BANKSY

BANKSY REVISITE L’HISTOIRE DE L’ART

Pour réaliser certaines de ses œuvres, Banksy fait quelques emprunts à l’histoire de l’art. Comme l’illustre la référence au Radeau de la Méduse de Géricault.

LE RADEAU DE LA MÉDUSE SELON BANKSY

Pour sa fresque réalisée à proximité de la « jungle » de Calais en 2015, Banksy s’inspire de la tragédie du Radeau de la Méduse le célèbre tableau de Théodore Géricault. Des migrants désespérés tentant de rejoindre les côtés britanniques, faisant cette fois appel à un yacht de luxe avec piste d’atterrissage pour hélicoptère passant au loin en toute indifférence. Ce dernier remplace la minuscule silhouette de l’Argus, à peine visible sur la ligne d’horizon du tableau d’origine.

Le Radeau de la Méduse par Banksy, réalisé à Calais en 2015.

Le Radeau de la Méduse par Banksy, réalisé à Calais en 2015. L’œuvre a été recouverte en 2017, il ne reste qu’un mur blanc. ©Peter K. Levy/FlickR

Banksy détourne le tableau de Géricault pour mettre en lumière la situation dramatique des migrants à Calais qui risquent leur vie pour traverser la Manche. Banksy en profite pour dénoncer l’indifférence du Capitalisme et souligne le gouffre (un Océan !) qui sépare les plus riches des plus pauvres en ajoutant une légende pleine de désillusion : We’re not all in the same boat (« Nous ne sommes pas tous dans le même bateau »).

L’ŒUVRE ORIGINALE

Le Radeau de la Méduse est une peinture à l’huile sur toile, réalisée de 1818 à 1819 par le peintre et lithographe romantique français Théodore Géricault (1791-1824).

BANKSY. Théodore Géricault (1791 - 1824), Le Radeau de la Méduse, 1818 – 1819, Musée du Louvre, Paris.

Théodore Géricault (1791 – 1824), Le Radeau de la Méduse, 1818 – 1819, Musée du Louvre, Paris. Les quelques survivants désespérés tentent d’attirer l’attention de l’Argus, un brick que l’on aperçoit à peine à l’horizon.

Cette œuvre magistrale, de très grande dimension (environ 5 m de haut pour 7 m de large), dans un style hyperréaliste, représente un épisode tragique de l’histoire de la marine coloniale française : le naufrage de la frégate Méduse.

BANKSY. La frégate Méduse. Lithographie d’époque de Jean-Jérôme Baugean, reprise pour illustrer un recueil de témoignages réédités en 1968.

La frégate Méduse. Lithographie d’époque de Jean-Jérôme Baugean, reprise pour illustrer un recueil de témoignages réédités en 1968. (Wikimedia Commons).

Au large de l’Afrique occidentale, le frégate La Méduse avec 392 passagers à bord fait naufrage dans des circonstances dramatiques le 2 juillet 1816. Le navire s’échoue sur les hauts-fonds du banc d’Arguin, à une trentaine de milles des côtes de l’actuelle Mauritanie, provoquant la mort de plus de 150 personnes.

BANKSY. Le naufrage de la Méduse.

Le naufrage de la Méduse. (Wikimedia Commons).

La majeure partie des passagers et de l’équipage, embarque à bord de quatre canots et deux chaloupes, soit 233 personnes, et rejoint la côte désertique ou le port de Saint-Louis. Dix-sept personnes restent dans l’épave espérant être secourus plus tard, quatorze y mourront. L’équipage restant construit un radeau de douze mètres sur six (ou de vingt mètres sur sept selon une autre source), composé de pièces de bois récupérées dans la mâture et d’un caillebotis posé sur les morceaux de mâts pour rigidifier l’ensemble. C’est ainsi que 147 marins et soldats avec quelques officiers, ainsi qu’une cantinière, la seule femme, s’entassent sur le radeau de fortune. L’errance du radeau dure treize jours, les naufragés affrontent des jours et des jours de navigation dans des conditions épouvantables et fait de très nombreux morts. Ceux-ci sont jetés à la mer. Cette situation désespérée donne lieu à des bagarres et mutineries, des noyades, des tentatives de sabordage et dans le vain espoir d’être sauvé, les survivants se sont livrés au cannibalisme. Seuls quinze naufragés du radeau de La Méduse vont survivre. Cinq des survivants meurent néanmoins en route, ou peu après leur arrivée à Saint-Louis.

Les récits autour du radeau suscitent une vive émotion dans l’opinion française de l’époque.

Comme le démontrent de nombreux autres exemples, Banksy connaît ses classiques qu’il détourne allègrement pour créer quelque chose de nouveau et faire passer un message politique ou satirique.

Cependant ses influences sont multiples comme le montre l’exemple suivant…

BLEK  LE  RAT

L’œuvre de Banksy s’inspire également des travaux de l’artiste français pionnier du street art en France : Blek le Rat.

Blek le rat (pseudonyme de Xavier Prou, qui s’inspire du personnage de bande dessinée Blek le roc) est un graffiteur pochoiriste français, né en 1951 à Paris.

Blek Le Rat

Banksy d’ailleurs ne s’en cache pas puisqu’il précise :

Chaque fois que je crois avoir peint quelque chose d’original, je m’aperçois que Blek le Rat l’a déjà fait vingt ans plus tôt.

Ils partagent notamment leur amour pour les rats.

Blek le Rat, The Warrior, sérigraphie 2016.

Blek le Rat, The Warrior, sérigraphie 2016.

Banksy, Love Rat, sérigraphie 2004.

Banksy, Love Rat, sérigraphie 2004.

Une autre œuvre de Blek le Rat.

Blek le Rat , Chaplin, 2007, peinture au pochoir sur toile

Blek le Rat , Chaplin, 2007, peinture au pochoir sur toile.

©JPS2025

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BIBLIOGRAPHIE :

Kelly Grovier, Comment Banksy revisite l’histoire de l’art, Éditions Gallimard collection Alternatives, 2025.

SOURCES :

Banksy — Wikipédia

Blek le rat — Wikipédia