CERNUNNOS (VAL CAMONICA)
LES DRUIDES SAISON 3 ANNEXE 19
CERNUNNOS ET LA GRAVURE DU VAL CAMONICA
Une des plus anciennes représentations de Cernunnos a été retrouvé au Val Camonica dans les Alpes italiennes.
LE DIEU CORNU
C’est sur la roche 70 de Naquane (Val Camonica) qu’est figuré sous la forme d’une gravure rupestre un dieu cornu qu’il est difficile de ne pas assimiler à Cernunnos. Les spécialistes s’accordent à dater cette gravure du VIe ou au début du Ve siècle av. J.-C. Époque où le peuple local des Camunni de l’Âge du fer gravent des milliers d’images rituelles sur le flanc de la montagne.

Cernunnos du Val Camonica. (Alberto Marretta, 2019). Parco Nazionale delle Incisioni Rupestri di Naquane.
À la différence des monuments plus tardif qui le montrent assis en tailleur, Cernunnos est montré debout. La divinité du personnage est soulignée par sa grande taille par rapport à celle de l’homme debout qui lève les bras pour adorer le dieu cornu[1]. Ce dernier est vêtu d’une longue robe qui descend jusqu’à ses pieds et il porte un torque à son bras droit. Autre détail marquant la tête du dieu est couronnée de bois de cerf. Près de cette divinité hors-norme est représenté une sorte de zig-zag.
CERNUNNOS
Plusieurs indices plaident en faveur d’une identification avec Cernunnos, le dieu gaulois. Les bois de cerf sur la tête, le torque au bras et surtout le zig-zag qui s’avère être un serpent cornu.

Cernunnos du Val Camonica. Parco Nazionale delle Incisioni Rupestri di Naquane.
Un examen plus attentif permet de dire que ce serpent est doté de cornes de taureau et qu’il semble lui-même porter un torque.
La plupart de ces éléments se retrouve sur la plus célèbre représentation du dieu Cernunnos, celle du chaudron de Gundestrup.

Cernunnos le Maître des animaux. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).
LE CHAUDRON DE GUNDESTRUP
Seules différences notables, le dieu n’est pas debout, mais assis en tailleur, il ne porte pas une robe, mais un justaucorps et il est entouré par des animaux. Sur le chaudron de Gundestrup, le dieu cornu incarne avec certitude la fonction de Maître des animaux. Ce qui le rapproche d’une figuration du dieu hindou Shiva Pashupati sur un sceau de la vallée de l’Indus daté d’environ 2200 av. J.-C.

Le sceau de Pashupati, montrant une figure assise entourée d’animaux. (Wikimedia Commons).
Pashupati signifie « Seigneur des animaux » et est l’une des nombreuses épithètes de Shiva. La ressemblance entre les deux images montre en tous cas que la position du dieu assis en tailleur est très ancienne.
UN DIEU CELTIQUE
Mais revenons au dieu cornu du Val Camonica. Lui-aussi a des éléments en commun avec le Cernunnos du chaudron de Gundestrup. Outre les bois de cerf que le dieu porte sur sa tête, les deux arborent également un collier celtique que l’on appelle un torque. L’un des dieux le tien dans la main, l’autre le porte au bras. Et surtout les deux sont figurés en compagnie d’un serpent cornu. La seule différence entre ces deux animaux est la nature de leurs cornes. Sur le chaudron de Gundestrup le serpent porte des cornes de bélier et sur la roche du Val Camonica, l’ophidien porte des cornes de taureau. Ce détail crucial devrait inciter les spécialistes à la prudence lorsqu’ils datent la gravure retrouvée en Italie du nord.
UNE GRAVURE TRÈS ANCIENNE
Car le serpent cornu est un indicateur temporel qui agit comme une aiguille d’une gigantesque horloge céleste en indiquant grâce à la nature de ses cornes, non pas les heures, mais les ères astrologiques. Dans le cas du chaudron de Gundestrup daté du Ier siècle av. J.-C., ce serpent à tête de bélier indique l’ère du Bélier (2200 à 100 av. J.-C.). Quant au serpent du Val Camonica, il indique une ère beaucoup plus ancienne, celle du Taureau (4400 à 2260 av. J.-C.). Grâce au mouvement engendré par la précession des équinoxes, l’aiguille de cette horloge céleste « passe » 2160 années dans chaque signe du zodiaque et fait le tour complet des douze signes en 25920 années.
Voir à ce propos SAISON 1 ANNEXE 10 Les ères astrologiques
Ce qui signifie que la gravure du dieu cornu du val Camonica est peut-être beaucoup plus ancienne qu’admis jusqu’à présent. D’ailleurs les gravures sur roche ne sont pas datables et la datation du VIe ou au début du Ve siècle av. J.-C. n’est qu’une convention adoptée par une majorité de spécialistes.
LE MOTIF DES BRAS LEVÉS
Un dernier point de ressemblance entre l’iconographie du chaudron de Gundestrup et celui de la gravure du val Camonica vient de l’attitude des personnages. Le dieu cornu lève les bras, ce qui est également le cas de son adorateur qui est représenté de surcroit nu, le sexe visible. Un rite de fécondité ?
En tout cas cette attitude d’avoir les bras levés se retrouve plusieurs fois sur le chaudron de Gundestrup. Cette position dites de l’Orant (les bras levés, signe de prière et d’adoration) concerne tout autant les dieux comme dans l’exemple suivant

Orion boxeur. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).
Que les adorateurs de la divinité dans cet autre exemple.

La Déesse et les Dioscures. Chaudron de Gundestrup, Ier siècle av. J.-C., Argent doré. (Nationalmuseet de Copenhague).
Ce geste peut également être interprétés comme un signe de victoire les adorateurs deviennent ainsi les champions des dieux.
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NOTES :
[1] La différence de stature des deux figures pour souligner la divinité de l’un estl un procédé bien connu de l’iconographie religieuse.
