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SUAIRE DE TURIN
Le suaire de Turin, appelé également linceul de Turin, est un drap de lin jauni de 4,42 mètres de long sur 1,13 mètre de large montrant l’image floue (de face et de dos) d’un homme présentant les traces de blessures compatibles avec les détails de la crucifixion de Jésus de Nazareth décrite dans les évangiles canoniques.

Linceul de Turin. (Wikimedia Commons).
Image à mettre en parallèle avec un célèbre tableau de Matthias Grünewald mettant en scène Jésus ressuscité.
UN MIRACLE EXTRAORDINAIRE

Christ en majesté, Matthias Grünewald, retable d’Isenheim, vers 1515. Musée d’Unterlinden, Colmar, France. (Wikimedia Commons).
Cependant on peut remarquer que cette scène spectaculaire ne figure pas dans les Évangiles puisqu’il n’y a pas eu de témoins lors de la résurrection. Les textes restent résolument muets avec aucun récit descriptif de la résurrection. Pourtant, pour un auteur zélateur du Christ, cela aurait été une occasion rêvée de mettre en scène un tel miracle extraordinaire, le plus grand d’entre tous. Avec force effets spéciaux, à l’instar de Matthias Grünewald qui s’y est risqué avec son Christ en lévitation sortant en majesté du tombeau.
Pourtant les Évangiles ne mentionnent qu’un tombeau vide…
Ensuite on passe directement aux apparitions de Jésus ressuscité à ses proches et aux apôtres.
LE CINQUIÈME ÉVANGILE
Quant au Linceul de Turin[1], il montre un homme mort et semble ainsi démontrer l’historicité du récit biblique de la crucifixion et de la mise au tombeau puisque tous les éléments concordent jusqu’au moindre détail. Au point que l’on pourrait parler d’un cinquième Évangile et d’un document archéologique de premier plan. Les marques qu’il comporte, notamment les blessures aux poignets, aux pieds et au flanc, ainsi que la couronne d’épines, sont en accord avec les récits évangéliques. C’est bien un homme torturé à mort de façon atroce que montre le Linceul ce qui d’ailleurs coupe court à toutes les tradition et hypothèses que Jésus n’est pas mort sur la croix. La particularité du Linceul : il comporte à la fois une empreinte et une image.
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L’empreinte sanguine d’un homme flagellé, crucifié, le flanc percé d’un coup de lance. Même les blessures causées par une couronne d’épines sont présentes
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L’image du corps, semblable à un négatif qui n’a été révélé que par les clichés de Secondo Pia en 1898.
UNE MISE À MORT ATROCE
Pour la flagellation, les soldats utilisaient un fouet de cuir tressé garni de billes de métal (appelé flagrum). Sur le Linceul ont été compté environ 120 traces d’impact ce qui fait environ soixante coups si le fouet possédait comme d’usage deux lanières. Ce qui est presque le double des coups règlementaires. Dans ce cas, le dos est profondément entaillé et déchiré au point de laisser apparaitre la colonne vertébrale. D’après le Suaire, c’est donc un homme mourant qui a été cloué sur la croix, ce qui explique également le délai très court entre le supplice et la mort. On clouait le condamné sur la croix grâce à des pointes effilées enfoncées à travers le poignet[2]. S’ensuit, une fois à la verticale une mort lente par asphyxie. Sans oublier le coup de lance bien placé[3] qui traverse le poumon avant de pénétrer le cœur et qui donne le coup de grâce. Dans le cas d’un faussaire du Moyen Âge, celui-ci aurait dû torturer et crucifier un homme pour reproduire les moindres détails du Suaire. Ce qui aurait fait de lui, non seulement un grand artiste, mais également un meurtrier sadique. D’ailleurs tous les raffinements de la torture et la mise à mort que pratiquaient les Romains n’étaient pas connus au Moyen Âge et ne sont apparus dans toute leur cruauté qu’après l’étude du négatif du Linceul.

L’image de gauche montre l’image positive du visage du suaire de Turin sur la plaque photographique négative prise en 1898 par Secondo Pia en haute résolution et l’image de droite montre la photographie développée. (Wikimedia Commons).
LES ARGUMENTS EN FAVEUR DE L’AUTHENTICITÉ DU LINCEUL
Sans vouloir être exhaustif, car le sujet mériterait une étude qui dépasserait largement le cadre étroit de ce petit article.
On peut toutefois noter que la datation au carbone 14 de 1988, datant le Linceul du Moyen Âge (1260-1390), n’est plus crédible puisque les historiens sont remontés dans le passé jusqu’à la découverte du linceul à Édesse en 544 qui se retrouve à Byzance en 944 puis à Constantinople[4] jusqu’en 1241. Cette année-là, le pieux roi Saint Louis achète le Suaire avec un lot d’autres reliques à Baudoin II, dernier empereur latin de Constantinople à cours d’argent. Le Linceul et deux autres reliques sont ensuite offerts par le roi de France Philippe VI à Geoffroy de Charny en 1347 pour services rendus. Donc pas d’intervention des Templiers comme certains l’ont affirmé. Geoffroy de Charny expose le Suaire à Lirey à partir de 1354 et organise un pèlerinage qui connait un grand succès. Après cette date sa trajectoire est parfaitement documentée. Et c’est également à cette époque que la polémique commence…
On peut également citer un père de l’Église, saint Cyrille de Jérusalem, qui mentionne vers 340, l’existence du « linceul, témoin de la résurrection ».
D’ailleurs la datation au carbone 14 du Suaire de Turin est entachée d’une suite d’irrégularités dans la procédure et de maladresses[5] assez ahurissantes pour un projet d’une telle importance.
UNE ÉTRANGE IMAGE
On peut également noter que cette image, fait unique dans l’histoire de l’art, ne correspond à aucun des standards artistiques d’aucune époque puisqu’elle apparaît comme la représentation hyperréaliste d’un homme supplicié.
C’est également une image étrange puisque près du tissu, on ne distingue que des ombres confuses. En retrait, à quelques mètres, une silhouette floue apparaît.

Le linceul de Turin photographié par Giuseppe Enrie en 1931. (Wikimedia Commons).
Pourtant ce n’est que le négatif de la photo de Secondo Pia en 1898 qui révèle tous les détails saisissant du Suaire de Turin. On peut penser que le roi de France n’a jamais été conscient de la valeur réelle de ce linge couvert de taches décolorées. C’est pourquoi, il n’a pas hésité à l’offrir en 1347 à un de ses fidèles collaborateurs.
L’image du Linceul a été produite par une roussissure superficielle de fibres de lin, ce qui exclut toute peinture[6]. D’autres procédés ont été proposés, mais aucun ne peut reproduire l’ensemble des propriétés du Suaire à l’identique malgré les techniques modernes (par exemple la tridimensionnalité de l’image). Même les meilleurs résultats obtenus restent fort éloignés de l’original et un examen au microscope permet facilement de les distinguer.
Le sang retrouvé sur le Linceul est du groupe AB, identifiant une mère et un père biologique, un ADN de formule chromosomique XY, d’origine juive moyen-oriental. Ce qui démontre que Jésus est un homme de chair et de sang en contradiction du dogme de la conception virginale. À noter que le sang qui imprègne d’autres reliques — Suaire d’Ovideo et Tunique d’Argenteuil — est du même groupe AB. Sans compter que les taches de sang coïncident sur ces tissus.
Même si l’authenticité du Suaire ne fait aucun doute, il faut insister sur le fait que l’image ne montre pas un homme vivant, ressuscité, mais figé dans la rigidité cadavérique, avec les yeux fermés. C’est l’image elle-même qui reste une énigme. Comment s’est-elle formée ?

Le Linceul est une pièce de lin de 4.36 mètres sur 1.10 mètres repliée dans le sens de la longueur sur le cadavre qu’elle contenait.
CONCLUSION
Le Suaire ressemble à la « photographie[7] » en négatif d’un homme supplicié, dont la conception reste incompréhensible. Pourtant ce linge, si c’est celui qui a enveloppé Jésus, contient plusieurs informations importantes. L’individu représenté est par son sang un humain à part entière. Il a été torturé et exécuté selon des méthodes qui corroborent les descriptions des Évangiles. Il est mort, c’est certain. Il a laissé sur le Linceul une image qui n’a pas encore été expliquée, malgré les moyens modernes mis en œuvre. On peut dire que l’on est au plus près de la résurrection, sans y être totalement. Le reste est une question de foi.
Le mystère reste donc entier.
Bien sûr le sujet est des plus controversés et chacun l’aborde avec ses certitudes. L’objectif de cet article n’est pas d’inviter à croire, mais d’inciter à la réflexion.
©E.D.2025
BIBLIOGRAPHIE :
La Bible de Jérusalem, traduite en français sous la direction de l’École biblique de Jérusalem, Éditions du Cerf, 1998.
La Bible, traduite et présentée par André Chouraqui, Éditions Desclée de Brouwer, 1989.
Écrits gnostiques, La bibliothèque de Nag Hammadi, Edition publiée sous la direction de Jean-Pierre Mahé et de Paul-Hubert Poirier, Bibliothèque de la Pléiade, Éditions Gallimard, 2007.
Pour ceux qui aimeraient en apprendre davantage sur le Suaire, je conseille de lire le livre de Jean-Christian Petitfils, Le Saint Suaire de Turin, Témoin de la Passion de Jésus-Christ, Éditions Tallandier, Paris, 2022. Une étude qui résume parfaitement les connaissances actuelles concernant le Suaire.
Daniel Marguerat, Vie et destin de Jésus de Nazareth, Éditions du Seuil, 2019.
Jacqueline Genot-Bismuth, Jérusalem ressuscitée, Éditions F.-X. de Guibert/Albin Michel, 1992.
Jacqueline Genot-Bismuth, Un homme nommé salut, Éditions F.-X. de Guibert, 1995.
Ian Wilson, L’énigme du Suaire, Éditions Albin Michel, 2010.
Robert J. Hutchinson, Enquête sur le Jésus historique, Éditions Salvator, 2019.
Robert J. Hutchinson, Enquête sur le début du Christianisme, Éditions Salvator, 2018.
Paul-Éric Blanrue, Miracle ou imposture ? L’histoire interdite du « suaire » de Turin, Éditions Golias, 1999.
Pierre Perrier, Évangiles de l’oral à l’écrit I, Éditions du Jubilé, 2000.
Pierre Perrier, Évangiles de l’oral à l’écrit II, Les colliers évangéliques, Éditions du Jubilé, 2003.
Pierre Perrier, La transmission des Évangiles, Éditions du Jubilé, 2006.
Claude Tresmontant, Enquête sur l’Apocalypse, Éditions F.-X. de Guibert, 1994.
Claude Tresmontant, Le Christ Hébreu, Éditions Desclée de Brouwer, 2015.
Antonio Piñero, L’autre Jésus, Vie de Jésus selon les Évangiles apocryphes, Éditions du Seuil, 1996.
Thomas Kowalski, Les témoins de la résurrection de Jésus, Du tombeau vide à l’Ascension, Éditions Parole et Silence, 2002.
Gérard Lucotte, Philippe Bornet, Le sang du Christ, Guy Trédaniel Éditeur, 2007.
André Marion, Nouvelles découvertes sur le Suaire de Turin, Éditions Albin Michel, 1997.
André Marion, Jésus et la science, La vérité sur les reliques du Christ, Éditions Presse de la Renaissance, 2000.
Bertrand Méheust, Jésus thaumaturge, Enquête sur l’homme et ses miracles, InterÉditions, 2015. Un des livres les plus étonnants sur le sujet qui m’ai été donné de lire.
Didier van Cauwelaert, L’insolence de miracles, Éditions Plon, 2023.
Le Point Références, Numéro 95, Déc. 2023-Fév. 2024, Les textes fondamentaux, Les vies de Jésus, Talmud, Nouveau Testament, évangiles apocryphes, Coran… Ce que disent les textes sacrés.
NOTES :
[1] Improprement appelé le « Saint Suaire », terme ne désignant que le textile qui enveloppe que la tête du défunt.
[2] Ce qui est contraire à toute l’iconographie du Moyen Âge consacré à la crucifixion qui montre un Christ dont les mains sont percées par des clous. Même les saints stigmatisés font cette erreur.
[3] Ce coup de lance fatal, d’une efficacité redoutable, était maîtrisé par tous les légionnaires. C’est cette technique de combat imparable qui les faisaient gagner sur un champ de bataille.
[4] Byzance est une ancienne cité grecque, située à l’entrée du Bosphore, qui a été renommée Constantinople en 330 apr. J. -C. et Istanbul en 1930.
[5] La datation a été faussée par différents facteurs : le choix d’un prélèvement dans une bordure reprisée au Moyen Âge, puis le non-respect des protocoles, ensuite des contaminations qui « rajeunissent » le Linceul dues à des bactéries, à l’incendie de 1532 etc. sans prendre en considération le parti-pris de certains participants en faveur d’un faux dès le départ. Le dossier des irrégularités, fautes et erreurs est anormalement long.
[6] Quelques pigments de peinture ont été retrouvés sur le Suaire. Cependant ils proviennent de tableaux, des copies de l’image du Linceul, qui ont été appuyé sur le Suaire pour leur transmettre la sainteté de l’original.
[7] Si c’est bien de Jésus qu’il s’agit, on dispose de la « photo » d’un personnage historique, fait unique dans l’Histoire de l’humanité avant l’invention de la photographie en 1824 par Nicéphore Niépce.
