LES CÔNES RITUELS EN OR

LES DRUIDES SAISON 1 ANNEXE 41

Les cônes rituels en or ne sont pas simplement des couvre chefs d’apparat, mais leur ornementation contient également des information calendaires.

DES CHAPEAUX DE MAGICIENS

Les cônes d’or rituels sont des artefacts de l’âge du bronze faits de feuilles d’or fin. De quoi s’agit-il ? En fait ce sont des couvre-chefs[1], pas n’importe lesquels, mais des chapeaux de magiciens[2]. Seulement quatre de ces cônes ont été découvert en Europe. Ces chapeaux sont associés à la culture des tumulus de l’âge du bronze et à la culture des champs d’urnes. Leur utilisation comme couvre-chef est fortement étayée par le fait que trois des quatre exemplaires ont un élargissement en forme de chapeau au bas du cône, et que leurs ouvertures sont ovales (et non rondes), avec des diamètres et des formes à peu près équivalents à ceux d’un crâne humain. Les cônes d’or ont été fabriqués à partir d’un alliage contenant 85 à 90 % d’or, environ 10 % d’argent et des traces de cuivre et d’étain (moins de  1 % chacun).

Les cônes rituels en or. De gauche à droite : le Cône de Schifferstadt, le cône d’Avanton, le cône de Berlin et le cône d’Ezelsdorf-Buch.

Les cônes rituels en or. De gauche à droite : le Cône de Schifferstadt, le cône d’Avanton, le cône de Berlin et le cône d’Ezelsdorf-Buch.

Trois de ces chapeaux en or ont été mis au jour en Allemagne et un en France. Il s’agit, pour la France, du cône d’Avanton (daté autour de 1000 av. J.- C.) et des trois chapeaux trouvés sur le territoire allemand, les chapeaux d’Ezelsdorf (vers 1000-800 av. J.- C.), de Schifferstadt (vers 1500-1250 av. J.- C.) et pour finir, celui, dit de Berlin (vers 1000-800 av. J.- C.), mais dont l’origine vraisemblable doit être située dans le sud de l’Allemagne. Ce dernier est le mieux conservé et également le plus étudié. Ce sont les scientifiques allemands qui sont en pointe pour l’étude de ces artefacts mystérieux[3]. La fonction de ces cônes semble être celle d’un attribut religieux pour la pratique du culte solaire répandu en Europe centrale lors de l’âge du bronze tardif.

LES MAITRES DU TEMPS

Le déchiffrement des ornements du chapeau de Berlin semble indiquer que ces cônes ne sont pas simplement des objets d’apparat, mais servent également de répertoire pour les données d’un calendrier luni-solaire. Ainsi, dans les ornements des cônes sont cryptés des informations recueillies sur de longues périodes d’observation. Les utilisateurs de ces objets connaissaient avec précision le cycle annuel du Soleil et les phases mensuelles de la Lune. La durée de l’orbite terrestre autour du Soleil en 365.25 jours, une année divisée en quatre saisons avec comme points de repères les équinoxes et les solstices, ainsi que 12 mois de 30 et 31 jours n’avaient pas de secret pour eux. Par conséquent, ils connaissaient également l’année lunaire de 354 jours, ainsi que le cycle de 19 ans (6940 jours) au bout duquel les pleines lunes et les nouvelles lunes retombent aux mêmes dates de l’année solaire. Il faut également ajouter qu’il était parfaitement inutile pour celui qui connaissait la clef du déchiffrement des ornements de ces tiares en or de recourir à une quelconque écriture. Cet initié était le maître du calendrier et définissait les dates des fêtes et autres événement importants de la communauté.

Détail du cône rituel de Berlin (Berliner Goldhut).

Détail du cône rituel de Berlin (Berliner Goldhut). Museum für Vor- und Frühgeschichte Berlin. © Andreas Praefcke

UNE COLLECTION INCOMPLÈTE

Les mêmes motifs se retrouvent sur le casque rituel en or de Leiro datant probablement de la fin de l’âge du bronze tardif (environ 1 000 à 800 av. J.-C.), découvert dans la ville de Leiro, Galice, Espagne).

Casque en or de l'âge du bronze de Leiro

Casque en or de l’âge du bronze de Leiro qui porte des ornements qui ressemblent à ceux des cônes en or. Museum Arqueolóxico e Histórico, Castelo San Antón, A Coruña. (Wikimedia Commons)

L’AGE D’OR DES DRUIDES

En fait, ces tiares en or ne sont qu’une partie de la tenue de cérémonie de ces prêtres de l’âge du bronze, il faut y ajouter des bracelets, des ceinturons, et des ornements pectoraux, ainsi que différents accessoires : une épée, des vases et des coupelles, tous ces objets sont en or.

Représentation hypothétique d'un grand-prêtre coiffé lors d'une cérémonie du cône en or de Berlin.

Représentation hypothétique d’un grand-prêtre coiffé lors d’une cérémonie du cône en or de Berlin. Il porte également des ornement et des accessoires en or qui ont été retrouvés lors de différentes fouilles en Europe.

Car les chapeaux d’or en forme de cône semblent être liés à un certain nombre d’objets en or comparables en forme de calotte ou de couronne provenant d’Irlande (couronne de Comerford, découverte en 1692 et perdue depuis) et de la côte atlantique de l’Espagne ( Casque de Leiro et bols d’Axtroki, le trésor de Villena),  ainsi qu’à divers bols en or (tels que le trésor d’Eberswalde), des récipients, des ornements et des diadèmes (comme le diadème de Velem de Hongrie) provenant de toute l’Europe centrale et septentrionale.

Le Trésor de Villena est composé de 59 objets d’or, d’argent, de fer et d’ambre qui totalisent un poids de près de 10 kilos et est daté d’environ 1000 av. J.-C.

Le Trésor de Villena est composé de 59 objets d’or, d’argent, de fer et d’ambre qui totalisent un poids de près de 10 kilos et est daté d’environ 1000 av. J.-C.  L’ensemble est composé de bracelets, bols, divers récipients et autres petits objets. (Wikimedia Commons).

MERLIN L’ENCHANTEUR

Ces chapeaux en forme de cônes semblent être, en tout cas dans leur forme, les ancêtres des chapeaux pointus des magiciens, comme celui de Merlin l’Enchanteur tel qu’il a été popularisé par les Studios Disney.

LES CÔNES RITUELS EN OR. Merlin l'Enchanteur (The Sword in the Stone, 1963), Studios Disney.

Merlin l’Enchanteur (The Sword in the Stone, 1963), Studios Disney.

Ou encore le chapeau de Gandalf dans le Seigneur des anneaux.

LES CÔNES RITUELS EN OR. Gandalf est interprété par Ian McKellen dans la trilogie cinématographique du Seigneur des anneaux

Gandalf est interprété par Ian McKellen dans la trilogie cinématographique du Seigneur des anneaux de Peter Jackson, ainsi que dans celle du Hobbit.

Sans oublier les chapeaux pointus des sorcières d’Halloween.

La méchante sorcière de l'Ouest est un personnage du film Le Magicien d'Oz.

La méchante sorcière de l’Ouest est un personnage du film Le Magicien d’Oz de Victor Fleming, Metro-Goldwyn-Mayer, 1939.

LES SORCIÈRES DE SUBESHI

Ces chapeaux pointus sont déjà connus à l’âge de fer puisque trois momies féminines ont été trouvées à Subeshi portant de grands chapeaux noirs pointus en laine feutrée qui ressemblent au couvre-chef emblématique des sorcières traditionnelles, et datées entre le 4ème et le 2ème siècle avant J.-C.

Subeshi est une cité perdue située près de Turfan dans le désert du Taklamakan, dans le bassin du Tarim en Chine, sur l’ancienne route de la soie dans la région autonome ouïgoure du Xinjiang.

Une des sorcières de Subeshi qui porte un lourd gant sur une main, peut-être une indication qu’elle chassait avec des rapaces.

Une des sorcières de Subeshi qui porte un lourd gant sur une main, peut-être une indication qu’elle chassait avec des rapaces. Photographie Jeffery Newbury.

L’une des trois momies, portant un gant épais, pourrait indiquer qu’elle chassait avec un rapace. Les chapeaux pointus portés par les momies de l’âge du fer étaient fabriqués à partir de feutre noir, et d’une hauteur de près de 60 cm.

©JPS2023

[ACCUEIL]

[1] En Allemagne, ces objets portent le nom de Hut (chapeau) en France le terme de cône est privilégié.

[2] Pour plus d’informations voir The Tarim Mummies de JP Mallory et Victor H. Mair, Thames & Hudson, London, 2000, p. 220. Il est d’ailleurs intéressant de noter que certaines momies encore plus anciennes portent des textiles avec des motifs à carreaux qui ressemblent beaucoup aux tartans écossais. Des fragments de textiles portant les mêmes motifs et datant du IIe millénaire av. J.-C. ont été trouvés dans les mines de sel en Autriche.

[3] Wilfried Menghin, Der Berliner Goldhut, Schnell und Steiner Verlag, Regensburg, 2010.

L’image du grand prêtre coiffé du cône en or de Berlin est tiré du livre de Wilfried Menghin  (2010): Der Berliner Goldhut. Macht, Magie und Mathematik in derBronzezeit, Die Sammlungen des Museums für Vor- und Frühgeschichte, Band 2, Regensburg:Schnell und Steiner, p. 83.

Pour en savoir plus : Cône rituel en or — Wikipédia (wikipedia.org)