LE DÉDOUBLEMENT DES DIEUX

LES DRUIDES SAISON 2 ANNEXE 28

Pour bien comprendre l’iconographie du chaudron de Gundestrup, il faut prendre en compte une notion fondamentale de la pensée druidique : le dédoublement des dieux. C’est-à-dire que les dieux ne sont plus des entités immortelles, mais qu’ils deviennent les héros — mortels — d’une histoire.

DES DIEUX ET DES HÉROS

Comme toujours avec les druides une image présente plusieurs niveaux de lecture. Car les dieux sont présents à plus d’un titre sur le chaudron d’argent. Tout d’abord sur un plan supérieur en tant que divinités. Ensuite sur un plan inférieur en tant que héros d’un mythe qui se trouve être le mythe fondamental du druidisme : l’alternance de deux frères jumeaux qui règnent à tour de rôle sur une partie de l’année. Celle-ci se partageant en une période claire (printemps, été) et une période sombre (automne, hiver). Ces deux frères sont chez les Celtes Orion et Cernunnos. Cernunnos est clairement défini en tant que Maître des animaux, il est en compagnie de ses animaux fétiches serpent, taureau, cerf, loup, parfois le cheval ou encore d’autres animaux. Il est le maître des métamorphoses et peut se transformer à volonté en un des animaux précités. Orion est moins bien défini parce qu’il peut prendre diverses identités. Sucellos, Brennos ou encore Lug, un de ses noms les plus connus. Il est souvent accompagné par son fidèle chien et il s’illustre souvent en tant qu’adversaire des animaux fétiches de Cernunnos. Il affronte ainsi des serpent (ou dragons), un taureau des cerfs ou un loup qui est souvent représenté en gardien des Enfers.

LE CHAUDRON DE GUNDESTRUP

Pour bien expliquer cette notion de dédoublement il faut prendre quelques exemples issus de l’iconographie du chaudron d’argent. Il y a 7 plaques qui forment la partie intérieure du chaudron de Gundestrup. Celles-ci peuvent être divisée en deux groupes. Trois plaques ont pour motif central une déesse et quatre ont une divinité masculine comme élément central. Tous ces dieux sont entourés par les Dioscures, Orion du côté gauche, Cernunnos du côté droit. La déesse étant triple, c’est toujours la même divinité à des âges différents (mère, femme, fille des dieux) qui est représentée. Elle aussi peut porter des noms différents, ce qui peut provoquer des erreurs de nomenclature. Mais c’est toujours en définitive la déesse mère des Celtes.

LE DÉDOUBLEMENT DES DIEUX. Déesse mère avec les deux Dioscures, à gauche Orion, à droite Cernunnos. Chaudron de Gundestrup.

Déesse mère avec les deux Dioscures, à gauche Orion, à droite Cernunnos. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.

À gauche, Orion est représenté barbu, à droite Cernunnos est imberbe et porte un torque qui le rend reconnaissable entre tous.

LES QUATRE PLAQUES AVEC DES DIEUX

C’est sur les plaques avec des dieux qu’intervient la notion de dédoublement. Les quatre plaques présentent au centre des divinités masculines. Deux plaques qui représentent Cernunnos qui est encore et toujours reconnaissable grâce à son torque.

LE DÉDOUBLEMENT DES DIEUX. Cernunnos avec son torque entouré par les Dioscures. Chaudron de Gundestrup.

Cernunnos avec son torque entouré par les Dioscures. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.

La deuxième plaque représente toujours Cernunnos avec son torque maîtrisant deux dragons.

LE DÉDOUBLEMENT DES DIEUX. Cernunnos avec son torque en tant que maître des dragons. Chaudron de Gundestrup.

Cernunnos avec son torque en tant que maître des dragons. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.

Les deux autres plaques sont consacrées à Orion en tant que divinité principale. Orion ne porte pas de torque autour du cou.

LE DÉDOUBLEMENT DES DIEUX. Orion entouré par les Dioscures. Chaudron de Gundestrup.

Orion entouré par les Dioscures. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.

La deuxième plaque représente Orion en tant que Grand Chasseur ayant capturé deux cerfs.

Orion, le Grand chasseur, qui a capturé deux cerfs. Chaudron de Gundestrup.

Orion, le Grand chasseur, qui a capturé deux cerfs. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.

C’est ici qu’intervient le dédoublement des dieux. Car sur ces mêmes plaques, les mêmes personnages interviennent une deuxième fois.

LES QUATRE PLAQUES AVEC DES HÉROS

Dans la Religion des Étoiles des druides, Orion et Cernunnos forment un couple de jumeaux qui se battent pour la royauté qui est incarnée et qui est données par la déesse mère. À tour de rôle un des jumeaux devient le roi d’une partie de l’année. Ce qui signifie que Cernunnos et Orion apparaissent deux fois sur les plaques du chaudron de Gundestrup. La première fois en tant que divinité immortelle qui correspond au personnage principal de grande taille. Une deuxième fois en tant que protagonistes d’un mythe, ce sont les petits personnages secondaires qui entourent le dieu central. Dans ce cas ce ne sont plus des divinités immortelles, mais des héros mortels qui vivent des aventures et qui peuvent mourir et renaître selon un cycle saisonnier.

TRAVAUX PRATIQUES

Pour bien comprendre cette notion de dédoublement, il faut reprendre les mêmes images en se concentrant cette fois-ci sur les personnages secondaires qui entourent le dieu principal.

La première image représente Cernunnos en tant que dieu principal, avec son torque. Entouré par Orion à gauche qui est figuré en tant que pugiliste. Et c’est ici que cela devient intéressant, le second personnage, à droite, est une figuration de lui-même.

Cernunnos avec son torque entouré par les Dioscures. Chaudron de Gundestrup.

Cernunnos avec son torque entouré par les Dioscures. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.

Ainsi, il faut lire cette plaque de gauche à droite de la façon suivante.

  • Orion en tant que héros qui se prépare au combat.

  • Cernunnos en tant que divinité.

  • Cernunnos, une deuxième fois, mais cette fois-ci en tant que héros d’un mythe. Puisque Cernunnos effectue une danse rituelle qui ponctue une action. À l’instar de la danse de la grue exécuté par le héros grec Thésée lorsqu’il a vaincu le Minotaure. Cernunnos est représenté comme l’un des Dioscures, c’est pourquoi il y a un petit cavalier à ses pieds. Les Dioscures sont des dieux cavaliers. Ils sont souvent représentés avec des chevaux. Cependant une légère différentiation existe puisqu’en Grèce, Castor est le créateur de la race chevaline et Pollux est le créateur de la race canine. C’est-à-dire que dans la religion des druides Orion (l’équivalent de Pollux) est souvent représenté en compagnie d’un chien et Cernunnos qui est représenté avec plusieurs animaux : serpent, cerf, loup, taureau et ici en l’occurrence d’un cheval et de son cavalier.

C’est précisément le cas de la plaque suivante sur laquelle est représenté le dieu Cernunnos avec deux dragons. Le dragon n’étant qu’un serpent monstrueux.

Cernunnos avec son torque en tant que maître des dragons. Chaudron de Gundestrup.

Cernunnos avec son torque en tant que maître des dragons. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.

Petit détail intéressant, l’élément cheval n’est pas tout à fait absent de cette composition puisque les dragons représentés sur cette plaque ont une tête de cheval. En héraldique, on pourrait avancer le terme de cheval dragonné.

LES PLAQUES AVEC ORION

Après Cernunnos, Orion est lui aussi représenté deux fois comme divinité principale. La première plaque montre Orion entouré par les Dioscures revêtant l’apparence de deux porchers qui dans la tradition irlandaise se nomment Friuch et Rucht. Ces deux personnages, d’abord amis, puis ennemis, se combattent l’un l’autre sous la forme de différents animaux.

Orion entouré par les Dioscures. Chaudron de Gundestrup.

Orion entouré par les Dioscures. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.

La plaque se lit de la façon suivante (de gauche à droite)

  • Orion tenant un porcelet dans sa main. Il est reconnaissable grâce à la présence de son fidèle chien.

  • Orion en tant que divinité centrale.

  • Cernunnos, tenant lui aussi un petit porc dans sa main, comme précédemment il est encore une fois accompagné par un cheval, ailé cette fois-ci. L’univers spirituel des druides est fort complexe et demanderait sur chaque sujet d’innombrables digressions qu’il est impossible de concentrer dans un seul article sans que la lecture devienne fastidieuse. D’ailleurs les plaques seront décryptées de façon complète lors de la SAISON 7.

La deuxième plaque montre Orion, le Grand Chasseur qui a capturé deux cerfs, mais pas n’importe lesquels.

Orion, le Grand chasseur, qui a capturé deux cerfs. Chaudron de Gundestrup.

Orion, le Grand chasseur, qui a capturé deux cerfs. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré, © Copenhague, Nationalmuseet.

C’est ici que la pensée se complique encore d’un cran puisque les Dioscures lors de leurs aventures peuvent se transformer en animaux. C’est pourquoi les dragons et les cerfs des plaques du chaudron de Gundestrup sont encore une fois les représentations des Dioscures entourant la divinité principale. Voir à ce propos SAISON 2 ANNEXE 20 Dioscures et animaux

CONCLUSION

Les plaques intérieures du chaudron de Gundestrup montrent une divinité principale (masculine ou féminine) entourée par deux personnages. Ces derniers sont les Dioscures qui peuvent prendre différentes apparences. La plus classique est en être humain exécutant une action nécessaire au déroulement du mythe, mais également sous la forme de deux dragons ou de deux cerfs. Toutes ces images ne sont en fait que les figurations de plusieurs étapes importantes d’une histoire. Un mythe saisonnier qui voit s’affronter les Dioscures pour revêtir à tour de rôle le titre de roi d’une saison.

©JPS2024

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Chaudron de Gundestrup — Wikipédia (wikipedia.org)