Zeus exauce ce désir de ne pas être séparés par la mort et permet à Pollux de passer avec son frère une moitié d’année dans les Enfers et l’autre sur le mont Olympe parmi les dieux. Les jumeaux sont par la suite métamorphosés par Zeus en étoiles et forment ensemble la constellation des Gémeaux. Les ressemblances entre les Dioscures et le couple Orion et Ophiuchus sont concordantes sur plusieurs points.

De plus, les druides connaissent bien ces jumeaux divins puisqu’un passage de Diodore de Sicile emprunté à Timée affirme que :

Les Celtes riverains de l’Océan ont une vénération particulière pour les Dioscures[2].

DEUX ROIS POUR UN SEUL TRÔNE

Dans la mythologie grecque, selon les versions, les Dioscures sont vivants et morts à tour de rôle. C’est la version qui a également été retenue par les druides puisque comme leurs modèles dans le ciel étoilé, Orion est le roi du ciel d’hiver et Ophiuchus/Cernunnos, le roi du ciel d’été. Lorsque l’un descend sous terre et meurt, l’autre est assis sur le trône bien vivant. Au changement de saison c’est l’inverse. Comme les Égyptiens de l’antiquité, les druides considèrent que les constellations vivent (lorsqu’elles sont visibles dans le ciel) et meurent (lorsqu’elles sont invisibles). Dans un éternel affrontement les deux frères se succèdent donc l’un à l’autre, dans une ronde infinie, sur le trône pour partager la royauté avec la Grande Déesse.

MORTEL OU IMMORTEL

Une autre version fait de Castor un mortel et de Pollux un demi-dieu, celui-ci, à sa mort, voit son père lui proposer l’immortalité, mais il refuse que son frère Castor demeure aux Enfers en raison de son état de mortel. Si l’on suit la mythologie grecque, Orion serait un demi-dieu immortel et Ophiuchus/Cernunnos un mortel. En tous cas, Héraklès qui est un avatar d’Orion est un demi-dieu. Il est le fils d’un dieu et siège ensuite parmi les immortels.

Pour connaître les liens entre Héraklès et Orion, voir SAISON 2 ÉPISODE 5 Ogmios

Le chaudron de Gundestrup est pourtant formel. En tant que héros, Orion est mortel puisqu’il meurt à la fin du récit qui est raconté en images sur le chaudron d’argent.

Voir à ce propos SAISON 3 ÉPISODE 11 Cernunnos sur le chaudron de Gundestrup

DES CAVALIERS

Les Dioscures sont également des cavaliers. Les Dioscures grecs sont souvent représentés à cheval.

CERNUNNOS (DIOSCURES). Plaque votive avec Dioscures et Artémis, trouvée à Demir Kapiya, Macédoine, IIe – IIIe siècle.

Plaque votive avec Dioscures et Artémis, trouvée à Demir Kapiya, Macédoine, IIe – IIIe siècle. (Wikimedia Commons).

Cependant un petit détail permet tout de même de les distinguer. Castor est le créateur de la race chevaline et Pollux est le créateur de la race canine. Ce qui signifie qu’Orion avec son fidèle chien peut être comparé à Pollux. Tandis que Cernunnos/Ophiuchus ressemble à Castor puisque sur d’autres plaques du chaudron d’argent, il est associé par deux fois au cheval. L’une fois en tant que cavalier, l’autre fois il est figuré en compagnie d’un cheval ailé.

Cernunnos et le cavalier (à droite). Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré.

Cernunnos et le cavalier (à droite). Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet

Cernunnos et le cheval ailé (à droite). Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré.

Cernunnos et le cheval ailé (à droite). Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet

Ce qui fait de son vis-à-vis, Orion reconnaissable grace à son fidèle chien qui est une figuration de la constellation du Grand Chien (Canis Major). Donc logiquement, il est également le personnage qui prend la pose digne d’un boxeur.

UN CHEVAL QUI VOLE DANS LES AIRS

Ce n’est pas tout, les chevaux des Dioscures ont une caractéristique extraordinaire puisqu’ils peuvent galoper dans les airs. Cependant ils n’ont pas d’ailes.

Relief votif avec apparition des Dioscures. Dans la partie supérieure, les Dioscures galopent au-dessus d'une Victoire en vol. Marbre, IIe siècle av. J.-C., Larissa (Thessalie). Musée du Louvre.

Relief votif avec apparition des Dioscures. Dans la partie supérieure, les Dioscures galopent au-dessus d’une Victoire en vol. Marbre, IIe siècle av. J.-C., Larissa (Thessalie). Musée du Louvre. (Wikimedia Commons).

Il semble que les druides ont doté le cheval de Cernunnos d’ailes comme Pégase. La présence d’un cheval ailé parmi les constellations a dû être déterminante dans leur choix de faire figurer un équidé capable de voler dans les airs à côté de Cernunnos.

Autre point commun avec l’iconographie du chaudron de Gundestrup, Castor et Pollux, les Dioscures, apparaissent dans l’Iliade qui nomme « Castor, le dompteur de chevaux, et Pollux, le pugiliste ». Ce qui est exactement le cas d’Orion qui prend la pose d’un pugiliste et Ophiuchus/Cernunnos celui du petit cavalier, dompteur de cheval.

DES DANSEURS

Les Dioscures étaient également considérés comme les inventeurs de la danse et des musiques guerrières. C’est pourquoi sur les plaques précédentes Ophiuchus/Cernunnos prend la pose d’un danseur. On peut noter que Thésée exécute une danse de la grue (geranos) après avoir tué le Minotaure dans le labyrinthe.

Thésée tuant le Minotaure, Athènes,-540 / -530 (3e quart VIe s. av. J.-C.).

Thésée tuant le Minotaure, Athènes,-540 / -530 (3e quart VIe s. av. J.-C.). © 2016 GrandPalaisRmn (musée du Louvre) / Tony Querrec.

Orion prend la même pose de danseur lorsqu’il sacrifie le Taureau céleste sur la plaque du fond du chaudron de Gundestrup.

En haut, Orion (Orion) et son chien (Canis Major), au milieu l’énorme Taureau céleste (Taurus), en bas, la constellation du Dragon (Draco) et la Petite Ourse (Ursa Minor) presque effacée. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré.

En haut, Orion (Orion) et son chien (Canis Major), au milieu l’énorme Taureau céleste (Taurus), en bas, la constellation du Dragon (Draco) et la Petite Ourse (Ursa Minor) presque effacée. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.

Il est également étrange de trouver dans l’iconographie gauloise, un taureau qui est en compagnie de trois grues. Ce bovidé est appelé Tarvos Trigaranus.

Tarvos Trigaranus « Taureau aux trois grues » sur le pilier des Nautes. Musée National du Moyen Age, Thermes de Cluny.

Tarvos Trigaranus « Taureau aux trois grues » sur le pilier des Nautes. Musée National du Moyen Age, Thermes de Cluny.

La présence de l’équation taureau-grue-danseur n’est sans doute pas un hasard. Et on peut avancer l’hypothèse que tous les danseurs représentés sur le chaudron de Gundestrup qui pour nous semblent danser un rock endiablé, exécutent en fait la danse de la grue.

Une danse rituelle, symbole de victoire sur les forces primaires représentée par le taureau céleste ou le Minotaure.

Voir également SAISON 3 ANNEXE 1 Tarvos Trigaranus

UN ÊTRE DIVIN ET UN HOMME SAUVAGE

Ce sont les Dioscures indiens, les Ashvins, dont le nom signifie « dresseur de chevaux » ou « cavalier », qui apportent une précision importante sur la classification des Dioscures. L’un est le fils d’un dieu tandis que l’autre est le fils d’un homme et porte parfois le nom d’un animal[3]. Ainsi le premier est appelé Sahadeva ce qui signifie « semblable aux dieux » et le second porte le nom de Nakula qui signifie « mangouste ». Ce couple existe aussi dans le druidisme avec Orion qui est représenté sous forme humaine semblable aux dieux et Cernunnos qui est le Maitre des animaux et qui porte des bois de cerf. Le divin et l’animal. En Mésopotamie, le héros Gilgamesh est un dieu aux trois-quarts tandis que son compagnon d’aventures Enkidou est au départ un homme sauvage vivant parmi les gazelles. Ce couple dioscurique existe également dans le Christianisme avec Jésus « le fils de Dieu » et Jean le Baptiste qui vit dans le désert :

Jean avait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins. Il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. (Matthieu 3.4).

Encore une fois l’être divin et l’homme sauvage. Il n’y a aucune influence des uns sur les autres, simplement un recours à un répertoire d’images ou de concepts, commun à toutes les civilisations dans lesquels on peut puiser pour exprimer une idée ou forger un mythe.

Autre parallèle. Selon la tradition Jésus est né le 24 décembre et Jean le 24 Juin. Orion est le roi du ciel d’hiver et Ophiuchus, le roi du ciel d’été. La Religion des Étoiles traverse le temps et les civilisations.

Parfois, Jésus est remplacé par saint Jean l’Évangéliste. Les deux saints chrétiens reproduisent la structure précédente. L’Évangéliste est fêté au solstice d’hiver tandis que le Baptiste est fêté au solstice d’été.

UN DIEU QUI MEURT

Les similitudes entre Jésus et Orion sont d’ailleurs nombreuses. Dont les moindres ne sont pas qu’ils meurent et ressuscitent tous les deux.

Autre ressemblance, les mères éplorées qui tiennent leurs fils dans une pose similaire. Hasard ou encore une fois le recours à un répertoire d’images en commun ?

Sur le chaudron de Gundestrup la scène est tellement abstraite et figurative, entourée de symboles, que le corps d’Orion qui est bien couché dans le bras de la déesse disparaît presque de la composition. Au point de n’être qu’un détail. Pourtant il est bien là. Et reconnaissable grâce à la présence de son chien, encore et toujours une figuration de la constellation du Grand Chien (Canis Major).

Parmi les nombreux éléments qui entourent la déesse, il faut retenir le corps d’Orion qui est couché dans ses bras (en bas à droite). Orion est la plupart du temps accompagné par son fidèle chien, couché lui aussi sur le dos. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.

Parmi les nombreux éléments qui entourent la déesse, il faut retenir le corps d’Orion qui est couché dans ses bras (en bas à droite). Orion est la plupart du temps accompagné par son fidèle chien, couché lui aussi sur le dos. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.

Avec Michel-Ange, la scène est représentée de façon plus naturaliste et expressive. La mère et le fils sont les personnages centraux, il n’y a pas de décor autour. Les intentions ne sont pas les mêmes.  L’artiste italien a voulu tout simplement représenter la tristesse et la douleur d’une mère qui pleure son fils mort, tandis que les druides ont représenté un phénomènes céleste caché dans un vaste ensemble de figures symboliques.

La Pietà est une statue en marbre de Michel-Ange de la basilique Saint-Pierre du Vatican à Rome, représentant le thème biblique de la « Vierge Marie douloureuse » (Mater dolorosa en latin ou Pietà), tenant sur ses genoux le corps du Christ descendu de la Croix avant sa Mise au tombeau, sa Résurrection et son Ascension. Elle a été sculptée entre 1498 et 1499.

La Pietà est une statue en marbre de Michel-Ange de la basilique Saint-Pierre du Vatican à Rome, représentant le thème biblique de la « Vierge Marie douloureuse » (Mater dolorosa en latin ou Pietà), tenant sur ses genoux le corps du Christ descendu de la Croix avant sa Mise au tombeau, sa Résurrection et son Ascension. Elle a été sculptée entre 1498 et 1499.

Les sceptiques pourront toujours dire que c’est simplement une mère qui pleure son fils mort. Sauf que… les deux fils en question, Orion et Jésus, ressuscitent, l’un et l’autre, ce qui est quand même moins fréquent. Même si les mises à mort ne se ressemblent pas et que la durée entre la mort et la résurrection est différente elle aussi  : 70 jours dans le cas d’Orion et 3 jours dans le cas de Jésus. Certains auteurs se sont d’ailleurs étonnés de la facilité des files irlandais, adeptes du druidisme, à se fondre dans le Christianisme. La résurrection, commune à leurs dieux respectifs, y est sans doute pour quelque chose…

©JPS2024

[ACCUEIL]

LEXIQUE :

File, pluriel filid, « poète » : nom irlandais du druide spécialisé dans toutes les pratiques magiques, divinatoires, et dans tous les domaines de l’activité intellectuelle. Le file est étymologiquement, un « voyant » et il a accès à l’écriture, au contraire du barde.

Françoise Le Roux, Christian-J. Guyonvarc’h, Les Druides, Éditions Ouest-France, Rennes, 1986, p.390.

BIBLIOGRAPHIE :

Bernard Sergent, Genèse de l’Inde, Éditions Payot & Rivages, Paris, 1997.

NOTES :

[1] Les Dioscures grecs sont souvent représentés à cheval et ils ont épousé les filles de Leukippos « cheval blanc ».

[2] Diodore de Sicile, IV, 56, 4, au Ier siècle av. J.-C.

[3] Dans les mythes amérindiens équivalents, le père du premier est céleste, le père du second est animal. Bernard Sergent, Genèse de l’Inde, Éditions Payot & Rivages, Paris, 1997, p. 256 et suivantes.

Dioscures — Wikipédia

CERNUNNOS (DIOSCURES) CERNUNNOS (DIOSCURES) CERNUNNOS (DIOSCURES) CERNUNNOS (DIOSCURES)CERNUNNOS (DIOSCURES) CERNUNNOS (DIOSCURES) CERNUNNOS (DIOSCURES) CERNUNNOS (DIOSCURES) CERNUNNOS (DIOSCURES) CERNUNNOS (DIOSCURES)