

Introduction

LES DRUIDES ET L’ASTRONOMIE
Les druides et les étoiles, les druides et les constellations…
Les druides et l’astronomie. Étrange association au premier abord. À propos des druides de nombreuses images nous viennent immédiatement à l’esprit : du sympathique bouilleur de potion magique d’Astérix aux horribles sacrifices humains sur un dolmen en passant par la célèbre scène de la cueillette du gui qui illustre les anciens manuels d’histoires.
Mais des druides observateurs attentifs de la voûte céleste ?
UN TÉMOIGNAGE DÉCISIF
C’est pourtant Jules César lui-même qui nous donne cette information capitale.
Relisons ses propos :
En outre, ils se livrent à de nombreuses spéculations sur les astres et leurs mouvements, sur les dimensions du monde[1] et celles de la terre, sur la nature des choses, sur la puissance des dieux et leurs attributions, et ils transmettent ces doctrines à la jeunesse[2].
Il faut retenir plus particulièrement les premiers termes : les druides s’intéressaient aux astres et à leurs mouvements ainsi qu’aux dimensions de la terre et de l’univers. C’est à peu de chose près la définition du mot astronomie dans le dictionnaire :
Science des astres, des corps célestes (y compris la terre) et de la structure de l’univers[3].
Alors les druides, des astronomes ?
UN TRÉSOR PERDU
C’est en tout cas cette affirmation du grand conquérant romain, au demeurant toujours très bien informé sur ses ennemis, qui nous servira de fil conducteur à travers cet ouvrage.
Pourtant, le chercheur se retrouve devant un énorme problème, car le savoir des druides a disparu à tout jamais puisqu’ils rejetaient catégoriquement l’écriture et la représentation des dieux. Pas de textes, pas d’images d’avant la conquête romaine, c’est pourquoi nous ne connaitrons jamais la réalité des mythes et des dieux des druides de l’Antiquité.
Pourtant, le philosophe Lucius Annaeus Cornutus dans son traité Sur la nature des dieux place la mythologie des Celtes au même niveau que celles des Grecs ou des Égyptiens[4].
C’est donc un véritable trésor littéraire riche et varié qui n’a pas pu être sauvé de l’oubli. Tel est le cruel constat que l’on peut faire en étudiant le domaine celtique continental et regretter amèrement la perte définitive de ces documents irremplaçables.
Certes, l’étude des sources littéraires antiques, l’archéologie, le comparatisme indo-européen, l’histoire des religions, la recherche des origines celtiques des textes du Moyen âge ont fait d’immense progrès.
Il nous reste aussi, fort heureusement, les récits traditionnels du Pays de Galles et d’Irlande datant du Moyen Âge, mais dont les racines remontent beaucoup plus loin dans le temps. Leur étude est précieuse puisqu’ils nous donnent une indication sur le teneur des récits disparus.
UNE LUEUR D’ESPOIR
Il faut bien dire que toutes ces disciplines nous ont fait connaitre les Celtes comme jamais auparavant dans notre histoire. Toutefois, les druides eux-mêmes restent des fantômes indistincts, enveloppés dans les brumes du passé.
Pourtant, il existe une lueur d’espoir. Cette lueur, certes faible et lointaine, nous vient des étoiles, plus précisément d’une discipline qui étudie les astres : l’astronomie[5].
C’est justement l’intérêt des druides pour cette discipline qui nous permettra de découvrir certains de leurs secrets, car ils nous ont laissé un message. Tel un livre gigantesque, ce message s’étale devant nos yeux sur la voûte céleste. Et si toute la mythologie celtique était inscrite dans le ciel étoilé ?
Cela signifierait que la mythologie, la cosmogonie et l’eschatologie des Celtes est inscrite dans les astres et les constellations. En somme, que les druides pratiquaient une Religion des Étoiles.
L’avantage de la méthode employée ici est qu’elle ne nécessite aucun appareillage sophistiqué : pas de télescope ni même de logiciel informatique qui calcule la position des étoiles dans les temps anciens, mais une simple carte du ciel ou comme le faisait les druides, simplement observer le merveilleux ciel étoilé que nous avons nuit après nuit à notre disposition.
Pourtant, il ne s’agit pas d’écrire une mythologie celtique continentale qui a disparu de façon définitive. Notre propos est beaucoup plus modeste, il s’agit simplement d’explorer quelques thèmes de l’iconographie celtique et de nous rendre compte que l’on peut les rattacher à certains motifs mythologiques qui sont communs aux peuples d’Europe. Prenons un exemple, si des récits irlandais et grecs se ressemblent, sans aucune influence des uns sur les autres, ce qui est parfaitement prouvé par le comparatisme indo-européen, alors il est fort probable qu’entre les deux devait exister un chaînon manquant — la tradition orale des Celtes continentaux. Or, ce sont les constellations qui forment ce lien entre toutes ces mythologies.
UNE BIBLIOTHÈQUE CÉLÈSTE
Elles contiennent en leur cœur des mythes universels. Le conteur, qu’il soit grec, gaulois ou irlandais, ne peut que raconter la même histoire. Les constellations sont des aide-mémoires dans lesquels les étoiles sont comme les perles d’un collier, c’est-à-dire une suite d’éléments disposés le long d’un fil conducteur thématique facile à mémoriser.
Il suffisait au druide de regarder une partie du ciel et immédiatement revenait dans sa mémoire le récit mythologique correspondant à cette portion de la voûte céleste. L’association de certaines constellations permet au conteur de raconter une histoire dont le corpus semble fixé pour l’éternité dans le ciel étoilé.
Nous y retrouvons toujours les mêmes structures narratives, les mêmes personnages. Ceux-ci gardent pour toujours les mêmes fonctions. C’est pourquoi la même histoire existe encore ailleurs. Elle peut traverser le temps et l’espace sans altération significative. Grâce à ces données stellaires immuables, nous verrons que des récits peuvent rester identiques non seulement à travers les millénaires, mais également quand ils sont séparés par des milliers de kilomètres les uns des autres.
On ne peut être qu’émerveillé devant l’immensité des informations qui sommeillent au fond de la voûte étoilée. Cela donne le vertige, car une vie entière ne suffirait pas pour décrypter toutes ces données. L’astronomie reste peut-être le meilleur moyen de se projeter dans l’univers mental des druides de l’Antiquité. Chaque pan de la voûte céleste raconte son lot d’histoires, comme des livres garnissant les rayons d’une gigantesque bibliothèque.
UNE MÉMOIRE PHÉNOMÉNALE
On peut avancer l’idée que le ciel étoilé servait d’aide-mémoire aux bardes et aux druides pour conter les mythes et les épopées des temps anciens. La création du monde, la genèse des dieux, la naissance de l’humanité, les généalogies des hommes et des divinités, la provenance des peuples et des familles royales, l’étymologie des noms propres et des lieux, les exploits et les amours des dieux et des héros. Être un conteur dans une civilisation de l’oral ne signifie pas simplement avoir une mémoire phénoménale, mais également savoir utiliser des techniques de mémorisation perfectionnées.
Comme l’utilisation de mots clefs, de certaines intonations, du chant, des rimes qui entrainent automatiquement la suite etc. Dans un texte écrit en prose on peut facilement rajouter (ou éliminer) des phrases ou des éléments qui n’entrent pas dans la composition originale. Dans un texte versifié, il ne peut que difficilement y avoir des rajouts ou des retraits sans nuire à l’équilibre de l’ensemble. On peut dire que le texte est en quelque sorte verrouillé. Si en plus le texte est psalmodié ou chanté, la rythmique procure au récit une sorte de double verrouillage encore plus compliqué à contourner. La fiabilité des données transmises n’en est que plus grande encore et dépasse largement celle de l’écrit. D’ailleurs toutes les anciennes épopées, celle de Gilgamesh, l’Iliade, le Mahabharata, la Bible etc. ont eu au préalable leur versions versifiées et verrouillées.
UNE HORLOGE ASTRONOMIQUE
Les étoiles tournent dans une ronde sans fin autour du pôle Nord céleste. Infatigables, les constellations se déplacent dans le ciel tout au long de la nuit, mais ce n’est pas tout, elles ne sont pas au même endroit ni en été ni en hiver. La machinerie céleste est continuellement en mouvement. Ce qui explique pourquoi le barde ou le druide raconte une histoire différente suivant les saisons, les nuits et même les heures de la nuit. Ainsi, le mythe conté lors de la fête de Beltaine à minuit n’était pas le même que celui narré lors des nuits de Samonios à la même heure. Ceux racontés en début et en fin de nuit sont également différents. Le répertoire des druides devait être immense et il fallait une mémoire non moins gigantesque pour pouvoir y puiser les mythes et les légendes. Si les fouilles archéologiques permettent surtout de retrouver les traces matérielles de la civilisation celtique, le ciel étoilé en revanche nous permet d’entrevoir l’univers spirituel des druides.
PERSÉE ET LE MONSTRE MARIN
Pour illustrer notre propos, prenons en exemple le groupe des constellations autour de Persée. C’est-à-dire Céphée, Cassiopée, Andromède et la Baleine.

Partie du ciel étoilé qui réunit les constellations de Persée (Perseus), d’Andromède (Andromeda), de Cassiopée (Cassiopeia), de Céphée (Cepheus) et de la Baleine (Cetus). (Carte éditée par l’Association française d’astronomie).
Cet ensemble de constellations raconte une des nombreuses aventures du héros Persée. Ce personnage de la mythologie grecque est surtout connu pour avoir tué la gorgone Méduse. Pourtant, de façon étrange, ce n’est pas son exploit le plus remarquable, mais un récit mineur qui a été retenu par les Anciens pour figurer dans le ciel étoilé.
Il y a quatre protagonistes dans cette histoire. Le roi et la reine, Céphée et Cassiopée, leur fille, la princesse Andromède et le héros du récit, Persée. Ces personnages figurent parmi les constellations immortelles, appelées ainsi parce qu’elles ne descendent jamais sous l’horizon. Ce qui souligne au passage leur importance depuis les temps les plus anciens, même si dans la mythologie grecque, hormis Persée, ce ne sont que des personnages secondaires. Pour les hommes de l’Antiquité, l’horizon représentait la surface d’un immense océan aux profondeurs insondables. C’est pourquoi la majeure partie des constellations sont des créatures aquatiques ou ayant un fort lien avec les eaux de cet océan primordial. Si le roi, la reine et la princesse ne sont jamais engloutis sous les flots, le héros Persée est en danger permanent puisqu’il est le seul à avoir régulièrement les pieds dans l’eau[6]. Enfin, il y a l’élément perturbateur du récit qui déclenche les événements : le monstre marin.
L’OCÉAN CÉLÈSTE
Car des profondeurs de l’océan, surgit, à intervalle régulier, un monstre marin qui vient réclamer son tribut. Ce monstre figure dans le ciel étoilé sous la forme de la constellation de la Baleine. Ce qui n’est pour nous qu’un sympathique et inoffensif mammifère marin était pour les anciens bien autre chose. Étudions le nom de cette constellation, en latin Cetus, terme lui-même issu de l’ancien grec Kêtố signifiant « monstre marin ».
Cette immense constellation, la quatrième par ses dimensions, séparée de Persée par le Bélier, se trouve dans l’hémisphère austral, mais elle est associée à un mythe dont les figures (Andromède, Céphée, Cassiopée, Persée) se trouvent dans l’hémisphère boréal. Cet éloignement est expliqué et justifié par Aratos (353-354) : « Bien qu’Andromède soit étendue loin en avant le grand Monstre marin marche sur elle et la harcèle », poussé par le vent du sud sur la mer céleste. Les anciens se représentaient ce monstre non pas comme une baleine (la désignation moderne) mais comme une sorte de dragon, parfois à tête de chien[7].
Nous voilà fixés, le monstre marin en question n’est point une baleine, mais un animal fantastique, un monstre fabuleux, une sorte de dragon aquatique, ce qui est d’ailleurs confirmé par l’iconographie.
Il en est ainsi dans l’atlas des constellations — Uranometria — publié à Augsbourg en 1603 par l’astronome allemand Johann Bayer.

Cetus d’après Bayer dans Uranometria (1603).
Ce dragon marin, véritable serpent de mer, apparaît suite à une offense faite aux dieux. Cassiopée, mère d’Andromède, s’étant vantée d’être aussi belle que les Néréides[8]. Courroucé, Poséidon envoie un monstre marin qui ravage le pays. Écoutons le récit qu’en fait Apollodore.
Parvenu en Éthiopie, dont Céphée était roi, il [Persée] trouva sa fille Andromède exposée pour être dévorée par un monstre marin.
Cassiopée, épouse de Céphée, avait osé se comparer aux Néréides pour la beauté, et s’était même vantée de l’emporter sur elles. Les Néréides en furent irritées. Neptune partagea leur indignation, submergea le pays, et y envoya un monstre marin. L’oracle d’Ammon ayant annoncé que ces désastres cesseraient si on exposait Andromède, fille de Cassiopée, pour être dévorée par le monstre, les Éthiopiens forcèrent Céphée à faire ce que l’oracle ordonnait et à attacher sa fille à un rocher. Persée l’ayant vu, il devînt amoureux, et promit à Céphée de tuer le monstre s’il voulait la lui donner en mariage. Céphée s’y étant engagé par serment, il attendit le monstre, le tua et délivra Andromède[9].
Voici donc nos constellations, Céphée le roi d’Éthiopie, son épouse Cassiopée, leur fille Andromède et pour finir le héros Persée, qui occis le dragon marin. Nous avons déjà dit que grâce à des données stellaires immuables nous pouvons retrouver ailleurs le même récit et les mêmes personnages. Ces derniers changent certes de noms, ceux-ci ne sont pas fixes, par contre leurs fonctions et statuts restent toujours les mêmes : un roi, une reine, la fille du roi, le héros et le monstre.
UN TABOU PUISSANT
Cassiopée franchit un interdit majeur, celui de se comparer aux divinités. Les dieux sont jaloux de leurs prérogatives. Le vieux rêve de l’humanité, devenir l’égal des dieux. Après avoir mangé du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, Adam et Ève sont chassé du Paradis avant qu’ils ne mangent du fruit de l’arbre de vie et ne deviennent immortels comme des dieux.
Puis Yahvé Dieu dit : Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous, pour connaître le bien et le mal ! Qu’il n’étende pas maintenant la main, ne cueille aussi de l’arbre de vie, n’en mange et ne vive pour toujours ! (Bible de Jérusalem, Genèse, 3, 22)
Eh oui ! Il y a bien deux arbres au Paradis…
On se garde bien de parler de l’arbre de vie, car c’est le plus important, celui qui donne l’immortalité.
Or Céphée, Cassiopée et Andromède sont des constellations immortelles puisqu’elle sont au plus près de l’axe terrestre qui est une figuration de l’arbre cosmique central qui soutient la voûte céleste. Ainsi ces constellations ne descendent jamais sous l’horizon, elles ne descendent jamais sous terre et ne meurent pas, contrairement à la plupart des autres constellations.
HÉRACLÈS ET LE MONSTRE MARIN
Nous restons en Grèce et cette fois-ci c’est Héraclès, une des figures majeures de la mythologie grecque, qui est le héros de l’histoire, En voici le récit :
Cette ville [Troie] se trouvait alors plongée dans le malheur par la colère d’Apollon et de Neptune. Ces dieux voulant éprouver la méchanceté de Laomédon, s’étaient transformés en hommes, et avaient entrepris, moyennant un salaire convenu, de bâtir les murs de Pergame. Ces murs étant finis, il refusa de les payer ; c’est pourquoi Apollon répandit la peste dans le pays, et Neptune, par un débordement de la mer, y jeta un monstre marin qui enlevait les hommes dans les champs. L’oracle ayant dit que cette calamité cesserait, lorsque Laomédon aurait exposé Hésione sa fille, pour être dévorée par le monstre ; ce prince la fit attacher aux rochers voisins de la mer. Hercule la voyant exposée ; promit de la délivrer, si Laomédon voulait lui donner les chevaux qu’il avait eus de Jupiter, en indemnité de l’enlèvement de Ganymède. Ce prince les ayant promis, Hercule tua le monstre, et délivra Hésione. Laomédon ayant ensuite refusé de tenir sa promesse, il partit en le menaçant de revenir ravager Troyes, et alla aborder à Ænos[10].
Ainsi en Grèce, nous retrouvons ce même mythe deux fois, certes les noms diffèrent dans les deux versions, y compris celui du héros (Persée, Héraclès). Dans le second récit, le roi se nomme Laomédon, la fille Hésione tandis que la reine qui ne joue aucun rôle n’est même pas mentionnée. Le monstre marin surgit cette fois encore suite à une offense faite aux dieux, même si le prétexte de l’intervention du dragon change. Le tribut exigé en réparation reste encore et toujours la fille du roi.
SAINT GEORGES ET LE DRAGON
De nos jours, grâce à la phylogénétique, les chercheurs peuvent retrouver l’origine d’un récit. En remontant le temps et en étudiant plus de 300 mythes diluviens à travers le monde, les mythologues, en traitant toutes ces données par informatique, arrivent à la conclusion que l’histoire du déluge, l’épopée de Noé, serait née en Afrique il y a plus de 100000 ans. Il ne faut donc pas s’étonner que le thème originel du mythe de Persée se retrouve en plusieurs exemplaires en Grèce, ainsi que dans d’autres cultures. Le christianisme connaît cette même histoire avec Saint Georges et le dragon.
Georges était originaire de Cappadoce, et servait dans l’armée romaine, avec le grade de tribun. Le hasard d’un voyage le conduisit un jour dans les environs d’une ville de la province de Lybie, nommée Silène. Or, dans un vaste étang voisin de cette ville habitait un dragon effroyable qui, maintes fois, avait mis en fuite la foule armée contre lui, et qui, s’approchant parfois des murs de la ville, empoisonnait de son souffle tous ceux qui se trouvaient à sa portée. Pour apaiser la fureur de ce monstre et pour l’empêcher d’anéantir la ville tout entière, les habitants s’étaient mis d’abord à lui offrir, tous les jours, deux brebis. Mais bientôt le nombre des brebis se trouva si réduit qu’on dût, chaque jour, livrer au dragon une brebis et une créature humaine. On tirait donc au sort le nom d’un jeune homme ou d’une jeune fille ; et aucune famille n’était exceptée de ce choix. Et déjà presque tous les jeunes gens de la ville avaient été dévorés lorsque le jour même de l’arrivée de saint Georges, le sort avait désigné pour victime la fille unique du roi. Alors ce vieillard, désolé, avait dit : « Prenez mon or et mon argent, et la moitié de mon royaume, mais rendez-moi ma fille, afin que lui soit épargnée une mort si affreuse ! » Mais son peuple, furieux, lui répondit : « C’est toi-même, ô roi, qui as fait cet édit ; et maintenant que à cause de lui, tous nos enfants ont péri, tu voudrais que la fille échappât à la loi ? Non, il faut qu’elle périsse comme les autres, ou bien nous te brûlerons avec toute ta maison ! » Ce qu’entendant, le roi fondit en larmes, et dit à sa fille : « Hélas, ma douce enfant, que ferai-je de toi ? Et ne me sera t’il pas donné de voir un jour tes noces ? » Après quoi, voyant qu’il ne parviendrait pas à obtenir le salut de sa fille, il la revêtit de robes royales, la couvrit de baisers, et lui dit : « Hélas, ma douce enfant, j’espérais voir se nourrir sur ton sein des enfants royaux, et voici que tu dois me quitter pour aller servir de pâture à cet horrible dragon ! Hélas, ma douce enfant, j’espérais pouvoir inviter à tes noces tous les princes du pays, et orner de perles mon palais, et entendre le son joyeux des orgues et des tambours ; et voici que je dois t’envoyer à ce dragon qui doit te dévorer ! » Et il la renvoya en lui disant encore : « Hélas, ma fille, que ne suis-je mort avant ce triste jour ! » Alors la jeune fille tomba aux pieds de son père, pour recevoir sa bénédiction ; après quoi, sortant de la ville, elle marcha vers l’étang où était le monstre.
Saint Georges, qui passait par là, la vit toute en larmes, et lui demanda ce qu’elle avait. Et elle : « Bon jeune homme, remonte vite sur ton cheval et fuis, pour ne pas mourir de la même mort dont je vais mourir ! » Et saint Georges : « Ne crains point cela, mon enfant, mais dis-moi pourquoi tu pleures ainsi, sous les yeux de cette foule qui se tient debout sur les murs ? » Et elle : « A ce que je vois, bon jeune homme, tu as le cœur généreux, et tu veux périr avec moi ! Mais, je t’en supplie, enfuis-toi au plus vite ! » Et saint Georges : « je ne partirai point d’ici que tu m’aies dit ce que tu as ! » Alors, la jeune fille lui raconta toute son histoire, et Georges lui dit : « Mon enfant, sois sans crainte, car, au nom du Christ, je te secourrai ! » Mais elle : « Vaillant chevalier, hâte-toi de te secourir toi-même, pour ne point périr avec moi !
C’est assez que je sois seule à périr ! »
Et pendant qu’ils parlaient ainsi, le dragon souleva sa tête au-dessus de l’étang. La jeune fille, toute tremblante, s’écria : « Fuis, cher seigneur, fuis au plus vite ! » Mais Georges, après être remonté sur son cheval et s’être muni du signe de la croix, assaillit bravement le dragon qui s’avançait vers lui et, brandissant sa lance et se recommandant à Dieu, il fit au monstre une blessure qui le renversa sur le sol. Et le saint dit à la jeune fille : « Mon enfant, ne crains rien, et lance ta ceinture autour du cou du dragon ! » La jeune fille fit ainsi, et le dragon, se redressant, se mit à la suivre comme un petit chien qu’on mènerait en laisse.
Mais, en le voyant s’avancer vers la ville, les habitants épouvantés prirent la fuite, bien certains que tous allaient être dévorés. Saint Georges leur fit signe de revenir, et leur dit : « Soyez sans crainte, car le Seigneur m’a permis de vous délivrer des méfaits de ce monstre ! Croyez au Christ, recevez le baptême, et je tuerai votre persécuteur ! » Alors le roi et tout son peuple se firent baptiser ; on baptisa, ce jour-là vingt mille hommes ainsi qu’une foule de femmes et d’enfants. Et saint Georges, tirant son épée, tua le dragon, qui fut emporté hors de la ville sur un char attelé de quatre paires de bœufs.
[…] D’autres auteurs racontent cependant l’histoire d’une autre façon. Ils disent que, au moment où le dragon s’avançait pour dévorer la jeune fille, saint Georges, ayant fait le signe de la croix, se jeta sur lui et le tua du coup[11].
Mis à part la christianisation du récit pour l’édification des fidèles, l’histoire reste très proche du mythe de Persée. Même si la fin alternative semble beaucoup plus proche du mythe originel, car dans ce cas précis, le héros tue le monstre sans tergiverser comme dans la plupart des textes comparables. Il semble qu’il y a là un thème universel. Mais qu’en est-il du domaine celtique ?
CÚCHULAINN ET L’HOMME NOIR
Ce mythe n’existe plus chez les Celtes continentaux, faute de documents écrits. Cependant il subsiste bel et bien dans la littérature celtique insulaire, notamment en Irlande et c’est Cúchulainn, le plus fameux héros de la mythologie irlandaise qui en est le personnage principal. Celui-ci, après son initiation guerrière[12], magique et sexuelle[13] auprès de plusieurs sorcières en Écosse, retourne au pays.
[Cúchulainn et ses compagnons] pénètrent le territoire des Fir Cat (les hommes-chats) dont le roi est Aed Ruad, ils se décident de passer la nuit chez ce dernier. Tandis que les autres continuent tout droit vers la forteresse, Cúchulainn longe le bord de mer pour capturer quelques oiseaux vivants afin d’accroître son prestige[14].
Au port, il rencontre 100 hommes et 100 femmes qui se lamentent et au milieu d’eux se trouve une belle et remarquable pucelle. Cette dernière lui apprend que tous les sept ans les Fomoires viennent lever le « tribut royal » ; en fait partie, le premier-né du roi. Cette fois-ci, c’est elle qui est touchée. Les trois Fomoires qui lèvent le tribut sont Dub[15], Mell et Dubros, les fils d’Alatromms[16]. Leur navire approche et tous s’enfuient à l’exception de la pucelle et de Cúchulainn. A l’arrière du bateau se tient un effrayant homme noir au rire si grossier que l’on distingue ses entrailles à travers son gosier. Il se réjouit de recevoir en tribut, non seulement la pucelle, mais également Cúchulainn en supplément. Descendu de son navire, l’homme noir avance son long bras pour se saisir de Cúchulainn, celui-ci, tire son épée et lui coupe la tête — le premier exploit après son initiation chez Scatach — les deux autres Fomoires sont tués eux aussi et restent étendus là-bas.
Sans se soucier de la belle pucelle, Cúchulainn part rejoindre ses compagnons de route, il ne leur raconte même pas les événements. Ils frappent à la porte de la forteresse et comme ils se présentent au portier en tant que chevaliers irlandais, le roi les fait entrer et leur souhaite la bienvenue. Bientôt apparaît également la pucelle, le roi croit tout d’abord que, terrorisée, elle s’est enfuie, mais elle lui raconte ce qu’elle a vécue ; le reste du tribut peut être récupéré sur le rivage. Réjouit, Aed Ruad ordonne aux femmes du château de donner un bain aux nouveaux arrivants. Lorsque sa fille, dénommée Aife, nom qui est pour la première fois évoqué ici, se penche sur la baignoire de Cúchulainn, elle déclare que celui-ci est son sauveteur. Les compagnons confirment qu’il les a quittés pendant la montée au château. Quand le roi apprend qu’il s’agit du célèbre Cúchulainn, il lui offre le tribut et sa fille. Fer Diad[17], grommelle que jamais un de ses compagnons de route ne parviendra, à ses coté, à la gloire. Cúchulainn distribue immédiatement le tribut, un tiers pour les chevaliers, un autre tiers aux hôtes et le dernier tiers à la pucelle en tant que dot ; la nuit même, celle-ci, partage sa couche avec lui.
Après être resté un mois et demi les hôtes du roi, ils partent vers l’Irlande. Ils débarquent à Traig na Folad en Ulster et se dirigent vers Emain Macha chez Conchubar mac Fachtna Fathaig, le Haut-roi d’Ulster[18].
Les fonctions des personnages restent les mêmes que dans les mythes grecs, car si le conteur lève les yeux vers le ciel étoilé, il ne peut en être autrement. Un roi, une reine, la fille du roi, le héros et pour finir l’adversaire monstrueux qui vient chercher son tribut.
UN RÉCIT UNIVERSEL
Plusieurs remarques s’imposent cependant. Concernant la reine, comme dans le second récit grec, elle n’est pas nommée, mais elle existe forcément. Dans le mythe de Persée, le conteur cite toutes les constellations, même si la reine est un personnage secondaire, elle reste cependant à l’origine du drame[19].
Comme dans un jeu d’échec, la reine s’impose comme la pièce maitresse sans laquelle rien n’arrive. Dans le second récit grec, ainsi que dans le mythe celte, elle ne joue aucun rôle. Une information importante s’est sans doute perdue lors de la transmission du récit, celle de l’incident déclencheur du drame. La retranscription du mythe qui chez les grecs remonte à l’Antiquité semble beaucoup plus complète qu’en Irlande. Le récit irlandais datant du Moyen Âge a perdu beaucoup d’informations, notamment les causes du drame (une offense aux dieux), d’où la disparition de la reine, mais il en rajoute d’autres, par exemple le fait que l’adversaire du héros est triple (détail primordial dans le domaine indo-européen). Certes, le clerc qui a mis le texte par écrit a tout simplement laissé tomber certains éléments qui ne lui semblaient pas très importants ou qui ne correspondaient pas à l’idéologie chrétienne. Pourtant, contrairement à la matière gauloise qui a complètement disparue, on peut parler d’un miracle qu’une partie du récit ait tout de même traversé les siècles.
Comme les conteurs celtes s’appuyaient pour leurs récits sur les mêmes constellations que les Grecs, nous pouvons avancer l’hypothèse suivante : si nous lisons un recueil de mythes grecs, nous lisons également leurs équivalents gaulois, puisque à quelques détails près, ces récits ne devaient pas être très différents dans leur construction et leur contenu, à condition bien sûr de figurer dans le ciel étoilé. Donc il y avait sans aucun doute une navigation mettent en scène des Argonautes gaulois. Ce qui fait dire à Diodore de Sicile :
[…] qu’il y a encore ; sur le littoral de l’Océan, plusieurs endroits qui portent le nom des Argonautes et des Dioscures, et qu’on voit également, dans le pays en dedans du détroit de Gadès (Cadix -> détroit de Gibraltar), des marques évidentes de leur passage.
Ces Argonautes sont des héros celtes et les Dioscures forment le couple de jumeaux divins que l’on nomme Cernunnos et Lugus en Gaule. Les navigations fabuleuses restent un thème récurrent de la mythologie irlandaise.
TOUJOURS LA MÊME HISTOIRE
C’est pourquoi dans le cas du mythe de Persée, il existait forcément une histoire similaire en Gaule. Les personnages restent les mêmes : le roi, [la reine], la fille qui est offerte en sacrifice, le héros qui intervient et tue le monstre marin. Cette histoire est inscrite dans le ciel étoilé depuis la nuit des temps. Bien sûr, chez les Celtes continentaux, comme en Irlande, ces constellations ne portaient pas les noms de Cassiopée, Céphée, Andromède ou Persée. Lesquels alors ?
UN ADVERSAIRE MONSTRUEUX
Nous ne le saurons sans doute jamais, mais ces constellations gardaient en tous cas les mêmes fonctions[20]. C’est à dire celles d’une famille royale et d’un héros qui les délivre d’une malédiction[21]. Pourtant, il existe une différence fondamentale entre ces récits : la nature de l’adversaire. Un monstre marin en Grèce et un géant, certes horrible, mais d’un aspect humain en Irlande. Cette différence, à elle seule, démontre qu’il n’y a aucune influence du mythe grec sur le récit irlandais. Alors, comment expliquer cette divergence ?
Ce sont les monstrueux Fomóire (ou Fomore) d’Irlande qui nous apportent un début de réponse à cette question. Qui sont-ils ?
Un des peuples mythiques de l’île. Ces démons souterrains et grands maîtres de magie, géants cyclopéens venus de l’Océan, représentent les forces hostiles auxquelles se heurtent tous les nouveaux peuples débarquant en Irlande porteurs de nouvelles « civilisations » : les Fomores sont la composante de fond du pays, image du chaos initial, d’un monde non encore structuré, de forces à l’état brut.
Leur apparence est caractéristique des êtres difformes anthropomorphes monstrueux, symbolisant la nature incontrôlable : œil, bras, jambe uniques, têtes d’animaux — chèvre, cheval ou taureau. Dieux de la Mort, de la Nuit originelle, ils ont paradoxalement des liens de parenté avec les divinités solaires que sont les Tuatha De Danann. Pour conquérir l’Irlande, ils se sont installés sur Toriniz, l’île de la Tour, tour étrange, vitrifiée, au large de la côte, indiquant clairement leur origine aquatique.
Une étymologie récente mentionnée par Bernard Sergent rattache le mot « Fomore » au mot « vouivre/wouivre ». Leur nom « signifie textuellement Sous-Marins », ou Sous-Marines, car les Fomores sont soumis à une certaine transsexualité. Cette racine n’exclut pas la notion de spectre/fantôme, et une synthèse en ferait des « Spectres sous-marins », laissant deviner une image ophidienne. Certains auteurs voient dans le « monstre » du groupe du Cavalier à l’Anguipède, une des manifestations fomoréennes, le Cavalier étant le Dagda, voire Lug lui-même[22].
UN GÉANT MI-HUMAIN MI-SERPENT
Ces êtres fantastiques viennent de l’Océan et représentent, comme le monstre marin, les forces du chaos primordial. Les études les plus récentes nous livrent la clef de l’énigme, car elles rattachent étymologiquement les Fomóire aux vouivres qui sont des créatures mi-humaines mi-ophidiennes[23]. Le nom même des géants irlandais semble signifier les « Sous-Marins » ce qui accentue encore leur origine aquatique et certains auteurs rapprochent les Fomóire du géant anguipède que l’on trouve dans la statuaire gallo-romaine. Ce dernier est un géant dont le bas du corps prend, comme les vouivres, l’apparence du serpent. Ce qui explique au demeurant « la jambe unique » des Fomóire.

Géant anguipède (détail), Tongres. Groupe du cavalier aux géants anguipèdes (vue latérale gauche). (Cliché ACL. Bruxelles).
Le géant anguipède que l’on retrouve sur le monument de Tongres est un être monstrueux avec une tête difforme et dont le bas du corps devient celui d’un serpent.
TRISTAN ET LE MORHOLT
Les Fomóire sont en conséquence, un mélange monstrueux entre un géant et un dragon aquatique. Pour cerner ces êtres mystérieux, nous pouvons encore aller plus loin et explorer un autre mythe d’origine celtique : Tristan et Iseult.
Rappelons brièvement les grandes lignes du récit dans lequel intervient l’adversaire du héros.
Le Morholt, beau-frère du roi d’Irlande, se présente à la cour de Marc pour exiger le tribut annuel qui lui est dû : des jeunes gens de Cornouailles appartenant aux meilleures familles. Tristan défie le Morholt et le tue. Un fragment de son épée reste dans le crâne du géant dont le corps est rapatrié en Irlande. Tristan atteint d’une blessure incurable, se fait déposer dans une barque qui le mène au hasard des flots jusqu’en Irlande. Arrivé là-bas, il se déguise en jongleur et rencontre la fille du roi, la jeune Iseut. Elle le guérit parce qu’elle connaît le secret des herbes médicinales[24].
Cette histoire nous rappelle quelque chose : un géant monstrueux exige un tribut annuel au roi de Cornouailles. Dans ce récit, ce n’est pas la fille du roi que l’on offre au monstre, mais des jeunes gens appartenant aux meilleures familles. Par leur ascendance, les enfants du roi font bien sûr partie de cette noblesse cornouaillaise et pourraient bien un jour figurer parmi les otages que l’on livre au Morholt. Finalement, comme dans toutes les histoires de ce type, le héros finit par tuer la créature monstrueuse. Le Morholt est décrit comme un chevalier invincible, fort, musclé, fier et de haute stature, parlant d’une voix forte sortant d’une gorge puissante. Ce dernier détail nous rappelle le Fomóire du récit de Cúchulainn, cet « effrayant homme noir au rire si grossier que l’on distingue ses entrailles à travers son gosier ». Ce n’est pourtant pas son apparence qui nous donne la solution de l’énigme, mais son nom.
UN SANGLIER MARIN
C’est Philippe Walter qui nous fait remarquer que le nom de Morholt[25] signifie « porc de la mer » et désigne le marsouin, un mammifère marin proche des dauphins[26]. Encore une fois, nous sommes en face d’un inoffensif et sympathique animal marin. Rien n’est moins trompeur ! Les anciens pensaient que chaque créature terrestre devait avoir son homologue dans la mer. Ainsi, il devait exister des chevaux marins, des vaches marines, des éléphants de mer ou des lions de mer. C’est pourquoi, il faut immédiatement ajouter que sur les cartes marines anciennes, les mammifères marins étaient souvent représentés comme des sangliers aquatiques avec des défenses qui ornent leurs gueules menaçantes. Ambroise Paré, chirurgien du roi, le confirme puisqu’il écrit dans son traité sur la Licorne :
Gesnerus dit, qu’en la mer Oceane naist un poisson, ayant la teste d’un Porc sanglier, lequel est de merveuilleuse grandeur, couvert d’escailles, mises par grand ordre de Nature, ayant les dents canines fort longues, trenchantes & aiguës, semblables à celles d’un grand Porc sanglier, lesquelles on estime estre bonnes contre les venins, comme la Licorne[27].

Baleine porcine (gravure du 16ème siècle). Source : Musée Vivant du Roman d’Aventures, Muséum d’Histoire Naturelle de Lausanne
Par conséquent, voici une image du « porc marin », celle du Morholt originel, agressif et dangereux. Celui-ci devient ainsi une créature très proche du monstre marin du mythe de Persée.
UN ROI PUISSANT
Pour être tout à fait complet, il faut cependant signaler un autre texte grec, moins connu, dans lequel le monstre marin est remplacé par un être humain comme dans le récit irlandais. C’est une variante de l’aventure d’Héraclès chez le roi Laomédon. Or, ce personnage porte un nom révélateur, Céton ou Céto à qui il fallait offrir en tribut des jeunes filles.
De Céto, on raconte la chose suivante : que de la mer il venait chez les Troyens ; si ces derniers lui offraient des jeunes filles en pâture, il repartait, sinon, il dévastait leur pays. Qui ignore combien il est absurde de croire que les hommes font des pactes avec les poissons ? Il arriva ceci.
Un grand roi, très puissant, possédait une flotte imposante et soumit toutes les régions côtières de l’Asie : les peuples assujettis payaient un tribut, qu’on appelle aussi dasmos. En ce temps-là, les hommes ne se servaient pas d’argent, mais de biens en nature. Le roi ordonnait à quelques-unes des cités de lui remettre des chevaux, à d’autres des bœufs, à d’autres des jeunes filles. Ce roi se nommait Céton, et les barbares l’appelaient Céto. Il naviguait donc, périodiquement, pour percevoir son tribut. Quand les habitants ne le lui donnaient pas, leur pays était saccagé. Il arriva à Troie à l’époque où également Héraclès s’y trouvait avec une armée de Grecs. Le roi Laomédon engagea Héraclès afin qu’il aide les Troyens. Ayant fait débarquer ses soldats, Céton marchait contre la cité ; Héraclès et Laomédon le combattirent, chacun avec ses propres guerriers, et ils le tuèrent.
C’est de cet événement que le mythe s’est formé[28].
Céton ou Céto était un roi puissant qui, grâce à ses navires, soumettait toutes les côtes de l’Asie mineure, notamment la ville de Troie. Ce personnage ressemble beaucoup au Morholt tristanien et au Fomóire du récit irlandais. C’est un homme, grand et fort, qui vient lever un tribut, or, nous avons vu que Céto signifie « monstre marin ».
Ainsi, il existe deux variantes du même récit, l’un avec un monstre marin, l’autre avec un personnage anthropomorphe qui porte en lui la monstruosité soit par un détail physique, un géant horrible, soit par un nom qui renvoie au monstre marin.
LE GÉANT ANGUIPÈDE
On peut se demander à quoi ressemblait l’adversaire du héros des Celtes continentaux, dragon marin, baleine-sanglier, affreux géant au corps de serpent ou encore un puissant guerrier, fier et ténébreux avec une grosse voix ?
Le druide qui observait dans le ciel la constellation de la Baleine n’avait que l’embarras du choix. Mais il semble que ce soit le groupe dit du Cavalier à l’Anguipède qui illustre le mieux le combat de Persée contre le monstre marin. Le géant anguipède semble bien être un Fomóire gaulois qui vient lever son tribut parmi la noblesse du pays. Si l’on suit les antécédents mythiques, il s’agit de la fille du roi. C’est également ce qu’indique le ciel étoilé, car c’est bien Andromède la fille du roi Céphée qui est l’enjeu de la lutte entre Persée et Cetus, le monstre marin. On peut même y voir une indication sur la pratique d’anciens sacrifices humains. La fille du roi est la victime expiatoire pour une faute commise par la reine. Dans ce cas, le héros est un réformateur abolissant le culte de l’ancien dieu qui exigeait des victimes humaines.
LE CIEL ÉTOILÉ
Il y a quarante-huit constellations visibles dans l’hémisphère nord. Chaque constellation a son histoire propre, mais elles interagissent également entre elles, ce qui augmente de façon conséquente le nombre de récits disponibles pour le narrateur. Prenons l’exemple d’Hercule (Hercules), le répertoire concernant cette constellation comporte, comme chacun le sait, au moins douze récits, les fameux Travaux, mais pas seulement, il faudrait y ajouter la conception du héros par un dieu, une naissance extraordinaire ainsi que l’apprentissage et les premiers exploits. Sans compter les amours du héros qui sont autant d’ethnogenèse, ainsi Hercule a engendré entre autres, les Scythes et les Galates. Ses douze travaux sont autant de « mythèmes » ou archétypes fondamentaux que l’on retrouve dans nombre d’autres mythologies, car l’humanité partage les mêmes histoires.
LE HÉROS ET LE MONSTRE
On y trouve le combat du héros contre un dragon (l’Hydre de Lerne), un grand classique qui ne manque dans aucune mythologie. Une chasse au sanglier (le sanglier d’Érymanthe), un thème également très prisé des Celtes. Une descente aux Enfers (la capture de Cerbère), autre motif récurrent des mythologies du monde entier. Un rapt de bétail (le troupeau de Géryon) dont l’importance dans le domaine celtique n’est plus à démontrer. Une quête de l’immortalité (les Pommes d’or du jardin des Hespérides), thème majeur qui hante l’humanité depuis la nuit des temps, etc. Pour chacun de ces grands mythes, les druides devaient avoir à leur disposition un récit similaire. Mais pourquoi les mêmes mythes se propagent-ils à travers l’humanité depuis des temps immémoriaux ?
Peut-être parce que leurs traits caractéristiques sont inscrits depuis toujours au cœur de la voûte céleste.
DES MONSTRES PROTÉIFORMES
Il s’agit toutefois de ne pas confondre les différents types de combats contre le dragon.
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La lutte pour la suprématie des cieux. Ici, c’est le dieu indo-européen de l’orage qui se bat contre le dragon, maître du ciel. L’enjeu de la confrontation est la royauté, le vainqueur devient le roi du ciel. Les protagonistes se battent pour la possession d’un objet, une pierre précieuse ou l’œuf cosmique qui sont des projections de l’étoile polaire, le centre du monde. La constellation impliquée dans cette confrontation est celle du Dragon (Draco). Ex : Zeus contre Typhon.
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Le héros qui se bat contre le dragon pour s’approprier les pouvoirs de la bête ou un objet merveilleux en sa possession. Ce type de récit fait intervenir les constellations du Corbeau (Corvus), de la Coupe (Crater) et de l’Hydre (Hydra). Un héros ou un dieu portant le nom du corbeau s’empare de la coupe qui est gardé par l’Hydre, un serpent monstrueux. L’enjeu de la bataille est un objet merveilleux (une coupe ou un chaudron) qui contient un breuvage d’immortalité. Ex : La prise du sanctuaire de Delphes, Apollon contre le serpent Python. Apollon peut parfois au gré des récits se métamorphoser en corbeau. Une inscription le qualifie même de Kórax (corbeau)[29]. Les Celtes ont un récit similaire avec Brennus (dont le nom signifie « corbeau ») qui s’empare du sanctuaire de Delphes. C’est le modèle par excellence de la Quête du Graal.
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Le héros tue un monstre marin pour sauver une jeune femme. L’enjeu du combat est la fille d’un roi. Les constellations mises en avant dans ce récit sont Persée (Perseus), le héros, Andromède (Andromeda), la princesse, la Baleine (Cetus) et dans une moindre mesure Céphée (Cepheus) et Cassiopée (Cassiopeia), le roi et la reine. Le récit de référence est bien sûr celui de Persée contre Cetus, le monstre marin.
Il existe encore d’autres formes de combats contre des dragons, non évoquées ici, car le ciel est peuplé de nombreux monstres serpentiformes (Ex : Persée, encore lui, contre Méduse, un être mi-femme mi-serpent)[30].
DES RÉCITS INNOMBRABLES
Certains mythes peuvent aussi induire en erreur parce qu’ils reprennent des éléments dans deux catégories différentes. Par exemple, Héraclès contre le dragon Ladon, ce dernier représente clairement la constellation du Dragon, cependant, l’enjeu n’est pas la suprématie des cieux mais des Pommes d’or qui donnent l’immortalité[31]. Un récit mixte. C’est pourquoi, il impératif de prendre garde aux mythes sélectionnés. L’énoncé suivant : un « combat du héros (ou dieu) contre un dragon » ne saurait suffire, sinon le résultat est faussé, car il entraîne logiquement la conclusion suivante : si la structure des mythes ne change pas, les constellations, elles, changent au gré des récits. Ce qui est bien évidemment faux. Difficulté supplémentaire, l’adversaire est souvent protéiforme, ainsi dans le cas des récits de type Persée, il peut être un dragon, un monstre marin, une baleine, un géant anguipède ou tout simplement un ténébreux capitaine de vaisseau, autrement dit, un pirate qui sillonne les flots célestes. Car la voûte étoilée ressemble à une très ancienne carte marine. Le chercheur doit entreprendre une navigatio comme les héros des anciennes épopées celtiques et s’aventurer sur des mers inconnues. Naviguer, avec pour seuls repères les étoiles, puis accoster des îles merveilleuses. Le danger est toujours présent ; il lui faut éviter les écueils et les tempêtes ; se battre contre des monstres marins et ne pas céder aux chants des sirènes. Alors seulement, il peut essayer de comprendre l’univers spirituel des druides et entrevoir les contours de la véritable cosmologie des Celtes.
LE MYSTÈRE DES DRUIDES
Mais avant de déchiffrer la religion stellaire des druides, nous devons partir à la recherche de ces mystérieux personnages dont les écrivains grecs et latins nous disent qu’ils font partie de l’élite des sages de l’Antiquité. Nous allons découvrir que ce sont deux interdits majeurs qui ont effacé toute trace des druides. Le refus de l’écriture et l’interdiction de figurer les dieux par des images. Au fil de ces pages nous explorerons également l’étrange comportement des Celtes face à la mort et leur croyance en l’immortalité de l’âme. Nous découvrirons, grâce à l’étude des textes anciens, pour quelles raisons les druides pratiquaient le sacrifice humain. Pourquoi ils coupaient les têtes de leurs ennemis et, enfin pour finir, la raison pour laquelle les archéologues ne trouveront jamais la sépulture d’un druide. Dans un premier temps pour consolider cette théorie — une religion stellaire — il faudra partir à la recherche des textes et des artefacts qui prouvent que les druides étaient de grands astronomes. C’est à partir de ces éléments que nous pourrons enfin décrypter le message inscrit dans les étoiles depuis la nuit des temps. Cette tradition millénaire nous raconte, entre autres, la naissance des dieux ou encore le combat dans le ciel entre le dragon céleste et le dieu de l’orage, mythe fondateur qui fait naître le druidisme. Nous discernerons également à travers certains phénomènes astronomiques remarquables la quintessence de l’univers spirituel des druides. Par exemple, la création du monde à partir d’un œuf de serpent ou le culte de l’arbre cosmique qui soutient la voûte céleste et dont l’abattage par un dieu déclenche la fin du monde.
Il faut lever la tête et contempler le ciel et ses étoiles pour trouver une réponse à toutes ces questions. Car tout est inscrit dans les étoiles. La voûte céleste est tel un livre qui n’attend qu’à être déchiffré. Bientôt, ce sont des divinités celtiques et des scènes mythologiques entières qui apparaissent. Ce sont aussi les étoiles qui nous permettront de déchiffrer le chaudron de Gundestrup, de résoudre le problème du calendrier celte et de ses fêtes décalées ou encore d’expliquer l’extraordinaire épopée du Graal. Il convient également de consacrer plusieurs chapitres au roi des serpents. Car les mythes et légendes nous le disent, le dragon est le gardien des secrets. Notre parcours pourra sembler sinueux, labyrinthique et passer par de nombreuses zones d’ombres, mais parfois, il faut savoir traverser les ténèbres pour renaître à la lumière. Les questions seront nombreuses et les réponses, vous le verrez, fort surprenantes. C’est pourtant grâce à l’astronomie que nous pourrons décrypter une grande partie de ces mystères qui nous viennent du fond des âges.
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NOTES :
CITATION
- Les Mabinogion, contes bardiques gallois, Peredur ab Evrawc, traduction de J. Loth, L’arbre double, Paris, 1979, pp 222 et 223.
TEXTE
[1] César utilise le terme mundi, monde. Voici la définition du dictionnaire : monde. La Terre et les astres (système organisé). cosmos. L’ensemble de tout ce qui existe. univers. Le Robert de poche, Langue française et noms propres, Dictionnaires Le Robert, Paris, 1995.
[2] César, Guerre des Gaules, Livres V-VIII, VI, 14, Traduction L.-A. Constans, Les Belles Lettres, Paris, 1989.
[3] Le Robert de poche, Langue française et noms propres, Dictionnaires Le Robert, Paris, 1995.
[4] Lucius Annaeus Cornutus, De natura deorum, chap.17, Edition F. Orsannus, Göttingen, 1845.
[5] Une sous-discipline de cette dernière, la paléoastronomie, ne nous sera pas tout à fait inutile non plus puisqu’elle étudie particulièrement la position des étoiles dans le passé, or le ciel étoilé recèle d’importantes informations sur les temps les plus anciens.
[6] Persée n’est pas un immortel, mais fils d’un dieu et d’une mortelle : Zeus et Danaé. Comme Héraclès qui descend lui aussi en partie sous l’horizon, il est un demi-dieu.
[7] Ératosthène, Le ciel, Mythes et histoire des constellations, Les Catastérismes d’Ératosthène, Traduction P. Charvet et A. Zucker, Nil éditions, Paris, 1998, Commentaire des auteurs p.167.
[8] Divinités marines de la mythologie grecque. Ce sont des créatures mi-femmes mi-poissons.
[9] Apollodore, Bibliothèque, Livre II, 4,3, Traduction E. Clavier, Tome I, Paris, 1805.
[10] Apollodore, Bibliothèque, Livre II, 5,9, Traduction E. Clavier, Tome I, Paris, 1805.
[11] Jacques de Voragine, La légende dorée, LIX, Saint Georges, Traduction T. de Wyzewa, Editions du Seuil, Paris, 1998.
[12] Coutume assez surprenante puisque l’éducation guerrière des jeunes gens irlandais est assurée par des femmes, des sorcières expertes dans l’art du combat. La première est Dordmair qui instruit Cúchulainn pendant une année complète. Le héros apprend chez elle comment sauter et retomber allongé en équilibre sur une épée fixée dans le sol la pointe en l’air. Ensuite Scatach, la plus puissante et la plus réputée des magiciennes-initiatrices qui lui enseignera trois Tours de magie guerrière qui feront de Cúchulainn le guerrier le plus redoutable d’Irlande et pour finir, Uatach, fille de Scatach, autre grande sorcière réputée auprès des héros irlandais.
[13] Il s’agit d’une initiation sexuelle tout autant que guerrière puisque le jeune Cúchulainn couche avec les sorcières qui lui offrent « l’amitié des cuisses ». Le point commun de ces sorcières redoutables est qu’elles ont toutes un aspect horrible. Leurs noms sont assez explicites : Scatach, la terrifiante ou la ténébreuse, Uatach, l’effroyable ou la terrible. Jean-Paul Persigout, Dictionnaire de mythologie celtique, Éditions Imago, Paris, 2009, pp. 359 et 394.
[14] La spécialité de Cúchulainn est d’attraper des animaux, surtout des oiseaux, pour épater le roi et sa cour. Encore enfant, le héros attrape deux cerfs et vingt-quatre cygnes et les attache à son char en plus des chevaux. C’est en conduisant un tel attelage fantastique qu’il compte impressionner son oncle Conchobar, le roi d’Ulster.
[15] Dub signifie « noir ».
[16] Le « lourd tacheté ».
[17] Fer Diad est un héros invulnérable, condisciple de Cúchulainn lors de leur initiation chez la sorcière Scatach. Seul Cúchulainn a le pouvoir de le vaincre. Le destin veut que Fer Diad se retrouve lors de l’épopée des vaches de Cooley dans le camp des ennemis de Cúchulainn. Ce dernier, au terme d’un combat qui dure trois jours tue Fer Diad grâce au coup du gae bolga que Scatach a enseigné au seul Cúchulainn. Le héros pleure ensuite son ancien compagnon d’arme. Le gae bolga « jet de foudre » est un redoutable coup à la fois guerrier et magique qui terrasse implacablement tout adversaire.
[18] Rudolf Thurneysen, Die irische Helden- und Königsage bis zum siebzehnten Jahrhundert, Foglaim ConCulainn, Kap. 32, 9-11, , Max Niemeyer Verlag, Halle, 1921, pp.402-403. Traduction de l’auteur.
[19] Yves Vadé signale que : « Dans l’histoire de Persée, c’est très clairement l’hybris de Cassiopée qui pousse Poséidon à envoyer le monstre marin ravager la citée de Céphée pour venger l’amour-propre des Néréides ». Yves Vadé, Dragons au bord du fleuve, dans Serpents et dragons en Eurasie, L’Harmattan, Paris, 1997, pp.75-76. . L’hybris étant cette folie des grandeurs que les humains portent en eux à vouloir se comparer aux dieux. Cet orgueil démesuré vaut en général de terribles punitions de la part de ces derniers.
[20] Pourquoi Céphée est-il le roi et Persée le héros et non pas l’inverse ? Parce que Céphée est non seulement immortel puisque, contrairement à Persée, cette constellation ne descend jamais sous l’horizon, mais Céphée est également candidat à la royauté céleste. Il peut potentiellement devenir le roi du ciel étoilé puisque deux des étoiles de cette constellation sont sur la trajectoire de l’axe terrestre et peuvent ainsi devenir pour un temps limité des étoiles polaires. À ce moment précis, elles deviennent le point central autour duquel tourne tout le firmament. Il y a peu de constellations qui peuvent prétendre à la royauté céleste, ce sont la Petite Ourse, le Dragon, Héraclès, la Lyre, le Cygne et Céphée. Mais certaines descendent au moins partiellement sous l’horizon. C’est pourquoi rares sont les constellations qui peuvent prétendre à la fois à l’immortalité et à la royauté, elles ne sont que trois : le Dragon, la Petite Ourse et Céphée.
[21] La fonction peut évoluer au cours des âgés et s’adapter à un nouveau mode de vie. Prenons l’exemple du mythe de type Polyphème. Un des plus vieux mythes de l’humanité. Un chasseur se retrouve piégé dans une grotte par un géant et ne s’échappe qu’en se dissimulant parmi les bêtes du monstre. Si le récit se situe au paléolithique (dans un monde de chasseurs), le personnage monstrueux représente le maître des animaux sauvages. Au néolithique, il devient (dans un monde d’éleveurs et d’agriculteurs) le gardien des troupeaux domestiques. Il n’y a pourtant pas de remise en cause fondamentale de la fonction du personnage, le dieu est le protecteur des animaux qu’ils soient sauvages ou domestiques.
[22] Jean-Paul Persigout, Dictionnaire de mythologie celtique, Éditions Imago, Paris 2009, p.188.
[23] Pour plus de détails, voir Bernard Sergent, Le livre des dieux, Celtes et Grecs, II, Éditions Payot et Rivages, Paris, 2004. Surtout le chapitre V, intitulé Les Fomóire et les Telkhines, p.541 et suivantes.
[24] Résumé de Philippe Walter dans Tristan et Iseut, Les poèmes français, La saga noroise, Librairie Générale Française, Paris, 1989, pp.7-8. Il faut rajouter qu’Iseut tombe amoureuse de Tristan, mais elle découvre qu’une entaille dans l’épée du jeune homme correspond au fragment trouvé dans la tête de son oncle, le Morholt. La jeune fille veut se venger et tuer Tristan, mais les événements en décideront autrement.
[25] Il existe plusieurs formes de ce nom dans les récits tristanien : Morhout, Morout, Morhaut, Morhol, Morhorz. Voir à ce sujet Philippe Walter, Tristan et Iseut, Le porcher et la truie, Éditions Imago, Paris, 2006, p.107.
[26] Philippe Walter avance l’hypothèse suivante : du breton mor « la mer » et holt ou hout du cornique hoch et du breton houc’h, hoc’h « porc » ; en breton morhouc’h désigne le marsouin. Pour plus de détails Philippe Walter, Tristan et Iseut, Le porcher et la truie, Éditions Imago, Paris, 2006, p.107.
[27] Ambroise Paré, Discours, De la Licorne, Chapitre XIV, Gabriel Buon, Paris, 1582.
[28] Palaiphatos, Histoires incroyables, XXXVII, Céto, Traduction Ugo Bratelli, 2002. Dans son texte l’auteur précise bien que Céto n’est pas un poisson, mais un être humain, ce qui indique que les deux possibilités existent bel et bien dans l’esprit des anciens.
[29] Bernard Sergent, Le livre des dieux, Celtes et Grecs, II, Editions Payot & Rivages, Paris, 2004 p.180 et suivantes.
[30] La constellation de Persée contient l’étoile Algol qui n’est rien d’autre que la tête hérissée de serpents de la gorgone Méduse.
[31] D’ailleurs, Héraclès en héros parfait s’est battu contre tous les dragons du ciel étoilé. Contre Ladon, la constellation du Dragon (Draco). Contre l’Hydre de Lerne, la constellation de l’Hydre (Hydra). Contre le monstre marin, la constellation de la Baleine (Cetus).
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