

L’observation des astres est aussi ancienne que l’humanité et les historiens de l’Antiquité comme Diodore de Sicile ont retenu les noms des fondateurs de la discipline, comme ce roi mythique de l’Atlantide.
UN ROI MYTHIQUE
Selon ce texte, Ouranos (Uranus chez les Romains) semblait maîtriser un calendrier luni-solaire et il connaissait la position remarquable des astres lors des équinoxes et des solstices. Connaissances que l’on retrouve sur un site comme Stonehenge par exemple. De par ses connaissances, ce roi acquiert ainsi un statut quasi divin. Tel était également le cas des druides qui connaissaient, eux aussi, le langage codé des étoiles.
UNE TRANSMISSION ORALE
Pour remarquer des différences notables dans la course des étoiles, la durée de vie d’un homme ne suffit pas. C’est pourquoi des observations astronomiques sur de longues périodes impliquent une inévitable transmission du savoir. Nous connaissons le rôle joué par la Mésopotamie, l’Égypte, puis les Grecs ou les Mayas dans l’étude et l’observation des astres. Cependant pour prouver l’existence d’une religion stellaire à une haute époque vers 3000 av. J.-C. — un savoir plus tard réemployé par les druides et dont on retrouve la trace dans l’art gallo-romain — il faut d’abord démontrer un intérêt pour l’astronomie de la part de ces peuples qui ont précédés les prêtres celtes sur les territoires de l’Europe occidentale.
Nous partons à la recherche d’une tradition qui a perdurée sur trois millénaires. Donc la question qui doit être impérativement posée est la suivante : existe-t-il vraiment une astronomie antique en Europe ?
Il semble que la réponse soit affirmative. Alors passons en revue quelques exemples qui vont dans ce sens.
PREMIÈRES OBSERVATIONS
La voûte étoilée a dû attirer les regards depuis toujours. La nuit venue, il devait être sage de rester à l’intérieur du camp. La vie ralentissait et les humains avaient le temps pour observer le mouvement des étoiles tout au long de la nuit. La beauté de ce ciel étoilé, pas encore brouillé par la pollution lumineuse comme de nos jours, devait certainement fasciner nos ancêtres[2]. Et puis, il faudrait ajouter une autre raison : les veillées autour du feu, propices aux histoires racontées jusque tard dans la nuit. Le ciel étoilé devait servir tôt ou tard comme support aux conteurs des temps anciens. Alors, à quand remontent finalement les premières observations astronomiques ?
UN CALENDRIER LUNAIRE
Des preuves tangibles commencent à émerger au Paléolithique. Comme cet os d’un animal trouvé dans l’abri Blanchard (sud-ouest de la France) daté de plus de 30 000 ans. Cet objet comporte des marques qui sont interprétées par les chercheurs comme des annotations destinées à suivre de jour en jour l’évolution des phases de la Lune[3]. Une première tentative pour mesurer le temps.

Les encoches pratiquées sur un os de l’Abri Blanchard en Dordogne (-33000) correspondraient au trajet de la lune dans le ciel avec ses différentes phases.
LA CHAPELLE SIXTINE DE LA PRÉHISTOIRE
Un autre indice en faveur d’une observation du ciel étoilé depuis les temps les plus reculés nous vient des profondeurs de la terre. Il s’agit de Lascaux, chef-d’œuvre en péril, dont l’âge des fresques est estimé autour de 18 000 ans. La grotte est orientée en direction du coucher de soleil lors du solstice d’été. Ce qui signifie dans la pratique qu’un observateur ne peut voir les peintures éclairées par les rayons du soleil couchant uniquement lors de cet événement estival. La cavité semble être également une carte du ciel, car n’est-ce pas une extraordinaire coïncidence qu’au-dessus de la nuque d’un taureau se trouve une formation de points à l’endroit exact où l’on s’attend à trouver l’amas des Pléiades[4].

Tête du grand Taureau céleste et l’amas des Pléiades. © Ministère de la Culture et de la Communication (France)
Tête du grand Taureau céleste et l’amas des Pléiades. © Ministère de la Culture et de la Communication (France)

Partie du ciel étoilé qui réunie la constellation du Taureau (Taurus) et l’amas des Pléiades. (Carte éditée par l’Association française d’astronomie).
Selon la mythologie grecque, les Pléiades sont sept sœurs, les filles d’Atlas. Poursuivies par le chasseur Orion, elles implorent l’aide de Zeus, qui les transforme en colombes et les place dans le ciel[5]. Sept sœurs ?
L’ÉNIGME DES SEPT SŒURS
Pourtant dans la grotte nous ne voyons que six points sur l’épaule du taureau. Il faut cependant écouter avec attention la précision d’Ératosthène.
La Pléiade[6] se trouve sur ce qu’on nomme la coupure de l’image au niveau de l’échine du Taureau. Elle est constituée par un amas de sept étoiles, qu’on dit être les filles d’Atlas, raison pour laquelle on l’appelle aussi « Heptastère » (Celle qui a sept étoiles). On n’en voit pourtant pas sept, mais seulement six, et voici à peu près comment on l’explique : on raconte que six d’entre elles s’unirent à des dieux et la dernière à un mortel. Trois s’unirent à Zeus : Électra, dont naquit Dardanos, Maïa, dont naquit Hermès, et Taygèté, dont naquit Lacédémon ; deux s’unirent à Poséidon : Alcyoné, dont naquit Hyriée, et Kélæno, dont naquit Lykos ; quant à Stéropé, elle s’unit dit-on, à Arès, et d’elle naquit Oïnomaos. Mais Méropé s’unit à un mortel, Sisyphe, et c’est pour cette raison qu’elle est totalement invisible[7].
On peut se demander de quand date un tel mythe.
LA CIVILISATION MÉGALITHIQUE
Poursuivons notre voyage dans le temps et arrêtons-nous un instant au Néolithique avec deux cas célèbres : New Grange en Irlande et Stonehenge en Grande Bretagne. Deux exemples parmi une multitude d’autres.
LA VALLÉE DES ROIS
C’est dans la vallée de la rivière Boyne, à l’est de l’Irlande, que se trouve un des plus beaux complexes mégalithiques d’Europe. Ce dernier est composé de trois grand tumulus et de beaucoup d’autres plus petits. L’ensemble forme une nécropole, une Vallée des Rois. Nous sommes ici dans le centre spirituel de l’île, dans le comté de Meath (en gaélique Mide, « milieu »). Province centrale d’Irlande, constituée par une parcelle du territoire de chacune des quatre grandes provinces. Non loin de Newgrange se trouve Tara, l’ancienne résidence du roi suprême. Le plus connu des tumuli de cette région verdoyante est celui de Newgrange. L’imposant monument avec ses 90 m de diamètre et 10 m de haut trône sur une colline et domine la vallée de toute sa splendeur éclatante.

Le tumulus de Newgrange.
UNE TOMBE GIGANTESQUE
Daté de 3200 av. J.-C., l’édifice préhistorique est plus ancien que les pyramides d’Égypte. La partie avant comporte un grand mur de galets blancs qui resplendit au soleil. Le monument est entouré d’un cercle de menhir de plus de cent mètres de diamètre, tandis que la base du tumulus possède une admirable ceinture de blocs de pierres gravés. Devant l’entrée du tumulus, le visiteur peut découvrir une superbe dalle connue pour ses décors en reliefs : losanges, chevrons et surtout les jeux de spirales doubles ou triples, ancêtres du triskell celtique. Le cœur du cairn de Newgrange se compose d’un couloir, entouré de 22 piliers côté ouest et 21 coté est, à son extrémité s’ouvre une chambre cruciforme dont la voûte en encorbellement de 6 m de haut est une véritable prouesse architecturale. L’entrée du couloir est surmontée d’une étrange lucarne rectangulaire.

Entrée du tumulus de Newgrange. À noter la lucarne au-dessus de la porte.
RENAISSANCE
C’est par cette ouverture que le miracle se produit aux alentour du solstice d’hiver. La lumière du Soleil levant s’engouffre par cette entrée, longe le couloir et illumine la chambre funéraire. Cette date n’est pas un hasard, c’est à ce moment que le Soleil renaît durant la nuit la plus longue de l’année et reprend son cours ascendant pour culminer au solstice d’été. Qu’un tombeau soit associé au soleil renaissant ne peut être interprété que par un rituel funéraire. Le mort est régénéré par les rayons du soleil et renaît grâce à cette chambre de lumière dans une autre vie. Les prêtres de ce culte solaire croyaient-ils, comme les druides, en l’immortalité de l’âme ?
En tout cas, édifier un tertre géant avec une telle précision représente un véritable défi technique et réclame de réelles connaissances sur le mouvement des corps célestes[8].
LE TAUREAU DE LUMIÈRE
En Sardaigne, on peut retrouver un phénomène analogue avec les nuraghes. Ces derniers sont des monuments mégalithiques en forme de tour datés en général autour de 1 600 avant notre ère. Dans le cas du nuraghe de Santa Barbara, lors du solstice d’hiver, la lumière traverse une lucarne située au-dessus de la porte d’entrée et illumine un petit autel circulaire en pierre. Mais il y a mieux, grâce à la forme spéciale de la lucarne, le faisceau de lumière prend les contours d’une tête de taureau, la lumière du taureau. Si une personne se met sur la trajectoire du faisceau lumineux, l’individu semble irradié et devient un être de lumière. Les photos sont impressionnantes[9].

Le Taureau de lumière du nuraghe de Santa Barbara. La luce de Toro, G.R.S., PTM Editrice.
LE TEMPLE DU DRAGON
Cependant le plus célèbre monument préhistorique des îles britanniques reste Stonehenge[10], source de légendes, d’études historiques et d’interprétations parmi les plus fantaisistes. Ce sont bien sûr les études astronomiques qui nous intéressent le plus dans ce court exposé. C’est en 1740 que le révérend William Stukeley inaugure les théories sur le rôle astronomique du site, en remarquant que l’avenue d’accès est orientée vers le lever du soleil lors du solstice d’été.

Coucher de soleil au milieu de l’hiver à Stonehenge, en Angleterre. La photo a été prise quelques jours après le solstice. © Simon Wakefield (Wikimedia Commons).
Passons en revue les différentes phases du site :
STONEHENGE I (-3000/-2600 av. J.-C.)
L’aire sacrée est délimitée par une enceinte circulaire de 98 m de diamètre. Il existe également un petit talus extérieur, disparu de nos jours, et un fossé intérieur toujours visible. Près de ce dernier sont répartis dans un vaste cercle les 56 trous d’Aubrey . Une des nombreuses théories veut que ces trous servent à la prédiction des éclipses de Soleil et de Lune. À l’époque de la construction, des poteaux en bois étaient plantés dans ces cavités. Le fossé principal est interrompu par l’Avenue, accès au monument large de 12 m et orientée au nord-est. C’est dans son axe que se trouve à 30 m de l’entrée, la fameuse Heel Stone ou Pierre du Talon. La position de cette pierre levée est très particulière, c’est en effet elle qui indique pour l’observateur placé au centre du monument la direction du lever du soleil au solstice d’été[11]. Situés sur le cercle dessiné par les trous d’Aubrey, nous trouvons les quatre Stations Stones. Représentées par deux pierres et deux petits tumuli, leur disposition donne un rectangle parfait. Leur alignement semble indiquer les levers et couchers particuliers de la Lune et du Soleil.
LA CONSTELLATION DU DRAGON
Pourtant il y a un fait majeur pour la compréhension du site qui n’est que très rarement retenu par les commentateurs. La construction de Stonehenge commence sous le signe du Dragon. En effet, l’étoile Polaire de cette époque lointaine, alpha Draconis, se situe comme son nom l’indique dans la constellation du Dragon. Or, cet astre qui semble être un point fixe dans le ciel indique le Nord céleste, mais ce n’est pas tout, car le firmament dans son entier paraît tourner autour de cet axe central, telle une roue autour d’un moyeu. Un phénomène d’une telle importance ne peut qu’avoir retenu l’attention des astronomes de la Préhistoire et les a très certainement influencés. C’est donc effectivement l’ombre du dragon qui plane sur la première phase de ce site préhistorique.
STONEHENGE II (-2300/-2000 av. J.-C.)
Cette phase marque l’arrivée des peuples de la culture campaniforme. C’est un vase en forme de cloche renversée qui a donné son nom à cette culture. Ces peuplades étaient non seulement de remarquables potiers, mais maîtrisait également l’art secret de la métallurgie. Ce qui leur a donné un avantage décisif sur les peuples de l’Âge de pierre. Outre les vases, deux objets caractéristiques les accompagnent dans la tombe : des pointes de flèches et un brassard d’archer. Ce sont eux qui construisent un double fer à cheval de 80 Blue stones. Ces pierres bleues proviennent du Pays de Galles à 250 km de Stonehenge, le transport s’est effectué par voie maritime puis fluviale, ce qui constitue un véritable exploit technique.
UN LIEU DE PÈLERINAGE
Certains archéologues avancent l’hypothèse de pierres guérisseuses, faisant de Stonehenge un « Lourdes » préhistorique. Autour du site, la plaine de Salisbury forme une vaste nécropole. Lors de Stonehenge I, les tombes sont des tumulus long, sorte de caveaux familiaux. Avec les nouveaux venus de la phase II, les tombeaux deviennent ronds et sont individuels. Il s’agit clairement d’un changement de mentalité et même de religion avec l’arrivée de nouvelles populations.
LA MORT DES ANCIENS DIEUX
Les archéologues ont retrouvé la tombe d’une de ces nouveaux arrivants. Appelé l’archer d’Amesbury, l’homme était originaire des régions alpines, Suisse, Autriche ou sud de l’Allemagne. Comme à Delphes, Apollon, le dieu des nouveaux arrivants, tue l’ancien maître du sanctuaire, le dragon. À cause de la précession des équinoxes les étoiles changent de position au cours des millénaires. Au bout d’un certain temps alpha Draconis ne correspondait plus au pôle Nord céleste. Le dragon est jeté de son trône, ce drame dans le ciel coïncide avec l’arrivée de nouvelles peuplades qui imposent le culte du cousin occidental de l’Apollon grec. Les autochtones n’avaient d’autre choix que d’accepter le message envoyé par les étoiles et de se soumettre au dieu des vainqueurs. C’est ainsi que les adeptes de la nouvelle religion prennent le contrôle du site de Stonehenge. Une nouvelle ère commence.

Apollon tirant sa flèche, statère vers 420 av. J.-C., Crotone, Lucanie. Il est intéressant de noter que pour les grecs un dragon est un gros serpent.
STONEHENGE III (-2000/-1200 av. J.-C.)
C’est l’époque de l’édification du grand Stonehenge, devenu le temple de l’Apollon hyperboréen, le tueur de dragon. La brillante civilisation du Wessex prend le relais de la culture campaniforme avec l’érection du célèbre cercle continu de trilithes formés de deux grands piliers surmontés de tenons dans lesquels s’insèrent des linteaux horizontaux. Les pierres bleues sont réemployées avec un cercle extérieur ainsi qu’un demi-cercle à l’intérieur des trilithes. L’espace central est occupé par un fer à cheval de cinq trilithes. Composé d’énormes blocs de sarsen ou de grès d’une hauteur de 6 à 7.3 m et pesant chacun 25 tonnes, tandis que les linteaux pèsent 5 tonnes. Un travail de titan.

Vue d’ensemble de l’enceinte circulaire de Stonehenge
LE SOLSTICE D’HIVER
Le cœur de Stonehenge est la pierre dite du sacrifice, seule debout au milieu de l’édifice. Cependant l’événement le plus important à Stonehenge n’est pas l’observation du solstice d’été comme le croient les visiteurs du site qui se réunissent en masse pour assister au phénomène tous les 21 juin de chaque année. Pour les prêtres-rois de la Préhistoire, l’épisode le plus marquant de l’année était au contraire le solstice d’hiver, comme à Newgrange. Pour cela le peuple se rassemblait autour de la Pierre Talon, à l’extérieur du cercle de pierre. Personne, hormis peut-être le grand prêtre, ne se serait placé dans le Saint des saints pour regarder du centre vers la pierre du Talon. Le sanctuaire est réservé aux dieux et interdit au commun des mortels.
LA DANSE DU SOLEIL
De cette position particulière, Stonehenge ressemblait à une muraille fermée. Seules deux ouvertures étaient visibles. Le soleil couchant du solstice d’hiver illuminait alors une lucarne. Cette lucarne inférieure est délimitée par les tranchants intérieurs des deux piliers et l’arrête inférieure du linteau du trilithe en ce qui concerne le haut et les côtés de l’ouverture, tandis que la base de la lucarne était fermée par le bord supérieur de la pierre du sacrifice. La divinité solaire descendait ainsi une fois par an dans le temple et embrasait le site d’un vif éclat de couleur or. Spectacle garanti pour les observateurs.
LA LUNE VISITE LE SITE
Mieux encore, la Lune descendante passait, elle aussi, une fois par mois[12] par une lucarne[13] et le disque d’argent scintillait dans toute sa splendeur vers les spectateurs. Autrement dit, la divinité lunaire illuminait la lucarne supérieure du temple de pierre, et honorait une fois par mois le temple de sa présence. Ainsi, à partir de la pierre du Talon pouvait-on observer le Soleil et la Lune descendre à intervalles réguliers dans le temple luni-solaire de Stonehenge[14]. Pour atteindre une telle précision il faut connaître l’itinéraire de la pleine lune lors de son cycle de 18.6 ans.
LE TEMPLE HYPERBORÉEN
Or, Diodore de Sicile nous dit ceci (citant le géographe grec Hécatée de Milet) :
Hécatée et quelques autres prétendent qu’il y a au-delà de la Celtique, dans l’Océan, une île qui n’est pas moins grande que la Sicile. Cette île, située au nord, est, disent-ils, habitée par les Hyperboréens, ainsi nommés parce qu’ils vivent au-delà du point d’où souffle Borée. Le sol de cette île est excellent, et si remarquable par sa fertilité qu’il produit deux récoltes par an. C’est là, selon le même récit, le lieu de naissance de Latone, ce qui explique pourquoi les insulaires, vénèrent particulièrement Apollon. Ils sont tous, pour ainsi dire, les prêtres de ce dieu : chaque jour ils chantent des hymnes en son honneur. On voit aussi dans cette île une vaste enceinte consacrée à Apollon, ainsi qu’un temple magnifique de forme ronde et orné de nombreuses offrandes ; la ville de ces insulaires est également dédiée à Apollon ; ses habitants sont pour la plupart des joueurs de cithare, qui célèbrent sans cesse, dans le temple, les louanges du dieu accompagnant le chant des hymnes avec leurs instruments. Les Hyperboréens parlent une langue qui leur est propre, ils se montrent très bienveillants envers les Grecs, et particulièrement envers les Athéniens et les Déliens ; et ces sentiments remontent à un temps très reculé. […] On ajoute encore que la lune, vue de cette île, paraît être à une très petite distance de la terre, et qu’on y observe distinctement des soulèvements de terrain. Apollon passe pour descendre dans cette île tous les dix-neuf ans[15]. C’est aussi à la fin de cette période que les astres, après leur révolution, revenu à leur point de départ. Cette période de dix-neuf ans est désignée par les Grecs sous le nom de Grande année. On voit ce dieu, pendant son apparition, danser toutes les nuits en s’accompagnant de la cithare, depuis l’équinoxe du printemps jusqu’au lever des Pléiades, comme pour se réjouir des honneurs qu’on lui rend. Le gouvernement de cette ville et la garde du temple sont confiés à des rois appelés les Boréades, les descendants et les successeurs de Borée[16].
UNE PRÉSENCE DIVINE
Plusieurs informations capitales nous sont données par ce texte. Partons du postulat suivant, que Diodore nous parle de la Grande-Bretagne, une île située au nord dans l’océan au-delà de la Celtique. Le premier renseignement nous est donné sur le nom des habitants de cette île, les mythiques Hyperboréens. L’auteur nous signale également un magnifique temple de forme ronde dédié à Apollon. D’après cette affirmation, Stonehenge est donc le temple d’Apollon. Ensuite, que le dieu descend dans cette île tous les dix-neuf ans, ce qui correspond à une Grande année. Cela signifie que la Lune revient, après ce laps de temps, exactement au même endroit dans le ciel (18.6 années pour être tout à fait exact). Que le dieu est présent entre l’équinoxe de printemps et lever des pléiades[17]. Et pour finir, Diodore nous donne même le nom des prêtres-rois de Stonehenge : les Boréades.
DES PRÊTRES-ROIS
Les Celtes ne sont pas les constructeurs des mégalithes, inutile de revenir là-dessus, mais il y a un lien et ce lien ce sont les druides qui sont les héritiers du savoir des astronomes du Néolithique, les prêtres-rois nommés Boréades. C’est cette théorie de la transmission d’un savoir ancien que nous allons tâcher de démontrer dans les chapitres suivants.
D’autres artefacts semblent démontrer l’existence d’une aristocratie religieuse dès les temps les plus anciens.
UNE CARTE CÉLESTE
C’est en Allemagne que l’on a fait l’une des découvertes les plus sensationnelles en matière d’astronomie préhistorique : le disque de Nebra[18].

Disque de Nebra (Musée de la Préhistoire de Halle, Allemagne)
Il s’agit d’un disque de bronze pesant 2.3 kg et d’environ 32 cm de diamètre. Cette plaque circulaire daterait d’environ 1600 av. J.-C. Sur ce disque vert-de-gris se détachent clairement pour l’observateur certains corps célestes en feuilles d’or. Le Soleil, le croissant de lune, les Pléiades et le ciel étoilé, ainsi que d’autres motifs rajoutés plus tard. Une barque solaire, ainsi que deux arcs, dont un a été enlevé dès l’Antiquité et qui représentent l’écart entre les points d’horizon où le Soleil se lève et se couche aux solstices d’été et d’hiver. Passons en revue ces différents éléments.
UN SOLEIL QUI N’EN EST PAS UN
L’élément principal du disque est l’amas stellaire des Pléiades avec pour compagnons la pleine lune d’un coté — et non le Soleil comme on pourrait le croire au premier abord — ainsi que le croissant de lune de l’autre côté. Ce smiley boutonneux issus de la Préhistoire semble en effet indiquer deux dates primordiales pour les paysans de l’âge de bronze. Le premier événement retenu est le coucher des Pléiades, autour du 10 mars de notre calendrier, et indique le temps des semailles, avec souvent, mais pas toujours, le croissant lunaire qui les accompagne dans leur disparition.
UN CALENDRIER CÉLESTE
La deuxième date importante qui associe les Pléiades et la pleine lune cette fois, se situe autour du 17 octobre et défini le temps des moissons. Une loi saisonnière que l’on peut résumer par cette sentence d’Hésiode concernant les travaux des champs :
Au lever des Pléiades, filles d’Atlas, commencez la moisson, les semailles à leur coucher. Elles restent, on le sait, quarante nuits et quarante jours invisibles ; mais, l’année poursuivant sa course, elles se mettent à reparaître, quand on aiguise le fer. Voici la loi des champs, aussi bien pour ceux qui habitent près de la mer que pour ceux qui, dans le pli des vallons, loin des flots houleux, vivent sur de grasses terres[19].
Avant la connaissance de l’année solaire, les peuples de la plus haute antiquité réglaient leur calendrier agricole sur la position de cet amas stellaire. Ainsi, la première phase avec les Pléiades et les deux lunes semblent faire partie d’un calendrier très ancien auquel les hommes de l’âge du bronze ont rajouté des motifs solaires : la barque du Soleil et les arcs des solstices. Cela peut signifier un changement de calendrier et peut-être même de religion.
DES CHAPEAUX DE MAGICIENS
Une autre découverte importante a été faite en Allemagne, ce sont les cônes rituels en or. De quoi s’agit-il ?
En fait ce sont des couvre-chefs, pas n’importe lesquels, mais des chapeaux de magiciens[20]. En Allemagne, ces objets portent le nom de Hut (chapeau), en France le terme de cône est privilégié. Donc ces chapeaux en forme de cônes semblent être les ancêtres des chapeaux pointus des magiciens comme Merlin ou Gandalf. Sans oublier les chapeaux des sorcières d’Halloween, pointus eux-aussi. Cette tradition remonte très loin dans le temps puisque à Subeshi dans le bassin du Tarim en Chine, des momies de femmes de type européen ont été découvertes coiffées de chapeaux pointus en feutre haut de 60 cm. Ces momies sont datées du 4ème ou 3ème siècle av. J.-C.
LES CÔNES EN OR
Seulement quatre de ces cônes en or ont été découvert en Europe.

Les cônes rituels en or. De gauche à droite : le Cône de Schifferstadt, le cône d’Avanton, le cône de Berlin et le cône d’Ezelsdorf-Buch
Trois de ces chapeaux ont été mis au jour en Allemagne et un en France. Il s’agit, pour la France, du cône d’Avanton (daté autour de 1000 av. J.- C.) et des trois chapeaux trouvés sur le territoire allemand, les chapeaux d’Ezelsdorf (vers 1000-800 av. J.- C.), de Schifferstadt (vers 1500-1250 av. J.- C.) et pour finir, celui, dit de Berlin (vers 1000-800 av. J.- C.), mais dont l’origine vraisemblable doit être située dans le sud de l’Allemagne. Ce dernier est le mieux conservé et également le plus étudié. Ce sont les scientifiques allemands qui sont en pointe pour l’étude de ces artefacts mystérieux[21]. La fonction de ces cônes semble être celle d’un attribut religieux pour la pratique du culte solaire répandu en Europe centrale lors de l’âge du bronze tardif.
LES MAÎTRES DU TEMPS
Le déchiffrement des ornements du chapeau de Berlin semble indiquer que ces cônes ne sont pas simplement des objets d’apparat, mais servent également de répertoire pour les données d’un calendrier luni-solaire. Ainsi, dans les ornements des cônes sont cryptés des informations recueillies sur de longues périodes d’observation. Les utilisateurs des ces objets connaissaient avec précision le cycle annuel du Soleil et les phases mensuelles de la Lune. La durée de l’orbite terrestre autour du Soleil en 365.25 jours, une année divisée en quatre saisons avec comme points de repères les équinoxes et les solstices, ainsi que 12 mois de 30 et 31 jours n’avaient pas de secret pour eux. Par conséquent, ils connaissaient également l’année lunaire de 354 jours, ainsi que le cycle de 19 ans (6940 jours) au bout duquel les pleines lunes et les nouvelles lunes retombent aux mêmes dates de l’année solaire.
UN GRAND-PRÊTRE
Il faut également ajouter qu’il était parfaitement inutile pour celui qui connaissait la clef du déchiffrement des ornements de ces tiares en or de recourir à une quelconque écriture. Ce langage basé sur l’astronomie et les mathématiques était de plus codé. Seul un initié pouvait décoder ces ornement et devenait ainsi le maître du temps. Il était le seul à connaître les arcanes complexes du calendrier et pouvait ainsi définir les dates des fêtes et autres événement importants de la communauté.

Détail du cône rituel de Berlin (Berliner Goldhut)
L’ÂGE D’OR DES DRUIDES
En fait, ces tiares en or ne sont qu’une partie de la tenue de cérémonie de ces prêtres de l’âge du bronze, il faut y ajouter des bracelets, des ceinturons, et des ornements pectoraux, ainsi que différents accessoires : une épée, des vases et des coupelles, tous ces objets sont en or. Qui étaient ces prêtres astronomes couvert du métal le plus précieux ? Tout d’abord, ces objets datent de l’âge du bronze récent et sont localisées en Europe centrale ; ils font partie de ce que les archéologues nomment la culture des champs d’urnes (vers 1200-800 av. J.- C.). Pour avoir une idée comment se déroulait un rite funéraire avec incinération lors de l’âge du bronze, le lecteur peut relire le chant XXIII de l’Iliade. Un bûcher funéraire grandiose dont il ne reste à la fin qu’une urne, en or. À noter que les affrontements organisés autour de ces incinérations sont en Italie à l’origine des combats de gladiateurs. C’est sous l’influence de guerriers venus des steppes, les Cimmériens (VIIIe-VIIe siècles av. J.-C.) que les princes celtes hallstattiens vont revenir à une inhumation dans un tumulus que pratiquaient leurs lointains ancêtres de la Culture des tumulus (1600-1200 av. J.-C.) et qui donneront les fastueux tombeaux de Vix ou de Hochdorf. L’incinération une influence grecque ? L’inhumation dans un tumulus un retour aux anciennes traditions ? Or, la majorité des spécialistes s’accordent sur le fait que les Celtes de l’âge du fer sont issus de la culture des champs d’urnes[22]. Culture qu’il faudra tôt ou tard appeler les Celtes de l’âge du bronze, car le développement de la métallurgie du fer est la seule différence entre la culture des champs d’urnes et celle des Celtes de la période dite de Hallstatt. L’occident est passé de l’ère du charbon au XIXe siècle à l’ère du pétrole au XXe, sans changer de civilisation, les hommes et les langues sont restés les mêmes, ils ont tout simplement adopté le progrès.
UNE INTUITION GÉNIALE
Poursuivons notre réflexion, Salomon Reinach a écrit à propos de l’origine des druides le texte suivant :
Voici les raisons qui nous font considérer le druidisme comme préceltique. D’abord, d’après la tradition que rapporte César, il est étranger à la Gaule : on le disait venu de la Bretagne insulaire. En second lieu, l’archéologie nous montre qu’avant l’arrivée des Celtes en Occident, avant le début de l’ère des armes de métal, la Gaule, la Bretagne, l’Allemagne du Nord, la Scandinavie méridionale ont été peuplées par des hommes qui obéissaient à des idées religieuses très puissantes, idées qui se sont manifestées par la construction des monuments mégalithiques. La construction de pareils monuments n’est compréhensible que dans l’hypothèse d’une aristocratie religieuse exerçant un empire presque absolu sur une nombreuse population. Une théorie aujourd’hui assez discréditée voulait que cette aristocratie fût précisément l’ordre des druides. Je crois que cette théorie doit être reprise, avec les modifications que les progrès de la science y rendent nécessaires. Si l’on continue à l’exclure, on s’en tiendra à la conclusion suivante, dont la bizarrerie suffit à montrer l’erreur : du temps que l’on élevait les grands dolmens de l’Armorique, il y avait une aristocratie religieuse dont l’histoire ne dit rien, mais dont l’influence est attestée par les monuments ; à une époque postérieure, l’histoire parle d’une puissante aristocratie religieuse, mais il n’est pas resté le moindre vestige de son action[23].
On peut reprendre la contradiction soulevée par Salomon Reinach en l’adaptant à propos des artefacts retrouvés à l’âge du bronze.
Il existait une puissante aristocratie religieuse dont l’histoire ne dit rien, puis a une époque ultérieure, les textes parlent d’une puissante aristocratie religieuse, dont les représentants sont appelés druides et dont il ne reste aucun vestige.
LES DRUIDES DE L’ÂGE DU BRONZE
Si ce savant a raison, les historiens et les archéologues devront tôt ou tard se faire à l’idée d’une origine des druides remontant à l’époque mégalithique. Ce qui est d’ailleurs le sujet de ce livre. Mais restons un instant sur ces personnages prestigieux de l’âge du bronze. Ne sont-ils pas une puissante aristocratie religieuse dont l’histoire ne dit rien, mais dont l’existence est attestée, non par des monuments, mais par des magnifiques habits cérémoniels. Personnages dont les tiares en or dévoilent de grandes connaissances astronomiques. De plus, ces grands prêtres ne sont-ils pas issus d’une culture que l’on qualifier de celtique. Alors, qui sont-ils sinon les fameux druides[24] ?
LE DÉCLIN
On peut se poser la question suivante : pourquoi un auteur comme César n’a-t ’il pas décrit des druides couverts d’or et portant de grands chapeaux de magiciens ?
Une des raisons est certainement que plus de mille ans le sépare de ces hommes exceptionnels[25]. La deuxième raison est que si César a consulté des textes mentionnant éventuellement ces prêtres de l’âge du bronze, ce qui est loin d’être avéré, il n’en a pas trouvé la trace dans la réalité de son époque. Le conquérant des Gaules a préféré ne pas évoquer un fait aussi incroyable pour rester crédible auprès de ses lecteurs romains. Les druides étaient sur le déclin et n’existaient pratiquement plus à l’époque de César.
©JPS2024
[ACCUEIL]
NOTES :
[1] Diodore de Sicile, Bibliothèque Historique, Livre III, 56, Traduction F. Hoefer, Charpentier, Paris, 1846.
[2] Je me souviens avec émotion de ce magnifique ciel scintillant de mille feux qui trônait au-dessus de notre jonque dans la baie d’Along au nord du Viêt Nam. Seuls au monde, nous avions jeté l’ancre dans une crique, près d’une des nombreuses îles inhabitées. Pas une seule lumière à l’horizon, le noir total. Les constellations et leurs étoiles étaient presque en gros plan. Quel merveilleux spectacle !
[3]Astronomie, l’encyclopédie Atlas du ciel, Tome 8, Éditions Atlas, Paris, 1984, pp. 1712-1713.
[4] Cro-Magnon, Premier astronomes de l’humanité ?, Science&Vie, N°1082, Nov. 2007, pp.94-103.
[5] Guide pratique de l’astronomie, Sélection du Reader’s Digest, Paris, 1995, p.215.
[6] La Pléiade ou les Pléiades.
[7] Ératosthène, Le ciel, Mythes et histoire des constellations, Les Catastérismes d’Ératosthène, Traduction P. Charvet et A. Zucker, Nil éditions, Paris, 1998, p.113.
[8] G. Stout and M. Stout, Newgrange, Cork University Press, Cork, 2008.
[9] Pour plus de détails voir : La Luce del Toro, Collectif, Gruppo Ricerche Sardegna, PTM Editrice, Mogoro, Sardaigne, 2011.
[10] Rodney Legg, Stonehenge and Avebury, Halsgrove, Tiverton, 2004.
[11] Il semble que cette pierre avait une sœur jumelle à sa gauche, c’est donc la visée du centre du monument entre les deux pierres qui indique le solstice. Wolfhard Schlosser/Jan Cierny, Sterne und Steine, Darmstadt, 1996, p.83.
[12] Cela autour du minimum de déclinaison de la Lune, au point le plus au sud.
[13] Cette lucarne supérieure est délimitée quand à elle par l’arrête supérieure du linteau du cercle des trilithes extérieurs et les deux piliers et le linteau du plus grand trilithe central.
[14] Ces constatations sont tirées du documentaire Stonehenge, Sternenkult der Steinzeit, diffusé sur la chaine Phoenix, avec les commentaires du Dr. Lionel Sims, anthropologue, University of East London et le Professeur Barry Cunliffe, archéologue, Oxford University.
[15] C’est bien le dieu qui descend dans le sanctuaire d’après un décompte lunaire.
[16] Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, Livre II, 47, Traduction F. Hoefer, Charpentier, Paris, 1846.
[17] Lors de la période de Stonehenge II, l’équinoxe de printemps correspondait au lever matinal des Pléiades et ne formait qu’un seul événement. Du temps d’Hécatée les deux événements étaient dissociés.
[18] Harald Meller, Der geschmiedete Himmel, Konrad Theiss Verlag, Stuttgart, 2004.
[19] Hésiode, Les travaux et les jours, Traduction P. Mazon, Les Belles Lettres, Paris, 2014.
[20] Pour plus d’informations voir, The Tarim Mummies de JP Mallory et Victor H. Mair, Thames & Hudson, London, 2000, p. 220. Il est d’ailleurs intéressant de noter que certaines momies encore plus anciennes portent des textiles avec des motifs à carreaux qui ressemblent beaucoup aux tartans écossais. Des fragments de textiles portant les mêmes motifs et datant du IIe millénaire av. J.-C. ont été trouvés dans les mines de sel en Autriche.
[21] Wilfried Menghin, Der Berliner Goldhut, Schnell und Steiner Verlag, Regensburg, 2010.
[22] Iaroslav Lebedynsky, Les Indo-Européens, Éditions Errance, Paris, 2006, p156.
Bernard Sergent, Les Indo-Européens, Éditions Payot et Rivages, Paris, 1995, pp.415-416. Hallstatt A = champs d’urnes final, XIIe-IXe siècles av. J.- C.
Pedro Bosch-Gimpera, Les Indo-Européens, Payot, Paris, 1980, pp.206-207.
Le disque de Nebra est daté de 1600 av. J.- C. à l’époque charnière du passage de la culture d’Unetice vers la culture des tumulus, toutes deux citées comme ancêtres, du moins en partie, des Celtes.
[23] Salomon Reinach, Cultes, mythes et religions, Robert Laffont, Paris, 1996, p.222.
[24] Si ces hommes, savants astronomes, sont des druides, alors la question de l’antériorité des druides ou de Pythagore ne se pose plus.
[25] Malgré notre bonne connaissance du passé que savons-nous par exemple d’une époque comme le haut Moyen Âge ?
(DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE (DRUIDES) ASTRONOMIE
