NOS AMIS LES BÊTES
LES GARDIENS DU TEMPLE
Lorsqu’il y a des pierres surchauffées par le soleil, les reptiles ne sont pas loin. Ce sont les gardiens des temples.
UNE DÉCOUVERTE EXTRAORDINAIRE
Par une chaude journée d’été, lors d’un voyage dans le sud de la France au début des années quatre-vingt-dix. J’étais avec ma compagne à la recherche d’un dolmen. Un monument de la préhistoire perdu dans la garrigue des hautes terres du Languedoc. Nous nous sommes aventurés dans ce désert de rocaille, le long d’un chemin de terre de couleur ocre. Le sentier bordé de murets de pierres surchauffées et de buissons épineux devenait toujours plus étroit. À chaque pas, le paysage autour de nous prenait vie ; des mouvements vifs et saccadés suggéraient partout une présence inquiétante. Dérangé par notre arrivée…, des serpents…par dizaines…par centaines peut-être, dans un enchevêtrement inextricable de corps graciles, les ophidiens innombrables glissaient dans la lumière implacable du soleil avec aisance sur les pierres en mille bruissements et autant d’éclats d’écailles. Encore aujourd’hui en pensant à ce foisonnement de reptiles, une terreur ancestrale déclenche en moi un frisson de répulsion. Pas très rassurés, nous songions à rebrousser chemin, nous avons hésité un instant, puis poussé par la curiosité nous avons continué notre exploration. Avançant toujours plus loin à travers la végétation brulée par le soleil, écrasant la poussière à chacun de nos pas, nous marchions depuis une petite heure. Quand soudain, au détour d’un sentier, ceinturé par une couronne d’épines et de roches, l’édifice de l’âge de pierre se révéla à nous dans toute sa splendeur. Après avoir fait plusieurs fois le tour du monument pour prendre quelques photos. Ma compagne, plus prudente, avait déjà entamé le chemin du retour. Je me suis approché du tombeau préhistorique. Je voulais, avant de partir à mon tour, explorer l’intérieur du mégalithique en me glissant par l’ouverture et … je me suis soudain retrouvé face au génie des lieux. Comme un dragon antédiluvien, tapi dans l’ombre du monument de pierre, le roi des serpents, immense dans sa livrée verte et noire, me fixait de son regard froid. L’animal, véritable gardien du seuil, figé dans une attitude menaçante, m’interdit l’accès à son royaume. C’est avec effroi que je me suis jeté en arrière. Tétanisé par cette vision de cauchemar, sortie du fond des âges, le temps s’est arrêté et j’ai dû reprendre mes esprits pour quitter cet endroit inquiétant : ce lieu n’était plus celui des hommes. Sur le chemin du retour, préoccupé à quitter au plus vite de cet endroit hostile, une idée me vint à l’esprit, soudaine comme un éclair, une révélation, un rapprochement improbable s’est imposé à moi, entre un obscur récit gallois du haut moyen-âge et le ciel étoilé du temps des mégalithes. Je n’avais ensuite plus qu’une hâte au retour de notre voyage, me plonger dans ma bibliothèque et vérifier cette intuition première. Ignorant à l’époque, que j’emmenais avec moi le secret des druides. Un système qui me permet de décrypter des artefacts celtiques et même ceux d’autres civilisations. J’avais découvert le Graal de tout chercheur, mais le chemin allait encore être long…
L’histoire n’est pas finie…
Après quelques années nous nous sommes séparés et j’ai laissé une partie de mes affaires chez, désormais, mon ex-compagne. Entre 2012 et 2016 j’ai écrit un manuscrit Les dieux des druides. Le Tome I était consacré aux druides et à leurs croyances et le Tome II au Zodiaque des druides qui dévoile leurs dieux vraiment insolites. Je me suis alors rendu compte que je ne connaissais pas le nom de ce dolmen languedocien qui était pourtant à l’origine de ma découverte. Il me fallait cette information. J’ai cherché en vain dans mes notes de l’époque. Rien !
Dans mon carnet à spirale, tout notre voyage était documenté en détail, même les différents cépages que l’on trouve en Languedoc-Roussillon, mais pas de dolmen.
Cependant, un coup de pouce du destin m’est venu en aide. Au bout de plus de 20 ans, j’ai finalement récupéré mes affaires dans des circonstances quelque peu étranges. Il y avait d’anciens albums photos dans les cartons. Et si…
Fébrilement, j’ai feuilleté les albums qui me racontait une vie antérieure, disparue. Résultat : j’ai trouvé ce que je cherchais, une photo du dolmen, la date et chose incroyable son nom.
Il faudra que je visite à nouveau ce monument de la préhistoire. Une sorte de pèlerinage, un retour aux sources en quelques sortes. Je me demande si le site est toujours un endroit aussi sauvage ou si les humains ont depuis colonisé cet espace naturel en y construisant un lotissement.
Lors du confinement pendant la crise du Covid en 2020, j’ai percé grâce à ma méthode le secret du chaudron de Gundestrup.
Parfois la vie est comme un puzzle auquel il manque une pièce. J’ai enfin retrouvé ma pièce manquante.
LES GARDIENS DES TEMPLES
Les reptiles ne sont jamais loin des constructions en pierre. Outre le dolmen dont les alentours étaient infestés de serpents dans le Haut Languedoc, j’ai rencontré un énorme iguane à Tulum. Une forteresse maya qui surplombe la mer des Caraïbes et qui est le royaume de ces reptiles qui se dorent au soleil. Certains prennent la position des gargouilles, on les croirait de pierre, s’il n’y avait ce hochement de tête rapide pour communiquer entre eux. Je longeais un mur en ruine et dans un éboulement, tel un dragon dans sa grotte, se dressait un iguane deux fois plus gros que les autres. Il était vraiment le maître des lieux, le « Roi de Tulum ».

Iguane d’Amérique centrale. ©MW2014
Après les serpents et les iguanes, il y a également les… caméléons (?). J’ai eu l’occasion d’observer un de ces reptiles à Malte. Un magnifique exemplaire d’une dizaine de centimètres qui imitait à la perfection des brindilles sèches dans le paysage aride autour du temple mégalithique de Hagȧr Qim.
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Ħaġar Qim est un complexe de temples mégalithiques sur l’île méditerranéenne de Malte, datant de la phase de Ġgantija (3600-3200 av. J.-C.).
Impossible d’en faire une photo correcte, l’appareil ne reconnaissait tout simplement pas sa présence et zoomait sur les brindilles à côté. Au nord de la Sardaigne, c’était des tortues qui étaient les gardiennes des Tombes des Géants sur le site mégalithique de Lu Brandali.

Le complexe nuragique de Lu Brandali est un site archéologique situé dans la municipalité de Santa Teresa Gallura (Sardaigne). Il est composé d’un nuraghe, d’un village, d’un tombeau des géants.
