BÉNARÈS

La plus vieille ville du monde, centre religieux du monde hindou.

LA CRÉMATION DES DÉFUNTS SUR LES RIVES DU GANGE

Bénarès (Uttar Pradesh, Inde), de nos jours appelée Varanasi, est la ville la plus sacrée de l’hindouisme. Située sur la rive gauche du Gange, la plus sainte des sept rivières sacrées de l’Inde. La ville est considérée comme l’une des plus anciennement habitées du monde. Dédiée principalement au dieu Shiva. Bénarès est la cité qui accueille le plus de pèlerins en Inde. Un jour, j’ai discuté avec un ami Sri Lankais et il s’est renseigné sur les différentes étapes de notre voyage dans le nord de l’Inde. L’une d’elle était Bénarès. Il m’a répondu en faisant non de la tête « Bénarès connait pas ! ». Alors j’ai dit Varanasi, le nom moderne de la cité. Il a fait une mine toujours plus étonnée « Varanasi, jamais entendu parler… ». C’est alors que je me suis souvenu du nom sacré de Bénarès : Kâshî (prononcer Kas-hi). Alors son visage s’est illuminé : « Kâshî, quelle ville extraordinaire ! » et il m’a raconté avec enthousiasme les péripéties du pèlerinage qu’il a fait là-bas. Kâshî signifie « la Lumineuse ».

Un jour, j’ai regardé un documentaire sur Stonehenge. Les archéologues avaient découvert que des crémations de défunts avaient lieu sur le site mégalithique. Pour compléter leurs recherches, les chercheurs se sont attelés à faire une démonstration d’une de ces crémations. Ils ont donc construit un bûcher sur lequel ils ont brûlé la moitié d’un porc. Avec plein de données scientifiques à l’appui, température du brasier, durée de la crémation, quantité de bois nécessaire etc.

Pourtant toutes ces informations ne reflètent pas la complexité d’une crémation traditionnelle. Sur les ghâts de Bénarès bordant le Gange ont lieu de nombreuses crémations par jours. Des instants au cours desquels la vie et la mort sont étroitement imbriquées.

Un ghat  est un ensemble de marches ou de gradins qui recouvrent les rives des cours d’eau ou les berges des bassins (ou tanks). Ils permettent de descendre jusqu’à l’eau, le plus souvent un fleuve sacré, comme le Gange. C’est un lieu de baignade important pour les ablutions rituelles des hindous, ainsi qu’un lieu d’offrandes.

BÉNARÈS (INDE)

BÉNARÈS (INDE)

BÉNARÈS (INDE)

Il existe aussi des ghats de crémation où les corps sont incinérés au bord de l’eau, ce qui permet aux cendres d’être emportées par la rivière.

Des cérémonies au cours desquelles le fils ainé du défunt, au crâne rasé, fait le tour du bûcher plusieurs fois avant de l’allumer avec le feu sacré, devant la famille et les proches rassemblés. Il y a plusieurs cérémonies en cours, certaines commencent à peine alors que d’autres en arrivent à la fin. L’observateur peut ainsi voir toutes les étapes d’une crémation en un seul coup d’œil. Les défunts sont couchés sur le bûcher enveloppé dans un linceul de soie au couleur chatoyantes. Les enfants jouent autour des bûchers et les vaches sacrées qui rôdent sur les lieux de crémations tentent de chiper les guirlandes de fleurs posées sur les dépouilles. À quelques pas, des gens lavent leur linge tandis que les buffles sont lavés et brossés lors de leur bain matinal dans les eaux sacrés du Gange. Des hommes avec leurs longues perches en bambou frappent les morts pour faire éclater les cages thoraciques et les crânes pour que tout le corps des défunts soit brûlé. Les « orpailleurs » récupèrent les bijoux et les dents en or des morts en lavant dans l’eau les monceaux de cendres qui s’accumulent sur les rives du fleuve. Ailleurs, un homme dont la femme est décédée se purifie dans le Gange puis il revêt un habit blanc fait 5 fois le tour du bûcher avant de l’allumer. Il faut 150 à 250 kg de bois suivant le gabarit du défunt. Le veuf a la tête rasée, seul une petite mèche reste sur l’arrière du crâne. Un troupeau de chèvres traverse le ghat et un bouc excité se bat d’abord contre un autre bouc puis tente de copuler avec plusieurs chèvres ce qui déclenche l’hilarité générale parmi les participants des cérémonies. Cependant, malgré toute l’animation qui entourent ces cérémonies, il se dégage pourtant une grande sérénité lors de ces crémations. Un cortège funèbre arrive sur le ghat, il y a de la musique donc c’est une personne âgée. Le cycle de la vie et de la mort reprend sur les rives du Gange…

Scènes observées lors de plusieurs cérémonies funéraires le 19 mars 2017 à Bénarès sur le Harishchandra Ghat.

BÉNARÈS (INDE)

Ambiance mystique sur le Manikarnika Ghat. Ce ghat est l’un des lieux de crémation les plus sacrés parmi les rives sacrées (ghats), le long du Gange, Vous n’en verrez que des photos prise à bord d’un bateau, car il est ABSOLUMENT INTERDIT de faire des clichés du Saint des Saint de l’Hindouisme. ©MW2019.

L’INDE ÉTERNELLE

D’un point de vue religieux, faire un voyage en Inde, ce n’est pas seulement voyager vers un pays lointain et exotique. C’est également faire un voyage dans le temps. Comme si un égyptologue pouvait faire un voyage non pas dans l’Égypte actuelle, mais vers l’Égypte du temps des pharaons et ainsi observer les prêtres tenir leurs cérémonies dans les temples des dieux. L’Inde permet un tel voyage.

©JPS2023