ROBERT E. HOWARD

La vie de ce romancier américain, créateur du personnage culte Conan le Cimmérien, est entourée de mystères…

BIOGRAPHIE

Robert E. Howard est un nouvelliste et romancier américain né le 22 janvier 1906 à Peaster (Texas) et mort le 11 juin 1936 à Cross Plains (Texas). Il est considéré, avec J. R. R. Tolkien (Le Seigneur des anneaux) et H. P. Lovecraft (le mythe de Cthulhu) comme l’un des pères de la littérature de fantasy moderne. Il est surtout l’inventeur de l’heroic fantasy, avec les aventures de son héros Conan le Cimmérien.

Les Cimmériens. Robert E. Howard en 1934.

Non ce n’est pas Al Capone, mais Robert E. Howard en 1934. (Wikimedia Commons)

Mais Howard est également le créateur de nombreux autres personnages, tel Solomon Kane (vengueur puritain anglais).

Solomon Kane par Thomas Yeates ( © Adam Richards).

Kull (roi atlante). Bran Mak Morn (roi picte), Cormac Mac Art (pirate gaël) etc.

CONAN LE CIMMÉRIEN

La première nouvelle de Conan le Cimmérien « Le Phénix sur l’épée » a été écrite par Robert E. Howard en 1932, dont les histoires ont été initialement publiées au cours des années 1930 dans le magazine Weird Tales. Ce n’est qu’à la neuvième nouvelle publiée par Weird Tales en mai 1934 qu’on peut apercevoir pour la première fois le cimmérien sur la couverture.

Les Cimmériens. La couverture du numéro de mai 1934 de Weird Tales mettant en vedette Queen of the Black Coast

La couverture du numéro de mai 1934 de Weird Tales mettant en vedette Queen of the Black Coast, l’une des histoires originales de Robert E. Howard sur Conan le Barbare. Peinture de Margaret Brundage.

Plusieurs de ces récits sont devenus des classiques du genre, parmi lesquels la Tour de l’Éléphant, la Reine de la Côte Noire, les Clous Rouges ou bien encore Au-delà de la Rivière Noire. En 1933, à la demande d’un éditeur anglais, Robert E. Howard se lance dans l’écriture du seul roman consacré à Conan, L’Heure du dragon. Mais l’éditeur fait faillite. Le texte est ensuite publié en plusieurs épisodes dans Weird Tales. Robert E. Howard se suicide le 11 juin 1936 à l’âge de trente ans.

LES LÉGENDES ENTOURANT L’AUTEUR

Beaucoup de légendes se sont forgées autour de Robert E. Howard, comme celle qui avance que l’auteur était persuadé qu’il écrivait les mémoires de Conan qui lui était en quelque sorte dictées par un personnage ayant réellement existé. La réalité est plus prosaïque, Howard écrivait plusieurs jets de ses histoires avec des ratures et des modifications. Un autre légende avance que Howard s’est suicidé parce qu’il ne supportait pas l’idée de vivre sans sa mère. En fait, d’après sa correspondance,  des idées de suicide hantait Howard depuis de nombreuses années et la mort de sa mère n’est pas l’élément déclencheur du suicide, mais plutôt l’occasion qu’il attendait depuis un certain temps. Une autre légende circulait à propos d’une enfance malheureuse et d’une santé fragile, ainsi Howard était chétif, malade et battu par ses camarades de classe. Ce qui est faux, l’auteur a eu une scolarité normale et il était un sportif accompli. Une autre légende dit que Howard vivait en reclus, or Howard a beaucoup voyagé à l’intérieur des États-Unis, mais il ne faut pas oublier qu’il était écrivain, métier sédentaire par excellence. Howard avait également quelques amis fidèles. Un autre légende dit qu’il est mort vierge, il est vrai que Howard n’a eu qu’une seule relation amoureuse sérieuse avec une dénommée Novalyn Price de 1934 à 1935. Une autre légende veut que Howard a eu des sympathies pour les idées fasciste, ce qui est faux, mais il est vrai qu’il était baigné dans une société raciste du sud des États-Unis qu’il n’a jamais remise en question, contrairement à Lovecraft qui vivait sur la côte est des USA aux idées plus progressistes. La dernière légende à propos de l’auteur concerne la lettre d’adieu qu’il est censé avoir écrit avant son suicide. C’est le propre père de Howard qui a lancé cette légende pour cacher l’existence d’un testament qui ne le mentionnait pas. La plupart de ces légendes ont été lancées par des continuateurs peu scrupuleux qui ont durant un temps en partie réécrit ses textes et réarrangés sa biographie.

INFLUENCES

C’est lors d’un séjour à la Nouvelle-Orléans avec ses parents à l’âge de douze ans que Robert E Howard découvre sa passion pour l’histoire en lisant un livre dans une bibliothèque de Canal Street. C’est sans doute dans l’ouvrage de G.F. Scott Elliot The Romance of Early British Life :From the Erliest Times to the Coming of the Danes (1909) que Howard découvre l’existence des Pictes et le nom de Bran. C’est cependant un ami Harold Preece, celtophile convaincu qui a éveillé chez Howard l’intérêt pour la civilisation celtique, notamment gaélique. C’est à partir de ce moment qu’il invente bon nombre de héros d’inspiration celtique, le roi picte Bran Mak Morn, le pirate gaël Cormac Mac Art ou le guerrier irlandais Turlogh Dubh O’Brien etc. en reprenant parfois les erreurs des écrivains de l’époque, tel que Thomas Bulfinch et son ouvrage The outline of Mythologie paru en 1913. Ainsi la confusion entre Celtes/Gaëls, Cimbres et Cimmériens fera de Conan, son héros le plus connu, un Cimmérien. Conan[1] est d’ailleurs un nom celtique et son dieu, Crom, est un dieu irlandais appelé Crom Cruach, adoré sous forme d’idole dorée entouré de douze pierres, réputé pour ses sacrifices humains, c’est Saint Patrick qui, d’après la légende, mis fin au Culte de Crom Cruach[2]. La lecture des nouvelles de Robert E. Howard montre qu’il possédait de bonnes connaissances sur le monde celtique grâce à ses lectures ou ses contacts. Savoir qu’il utilisait pour décrire son monde d’heroic fantasy sans pour autant en être l’esclave et permettent ainsi de laisser libre cours à son imagination. Cependant le plus étrange des héros de Howard n’est pas Conan le Cimmérien, mais un autre personnage moins connu : Bran Mak Morn, roi des Pictes d’Écosse. Dans une de ces aventures, Robert E. Howard retranscrit très exactement un mythe fondateur des druides inscrit dans le ciel étoilé. Le héros principal de cette histoire est l’un des dieux représentés sur le chaudron de Gundestrup. Dans ce cas précis, on peut vraiment se demander où l’auteur a trouvé les indications aussi précises pour la construction de son étrange récit. C’est cela le vrai mystère Howard. Voir à ce propos SAISON 2 ÉPISODE 21 La Quête du Graal

ADAPTATION D’HOWARD EN COMICS

À l’aube des années 1970, le Marvel Comics Group souhaite s’élargir à d’autres horizons que ceux des super-héros. Conan fera fait l’objet de plusieurs adaptations en bande dessinée chez Marvel Comics puis chez Dark Horse Comics. Les plus grands dessinateurs et illustrateurs s’approprieront le personnage du barbare cimmérien. C’est cependant un jeune inconnu qui commence la série : Barry Smith. Le dessinateur reste trois ans sur Conan. En 1973 la Marvel Comics confie le personnage de Conan à John Buscema dont le trait puissant convient à merveille pour illustrer les aventures mouvementées du Cimmérien.

Les Cimmériens. Conan le Barbare. crédit : John Buscema (Marvel).

Conan le Barbare. crédit : John Buscema (Marvel).

On peut également signaler la couverture mythique de Frank Frazetta pour la réédition des histoires de Conan par Lanzer Books en 1966.

Les Cimmériens. The Barbarian de Frank Frazetta utilisée pour l'affiche du film de John Milius, Conan le barbare.

The Barbarian de Frank Frazetta utilisée pour l’affiche du film de John Milius, Conan le barbare.

ADAPTATION D’HOWARD AU CINÉMA

En 1982 sort le film Conan The Barbarian de John Milius avec dans le rôle principal Arnold Schwarzenegger. James Earl Jones (Thulsa Doom), Sandahl Bergman (Valeria), Gerry Lopez (Subotaï), Makoto « Mako » Iwamatsu (Akiro), Max von Sydow (le roi Osric), Ben Davidson (Rexor), Sven-Ole Thorsen (Thorgrim) complètent la distribution.

Les Cimmériens. Conan The Barbarian de John Milius (1982). © 20th Century Fox, 1982.

Conan The Barbarian de John Milius (1982). © 20th Century Fox, 1982.

L’histoire raconte le parcours d’un garçon dont les parents sont assassinés sous ses yeux. Réduit en esclavage, il va passer quinze ans de sa vie à pousser une gigantesque meule à moudre le grain avec ses compagnons d’infortune. Seul survivant, il devient un féroce gladiateurs dans les arènes en terrassant ses adversaires dans des combats sanglants. Libéré Conan devient mercenaire puis un voleur décidé à se venger des assassins de ses parents avec l’aide de ses amis, la belle Valeria et de l’archer Subotaï. Son adversaire est un puissant magicien, chef d’une secte de fanatiques pratiquant le cannibalisme.

Les Cimmériens. Affiche conçue par Renato Casano du film Conan the Barbarian, de John Milius.

Affiche conçue par Renato Casano du film Conan the Barbarian, de John Milius. © 20th Century Fox, 1982.

Même si le scénario est une création originale, John Milius réussit avec brio à rendre l’atmosphère épique et violente, à la fois réaliste et fantastique des récits de Robert E. Howard.

Il faut également mentionner la musique mémorable de Basil Poledouris en état de grâce qui compose une incroyable symphonie guerrière pour le film.

LA TOUR DU SERPENT

Le film contient une scène fameuse qui n’est pas sans rappeler un conte gallois. Conan et ses compagnons escaladent la Tour de Set qui abrite dans sa fosse sacrificielle un serpent géant gardien d’un grand rubis nommé l’Œil du Serpent. Les trois voleurs veulent dérober le talisman sacré. Hélas, le monstre se réveille.

Les Cimmériens. Le temple du serpent. © 20th Century Fox, 1982

Le temple du serpent. © 20th Century Fox, 1982

Conan tue le serpent à l’aide de Subotaï et récupère la pierre précieuse.

Les Cimmériens. Conan affronte le serpent géant. © 20th Century Fox, 1982.

Conan affronte le serpent géant. © 20th Century Fox, 1982.

Dans le conte gallois, Peredur ab Evrawc (Peredur, fils d’Evrawc)[3], le héros au cours d’une de ses aventures doit affronter un serpent. Il se renseigne sur le gardien d’une pierre précieuse. Un chevalier noir lui dit ceci :

Seigneur, voici : c’est en me battant avec le serpent noir du Carn[4]. Il y a un monticule qu’on appelle Cruc Galarus (le Tertre douloureux), et sur ce monticule il y a un carn, dans le carn un serpent, et dans la queue du serpent une pierre. La pierre a cette vertu que quiconque la tient dans une main peut avoir, dans l’autre, tout ce qu’il peut désirer d’or. C’est en me battant avec le serpent que j’ai perdu mon œil[5].

Le héros gallois tue le serpent et récupère la pierre précieuse et la donne à son vassal Etlym à l’Épée rouge. Cette pierre ressemble à la pierre philosophale des alchimistes qui transforme le plomb en or et qui permet de fabriquer l’élixir de longue vie. La mention d’un chevalier noir et d’un chevalier rouge n’est pas fortuite. Pour réaliser le Grand Œuvre[6], l’alchimiste doit passer par les étapes Nigredo, Albedo, Rubedo (œuvre au noir, au blanc et au rouge). Peredur étant dans ce cas le chevalier blanc.

Conan l’Usurpateur, Robert E. Howard et L. Sprague de Camp, Lancer Books, 1967, illustration de la couverture Franck Frazetta.

Conan l’Usurpateur, Robert E. Howard et L. Sprague de Camp, Lancer Books, 1967, illustration de la couverture Franck Frazetta.

UN RÉCIT ÉNIGMATIQUE

Robert E. Howard a écrit en 1931 une nouvelle terrifiante intitulée Les Vers de la Terre qui met en scène un héros dénommé… Bran Mak Morn, le roi des Pictes. Voici un résumé de l’histoire.

À Eburacum (York), le cruel gouverneur Titus Sulla règne d’une poigne de fer. Bran, seul contre l’adversité, déguisé en émissaire parthe, assiste impuissant à la crucifixion d’un homme de son peuple. Il parvient à s’échapper de la forteresse romaine en jurant de se venger. Il conclut un pacte avec une sorcière maléfique (une nuit d’amour avec elle) pour atteindre le monde souterrain peuplé de créature mi-humaines mi-serpents, nommé les Vers de la Terre[20]. Elle lui indique le chemin pour atteindre les portes de l’Enfer qui se trouvent dans un tumulus appelé le tertre de Dagon[21].

LA DESCENTE AUX ENFERS

Le tertre abrite, sous une grosse pierre, un puit qui descend dans les entrailles de la terre. Dans une caverne, il voit trouve enfin une Pierre Noire, talisman sacré des créatures reptiliennes. La pierre, noire comme la nuit, posée sur un autel constitué de crânes humains, irradie d’une étrange lueur. Cette pierre servira de monnaie d’échange puisque Bran veut obtenir l’aide des hommes-serpents qui peuplent le sous-sol pour se venger des Romains qui oppriment son peuple. Il s’empare de l’objet et s’élance vers la surface, poursuivi par des ombres cauchemardesques. Il parvient enfin à la frontière séparant les deux mondes.  Il jette ensuite la Pierre Noire dans le lac de Dagon. Avec l’aide de la sorcière, Bran descend dans une autre caverne pour négocier avec les créatures reptiliennes. La pierre en échange de leur collaboration. Bientôt il est cerné par ces ombres serpentines aux dents de vipères.

Les créatures de l'ombre qui menacent Bran. Source: Robert E. Howard, Bran Mak Morn, Éditions Bragelonne, 2009, p.149.

Les créatures de l’ombre qui menacent Bran. Source: Robert E. Howard, Bran Mak Morn, Éditions Bragelonne, 2009, p.149.

Les créatures sont prêtes à tout pour racheter leur pierre sacrée. Elles acceptent les conditions de Bran. La Pierre Noire en échange du gouverneur Titus Sulla qui occupe la Tour de Trajan bien gardée par ses troupes d’élite. Il récupère la pierre en plongeant dans le lac qui abrite, Écosse oblige, un monstre aquatique. Pendant ce temps, les Vers de la Terre ont attaqué la Tour de Trajan par les fondations en creusant des galeries. La tour s’écroule avec fracas et le gouverneur est enlevé dans les profondeurs de la terre par ces êtres malfaisants.

LE CERCLE DE PIERRE

Bran se rend au Cercle de Dagon, un anneau sinistre de grandes pierres avec un grossier autel de pierre en son centre, pour effectuer l’échange. Bran jette la Pierre Noire sur l’autel et les créatures serpentiformes lui offrent en contrepartie un gouverneur halluciné, rendu fou par l’apparence des monstres reptiliens qui l’on entraîné par les plus profonds puits de l’Enfer. Bran décapite finalement Titus Sulla non plus par vengeance, mais par pitié, l’arrogant gouverneur n’étant plus qu’une ombre.

On peut se demander où Howard a puisé l’inspiration pour écrire un récit pareil. Un chef-d’œuvre d’horreur macabre d’une noirceur absolue.

Avec cette nouvelle de Bran Mak Morn, Robert E. Howard retranscrit très exactement un mythe fondateur des druides inscrit dans le ciel étoilé. La trame du récit originel est bien présente : Bran (le corbeau) dérobe un précieux talisman (la Pierre Noire) à des serpents. Voir à ce propos SAISON 2 ÉPISODE 21 La Quête du Graal

Illustration le la nouvelle. Source: Robert E. Howard, Bran Mak Morn, Éditions Bragelonne, 2009, p.163.

Illustration le la nouvelle. Source: Robert E. Howard, Bran Mak Morn, Éditions Bragelonne, 2009, p.163.

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BIBLIOGRAPHIE :

Patrice Louinet, Le Guide Howward, Éditions ActuSF, 2018.

Pour en savoir plus : Robert E. Howard — Wikipédia (wikipedia.org)

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