LA BÊTE DU GÉVAUDAN (1ère partie)

La mystérieuse et fascinante affaire de la Bête du Gévaudan, une tragédie qui a marqué l’Histoire de France.

UNE CRÉATURE MYSTÉRIEUSE

Au XVIIIe siècle, dans la région du Gévaudan, située dans l’actuelle Lozère, une série d’attaques sanglantes sème la terreur parmi la population locale. Durant trois longues années, entre le 30 juin 1764 et le 19 juin 1767, une créature mystérieuse, surnommée la Bête du Gévaudan, tue de nombreuses personnes, principalement des femmes et des enfants.

Les premières attaques de la Bête sont signalées en juin 1764. Les descriptions de la créature varient, mais la majorité des témoins s’accorde à décrire un animal sauvage, ressemblant à un grand loup, mais un loup extraordinaire avec des caractéristiques inhabituelles, ce qui a alimenté de nombreuses spéculations.

LA BÊTE DU GÉVAUDAN (1ère partie). La bête du Gévaudan. Transcription du texte au-dessus du dessin : « Figure du monstre qui désole le Gevaudan.

La bête du Gévaudan. Transcription du texte au-dessus du dessin : « Figure du monstre qui désole le Gevaudan. Cette bête est de la taille d’un jeune taureau, elle attaque de préférence les femmes et les enfan(t)s, boit leur sang, leur coupe la tête et l’emporte. Il est promis 2700 lt (livres tournois) à qui tuerait cet animal. ». (Wikimedia Commons).

Surtout l’état des corps, les blessures et les mutilations (décapitations, scalps, morsures de la face et du crâne), jugées inhabituelles, suggèrent une « bête » hors du commun. La traque de la Bête du Gévaudan mobilise de nombreuses troupes militaires. Le fait qu’elle échappe aux pièges, aux appâts empoisonnés, aux battues et résiste aux balles de fusils, donne naissance à toutes sortes de rumeurs et croyances. Les uns évoquent un loup étrange, d’autres un animal exotique, d’autres encore une créature surnaturelle, telle un homme qui peut se changer en loup.

TROIS ANS DE TERREUR

1764-1767 : La période la plus intense des attaques. La Bête aurait lancé plus de 200 attaques et tué plus de 100 personnes, principalement des femmes et des enfants. Les attaques ont surtout lieu dans le nord de l’ancien pays du Gévaudan ce qui correspond globalement à l’actuel département de la Lozère. Quelques cas sont cependant signalés dans le sud de l’Auvergne, le nord du Vivarais, le Rouergue et le sud du Velay.

LES FAITS

1764

L’ANNÉE DE TOUS LES MALHEURS

Avec le retour du printemps, le gros et le petit bétail sont menés chaque jour aux pâturages. Ce sont souvent les enfants qui se chargent de cette besogne. Ainsi des enfants, mais également des adolescents, des jeunes femmes ou des femmes âgées gardent les troupeaux. Ce qui explique la forte mortalité parmi ces différents groupes lors des attaques de la Bête. Pourtant les loups sont nombreux en Gévaudan et la population les connaît bien. Lorsque la Bête apparaît, il s’agit d’autre chose…

Les témoignages sont formels. Certes, on fait des parallèles avec les loups quant aux caractéristiques de la Bête, mais aucun témoin ne reconnaît dans le fauve qui attaque les enfants un simple loup, aussi gros soit-il.

LES PREMIÈRES ATTAQUES

Au début de l’été 1764, une vachère vivant près de Langogne affirme avoir été attaquée par une « bête » mais s’en sort indemne, avec des meurtrissures sans gravité et ses vêtements déchirés, ayant été protégée par ses bœufs qui ont chargé l’animal. Un premier témoin décrit la Bête. Elle ressemble à un loup, mais ce n’en est pas un. Sa tête est plus grosse et porte une raye noire tout le long du dos. Et surtout, elle ne s’en prend pas au bétail, mais chose inhabituelle, s’attaque aux humains.

Le 30 juin, Jeanne Boulet, une jeune fille de 14 ans, est tuée près de Langogne, dans le village des Hubacs, en Vivarais (actuel département de l’Ardèche). On retrouve son corps en partie dévoré. C’est la première attaque documentée. Son acte de sépulture, daté du 1er juillet indique qu’elle fut tuée par « la bête féroce ».

Acte de sépulture de Jeanne Boulet à St Étienne-de-Lugdarès (Ardèche).

Acte de sépulture de Jeanne Boulet à St Étienne-de-Lugdarès (Ardèche).

« L’an 1764 et le 1er juillet a été anterrée Jeane Boulet sans sacremens, ayant été tuée par la bette féroce présans Joseph Vigier (et) Jean Reboul ». (Wikimedia Commons).

Le 6 août, c’est Marianne Hébrard qui est tuée par la Bête, « étranglée » et « en partie dévorée » à l’entrée du village de Cellier (à une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau des Hubacs).

LES ATTAQUENT SE POURSUIVENT

Une autre victime, également âgée de 14 ans, est rapportée le 8 août dans le hameau de Masméjean, dans la paroisse de La Bastide-Puylaurent. La jeune fille est retrouvée, la gorge ouverte, gisant dans son sang, mutilée avec des « marques de crocs très nettes ». La pauvre fille a elle aussi été victime d’une bête féroce.

Les premiers cas sont signalés dans la vallée de l’Allier. Ensuite, à la fin août et en septembre, d’autres attaques sont recensées dans la forêt de Mercoire et ses environs.

Fin août, un jeune homme d’une quinzaine d’année est tué et dévoré près de Cheylard-L’Évêque alors qu’il gardait les vaches.

LA BÊTE DU GÉVAUDAN (1ère partie). La bête du Gévaudan, gravure à l’eau-forte.

La bête du Gévaudan, gravure à l’eau-forte. (Wikimedia Commons).

Quelques jours plus, une femme de trente-cinq ans est attaquée à 7 heures du soir, chez elle. On retrouve son corps à moitié dévoré dans son jardin.

Le 16 septembre, la Bête s’en prend à un garçon de douze ans au hameau de Choisinets.

La Bête est toujours décrite comme étant plus grosse qu’un loup, de couleur rousse avec une bande noire sur le dos. Une grosse tête, un museau allongé, une gueule énorme, de fortes pattes et de longues griffes. S’y ajoutent l’audace d’attaquer les gens jusque dans les villages et une agressivité hors du commun.

LES AUTORITÉS RÉAGISSENT

Pour tenter de capturer la Bête, Étienne Lafont, syndic du diocèse de Mende basé à Marvejols, envoie des chasseurs dirigés par le sieur Mercier pour participer aux battues. Cependant, il réalise rapidement que ces opérations sont insuffisantes pour arrêter l’animal. Il en informe alors Monsieur de Saint-Priest, l’intendant du Languedoc, ainsi que Jean-Baptiste de Marin, le comte de Moncan, lieutenant général du roi et commandant militaire du Languedoc.

Dans un contexte marqué par une série d’attaques meurtrières qui suscitent une grande inquiétude dans la région, le comte de Moncan ordonne aux autorités locales et militaires de collaborer pour éliminer la mystérieuse Bête qui terrorise la région du Vivarais, du Gévaudan, du Velay et des Cévennes. Parmi eux, le capitaine Duhamel qui est à la tête d’une petite troupe de dragons du régiment de volontaires étrangers de Clermont Prince. Ce détachement léger, composé de 39 hommes à pied et 17 à cheval armés de sabres et de carabines, est apte à évoluer dans les terrains difficiles du Gévaudan. Leur mission est de traquer la Bête, qui depuis l’automne 1764 commence à faire parler d’elle, semant la terreur parmi les habitants dans la région.

À partir du 15 septembre, le capitaine Duhamel entre en campagne avec ses dragons. Les nobles du pays, le comte de Morangiès, M. de la Chaumette et le marquis d’Apcher renforcent les troupes de Duhamel avec leurs propres gardes-chasses, leurs chiens et leurs piqueurs. Des centaines de paysans servent de guides et de rabatteurs.

Tableau représentant le marquis Jean-Joseph d'Apchier.

Tableau représentant le marquis Jean-Joseph d’Apchier. (Wikimedia Commons).

LA BETE TUE

Entre le 10 et le 20 septembre, la Bête tue deux personnes et en blesse plusieurs autres.

Le 26 septembre au hameau des Thors, Magdeleine Mauras, une bergère de douze ans est égorgée et dévorée par la Bête.

Le mode opératoire se répète inlassablement : attaque le soir, victime saisie à la gorge, la plupart sont des enfants, souvent de sexe féminin.

Le 28 septembre, une petite fille de douze ans est tuée à Rieutort-de-Randon. La victime est retrouvée le ventre ouvert et la peau du crâne arrachée.

LA BÊTE EST BLESSÉE

Cependant les attaques de la Bête continuent en octobre 1764, avec la mort d’une jeune femme de vingt ans à Apcher le 7 octobre, puis d’un garçon vacher près de La Fage-Montivernoux, ainsi qu’une femme, Marie Solinhac, le 11 octobre aux Hermeaux. La Bête est vue à plusieurs reprises, blessée par deux chasseurs lors d’une attaque, trois coups de fusil sont tirés, mais la bête parvient à s’enfuir en boîtant.

LA BÊTE DU GÉVAUDAN (1ère partie). La Bête du Gévaudan. Gravure composée vers 1764, conservée dans le recueil Magné de Marolles (BNF) et reproduite dans l'ouvrage de l'abbé François Fabre, La Bête du Gévaudan (Paris, Librairie Floury, 1930).

La Bête du Gévaudan. Gravure composée vers 1764, conservée dans le recueil Magné de Marolles (BNF) et reproduite dans l’ouvrage de l’abbé François Fabre, La Bête du Gévaudan (Paris, Librairie Floury, 1930). (Wikimedia Commons).

Ces attaques, qui se concentrent notamment dans la Margeride et l’Aubrac, provoquent une grande inquiétude auprès de la population. Les autorités organisent des battues, mais sans succès immédiat.

Le 15 octobre, la Bête tue un jeune garçon à Contendrès, le décapite et lui dévore les poumons.

Le 19 octobre, une jeune fille de vingt et un ans est retrouvée morte, le corps à moitié dévoré.

LA PRESSE S’EMPARE DE L’AFFAIRE

À partir de novembre 1764, la presse va s’emparer de l’affaire et la réputation de la fameuse Bête va bientôt s’étendre au-delà des frontières du royaume de France. D’abord le Courrier d’Avignon ensuite La Gazette de France puis les gazettes internationales s’emparent de l’affaire et, en quelques mois, publient en feuilleton des centaines d’articles. Pendant ce temps le mystérieux animal continue ses attaques.

Figure de la bête farouche. Source : Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie.

Figure de la bête farouche. Source : Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie.

LA BÊTE DÉCAPITE SES VICTIMES

Notamment le cas de Marguerite Maligne, dix-neuf ans, va faire couler beaucoup d’encre dans les journaux à sensation de l’époque. Le corps est découvert en partie dévoré, mais c’est un autre élément qui retient l’attention. La jeune fille a été retrouvée décapitée. La presse de l’époque mentionne d’autres décapitations, celles des victimes d’Apcher et de Contendrès.

LA BÊTE DU GÉVAUDAN (1ère partie). Représentation de la Bête furieuse que l'on suppose être une hyène.... Estampe coloriée, BnF, recueil Magné de Marolles, vers 1765.

Représentation de la Bête furieuse que l’on suppose être une hyène…. Estampe coloriée, BnF, recueil Magné de Marolles, vers 1765. (Wikimedia Commons).

Le fauve attaque également une veuve près du hameau de Buffeyrettes, lui arrache la tête, mange la poitrine et l’estomac de la victime. La tête n’est retrouvée que le lendemain, le crâne broyé et rongé jusqu’à l’os.

LA BÊTE DU GÉVAUDAN (1ère partie). Gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles, 1765.

Gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles, 1765. (Wikimedia Commons).

En novembre 1764, Duhamel et ses hommes quittent Langogne pour Saint-Chély, leur chasse est retardée par la neige. Face à l’échec des premières tentatives, les autorités locales décident d’offrir une prime de 2 000 livres pour la capture ou la mort de la Bête. Malgré ces efforts, plusieurs autres victimes sont enregistrées en décembre, renforçant la pression pour éliminer un monstre qui surgit de nulle part, qui résiste aux balles et qui décapite ses victimes.

DESCRIPTION DU MYSTÉRIEUX ANIMAL

Le 15 décembre, une femme gardant son troupeau est attaquée près du village de Sistrières. Elle est tuée et dévorée à moitié. la Bête lui arrache également la tête qui sera retrouvée à cent mètres du corps.

Le 19 décembre près du hameau de Cayres, la Bête attaque une femme qui se défend avec l’énergie du désespoir avec une hache et blesse l’animal au museau. Elle livre un précieux témoignage en décrivant la mystérieuse créature.

Dans un rapport, Duhamel note la description suivante :

Cet animal est de la taille d’une vache de trois ans, la gorge et le ventre blanc, le poil du corps rouge et pas plus long que celui d’un loup, une bande noire le long du dos dont le poil est fort long. La queue de la longueur de celle d’un cheval, fort touffue et rougeâtre, tirant un peu sur le noir. Les pattes très fortes, avec six griffes de la longueur d’un doigt, la tête noire, fort large, les yeux grands et étincelants et le museau de la longueur de celui d’un cochon, avec cette différence que le bout du museau baisse au lieu de se relever. La gueule extrêmement large (au moins d’un pied de la façon dont cette fille me la dépeint), les dents très longues, fort larges, pointues par le bout et distante d’un demi-pouce l’une de l’autre, les oreilles droites et pas plus longue que celle d’un loup.

Cette description restera un témoignage important concernant l’aspect de la Bête.

LA BÊTE DU GÉVAUDAN (1ère partie). Dessin de la bête du Gévaudan (1765). Lors des descriptions de la bête, le terme de hyène reviendra souvent

Dessin de la bête du Gévaudan (1765). Lors des descriptions de la bête, le terme de hyène reviendra souvent (Wikimedia Commons).

FOLIE MEUTRIÈRE

Le soir même, l’animal tue une fillette de douze ans et emporte sa tête qu’on ne retrouvera jamais.

Au village de Prades, l’animal frappe à nouveau, elle tire une jeune fille dans un fourré pour la dévorer.

Cette fin d’année est particulièrement éprouvante pour les protagonistes du drame. Le 24, un petit garçon est dévoré à Chaulhac.

Le 27, la Bête entre dans une véritable folie meurtrière. Toujours à Chaulhac, elle attaque un jeune homme qui se défend vaillamment et repousse l’animal. Elle agresse ensuite un jeune garçon à Saint-Priva-du-Fau qui survit grâce à l’intervention des voisins. Dans l’après-midi, la Bête tue et dévore une jeune fille de vingt ans à la ferme de Pradels, près de Saint-Chély-d’Apcher. Le soir de cette même journée, elle dévore une autre jeune fille de vingt ans au hameau de Boussefol.

Le 30, Martial Matthieu du hameau de Besset, est surpris par la Bête qui le terrasse et le dévore.

Beaucoup affirment l’avoir tirée plusieurs fois sans parvenir à la blesser, les balles glissent sur sa peau comme sur une épaisse cuirasse. Ceci fait croire à certains que la bête est un loup-garou ou un démon qui charme les armes à feu.

Les superstitions remontent à la surface et le surnaturel prend le dessus. On parle de démon ou de Loup-garou. L’Église se doit de réagir.

LE FLÉAU DE DIEU

Ce qui est fait le 31 décembre 1764. L’évêque de Mende lance un appel aux prières et à la pénitence pour tenter de stopper les attaques de la Bête. Cet appel, connu sous le nom de « mandement de l’évêque de Mende », doit être proclamé par tous les prêtres du diocèse auprès de leurs fidèles.

Mandement de Monseigneur l'évêque de Mende pour ordonner des prières publiques à l'occasion de l'Animal Anthropophage qui désole le Gévaudan.

Mandement de Monseigneur l’évêque de Mende pour ordonner des prières publiques à l’occasion de l’Animal Anthropophage qui désole le Gévaudan. (Wikimedia Commons).

Dans ce message, l’évêque considère la Bête comme un fléau envoyé par Dieu pour punir l’humanité de ses péchés. Il cite saint Augustin, la Bible ou encore les menaces divines, notamment celles prodiguées de Moïse, pour souligner le besoin de justice divine et la gravité de la situation. À la fin de ce mandement, des prières de quarante heures sont organisées, réparties sur trois dimanches consécutifs, dans l’espoir d’obtenir la clémence divine. Malgré ces supplications, les attaques de la Bête ne diminuent pas, et les massacres continuent.

Le 11 février 1765, une fillette d’environ douze ans, partiellement dévorée, est enterrée dans la paroisse du Malzieu. Elle a été victime d’une attaque par la Bête, qui sévit dans la région depuis près de trois mois. Par ailleurs, en janvier et février 1765, les tentatives de chasse menées par Duhamel se soldent par des échecs. Les habitants se plaignent également de ses soldats, qu’ils accusent de ne pas payer leur logement ni leur nourriture, tout en détruisant les récoltes.

Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré, évêque de Mende et comte de Gévaudan. Portrait conservé dans l'abbaye de Saint-Papoul.

Gabriel-Florent de Choiseul-Beaupré, évêque de Mende et comte de Gévaudan. Portrait conservé dans l’abbaye de Saint-Papoul. (Wikimedia Commons).

On compte dix-huit morts fin décembre.

LA PRESSE À SENSATION

Le Courrier d’Avignon relate, semaine après semaine, les sanglantes attaques de la Bête. Déformant et amplifiant le phénomène pour des articles à sensation. Les gravures d’époque représentent une Bête monstrueuse.

LA BÊTE DU GÉVAUDAN (1ère partie). Représentation de la Bête féroce nommée hiene.... Dix représentations des méfaits de la Bête encadrent la scène centrale qui dépeint la « Pucelle de Paulhac » perçant son agresseur de sa baïonnette. Estampe coloriée, BnF, recueil Magné de Marolles, vers 1765.

Représentation de la Bête féroce nommée hiene…. Dix représentations des méfaits de la Bête encadrent la scène centrale qui dépeint la « Pucelle de Paulhac » perçant son agresseur de sa baïonnette. Estampe coloriée, BnF, recueil Magné de Marolles, vers 1765. (Wikimedia Commons).

L’AFFAIRE S’INTENSIFIE

1765

L’ANNÉE DE TOUS LES DANGERS

1765 : Plusieurs attaques sanglantes se succèdent, avec des victimes dans différentes localités du Gévaudan. Face à la menace, Les autorités locales lancent des expéditions pour capturer ou tuer la créature maléfique. Des battues sont organisées et de nombreux pièges tendus, sans succès.

Dès janvier, les attaques continuent.

Le 1er janvier un garçon de seize ans est surpris par la Bête qui l’égorge et le traîne dans un bois voisin. Cependant des hommes armés de fourches interviennent et font fuir l’animal.

Le lendemain l’animal égorge un garçon de quatorze ans, Jean Chateauneuf au Mazel de Grèves.

LA BÊTE DU GÉVAUDAN (1ère partie). Gravure allemande représentant la Bête du Gévaudan (1762-1764).

Gravure allemande représentant la Bête du Gévaudan (1762-1764). (Wikimedia Commons).

UN HOMME DES BOIS

Le dimanche 6 janvier, deux femmes du hameau des Escures se rendent au village de Fournels pour assister à la messe. En cours de route, un inconnu jugé inquiétant rejoint les deux femmes. L’homme mal vêtu, velu, aux longs cheveux noirs crasseux les suit puis disparaît brusquement. Le même jour, Delphine Gervais est égorgée et horriblement mutilée par la Bête qui prend la fuite. L’acte de sépulture précise : « dévorée par une bête féroce inconnue qu’on prétend être une hyène. »

Aux légendes qui concernent la bête féroce, s’ajoutent celle d’un homme des bois, que l’on croit être un loup-garou. Lorsque cet étranger apparaît, la bête n’est jamais loin et tue des malheureux.

UN ÉTRANGE ANIMAL

Certains témoins affirment avoir vu la Bête marcher sur ses pattes arrières, notamment quand elle traverse un cours d’eau.

LA BÊTE DU GÉVAUDAN (1ère partie). Gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles, 1765.

Gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles, 1765. Source : gallica.bnf.fr

Autre fantasme qui s’ajoute aux craintes des habitants, celui d’un animal exotique qui vient d’ailleurs, comme l’illustre l’emploi du nom de « hyène ».

Le même funeste jour, la Bête féroce égorge une jeune fille près du hameau de Morsange.

Le 9 janvier, une petite fille est dévorée par la créature monstrueuse près du village de Nasbinals. Le 10, elle tue et dévore un garçon à Rieutort-Marchastel. Les Dragons du capitaine Duhamel font des battues pour retrouver l’animal, sans succès.

LES ENFANTS SE DÉFENDENT

Le 12 janvier, la Bête attaque un groupe de sept enfants dans le village du Villaret, sur la paroisse de Chanaleilles (Haute-Loire). Les jeunes bergers, âgés de huit à douze ans, font preuve d’un grand courage lors de cette confrontation. Depuis l’apparition de la Bête, il est conseillé de ne pas laisser les enfants garder seuls le bétail, et les troupeaux sont souvent regroupés pour assurer leur sécurité. Au Villaret, les enfants se rassemblent pour se défendre contre l’animal, qui tourne autour d’eux. La Bête mord la joue d’un jeune garçon, puis tente d’attraper un autre enfant, Jean Veyrier, en le saisissant au bras. Un camarade, Jacques André Portefaix et d’autres enfants tentent de sauver leur compagnon. Ils réussissent à faire lâcher prise à la Bête en la frappant aux yeux avec des bâtons équipés de lames, et la maintiennent à distance. Alertés par leurs cris, des hommes arrivent et la Bête s’enfuit dans un bois voisin. Ce combat héroïque est relaté par Monsieur de Saint-Priest au conseiller du roi. En récompense de son courage, le roi offre à Jacques Portefaix la possibilité de financer son éducation, il deviendra officier dans le corps royal de l’artillerie coloniale.

LA BÊTE DU GÉVAUDAN (1ère partie). Illustration du combat de Jacques Portefaix et ses compagnons contre la Bête. L'un des enfants tient sa joue, en partie arrachée par l'animal. Paris, BnF, 1765.

Illustration du combat de Jacques Portefaix et ses compagnons contre la Bête. L’un des enfants tient sa joue, en partie arrachée par l’animal. Paris, BnF, 1765. (Wikimedia Commons).

À court d’idée, les Dragons du capitaine Duhamel se déguisent en filles avec l’espoir de tromper le Bête. Les attaquent continuent et l’animal tue encore une dizaine de fois.

LES GRANDE BATTUES

Le bruit court que les Dragons de Duhamel vont bientôt être remplacés par des chasseurs de loup venant de Normandie.  Car les plaintes contre les Dragons s’accumulent, ils se comporte en pays conquis, sans payer leur hébergement et leur nourriture. C’est pourquoi Duhamel ordonne le 7 février une gigantesque battue avec vingt mille paysans et plusieurs milliers de chasseurs. Sans succès, la Bête décidément insaisissable s’échappe encore.

LA BÊTE DU GÉVAUDAN (1ère partie). Gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles, 1765.

Gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles, 1765. (Wikimedia Commons).

Le 9, la Bête tue une jeune fille de quatorze ans, lui dévore la poitrine et la décapite. La tête de la jeune fille sera retrouvée à moitié rongée de l’autre côté d’un ruisseau près de la grand-route menant au Malzieu.

Le 10 février a lieu une battue restreinte qui rassemble deux mille hommes. Sans succès notable.

Le 11 février se sont près de quarante mille hommes qui participent à une gigantesque battue qui se déploie sur près de deux mille kilomètres carrés. La Bête reste introuvable.

MEURTRES EN SÉRIE

Le 16 février, le Bête attaque un berger en Auvergne, près de La Chapelle-Laurent. Le lendemain dans la même paroisse, elle bondit sur une vieille femme qui se rend à la messe,  celle-ci est sauvée in extrémis par des hommes et leurs chiens. Le même jour, toujours dans le même secteur, la Bête tue un petit garçon et le dévore en partie.

Le 22, elle surgit dans le village de Javols et attaque deux enfants qui puisent de l’eau à la fontaine. La Bête s’enfuit devant des hommes armés de fourches qui viennent en aide aux enfants.

Le 24 février, une jeune fille de dix-huit ans est blessée au hameau de La Molle. Elle aussi est secourue à temps. Un enfant de Pénaveyre a moins de chance, il est attaqué tout près du village. On retrouvera son corps en partie dévoré.

Le 28, le Bête attaque deux femmes, qui seront secourues à temps. Le même jour l’animal tue une petite fille de huit ans dans le village de Chabrier. Le cadavre retrouvé dans un pré, est presque entièrement dévoré.

La bête de Gevaudan : estampe, 1764.

La bête de Gevaudan : estampe, 1764. (Wikimedia Commons).

LES TUEURS DE LOUP ARRIVENT

En février 1765, le louvetier normand Jean-Charles-Marc-Antoine Vaumesle d’Enneval, réputé pour avoir abattu plus de 3 000 loups, est envoyé en Gévaudan pour chasser la Bête. Il arrive le 17 février dans la région avec son fils, est présenté à l’intendant d’Auvergne, puis se rend dans plusieurs localités. Notamment à La Chapelle-Laurent le 18, lieu de plusieurs attaques mortelles les jours précédents et à Saint-Flour, avant de s’installer en Gévaudan au début mars à Saint-Chély-d’Apcher.

Le 1er mars, la Bête attaque à nouveau, cette fois-ci, une petite fille dans le village de Fau-de-Brion. Secourue à temps, elle meurt tout de même des blessures infligées par l’animal.

Le 4 mars, la Bête tue et dévore une femme de quarante ans au hameau d’Ally, dans le nord de la Margeride.

La Bête de Gévaudan, 18e siècle.

La Bête de Gévaudan, 18e siècle. (Wikimedia Commons).

Le 9 mars, une femme de vingt-cinq ans est attaquée et tuée au Ligonès. La veille une autre victime, une fillette de dix ans, est signalée près d’Albaret-le-Comtal.

Nouvelle attaque le 11 mars, une fillette, Marie Pougnet, âgée de cinq ans est dévorée par le cruel animal.

UNE MÈRE HÉROÏQUE

Le 14 mars 1765, un acte héroïque se produit : une mère de famille dénommée Jeanne Jouve, trente-six ans, est attaquée avec trois de ses enfants dans le village de La Bessière. Alors qu’elle se trouve devant sa maison, la Bête s’en prend d’abord à l’ainée des enfants, une fillette de dix ans. La mère tente d’arracher son enfant des crocs de l’animal intrépide. Ensuite la Bête saisit la plus jeune, un bébé de 14 mois. Jeanne Jouve se jette sur la Bête pour la faire lâcher prise, mais celle-ci revient à l’attaque, saisissant un autre enfant, Jean-Pierre, de 6 ans. Jeanne se bat avec courage, étant griffée et mordue, elle finit par faire fuir le féroce animal. Malheureusement, Jean-Pierre grièvement blessé au visage meurt cinq jours plus tard de ses blessures. Le récit du combat héroïque de Jeanne Jouve parvient jusqu’au roi qui accorde à cette mère courageuse une récompense de trois cents livres.

Le 14 mars 1765, Jeanne Jouve tente d'arracher son enfant des crocs de la Bête. Représentation de l'époque romantique, fort postérieure aux faits[51]. Gravure de François Grenier de Saint-Martin, Journal des chasseurs, octobre 1839 - septembre 1840.

Le 14 mars 1765, Jeanne Jouve tente d’arracher son enfant des crocs de la Bête. Représentation de l’époque romantique, fort postérieure aux faits[51]. Gravure de François Grenier de Saint-Martin, Journal des chasseurs, octobre 1839 – septembre 1840. (Wikimedia Commons).

Jusqu’au 29 mars le Bête tue encore par trois fois.

RIVALITÉS ENTRE CHASSEURS

Dès leur arrivée en Gévaudan, les d’Enneval revendiquent l’exclusivité des chasses et cherchent à faire renvoyer le capitaine Duhamel, ce qui devient une réalité en avril. La première chasse organisée par eux, ce même mois, échoue. Impossible de capturer cette Bête qui sort de l’ordinaire. La nouvelle de ces échecs successifs se répand rapidement en France et en Europe, et bientôt la presse tourne en dérision l’incapacité du pouvoir royal à arrêter l’animal.

Le 29 mars, le fauve tue un enfant de neuf ans, François Fontange, au Cheylaret. Le corps est retrouvé, le poumon et le cœur mangé ainsi que la tête qui est toute rongée.

LA BÊTE EST BLESSÉE PLUSIEURS FOIS

Début avril, la Bête dévore un enfant de dix ans près de Saint-Alban, après l’avoir traîné sur plusieurs centaines de mètres jusque dans un bois. Le frère de la victime s’est défendu avec une baïonnette, blessant semble-t-il l’animal.

Le 5 avril, le fauve attaque trois bergers. L’un des trois enfants lui-même blessé par l’animal affirme « que la bête avait le ventre ouvert par quelque blessure ».

Le 7, Gabrielle Pélissier, une jeune fille de dix-sept ans est tuée par la Bête. Cette dernière lui ouvre le ventre et lui dévore les viscères. Lorsque les parents retrouvent le corps, la tête de la pauvre fille se détache du tronc.

LE CARNAGE CONTINUE

Le 18 avril, Martial Charrade, un jeune vacher, est tué par la Bête qui lui dévore le visage.

Le 29 avril, dans le village d’Auvers, une petite fille de douze ans est égorgée devant la porte de sa maison.

Le 1er mai, la Bête est repérée près du bois de la Rechauve, où elle tente d’attaquer un jeune berger. Un homme, le sieur Marlet de la Chamette et ses deux frères, tirent sur la Bête par deux fois, la blessant au cou, mais elle parvient encore à s’échapper.

Représentation de la Bête féroce nommée hiène. Gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles,1765.

Représentation de la Bête féroce nommée hiène. Gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles,1765. (Wikimedia Commons).

Le fils d’Enneval arrive le lendemain pour suivre les traces, mais la Bête reste insaisissable. Le soir, une femme de cinquante ans qui garde un troupeau est victime de l’animal. Elle est retrouvée près du village la gorge ouverte et une joue mangée.

Les critiques envers les d’Enneval s’intensifient : le marquis Pierre-Charles de Morangiès dénonce leur incompétence et leur arrogance dans des lettres adressées à Étienne Lafont.

LA MORT RÔDE AUTOUR DES VILLAGES ISOLÉS

Le 3 mai à Nozeyrolles, la Bête égorge une jeune fille de dix-sept ans qui sera retrouvée dévorée. Quelques heures plus tard, le fauve tue une fillete de treize ans près du hameau de Besset.

Le 4, à Chanteloube, paroisse de Nozeyrolles, la Bête égorge une fille de quatorze ans. Le 5, un enfant est tué près d’Auvers.

Le 6, les d’Enneval père et fils organisent une grande battue avec moult chiens, piqueurs, chasseurs et paysans. Plusieurs loups sont tués, mais nulle trace de la Bête…

Portrait de la Hiène, Bête féroce qui désole Gévaudan, vuëe par Mr Duhamel Officier des Dragons Volontaires de Clermont, détaché à la poursuite de cet animal dangereux. Gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles, 1765.

Portrait de la Hiène, Bête féroce qui désole Gévaudan, vuëe par Mr Duhamel Officier des Dragons Volontaires de Clermont, détaché à la poursuite de cet animal dangereux. Gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles, 1765. (Wikimedia Commons).

Les jours suivants, la Bête attaque plusieurs fois, faisant un mort et plusieurs blessés.

Le 19 mai, la Bête tue une femme de quarante-cinq ans du hameau de Venteuges alors qu’elle garde un troupeau de moutons. La tête et le bras de la femme ont été arrachés et sa poitrine dévorée. D’Enneval fait empoisonner le cadavre et ordonne que des tireurs s’embusquent autour toute la nuit. Le 23 mai, lors d’une grande battue, on retrouve la tête complètement rongée de la femme tuée quatre jours plus tôt.

UNE JOURNÉE DRAMATIQUE

Le même jour se tient au Malzieu une grande foire, les paysans des alentours amènent très tôt le matin les bestiaux qu’ils veulent vendre. Ce jour de fête s’avérera l’un des plus meurtriers. Dès 8h une jeune fille de vingt ans, Marguerite Martin, qui garde les vaches du coté de Julianges est attaquée par le Bête. Ayant entendus les cris de la jeune fille, deux bouviers viennent à son secours et chassent difficilement l’animal qui ne veut pas abandonner sa proie. Finalement, ils parviennent à délivrer Marguerite des crocs de la Bête, mais il est déjà trop tard, la jeune fille décèdera trois jours plus tard des graves blessures infligées par l’animal.

Détail d'une gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles, 1765.

Détail d’une gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles, 1765. (Wikimedia Commons).

Toujours affamée, la Bête se jette un peu plus loin sur un garçon de onze ans, dans le village d’Amourettes. Là aussi des villageois parviennent à faire lâcher prise au monstre. En fin de matinée près de Julianges, Marie Valès, treize ans, garde le bétail en compagnie d’un garçon de quinze ans. La Bête attaque la jeune fille, l’égorge et commence aussitôt à la dévorer, le garçon s’est enfuit pour chercher du secours. Les villageois se précipite sur les lieux du drame et retrouvent le corps de la pauvre fille. Une partie du tronc et des cuisses a été mangée. On empoisonne le cadavre et on le laisse exposé durant quatre jours Sans succès, la Bête ne reviendra pas. Dans l’après-midi, près du village de Marcillac, Marguerite Bony, dix-huit ans, garde le bétail. La Bête attaque par surprise et terrasse la jeune fille qui essaie de se défendre. Un garçon de seize ans qui a été témoin de l’attaque se porte à son secours, armé d’une pique. Il parvient, non sans mal, à faire fuir l’animal. En fin d’après-midi, la Bête attaque une femme âgée qui garde une jument sur un pré près du village de Saint-Privat-du-Fau. Prise à la gorge, la femme ne doit son salut que grâce à l’intervention de quatre hommes qui font fuir l’animal.

Représentation de la Bête du Gévaudan publiée dans la revue suisse Le Messager boiteux fr 1765.

Représentation de la Bête du Gévaudan publiée dans la revue suisse Le Messager boiteux fr 1765. (Wikimedia Commons).

Après chaque attaque les d’Enneval font des battues dans les bois voisins. Font empoisonner le cadavre avec des tireurs embusqués à proximité. Rien n’y fait, la Bête continue le carnage.

TERREUR SUR LE GÉVAUDAN

Le 1er juin 1765, près de Nozeyrolles, la Bête se jette sur un garçon de dix ans et l’égorge. Sa petite sœur qui assiste à la scène s’enfuie terrifiée et se cache entre des rochers. Le corps de l’ainée est retrouvé dans l’après-midi en partie dévoré. La fillette reste introuvable et les malheureux parents sont persuadés qu’elle a subi le même sort.

On ne la retrouvera que trois jours plus tard, prostrée entre les rochers, tellement choquée qu’elle ne retrouvera plus jamais la raison.

Toujours le 1er juin, la Bête tue une seconde fois près du même village. Jeanne Hugon, une petite fille de onze ans est égorgée alors qu’elle garde les bestiaux.

Le 5 du même mois, la Bête attaque un homme de quarante ans, Jean-Pierre Tuilhe qui se défend vaillamment. On vient à son secours et ce n’est qu’alors que l’animal se retire, non sans avoir arraché une partie de la jambe gauche du malheureux.

Dans la nuit du 10 au 11, un berger de Pinols se réveille et entend des bruits suspects près de son troupeau. Il sort de sa cabane et voit « un animal rougeâtre, fait comme un chien, mais de la taille d’un loup » au milieu de ses brebis. Il saisit un gourdin pour faire fuir l’intrus. Cependant la Bête n’a pas peur, mais se fait menaçante en montrant ses crocs. Elle bondit sur l’homme et le mords cruellement, celui-ci parvient à se relever et essaie de frapper son adversaire. La Bête revient à la charge et renverse l’homme en essayant de lui mordre la gorge. Heureusement, les chiens du berger viennent à son secours et assaillent la Bête qui fait face avec rage. Devant le surnombre elle finit par se retirer.

Informé de cette attaque d’Enneval organise le 12 juin une grande battue. Sans succès.

Le même jour, la Bête attaque une femme et sa fille qui se défendent avec leurs baïonnettes.

LE VIF MÉCONTENTEMENT DU ROI

Le comte de Morangiès écrit une seconde lettre à Étienne Laffont pour encore une fois se plaindre de l’inefficacité des louvetiers.

Jean-François-Charles de Molette, Comte de Morangiès (1728-1801).

Jean-François-Charles de Molette, Comte de Morangiès (1728-1801). Source : geneanet.org

Les plaintes contre d’Enneval remontent jusqu’au roi. À la lecture du bilan des ravages de la Bête du Gévaudan établis sur toute l’année 1765 : 122 attaques, 66 morts, 40 blessés, le roi fait part à ses ministres de son vif mécontentement. Sa Majesté en a plus qu’assez de cette sombre histoire qui n’en finit pas. La presse nationale et étrangère colporte les histoires d’une bête mystérieuse, réputée invulnérable, qui dévore les habitants d’une lointaine province. À travers toute la France et même au-delà des frontières du royaume, on jase sur l’incapacité du pouvoir de régler le problème et de débarrasser le Gévaudan de cette bête sanguinaire.

Avant la bête. L'heureux commencement du règne de Louis XV, Roy de France et de Navarre par la régence de S. A. R. Monseigneur le duc d'Orléans et l'établissement des Conseils. Estampe du XVIIIe siècle.

Avant la bête. L’heureux commencement du règne de Louis XV, Roy de France et de Navarre par la régence de S. A. R. Monseigneur le duc d’Orléans et l’établissement des Conseils. Estampe du XVIIIe siècle. (Wikimedia Commons).

LE PORTE-ARQUEBUSE DU ROI

Devant l’ampleur prise par les événements, Louis XV envoie son porte-arquebuse et lieutenant des chasses du roi, François Antoine, dit Antoine de Beauterne, le meilleur fusil du royaume, avec pour mission de traquer la bête et de la tuer pour de bon. Il est accompagné de son fils cadet, de huit capitaines de la garde royale, de six gardes-chasses et de quatre chiens de la louveterie royale.

Le 20 juin, la Bête tue un enfant de huit ans au sud-ouest du Mont Chauvet. Le corps ne sera jamais retrouvé.

Le 21 juin, la Bête entre dans une vraie frénésie meurtrière, le matin, elle tue un garçon de quatorze ans au hameau de Pépinet. Le corps sera retrouvé avec une cuisse et la poitrine mangée. La tête de la victime, tranchée « comme l’aurait fait un couteau de boucher », ne sera jamais retrouvée. La même matinée, près de Sauzet, la Bête tue une jeune fille de quinze ans, elle aussi sera retrouvée, dans les bois, dévorée. Un peu plus tard dans la même paroisse, une femme de quarante-cinq ans est retrouvée, tuée, la tête tranchée net et emportée, de même qu’un bras. Dans l’après-midi, l’animal attaque une petite fille de dix ans qui garde les troupeaux au hameau de La Pause et l’entraîne dans les bois. Son grand frère armé d’une hallebarde se précipite à son secours. La Bête dérangée se retourne contre le garçon, mais celui-ci peut lui porter un coup de lame à la gorge, l’animal recule puis s’éloigne. Le soir, le Bête attaque une fille de douze ans qui garde les vaches à Tomberis. Comme précédemment, un garçon vient à son secours et parvient à enfoncer sa baïonnette dans le gueule du fauve qui finalement s’enfuit.

Le 22 juin, Antoine de Beauterne arrive au Malzieu accompagné de ses meilleurs chiens et de son équipe de gardes. Cette opération mobilise de nombreux chasseurs et gardes royaux, dans l’espoir de mettre fin à la terreur qui sévit depuis 1764.

Antoine de Beauterne et ses hommes se joignent aux d’Enneval lors de différentes chasses qui resteront sans succès.

Les histoires de sorciers et de loups-garous qui courent dans les villages ne l’intéressent pas. Pour Antoine de Beauterne, la Bête n’est qu’un grand loup, c’est ce qu’il affirme dans ses correspondances, en précisant que les traces trouvées ressemblent à celles d’un loup. Cependant le comportement de la Bête ne correspond guère à celui du loup. S’il ne parvient pas à capturer l’animal, il le met sur le compte des difficultés du terrain, et demande des renforts en chiens. Il reçoit également l’aide du comte de Tournon, un noble d’Auvergne.

Depuis l’arrivée du porte-arquebuse du roi, la Bête marque un temps d’arrêt.

Les d’Enneval quittent la région le 18 juillet sur ordre du roi.

LA PUCELLE DU GÉVAUDAN

Le 11 août, Antoine de Beauterne organise une grande battue. Ce jour-là, Marie-Jeanne Vallet, une jeune femme d’environ 20 ans, se distingue. Servante du curé de Paulhac, elle tente de traverser une rivière avec d’autres paysannes lorsque la Bête surgit. Elle recule, mais la Bête se jette sur elle. Marie-Jeanne parvient à lui planter sa lance dans le poitrail, ce qui fait tomber la Bête dans la rivière, où elle disparaît dans le bois. L’histoire de cet acte courageux se répand rapidement, et Antoine de Beauterne se rend sur place. Il constate que la lance est couverte de sang et que les traces laissées correspondent à celles de la Bête. Dans une lettre au ministre, il surnomme Marie-Jeanne « la Pucelle du Gévaudan », en référence à Jeanne d’Arc, en hommage à son courage.

Le combat de Marie-Jeanne Vallet, dite la « Pucelle du Gévaudan », contre la bête. Sculpture de Philippe Kaeppelin, Auvers (Haute-Loire).

Le combat de Marie-Jeanne Vallet, dite la « Pucelle du Gévaudan », contre la bête. Sculpture de Philippe Kaeppelin, Auvers (Haute-Loire). Source : margeride-en-gevaudan.com

LES CHASTEL EMPRISONNÉS

Le 16 août 1765, lors d’une chasse dans le bois de Montchauvet, un événement lié à la famille Chastel se produit. Jean Chastel, futur tueur de la Bête, accompagné de ses deux fils, Pierre et Jean-Antoine, participe à la battue. Deux gardes-chasses, Pélissier et Lachenay, passant à cheval près de trois hommes, dont ils demandent l’avis pour s’assurer qu’il n’y a pas de marécages dans les environs Ils identifient ces hommes comme étant « Chastel le père, et ses deux fils ». Pélissier, rassuré, s’engage dans le couloir herbeux, mais son cheval s’embourbe, et il est désarçonné. Avec l’aide de Lachenay, il parvient à sortir du bourbier, mais la scène amuse folement les Chastel. Pélissier, furieux, menace de conduire le plus jeune des fils Chastel en prison pour cet outrage. En réponse, le père et l’aîné des fils le mettent en joue avec leurs mousquets. Lachenay tente de désarmer le père, mais se retrouve lui aussi menacé par les armes. Les gardes partent faire leur rapport à leur commandant. Sur la base de ce rapport, Antoine de Beauterne fait arrêter les Chastel puis en les mettant en prison à Saugues, dénonçant leur comportement audacieux et dangereux, et soulignant qu’ils auraient pu être tués dans cette altercation par ses gardes-chasses. Enfin, il est ordonné aux juges et aux autorités de la ville de ne laisser sortir les Chastel que quatre jours après le départ de Beauterne et de ses hommes, par crainte de représailles.

UNE PREMIÈRE BÊTE EST TUÉE

Le 29 août 1765, lors d’une battue dans le Bois Noir, Rinchard, garde-chasse du duc d’Orléans, tire sur un animal qui guettait de jeunes vachers. Bien que touché, l’animal parvient à s’enfuir. Deux jours plus tard, un paysan retrouve la carcasse à près de dix kilomètres et la rapporte à Saint-Flour pour obtenir une récompense. La carcasse est découpée et jetée dans la rivière, puis certains restes sont montrés dans plusieurs villages. Apprenant cela, Antoine de Beauterne envoie son fils et deux autres gardes-chasse pour récupérer des morceaux de l’animal. Plusieurs parties sont ramenées au château du Besset, où Antoine dirige ses chasses. L’animal, présenté devant les chasseurs, possède des caractéristiques mêlant celles du loup et du chien, mais sa couleur et sa silhouette, notamment une raie noire sur le dos, correspondent à la description faite par de nombreux témoins de la Bête. Les chasseurs reconnaissent des détails précis : une balle, une empreinte usée d’un pied blessé, un pied rond comme celui d’un mâtin, un poil court de couleur veau, une raie noire large d’un doigt, et une allure qui correspond à leur description de la Bête dévorante. Ils sont convaincus d’avoir capturé le monstre. Le Comte de Tournon, qui accompagne François Antoine, repart avec un symbole de victoire : une patte accrochée à son lampion. Cependant, dès le 2 septembre, une nouvelle attaque survient lorsqu’une jeune fille est attaquée à Desges, montrant que la menace persiste.

Représentation de la Bête féroce qui a fait de si cruels ravages.... Gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles, 1765.

Représentation de la Bête féroce qui a fait de si cruels ravages…. Gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles, 1765. (Wikimedia Commons).

LE LOUP DES CHAZES

Vers le 20 septembre 1765, Antoine de Beauterne apprend qu’un grand loup, peut-être la fameuse Bête, rôde près du bois des Dames de l’abbaye royale des Chazes, près de Saint-Julien-des-Chazes. Il organise une grande battue : des gardes-chasses et quarante tireurs venus de Langeac et des paroisses voisines encerclent le bois de Pommier.

Antoine de Beauterne fait cerner le bois pour débusquer la Bête du Gévaudan.

Détail d'une gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles, 1765.

Détail d’une gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles, 1765. (Wikimedia Commons).

Pendant que des valets de la louveterie du roi fouillent le secteur, Antoine de Beauterne repère l’animal à cinquante pas dans un sentier. Il tire, la bête tombe, mais se relève et se dirige vers lui. Son neveu, Rinchard, garde-chasse du duc d’Orléans, tire à son tour et atteint l’animal dans le dos. La Bête s’enfuit, mais tombe morte vingt-cinq pas plus loin.

François Antoine abat la Bête du Gévaudan. Gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles,1765.

François Antoine abat la Bête du Gévaudan. Gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles,1765. (Wikimedia Commons).

UN ANIMAL EXTRAORDINAIRE

Le cadavre est transporté au château du Besset, où il est immédiatement autopsié par le chirurgien Boulanger. Selon le procès-verbal, il s’agit d’un gros loup pesant 130 livres, confirmé par plusieurs témoins, dont Marie-Jeanne Vallet et sa sœur Thérèse, qui reconnaissent qu’il s’agit bien de la Bête qui les a attaquées. Presque aussitôt, le fils d’Antoine de Beauterne, Robert-François-Marc Antoine de Beauterne, emporte l’animal à Versailles. À Saint-Flour, il le montre à Monsieur de Montluc, puis à Clermont-Ferrand, où l’intendant décide de faire peindre et naturaliser le loup. Arrivé à Versailles le 1er octobre, Antoine de Beauterne présente l’animal au comte de Saint-Florentin, puis il est exposé chez la reine Marie Leszczynska, où toute la cour peut l’admirer.

Représentation de la Bête du Gévaudan qui a fait tant de ravages dans ce pays et dans l'Auvergne, laquelle a été tuée le 20 septembre dernier par M. Antoine, chevalier de Saint Louis, seul porte-arquebuse de sa Majesté et présentée le 1er octobre au Roy et à la famille royale par M. Antoine de Beauterne fils.

Représentation de la Bête du Gévaudan qui a fait tant de ravages dans ce pays et dans l’Auvergne, laquelle a été tuée le 20 septembre dernier par M. Antoine, chevalier de Saint Louis, seul porte-arquebuse de sa Majesté et présentée le 1er octobre au Roy et à la famille royale par M. Antoine de Beauterne fils. Pour que cet animal se conserve dans son naturel, on l’a disséqué, embaumé et attaché sur une planche tel qu’il est ici représenté. À Paris, chez Mondhare, rue Saint-Jacques. Gravure extraite du recueil factice de pièces relatives à la bête du Gévaudan, formé par Gervais-François Magné de Marolles, 1765. (Wikimedia Commons).

Pendant ce temps, Antoine de Beauterne et ses hommes poursuivent la chasse dans les bois proches de l’abbaye, où une louve et ses petits ont été signalés. Le dernier louveteau est tué le 19 octobre. Antoine de Beauterne et ses assistants quittent la région le 3 novembre. Officiellement, le porte-arquebuse du Roi, est reconnu comme ayant tué la Bête du Gévaudan. Cette victoire lui sera confirmée en 1770, lorsqu’il recevra un brevet lui permettant de porter dans ses armes un loup mourant, symbole de cette réussite.

L’AFFAIRE CONTINUE

1766

L’ANNÉE DES FAUX ESPOIRS

En novembre 1765, aucune attaque n’est signalée, ce qui fait croire au peuple qu’Antoine de Beauterne a tué le monstre. Une lettre du 26 novembre indique que « plus rien ne se rapporte à la Bête ».

LE RETOUR DE LA BÊTE

Cependant, rapidement, de nouvelles rumeurs évoquent des attaques vers Saugues et Lorcières. Jusqu’au début de 1766, ces incidents restent sporadiques, et il est difficile de savoir s’ils sont dus à la Bête ou à des loups. Une lettre du 1er janvier 1766 montre que Monsieur de Montluc pense que la Bête est toujours présente. L’intendant d’Auvergne en informe le roi, mais Louis XV refuse d’y croire, estimant que la Bête a été vaincue par le porte-arquebuse. Les journaux cessent alors de parler des attaques dans la région. En mars 1766, celles-ci reprennent en nombre. Confrontée à cette reprise inattendue, la région sombre dans le désespoir. Lors des États particuliers du Gévaudan à Marvejols, on propose d’empoisonner des cadavres de chiens pour attirer la Bête, qui semble avoir changé de territoire, se concentrant dans la région des Trois monts. Les mesures de chasse et d’appâtage échouent. La Bête continue ses attaques tout au long de l’année, adoptant un comportement plus prudent et moins agressif, comme le rapportent plusieurs correspondances, notamment celle du curé Ollier.

UN COUP D’ARRÊT

1767

L’ANNÉE DE LA DÉLIVRANCE

JEAN CHASTEL TUE LA BÊTE

Au début de 1767, les attaques de la Bête connaissent une légère accalmie, mais elles reprennent au printemps. Deux pèlerinages importants, à Notre-Dame-d’Estours et à Notre-Dame-de-Beaulieu, rassemblent de nombreux fidèles qui prient la Vierge Marie pour délivrer le pays de la Bête. Le 17 juin, la Bête tue une jeune femme à Lesbinières, ce qui pousse le marquis d’Apcher à organiser une battue. Le 19 juin, Jean Chastel, un chasseur réputé, abat un animal de grande taille ressemblant à un loup, qu’il identifie comme étant la Bête. Selon une tradition orale rapportée plus tard, Chastel aurait prié la Vierge avant de tirer, mais cette anecdote est probablement une légende pour magnifier son rôle. Le 25 juin, une louve blessée, accompagnée de ses petits, est tuée, mettant fin aux attaques en Gévaudan. En septembre 1767, Jean Chastel reçoit une gratification officielle pour sa victoire, ainsi que d’autres récompenses financières. Après sa mort en mars 1789, son fils revendique une somme importante encore due, mais la crise financière de l’époque complique le recouvrement de cette dette.

Stèle érigée en juillet 1995 en l'honneur de Jean Chastel, au village de la Beyssière-Sainte-Marie. Sculpture de Philippe Kaeppelin.

Stèle érigée en juillet 1995 en l’honneur de Jean Chastel, au village de la Beyssière-Sainte-Marie. Sculpture de Philippe Kaeppelin. (Wikimedia Commons).

1767 : La dernière bête est finalement tuée lors d’une chasse organisée par le marquis d’Apcher, avec l’aide de chasseurs locaux. La créature tuée est un grand loup, mais certains pensent qu’il pourrait s’agir d’un animal exceptionnel ou d’une autre créature.

Les attaques cessent après la mort de l’animal, mais le mystère entourant la bête du Gévaudan continue de fasciner…

(à suivre…)

Les différentes hypothèses sur l’identité de la mystérieuse bête.

©JPS2025

[ACCUEIL]

BIBLIOGRAPHIE :

Michel Louis, La bête du Gévaudan, Éditions Perrin, 2003.

Jean-Marc Moriceau, Histoire du méchant loup, Librairie Arthème Fayard/Pluriel, 2016.

Geneviève Carbone, La peur du loup, Gallimard, 1994.

Pierric Guittaut, La Dévoreuse, Centre France Livres, De Borée, 2017.

Halna-Klein Élisabeth. Sur les traces du lynx. In: Médiévales, n°28, 1995. Le choix de la solitude. Parcours érémitiques dans les pays d’Occident, sous la direction de Odile Redon . pp. 119-128.

SOURCES :

Bête du Gévaudan — Wikipédia

 

 

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