BUGATTI

BUGATTI ROYALE TYPE 41 « COUPÉ NAPOLÉON »

Le véhicule le plus fabuleux de tous les temps, la Bugatti Royale Type 41 « Coupé Napoléon » est le résultat de l’association de trois génies artistiques.

ETTORE BUGATTI, LE CRÉATEUR

Le premier de ces génies est bien évidemment le fondateur de la marque. Ettore Bugatti, né le 15 septembre 1881 à Milan (Italie) et mort le 21 août 1947 à Neuilly-sur-Seine (France). Il est un des précurseurs de l’industrie automobile de luxe et de compétition avec ses extraordinaires automobiles produites dans l’usine Bugatti de Molsheim en Alsace.

Ettore Bugatti en 1932.

Ettore Bugatti en 1932. (Wikimedia Commons).

LA PASSION DES CHEVAUX

Au niveau design, la calandre en « fer à cheval » sera un des signes distinctifs de la marque. Précieux attribut, repris dès les  années 80 du XXème siècle pour établir une filiation avec les nouvelles supercars des temps modernes portant à nouveau le nom de Bugatti.

calandre de la Bugatti Royale Roadster.

La calandre de la Bugatti Royale Roadster. Source : newsroom.bugatti.com

Les calandres sont inspirées des anciens modèles de la marque. Source : fr.motor1.com

Le fer à cheval est un symbole inspiré par la passion d’Ettore Bugatti pour les chevaux que le Patron met volontiers en avant dans les publicités de la marque.

Publicité pour Bugatti en 1923. (Wikimedia Commons).

DES VOITURES MYTHIQUES

En 1924, il présente la fameuse Bugatti Type 35 au Grand Prix automobile de France à Lyon. C’est la voiture la plus célèbre de la marque. Le Type 35 est doté d’un 8 cylindres de 2260 cm3 de 140 ch à 5300tr/mn pouvant atteindre 210 km/h.

Bugatti Grand Prix de 1925, modèle Type 35 sans compresseur.

Bugatti Grand Prix de 1925, modèle Type 35 sans compresseur. Source : motorlegend.com

C’est le début du mythe des « Pur-sang » Bugatti, véhicules alliant aérodynamique et esthétique. Une voiture aux performances fulgurantes grâce à des technologies  avant-gardistes. Ainsi elle est pourvue d’un compresseur, d’une carrosserie en aluminium, un radiateur placé très en arrière. En cas de crevaison, on remplace la roue et non le pneumatique, d’où un gain de temps considérable en course. Le type 35 devient l’archétype même de la voiture de course du milieu des années 20. Dotée d’une excellente tenue de route, très maniable, elle devient un engin redoutable aux mains de conducteurs chevronnés.  Pilotée par des pilotes d’usine et privés qui remportent jusqu’en 1930, sous différentes versions plus de 2 000 victoires en compétition (record inégalé à ce jour). Ce qui apporte à la marque de Molsheim gloire et prospérité.

JEAN BUGATTI, L’ESTHÈTE

Le deuxième génie qui contribue à la renommée de la marque est le fils d’Ettore, Jean Bugatti, né 15 janvier 1909. Il travaille très tôt au côté de son père au bureau d’étude de l’usine. Jean est un ingénieur en mécanique, designer et pilote d’essai d’usine. En tant que designer, il est à l’origine de quelques-unes des carrosseries les plus élégantes qui aient jamais habillé un châssis Bugatti. En tant qu’ingénieur, il conçoit pour la marque des moteurs et des châssis à la pointe de la technologie de l’époque. Sa troisième passion lui sera fatale. Le 11 août 1939, Jean Bugatti se tue dans un accident à l’âge de 30 ans, au cours d’essais d’usine lors de la mise au point de la Bugatti Type 57 G Tank (victorieuse des 24 Heures du Mans 1937 et 1939).

Ettore Bugatti et son fils Jean Bugatti en 1930.

Ettore Bugatti et son fils Jean Bugatti en 1930. (Wikimedia Commons).

Jean Bugatti a notamment créé la Bugatti Type 57 SC Atlantic, qui est devenu un des modèles les plus emblématiques et mythiques de la marque. Une fusion spectaculaire entre le sport, le luxe et le prestige.

Bugatti Type 57SC Atlantic Coupé de 1938 de la collection Ralph Lauren

Bugatti Type 57 SC Atlantic. Coupé de 1938 de la collection Ralph Lauren

Un chef-d’œuvre de design automobile.

Bugatti 57 Coupé SC Atlantique de la Collection Ralph Lauren.

Bugatti 57 Coupé SC Atlantic de la Collection Ralph Lauren.

REMBRANDT BUGATTI, L’ARTISTE

Le troisième génie qui contribue au prestige du coupé Napoléon est Rembrandt Bugatti (1884 – 1916), artiste sculpteur animalier. Comme son prénom l’indique, il est l’artiste de la famille. Rembrandt est le frère cadet d’Ettore Bugatti. Lui aussi connaît une fin tragique puisque gravement tuberculeux, il se suicide en 1916.

Rembrandt Bugatti (1884–1916).

Rembrandt Bugatti (1884–1916). Wikimedia Commons).

Rembrandt Bugatti est considéré dans le monde de l’Art comme le sculpteur le plus remarquable et le plus original du début du XXe siècle. Il s’est rendu célèbre par ses sculptures d’animaux très expressives. La majeure partie de ses œuvres sont des bronzes qui ont fait leur entrée dans de nombreux musées et collections de par le monde.

Rembrandt Bugatti : « Panthère marchant », Bronze, 1904.

Rembrandt Bugatti : « Panthère marchant », Bronze, 1904.

En hommage posthume, Ettore et son fils Jean Bugatti reprendront l’éléphant dressé (1904) de Rembrandt Bugatti pour créer en argent ou bronze argenté la mascotte du radiateur de la plus prestigieuse voiture du monde, la Bugatti Royale de 1926.

Bouchon de radiateur d'une Bugatti Royale.

Bouchon de radiateur d’une Bugatti Royale. Source : le.tchouk.free.fr

LA BUGATTI ROYALE TYPE 41 COUPÉ NAPOLÉON

À côté du type 35 de course, qui entre 1924 et 1930 remporta toutes les plus grandes épreuves de l’époque, la Bugatti type 41 Royale reste le modèle le plus célèbre d’Ettore Bugatti.

LA VOITURE DE TOUS LES SUPERLATIFS

Symbole du génie et de la mégalomanie du génial créateur dont la devise n’était « Rien n’est trop beau, rien n’est trop cher ». Avec le type 41, Ettore Bugatti réalise son rêve, construire rien moins que la voiture la plus folle, la plus luxueuse, la plus chère et la plus extravagante du monde. Dépassant en puissance, en qualité et en prestige toute ses concurrentes.

La Bugatti type 41, Bugatti Royale carrossée en Coupé Napoléon.

La Bugatti type 41, Bugatti Royale carrossée en Coupé Napoléon. Source : largus.fr

LE MOTEUR

Le moteur est un énorme 8 cylindres en ligne d’un poids 350 kg à sec, Avec arbre à came en tête et double allumage de 12 763 cm3, bloc en alliage léger, vingt-quatre soupapes. Lubrifié par carter sec, la capacité du réservoir d’huile est de 22.5 litres

Le moteur 8 cylindre du Type 41.

Le moteur 8 cylindre du Type 41. (Photo: source Lionel Patenostre, ad’hoc productions)

On estime que ce moteur développe autour de 200 chevaux (300 d’après Ettore Bugatti) à 1700 tours/minute et propulse la Royale à plus de 200km/h. Un essai réalisé à Montlhéry par Jean Bugatti aurait permis d’atteindre 205 km/h. La consommation est également hors normes avec plus de 60 litres aux 100 km.

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES DU TYPE 41 :

Nombre de cylindres8
Alésage x course125 x 130 mm
Cylindrée12763 cc (14726 cc pour le prototype)
Rapport volumétrique6,5
Nombre de paliers9
Soupapes3 par cylindre
Distribution1 ACT
Puissance estiméeEntre 200 et 300 cv à 1700 tr/min
Régime maxi3000 tr/min
Couple maxi estiméEntre 70 et 100 mdaN
Puissance administrative73 CV
Empattement4,27 m (4,57 m pour le prototype)
MasseEntre 3 et 4,5 tonnes selon les modèles
Vitesse maximalePlus de 200 km/h
Consommation40 à 50 l/100km

LE CHÂSSIS NUMÉRO 41.100

Le châssis est impressionnant, à la mesure du monstre, avec un empattement de 4.7 m pour une longueur totale de la carrosserie de 6 m, d’une hauteur de 2.50 m, un poids de de 3 tonnes.

Les roues en alliage léger intégraient les tambours de freins. La type 41 pouvait être acquise au prix de 500 000 francs, moteur et châssis nu, charge à l’acheteur de la faire carrosser.

LA CARROSSERIE

Après un accident en 1931, une nouvelle carrosserie, coupé de ville, sera exécutée à l’usine sur un dessin d’une fluidité extraordinaire de Jean Bugatti en 1931.

Bugatti Royale personnelle d'Ettore, accidentée en 1931.

Bugatti Royale personnelle d’Ettore, accidentée en 1931. (Wikimedia Commons).

Le véhicule est surnommé « Coupé du Patron » ou « Coupé Napoléon ». Le nom est déjà synonyme de démesure.

La voiture du patron était initialement noire (vue ici à gauche avec le chauffeur de la famille Bugatti)

La voiture du patron était initialement noire (vue ici à gauche avec le chauffeur de la famille Bugatti)

Le coupé Napoléon est équipé d’un toit vitré à la demande de l’épouse d’Ettore, qui selon la légende Bugatti, aimait admirer le ciel étoilé pendant ses voyages de nuit.

Châssis et carrosserie du Type 41 Coupé Napoléon.

Châssis et carrosserie du Type 41 Coupé Napoléon. gatsbyonline.com

Ce véhicule d’exception sera conservé dans la famille Bugatti jusqu’en 1958.

Intérieur luxueux et mécanique du Type 41.

Intérieur luxueux et mécanique du Type 41. gatsbyonline.com

Cette voiture hors du commun est maintenant l’une des pièces maitresses du Musée National de l’Automobile.

LA VOITURE DES ROIS

Pour Ettore Bugatti, le type 41 s’adresse en premier lieu aux têtes couronnées, d’où le nom de Royale. Des premiers contacts sont pris avec le roi d’Espagne Alphonse XIII d’Espagne. Son prix ?

Environ trois fois celui d’une Rolls-Royce…

Ettore Bugatti prévoit d’en produire vingt-cinq, mais à la suite de la Grande Dépression de 1929, le prix exorbitant du véhicule, ainsi que quelques problèmes de mise au point, lui valent un échec commercial cinglant.

UN MYTHE SUR ROUE

Au grand regret d’Ettore, le Type 41 ne sera le véhicule d’aucun roi.

Le type 41 sera tout de même construit à six exemplaires fortement personnalisés et vendu à quelques rares et très riches clients.

Les six exemplaires du Type 41.

Les six exemplaires du Type 41. gatsbyonline.com

Cette démesure mettra à mal les finances de l’entreprise.

UN TRAIN À GRANDE VITESSE

Bugatti utilisera un stock de moteurs type 41 pour équiper des autorails Bugatti entre 1932 et 1939. Un des premiers trains à grande vitesse au monde, avec un record du monde de vitesse à la clé de 176 km/h.

Affiche pour les autorails Bugatti. Source : republicain-lorrain.fr

À la même époque Ettore Bugatti conçoit quelques bateaux ainsi qu’un avion aux lignes futuristes, le modèle 100P. Resté à l’état de prototype à cause du début de la seconde guerre mondiale.

Bugatti 100P. Source : rc3dmarket.com

Confirmant le génie créateur du magicien de Molsheim.

LE MOTEUR 16 CYLINDRES

Pour les amoureux de la mécanique on peut signaler que Bugatti a doté ses type 45 et 47 de moteurs 16 cylindres très compacts disposés en U d’une cylindrée allant de 2986 à 3801 cm³ et d’une puissance de 200 à 250 ch. 

Bugatti Type 47 – moteur 16 cylindres en U – Cité de l’automobile de Mulhouse.

Ainsi que le monstrueux moteur d’avion de 16 cylindres en U de 24 300 cm³ dont certaines versions atteignait plus de 1000 ch. Moteur d’avions militaires conçu en 1916 pour la Première Guerre Mondiale. Ce concept de 16 cylindres a été repris pour les modèles les plus récents de la marque qui sont dotés d’un 16 cylindres en W de 7993 cm³ quadriturbo atteignant pour certaines versions 1600 ch. 

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SOURCES :

galerie Bugatti Royale (free.fr)

1927/1939 : Bugatti Royale (Type 41)… – Gatsby Online